‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 728 sur 914 · CRIER RE · texte numérisé non relu

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‘ Puis, sur le soir, à nos musetles, Ouir répondre les coteaux, Et retentir tous nos hameaux De hautbois et de chansonnettes !

Mais hélas! ces paisibles jours Coulent avec trop de vitesse ; Mon indolence et ma paresse N'en peuvent arrêter le cours.

Déjà la vieillesse s'avance, Et je verrai dans peu la mort Exécuter l'arrêt du sort,

Qui m'y livre sans espérance.

Fontenay, lieu délicieux, Où je vis d'abord la lumière,

Chaulieu ( Gaïflaume Ampic de), naquit à Fontenay, daus le Vexin vormand, en 1639. Son père, maitre des comptes à Rouen et consciller-d'état à brevet, avait été employé à des négociations importantes par la reine-mère et le cardinal Mazarin. Le jeune Chaulieu se distingua de bonne heure par les agréments de son esprit, et mérita l'estime ct l'amitié des ducs de Vendôme, qui lui procurèrent trente mille livres de rentes en bénéfices. J1 avait fixé son séjour au Temple, où se réunissaient avec lui des disciples d'Épicure et des esprits délicats. Élève de Chapelle et de Bachaumont , Chaulieu se distinguait dans cette société choisie par le charme de son esprit, la gaicté de son caractère, et par son talent poétique ; il vivait et chantait comme le vieillard de Téos ; aussi l'avait-on surnommé l'Anacréon du Temple.

Voltaire a caractérisé ainsi Chaulieu dans le Temple du goût :

Je visorriver en ce lieu

Le bri.lant nbbé de Chaulleu, Qui chantait en sortant de table :

ll osalt caresser le dieu,

D'un air famliler mats aimable:

sa vive imagination

Prodiguslt dans sa douce ivresse Des beautés sans correction,

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Bientôt , au bout de ma carrière, Chez toi je joindrai mes aieux.

Muses, qui dans ce lieu champêtre Avec soin me fites nourrir ;

Beaux arbres, qui m'avez vu naître, Bientôt vous me verrez mourir.

Cependant du frais de votre ombre J1 faut sagement profiter,

Sans regret , prêt à vous quitter Pour le manoir terrible et sombre,

Où des arbres dont tout exprès, Pour un plus doux et long usage, Mes mains ornèrent ce bocage, Nul ne me suivra qu'un cyprès.

Qui choqualent un peu la justesse, Et respiralent la passion.

Dans le même ouvrage de Voltaire, le dieu du goùt

avertit Chaulieu de ne pas se croire le premier des bons

poëtes , mais le premier des poêtes négiigés. Chaulieu, né avant ‘Rousseau, appartient au dix-septième siècle, quoiqu'il ait vu les vingt premières aunées du dixbuitième ; nous l'avons placé dans ce dernier, parce qu'il a écrit ses plus charmantes pièces dans ce siècle , et surtout parce que le tour original de son esprit, son uaturel, sa facilité, sa verve, la mélodie de ses vers, servent à montrer ce qu'on peut désirer dans son ami Rousseau, qui vécut jusqu'en 1741. Ce dernier , dans les stances à Chaulieu , semble imiter sa douceur et sa grâce, mais il n'a pu saisir ce qu'on pourrait appeler la desinvoltura de la muse épicurienne du Temple. Au reste, Jean-Baptiste. dans l'ode au comte du Luc, nous a fait un aveu qui est un jugement ; il dit de lui même :

Je n'ai po!nt l’heureux don de ces esprits faciles.

Chaulieu mourut à Paris dans sa maison du Temple, le 25 juin 1720. ägé de quatre-vingt-un ans. Son corps fut transporté à Fontenay, ct inhuiné près des arbres qui l'avaient vu naître.

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