‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 72 sur 914 · LRANNS SE UTTS RER ENTREE RS ITS · texte numérisé non relu

LRANNS SE UTTS RER ENTREE RS ITS

Secors , si quiére qui li face,

ce Que je n'i voi nule autre trace;

Quar com plus en sermoneroie,

Et plus l’afère empireroie.

Je Cis siècles faut : qui bien fera

se Après la mort le trovera. | :

se EXPLICIT ‘ !

La complainte d'Outre-Mer.

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Nous trouvons dans une excelleite notice publiée en 4854, par M. Achille Jubiual, auquel nous devous

* Chez les anciens, les livres n'étaient point, comme chez nous, formés de cahiers mis les uns à côté des autres ; ilsse composaient de feuiiles roulées autour d'un morceau de bois ou d'ivoire arrondi. Pour lire une page, il fallait donc nécessairement la dérouler peu à peu, et lorsqu'on était arrivé à la fin, on disait : evplieit, c'est-à-dire il n'y a plus rien à dérouler. De là vient ce mot que nous retrouvons chez nos ancètres au moyen-âge, bien qu'ils eussent, eux, des manuscrits dont la forme était parcille à celle de nos livres actuel .

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plusieurs monuments inédits de notre ancienne poésie, les renseignements qui suivent sur l'auttur de la pièce qui précède :

« Rutcbeuf, ou plutôt Rutcbuef, comme on lit dans les manuscrits, reçut, selon toule probabilité, le jour à Paris. S'il füt né dans l’une de nos provinces, nous p'aurions point manqué de rencontrer dans le dialecte dont il se sert un certain nombre de termes patois originaires du pays qui l'aurait élevé; mais nnl endroit de son parler ne laisse entrevoir qu'il ait jamais demeuré autre part qu'à Paris. On doit croire qu'il n'y pratiquait

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point, ainsi qu’un poète venu après lai (Villon), l'etat de voleur sur la chaussée du Temple: muis les plaiutes continuelles et touchantes que lui ‘arrache sa pauvreté prouvent que, bien loin de porter une couronne, comme Thibaut de Navarre, son contemporain, il se trouvait réduit aux dernières extrémités. « Je suis sans cote , s'écrie- » t-il, sans lit, je tousse de froid, je bäille de faim , je ne » sais où aller, et il n’y a personne qui soit aussi misé- » rable que moi d’ici à Senlis. »

» Eu d’autres endroits, il dit qu’il est fort embarrassé pour parler de sa pauvrelé, tant il y a abondance de matière. « Voici l'hiver, ajoute-t-il, voici la glace , et je n'ai » pas à la maison deux douzaines de büches : j'ai les côtes » nues; mes pots sont cassés et brisés ; je ne trouve plus » à emprunter, parce que je n'ai plus rien à engager; » enfin :

e Nès la destruction de Trole, » Xe fut ol grunt comme est la moie. =

(Depuis la destruction de Troie, il n'y en a pas eu d'aussi grande que la mienne.)

» C'est au milieu de ces jérémiades répétées qu’il nous apprend tout à coup qu'il n’est point ouvrier en mains. li dit , dans une de ses pièces, qu'il fait des rimes sur les uns pour plaire aux autres, et qu’il a peur que cela rompromette gravement son salut. Malgré tout l'esprit dont ces rimes font foi, il parait que ceux qui les lui commandiient ne le trouvaient pas assez caustique ou n'étaient pas très-généreux, car il ajoute à la longue kyrielle de’ses misères qu'il u’a pas de quoi avoir du pain, qu’il ne veut pas que l'on sache où il demeure, à cause de sa pénurie,

et que ce qui lui fait le plus de peine, c’est de revenir ho-

cher chaque jour à sa porte les mains vides. « Ah! s'écrie- » t-il alurs, Dicu n’a pourtant auprès de lui aucun mar- » tyr qui ait soufiert autant que moi.

s S'il ont été par lul de fet, » Rosil, Jlapidé ou détret, » Je n'en dout mie, e \ès Jor patne fut tost finie, ° Lt ce durra toute ma vie. »

