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Car lors ne se porront répondre Ne gent clergies, ne gent laies,
Et Diex vous monstrera ses plaies !
Se il vous demande la terre
Où por vous vout la mort soufferre, Que direz-vos? — Je ne sai qoi.
Li plus hardi seront si qoi,
C'on les porroit penre à la main :
Et nous n'avons point de demain, Quar li termes vient et aprouche, Que la mort vous clorra la bouche.
Ha! Antioche, terre sainte, Com ci a dolereuse plainte, Quant tu n’as mès nus Godefroiz !
Li feus de charité est froiz En chascun cuer de crestien :
Ne Jone home ne ancien
N'’ont por Dieu cure de combatre.
Assez se porroit jà débatre
Et Jacobins et Cordeliers,
Qu'ils trovaissent nus Angeliers, Nus Tancrès, ne nus Bauduins; Ainçoins lèront ans Réduins Maintenir la terre absolue,
Qui par défaut nous est tolue;
Et Diex l'a jà d'une part arse.
D'autre part viennent cil de Tharse ; Et Coramin et Chenillier Revendront por tout escillier.
Jà ne sera qui la deffande.
Se mesires Giefrois me demande
laïcs ne pourront user de subterfuge alors, et Dieu vous montrera ses plaies. S'il vous demande la terre où il souffrit la mort pour vous, que direzvous? — Je ne sais quoi. Les plus hardis seront tellement cois, qu'on les pourrait prendre à la main. Songez donc que nous n’avons pas de demain, que le terme vient et approche où la mort vous clora la bouche.
Ah! Antioche! terre sainte! comme tu dois te plaindre de n'avoir pas un Godefroy ! — Le feu de charité est refroidi au cœur de chaque chrétien. Les jeunes gens et les vieillards n’ont pas souci d'aller combattre pour Dieu. Il se passera bien des débats entre les jacobins et les cordeliers avant qu'on re trouve un Angelier, un Tancrède, un Baudouin. Et pendant ce temps, on laissera les Bédouins maitres de la terre sacrée, qui nous est ravie par notre faute, Dieu l’a déjà brûlée d'une part ; et maintenant voilà ceux de Tharse qui reviennent, et Corasmin et Chenillier reviendront pour tout ravager. Il n'y aura plus personne pour la défendre. Si messire Geoffroy me demande secours, qu’il cherche qui lui en donne, car pour moi, je n'en vois pas le moindre préparalif; et plus je sermonnerais à ce sujet, plus je nuirais à ses demandes. Mais notre vie à un terme : qui fera bien ici-bas en sera récompensé après sa mort.
PE