SÉJAN
S'il en voulait sortir, n'a-t-il pas un parti? N'en peut-il pas sortir en dépit de lui-mème ? L'étranger le chérit, le peuple romain l'aime, Le sénat l'idolâtre , et leur commun appui Peut à l'empire un jour le porter malgré lui.
Éccutons plus loin les maximes des cours corrompues et la politique des méchants princes :
SENTIUS.
Mais quoi! Germanicus n'est-il plus vertueux ? SÉJAN.
Ce doute, je le crois, surprendrait fort Tibère.
Un fils innocemment fait-il trembler son père ? Un prince innocemment.. Mais sur de tels secrets
Pourquoi donc arrêter nos regards indiscrets ? Tibère a prononcé ; que voulez-vous encore?
Ignorons, croyez-moi , ce qu'il veut qu’on ignore; Imprudent serviteur, voulez-vous aujourd'hui Vous établir arbitre entre son fils et lui ?
Ah! loin de consulter, dans le doute où nous sommes, Cette équité qu'on doit au vulgaire des hommes, Examinons, seigneur, d'un œil désabusé,
Quel est l'accusateur et quel est l'accusé.
Songeons aux droits du trône, à cette politique Qui fonde et qui maintient la sûreté publique,
Et sans éclat surtout s'applique à prévenir
Ces crimes qui, commis , ne peuvent se punir. N'oublions pas, enfin, qu'ici tout est mystère; Qu'un prince en voyant tout quelquefois doit tout taire, Et sous un voile épais savoir habilement
Ainsi que le forfait cacher le châtiment.
Frapper sans bruit, seigneur , tel est l’ordre suprème.
Opposons à cette citation le portrait de Germanicns tracé par le fils de Pison.
us Votre esprit prévenu,
Dans ce héros, ma mère, aurait-il méconnu
Et ce vaste génie et ce grand caractère
Qui dans Jule annonçaient le maitre de la terre? Actif, infatigable, invaincu comme lui,
Quand je le vois de Rome et l'amour et l'appui, Tempérant la fierté des vertus héroïques
Par la simplicité des vertus domestiques,
Être mème adoré des rois qu’il a vaincus; J'admire, ah! disons mieux, j'aime en Germanicus, Jeune encor par son âge et vieux par ses services, Les vertus de César affranchi de ses vices.
Germanicus veut entier Agrippine de rester avec lui au milieu des lésions révoltées.
Pourquoi t'abandonner à tant d'emportement ? Crains d'imiter Plancine , en son delire extrème, Et redoute l'excès jusqu'en la vertu même.