‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 764 sur 914 · THYESTE · texte numérisé non relu

THYESTE

Plus terrible pour moi, dans ces cruels moments, Que le tombeau, le spectre et ses gémissements. J'ai cru voir le barbare entouré d: furies;

Un glaive encor fumant armait ses mains impies ; Et, sans être attendri de ses cris douloureux,

Il semblait dans son sang plonger un malheureux. Ærope , à cet aspect, plaintive, désolée,

De ses lambeaux sanglants à mes yeux s'est voilée. Alors j'ai fait pour fuir des efforts impuissants : L'horreur a suspendu l'usage de mes sens ;

A mille affreux objets l'âme entière livrée,

La frayeur m'a jeté, sans force, aux pieds d'Atréc. Le cruel d'une main semblait m’ouvrir le flanc, Et de l'autre , àlongs traits, s'abreuver demon sang Le flambeau s’est éteint ; l'ombre a percé la terre, Et le songe a fini par un coup de tonnerre.

Destiné à la robe par son père, Crébillon fit en censéquence son droit à Paris, fut reçu avocat, et entra dans l'étude d'un procureur. Ce procureur, homme d’e-prit et de discernement, en entendant son jeune clerc parler avec éloquence et entrainement des chefs-d'œuvre de la scène , lui conseilla de renoncer au barreau pour suivre l'impulsion de son génie. Crébillon, excité par ce conseil, et encure plus par une voix intérieure et puissante à laquelle il rési:tait en vain , se hasarda d: lire une pièce aux comédiens du roi. Cette pièce fut rejetée ; mais la tra-

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