MARIUS A MINTURNES
La inort de Marius vous livre l'Italie.
Mais Sylla, cependant, ne recueille-t-il pas :
Cet absolu pouvoir, objet de nos débats ?
Favorable à ses yeux, mon désespoir seconde
Son orsueil qui l'appelle à l'empire du monde! Est-ce ainsi que mon cœur apprit à le hair?
Son plus fidèle ami le peut-il mieux servir ?
Ah ! quels que soient les maux dont le sort nous délivre, Montrons-nous Marius, en osant encor vivre ; Dussé-je encor m'attendre à de plus grands revers, Je ne puis me résoudre à céder l'univers.
Vivous, tant que ce noble et puissant héritage D'un autre que mon fils peut être le partage; Vivons, tant qu'un sénat guidé par l'intérêt N'aura pas à mes pieds révoqué son arrêt;
Vivons, tant que ce bras, pour victoire dernière , N'’aura pas à Sylla fait mordre la poussière ; : Vivons, le Ciel le veut, En ces lieux j'aperçois L'abri qui m'est offert sous ces rustiques toits. C’est chez l'infortuné que la pitié se trouve :
Sans peine on compatit au malheur qu'on éprouve. À travers tant d'écueils les dieux qui m'ont sauvé, Au plus obscur trépas ne m'ont point réservé. Leurs mains qui Sous mes pas aplanissent la route, Pour un grand avenir m'ont conservé sans doute. Éprouvons les destins, fatiguons leur courroux ; Voyons si le malheur est plus constant que nous.
Aruault (Antoine-Vincent), né à Paris en 1766, fut nommé, en 1785, secrétaire du cabinet de Madame. Deux ans après , il occupa une place à peu près semblable chez Monsieur, depuis Louis XVIII. La révolution avait déjà éclaté, quand le jeune Arnault débuta dans la carrière dramatique. Les deux tragédies de Marius à Minturnes et de Lucrèce, obtinrent, vers la fin de 1791, ua succès légitime. Après les événements du 10 août 1792, ilse retira en Angleterre , puis à Bruxelles. Arrèté à Dunkerque , comme émigré , il ne tarda pas à recouvrer sa liberté, dont il profita pour faire successivement repré-eoter les opéras d'Horatius Coclès, de Phrosine et Mélidor , ainsi que les tragédies de Cincinnatus et d’Osrar. En 1797, le général Bonaparte le chargea d'organiser le gouvernement des iles Ioniennes. Il employa les loisirs que lui ltissèrent ses fonctions à composer sa pirce des Venitiens. Lors de l'expédition d'Égypte, l'auteur de Marius suivit le général en chef jusqu'à Malte, d'où il revint en France. Le bâtiment qu'il mont:it ayant été pris par les Anglais, Arnault dut sa délivrance à la générosité du capitaine de vaisseau Jarnes Gootes. Après avoir relouché sa tragédie des Fénitiens, il la donna au théâtre en 1799. La même année l'Institut lui ouvrit ses portes. Appelé , quelques mois après , à la division de l'instruction publique , au ministère de l'intérieur, alors occupé par Lucien Bonaparte, Arnault accompagna le frère du premier consul en Espagne, et fut reçu membre de l'Académie de Madrid En 1808, lors de l'organisation de l'Université , il reçut la place de conseiller ordinaire et celle de secrétaire général de cette administration. Occupé du travail préparatoire pour le Dictionnaire de l'Arademie, Arnaalt consentit encore à rédiger et à classer les rapports demandés à chaque classe de l'Institut. Ea 4813, il eut l'honneur d'être admis parmi les membres de la Société royale de Naples. Après l'abdication de l’empe-
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reur, qui l'avait accablé de bontés, Arnault alla au-devant du roi à Compiègne, ce qui ne l'empêècha pas de perdretous ses emplois. Napoléon, de retour, les lui rendit. Nommé provisoirement administrateur général de l'Université, Arnault devint aussi membre du conseil général du département de la Seine ; quelques jours aprèsil fut élu député. Sa conduite comme membre de Ja chambre houore sou patriotisme et son courage. A la seconde restauration, une ordonnance royale l'exila de la France. 11 vécut tantôt en Belgique , tantôt en Hollande, trouvant dans le commerce des muses et dans la société des hommes de lettres de douces con:olations. Rappelé en novembre 1819, il eut la douleur de se voir exclus de l'Institut. La révolution de juillet Jui rendit sa place à l'Académie. 11 mourut en 1855. Tous les ouvrages d’Arnault ont des pariies marquées au coia du talent ; ‘ainsi, par exemple, dans la tragédie de Lucrère, la folie simulée de Brutus est devenue un ressort éminemment dramatique. Il y a encre de belles choses dans la pièce de Cincinnatus, représentée avec succès. sous la terreur, et dans les l’énitiens, qui durent surtout leur fortune aux rôles de Blanche et de Mont-Cassin. Germaænicus, qui n'oblint qu'une seule representation, et fut arrêté au milieu du triomphe de l'auteur alors exilé, est peutêtre le meilleur de ses ouvrages. Comme Chénier, Aruault a su faire d'heureux emprunts à Tacite. Les rôles de Pison, de Plancine , son ambitieuse et cruelle épouse, forment le plus habile contraste avec le noble caractère de Germanicus. Arnagalt a laissé, en mourant , une tragédie de Guillaume, remarquable à plus d'un égard. Soa recueil de fables est es imé. Arnault avait de l'élan, de la force, de l'inspiration tragique ; mais son style inégal, incorrect, plein de rudesse, manque des qualités que le goùt et le travail peuvent seuls obtenir.