ACTE IV, SCÈNE IX
ON père ! ah! juste ciel !
COURVAL, bien tendrement.
Eh ! bonjour, mon cher fils.
SAINT-FONS
+ Mon père. vous avez fait un heureux voyage? | COURVAL.
Très-court; j'avais compté demeurer davantage. SAINT-FONS.
Vous vous portez fort bien ?
COURVAL
Des mieux ; mais toi, qu'as-tu ?
SAINT FONS
Rien du tout.
COURVAL
Je ne sais , je te trouve abattu.
SAINT-FONS
Cependant ma santé.
COURVAL
Tu t'en montres prodigue; Toujours l'esprit bouillant et le corps en fatigue.
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| Eh quoi! mon fils, toujours courir et s'agiter !
Il faut être de fer pour toujours résister.
SAINT-FONS
Mais tous les jeunes gens font ce qu'on me voit faire. COURVAL.
Tu veux donc, mon ami, chagriner ton vieux père ?
Il n’a pour héritier, pour tout soutien que toi;
Et tu veux l’en priver et finir avant moi!
SAINT-FONS
Mon père, je ne sais.
| COURVAL, tendrement.
| On dit que la vieillesse Censure à tout propos, réprimande sans cesse ; Mais il faut convenir , d’après ce que l'on voit, Que vous êtes, messieurs, censurés à bon droit. Ne peut-on s'amuser sans toutes ces folies , Ces courses, ces excès, ces bruyantes parties ? Passer la nuit à table et le jour à cheval, Aller, pour tout repos, dormir une heure au bal;
‘ Se réveiller, jouer et perdre sur parole;
Courir, pour s'acquitter, chez un juif qui vous vole; Egarer sa raison dans des flots de liqueur,
A des liens honteux abandonner son cœur ;
Périr d'ennui , bäiller, en disant qu'on s'amuse :
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C’est ainsi qu’ils funt tous, et que la santé s'use. SAINT-FONS.
Pour me révler, mon père, en tout sur vos désirs. :
COURVAL , plus tendrement.
Je ne suis pas, mon fils, ennemi des plaisirs :
Hs sont faits pour ton âge, ils sont dans la nature, Mais je veux, mon ami, qu'on fasse feu qui dure, Qu'on soit, pour mieux jouir, ménager de ses goûts, De crainte, avant trente ans, d'être blasé sur tous. Crois-en, mon fils, crois-en l'expérience et l'âge. Encore un mot : dis-moi , pourquoi cet équipage , Qui montre en sa conduite un homme peu rangé ? À sept heures du soir, pourquoi ce négligé,
Cet indécent gilet et cette bigarrure
Qui du haut jusqu'en bas compose ta parure ?
Peut-on rester ainsi! Mon cher ami, je voi
> Que ton laquais souvent est mieux vêtu que toi.
Doit-on se présenter habillé de la sorte ?
SAINT-FONS
C’est la commodité, la saison qui m'y porte.
COURVAL
Si quelque autre motif... ta bourse, par hasard, Ne te permettait pas. en ce cas, fais-m’en part. Ta pension est forte et plus que suffisante Pour te faire exister d’une façon décente; As-tu, malgré cela, quelque nouveau besoin?
Garde-toi, mon cher fils, d'aller chercher plus loin, De recourir jamais à quelque autre ressource : Je puis fournir à tout ; viens puiser dans ma bourse; Je te l'ai, tu le sais, plus d'une fois offert. Viens donc à moi, Saint-Fons, demande à cœur ouvert; Vois le meilleur aini dans le plus tendre père, Et donne-lui toujours ta confiance entière.
SAINT-FONS, à part.
Son amitié m'accable, à coup inattendu!
COURVAL , à part.
Il se trouble... il s'émeut... Ah ! mon fils m'estrendu! Haut.
Tu ne me réponds point? J'ai deviné, je pense. SAINT-FONS.
Mon père !
COURVAL
Allons, voyons, fais-moi ta confidence.
SAINT-FONS
Demander tant d'argent sans en dire l'emploi! COURYAL.
Comment ! tu ne veux pas, mon fils, l'ouvrir à moi? Qui peut te retenir ?
SAINT-FONS , à part.’ Que sa bonté me touche !
| COURVAL
Je ne puis donc tirer un seul mot de ta bouche ? SAINT-FONS.
A part. Haut.
Osons lui dire tout. allons... Mon père!
COURVAL
Eh bien ?
Achève.
SAINT-FONS
À part. Haut.
Je ne puis. Je n’ai besoin de rien.
Vos offres m'ont touché ; mais je vous en rends grâce.
COURVAL
Dans an autre moment, cela peut trouver place. A part.
Tous mes efforts sont vains; rien ne peut l'ébranler : Sortons, cachons mes pleurs, qui sont près de couler. I sort.
SAINT-FONS, Seul.
Il sort! Ah! respirons. Quelle atteinte mortelle À porté dans mon cœur sa bonté paternelle !
Je ne le paierai point de cet indigne prix.
Quoi qu'il puisse arriver, le dessein en est pris : La voix de la vertu parle et se fait entendre.
SAINT-FONS, s'appuyant sur le bras d’un fauteuil. | .
Mes genoux sont tremblants ; la force m'abandonne.….
MADAME COURVAL
Quoi! Saint-Fons, vous auriez ?… SAINT-FONS.
Sur moi que le Ciel tonne!
Si jamais.
MADAME COURVAL
Qu'avez-vous? vous me faites frémir.
SAINT-FONS
Ce que j'ai! ce que j'ai! je n’ai plus qu'à mourir ! Mon père.
MADAME COURVAL
Eh bien ?
SAINT-FONS
Sait tout.
MADAME COURVAL. | Ah! j'ai la mort dans l’âme
SAINT-FONS
Oui, mon père sait tout, il est instruit, madame, C'en est fait pour jamais : ce jour fatal me perd. J'entre chez lui. je vois son secrétaire ouvert;