‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 800 sur 914 · ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VII

UE veut dire ceci?

LE COMTE

J'ai mes raisons.

LYCANDRE.

Pourquoi Marquez-vous tant d'ardeur à l'éloigner de moi?

LE COMTE

Aux regards d’un valet dois-je exposer mon père ? LYCANDRE.

Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misère : Voilà votre motif ; et, loin d'être charmé

De me voir près de vous, votre orgueil alarmé Rougit de ma présence, il se sent au supplice. De sa confusion votre cœur est complice,

Et, tout bouffi de gloire, il n'ose se prêter

Aux tendres mouvements qui devraient l'agiter. Ah! je ne vois que trop, en cette conjoncture, Qu’une mauvaise honte étouffe la nature.

C'est en vain qu’un billet vous avait prévenu ; Et je me suis trompé, croyant qu’un inconnu

Vous corrigerait mieux qu'un père misérable, Qu'à vos yeux la fortune a rendu méprisable.

LE COMTE

Qui? moi, je vous méprise ? Osez-vous le penser ?

Qu'un soupçon si cruel a droit de m'’offenser !

Croyez que votre fils vous respecte, vous aime. LYCANDRE.

Vous? Prouvez-le-moi donc, et dans ce moment même.

LE COMTE

Vous pouvez disposer de tout ce que je puis.

Parlez. Qu'exigez-vous ?

LYCANDRE |

Qu'en l'état où je suis,

Vous vous fassiez honneur de bannir tout mystère, Et de me reconnaitre en qualité de père, Dans cette maison ci. Voyons si vous l'osez.

LE CONTE

Songez-vous au péril où vous vous exposez ?

LYCANDRE.

Dois-je me défier d'une honnête famille ?

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Alons voir Lisimon ; menez-moi chez sa fille. .

LE CONTE

De grâce, à vous montrer ne soyez pas si prompt ; Vous les exposerez à vous faire un affront.

Vous ne savez donc pas jusqu'où va l'arrogance D'un bourgeois anobli, fier de son opulence ?

Si le faste et l'éclat ne soutiennent le rang,

Il traite avec dédain le plus illustre sang ; Mesurant ses égards aux dons de la fortune,

Le mérite indigent le choque, l'importune,

Et ne peut l’aborder qu'en faisant mille efforts Pour cacher ses besoins sous un brillant dehors. Depuis votre malheur, mon nom et mon courage Font toute ma richesse; et ce seul avantage, Réchauffé par l'éclat de quelques actions,

M'a tenu lieu de biens et de protections.

J'ai monté par degrés, et, riche en apparence,

Je fais une figure égale à ma naissance,

Et sans ce faux relief, ni mon rang ni mon nom N'auraient pu m'introduire auprès de Lisimon.

LYCANDRE.

On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire. Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre gloire;

Destouches (Philippe-Néricault) naquit à Tours en 1680. On croit généralement qu'après avoir dirigé quelque temps une troupe de comédiens en province, il entra, en qualité de secrétaire, chez M. de Puisieux, ambassadeur à Soleure. C'est dans ce te ville:qu'ilfit jouer le Curieutimpertinent,comédieentinq actes et en vers, dont le succès fut brillant ; jouée plus tard sur la scène française, elle ne reçut du public qu'un accueil assez froid. La seconde pièce de Destouches est l’Ingrat, en cinq actes et en vers, où l'on trouve d’heureux détails et d'assez jolies scènes ; malheureusement le sujet n'avait rien de comique, car l’ingratitude n’est pas un ridicule, mais un vice odieux. L’Irrésolu, qui vint après l’Ingrat, ne réussit que faiblement ; l'action est trafnante et le cadre trip vaste pour le sujet, qui n'exigeait pas plus d'un acte. Le Médisant eut un meilleur sort et se soutint longtemps à la scène. En 1717, Destouches, qui s'était concilié l'estime du régent, partit pour l'Angleterre avec le cardinal Dubois, et se vit chargé , à son retour, de plusieurs missions assez importantes. À la mort du régent, il se retira à Melun; peu de temps après, l'Académie lui ouvrit ses portes. Dès ce moment, Destouches résolut de se <ousacrer exclusivement aux lettres. Le triple Mariage,

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Mais pour moi, qui ne suis ni superbe ni vain, Je prétends me montrer, et j'irai mon chemin.

LE COMTE

Différez quelques jours : la faveur n'est pas grande; Je me jette à vos pieds, et je vous la demande.

LYCANDRE.

J'entends. La vanité me déclare à genoux

Qu'un père infortuné n'est pas digne de vous. Oui, oui, j'ai tout perdu par l’orgueil de ta mère, Et tu n'as hérité que de son caractère.

LE COMTE

Eh! compatissez donc à la noble fierté

Dont mon cœur, il est vrai, n'a qne trop hérité. Du reste, soyez sûr que ma plus forte envie Serait de vous servir aux dépens de ma vie.

Mais du moins ménagez un honneur délicat ;

. Pour mon intérêt même évitons un éclat.

LYCANDRE.

Vous me faites pitié ! Je vois votre faiblesse,

Et veux, en m'y prêtant, vous prouver ma tendresse, Mais à condition que si votre hauteur

Eclate devant moi, dès l'instant.

comédie en un acte et en prose , et l’Obstarle impréru, joués successivement aux appliudissements du public, n'étaient que les préludes du Philosophe marié , le chef-d'œuvre de l’auteur. Dialogue naturel et dramatique, style vif et élégant, conduite habile des scènes, telles sont les qualités de cette comédie , qui est restée au répertoire du Théâtre-Fronçais. Destouches essuya néanmoins de vives critiques, et y répondit par l’Envieux, pièce en un acte et en prose. Le Glorieux (1732) oblint un succès complet et fut préféré, par quelques personnes, au Philosophe marié. Le Dissipateur ferma cette série de triomphes qui avaient valu à Destouches une des réputations les plos brillantes de son époque. Il donna depuis l’Ambitieux et l'Indiscret, tragi-comédie en cinq actes et en vers (1737): la Belle Orgueilleuse ou l'Enfant gäté, comédie en un acte (1751); l’Amour usé, en un acte et en prose ; l'Homme singulier ; la Force du naturel : le Mariage de Colin et de Ragonde, écrit pour un divertissement de la cour. Destouches mourut le 4 juillet 1754. Deux de ses comédies posthumes ont été favorablement accueillies, la Fausse Agnès et le Tambour nocturne. à

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