» Cependant la plupart des pièces de Rutebeuf sont adressées à de grands seigneurs, tels que le comte d'Anjou, le comte de Toulouse , etc., et il n’est point permis de croire que ces princes le récompensassent mesquinement. Le trouvère ne cache point d’ailleurs que le bon cuens de Poiliers l'a aidié plus d'une fois et mult volentiers. D'où venait donc sa pénurie ? Hélas! c’est qu'il faut bien le reconnaitre, les malheurs du temps avaient renda ayares les plus prodigues, et les croisades tarissaient tous les trésors, excepté ceux du clergé. Après tout, je pencherais aussi à croire que dans la misère de Rutebeuf il y avait un peu de sa faute. Voici, en effet, comment il s'exprime à propos du jeu de dés :

Li dés que 1! dettier ont fet, M'ont de ma robe tout deffet; Li dé m'occient, li dé m'aguctent et esplent, Li dé m'assullient et déffiunt, ec.

» Or,à moins d'admettre ici une forte ex1gération poétique, il faut convenir que Rutebeuf était suffisamment joueur.

» Je ne voudrais pas cependant le condamner trop légèremcnt, de peur de commettre une injustice. Sa misère pouvait proveuir d'autres causes plus excusables. Ainsi nous savons qu'il avait fait la folie de prendre femme, quoique sans beaucoup de bien. Le poète se représente couché dans un lit, où il est retenu par la maladie depuis tro's mois ; sa femme esl étendue dans an autre, ayant un second enfant sur le chantier , tandis que la nourrice du premier est là qui demande de l’argent , etc. »

Là ne s’arrètent pas les infortunes de Rutebeuf, et son historien, M. Jubinal, en fait une énumération fort curieuse, mais dans laquelle nous n’evtrerons pas. Au reste, selon lui, Rutebeuf vécut ou dut être connu à partir de 1250 jusqu'à 1500. Du moins les pièces qu'il a laissées ne contieuneut aucun renseignement sur des faits passés avant ou après ces deux dates.

Ea général, le caractère de la roésie de Rutebeuf est J'irouie el la causticité. 11 fouette à droite et à gauche, s'inguiétant peu de savoir si c'est un prélat ou un chevalier que sa lauière cinglera. En effet, s'ilne ménage point les premiers, il ne se montre guère plus réservé à l'égard des seconds , auxquels il adresse ces paroles : Que le siècle a bien changé; — qu'un loup blanc a mangé tous les chevaliers loyaux et preux, et que c'est sans doute pour cela qu'il n'y en a plus. Un fait qui peut servir à montrer quelle iuflucnce durent excrcer les croisades sur la sociéié d'alors et sur l'esprit français en particulier, c'est que Rutebeuf, dans la plupart de ses pièces même les plus étrangères à la politique , ramène sans cesse les guerres sain!es. Il s'occupe aussi beaucoup des querelles de l'Uuiversilé avec les ordres religieux, et célèbre la mort des princes ou des grands personnages, dans des planctus (complaintes) ou espèces d'oraisons funèbres écrités en vers. La Bibliothèque royale possède quatre manuscrits qui contiennent environ soixante pièces de Rutebeuf, dont M. Jubinal promet une édition complète. On distingue surtout parmi ellesune Moralité inédite jusqu'à ce jour (le Miracle de Théophile), qui prouve que notre théätre français remonte à une origine bien plus ancienne que la da'e de 1402 qu'on lui assigne gévéralement, et que nous-mêmes, dans notre préface, nous avons adopiée comme époque de l'établissement officiel de nos Mystères.

M. Jubinal croit pouvoir placer l'époque de la composition de la complainte d'Outre-Mer en 1264 et 1268; car Rutebeuf y parle de secours demandés par Geoffroy de Sargines , ainsi que de la Terre-Sainte, qui est en grande tribulation. Or, en ce dernier temps, Bibirs enlevait, l'une après l’autre , aux chréiiens toutes leurs conquètes ; et telles étaient les plaintes des fidèles d'outre-mer, qu'elles finirent par décider saint Louis à proclamer sa seconde expédition el à envoyer, deux ans auparavant, des sccours considérables à Geoffroy de Sargincs, qui se maintenait dans Acre, depuis la première croisade, contre tous les efforts des Sarrasius.

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