‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 705 sur 914 · DESSERTE ERNEST EEE °CLE · texte numérisé non relu

DESSERTE ERNEST EEE °CLE

Il brave mes douceurs, il est sourd à ma voix; Tous les jours il m'éveille au bruit de ses exploits. Rien ne peut arrêter sa vigilante audace :

L'été n'a point de feux , l'hiver n'a point de glace. J'entends à son seul nom tous mes sujets frémir. En vain deux fois la paix a voulu l'endorinir ; Loin de moi son courage, entrainé par la gloire, Ne se piait qu’à courir de victoire en victoire.

Je me fatiguerois à te tracer le cours

Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours". Je croyois, loin des lieux où ce prince m'exile, Que l'Église du moins m'assuroit un asile;

Mais en vain j'espérois y régner sans effroi : Moines, abbés, prieurs, tout s'arme contre moi. Par mon exil honteux la Trappe est ennoblie ;

J'ai vu dans Saint-Denis la réforme établie ;

Le carme, le feuillant, s'endurcit aux travaux, Et la règle déjà se remet dans Clairvaux.

Citeaux dormoit encore, et la Sainte-Chapelle Conservoit du vieux temps l'oisiveté fidèle ;

Et voici qu'un lutrin, prêt à tout renverser,

D'un séjour si chéri vient encore me chasser !

O toi, de mon repos compagne aimable et sombre, A de si noits forfaits prêteras-tu ton ombre ?

Ah! Nuit, si tant de fois, dans les bras de l'amour, Je t'admis aux plaisirs que je cachois au jour,

Du moins ne permets pas...» La Mollesse oppressée Dans sa bouche , à ce mot, sent sa langue glacée; Et, lasse de parler, succombant sous l'effort, Soupire , étend les bras, ferme l'œil, et s'endort *.

4 Jamais on n'a donné un tour plus délicat et plus ingénieux à la louange; Louis X1V en fut charmé. Boileau étant à la suite de ce prince, dans un voyage qu'il fit à Strasbourg, visita l'abbaye de Citeaux, dont les moines le reçurent avec beaucoup de distinction. Quaud ils lui eurent fait voir tout leur couvent, l'un d'eux lui demanda qu'il leur montrât le lieu où lcgeait la Mollesse , comme il l'avait dit dans son Lutrin. « Montrez-lemoi vous-mèêmes , répoudit le poète en riant ; car c'est vous qui la tenez cachée avec graud soin. »

3 Oa lit au 1v° livre de l’Encide de Virgile , sur Didon mou-

rante :

Ulo graves oculos ter conata attollcre, rursus Dulicit, iutixuns stridet sub pectore vuluus.

Ter sese ottollens cubiioque innixa levavit,

Ter revoluta toro est, oeulisque errautibus alto Quæsivit cælo lucem, ingcimultque reperta.

Voici la traduction de Delille, qui, malgré des beautés réelles , u'offre qu une faible image des perfections de l'original.

A ses cris, Didon rouvre en mourant ses yeux app‘sautis; Sa forte l'abandonne. Au fo: d de sa blessure, Sou sang en bouillonnant forme un triste rurmure. Truis fois avec effort sur uu bras se dressant, Trois fois elle retombe, et d'un œil lanquirsant, Levant uu long regard vers le céleste empire, Cherche un dernier rayon, le rencontre , et soupire.'

Ce dernier vers, quoique, heureux n'exprine pas, comme

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