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J'approche, et ce billet frappe soudain ma vue : « À mon coupable fils. »
MADAME COURVAL
Que je me sens émue!
SAINT-FONS, lisant.
« Puisqu'un lien fatal a pour vous tant d'appas,
Qu'il vous fait renoncer à votre propre estime,
Je veux du moins vous épargner un crime :
Acceptez.. ne dérobez pas. »
Pieyre (Pierre-Alexandre), né à Nimes, le 30 avril 1759, d’une famille protestante qui y faisait le commerce, fut envoyé à Paris pour son éducation. A son retour chez son père, il s'occupa peu du commerce et beaucoup de littérature ; le théâtre devint surtout l'objet de ses études favorites. C'était l'époque où les comédies et les drames de Beaumarchais avaient fait, aux applaudissements du public , une véritable révolution à la :cène , en introduisant des passions nouvelles peintes avec verve et chaleur. Le jeune auteur, loin de suivre la brillante mais périlleuse carrière ouverte par l'auteur du Figaro , essaya de ramener le théâtre à son ancienne simplicité. L'École des Pères , comédie en cinq actes et en vers, fut jouée à Paris en 1787 : elle réussit complétement et eut quarante représentations. La morale de’ cette pièce valut à l'auteur un témoignage de la satisfaction du roi, qui lui fit envoyer une riche épée. Attaché dès - lors à l'éducation de S. A. le duc de Chartres, aujourd’hui roi des Français, Pieyre lui dédia s1 pièce et appartint à la maison du prince. Il le suivit à Vendôme, à Valenciennes et à Metz, en 1792; mais les événements de la révolution le forcèrent ensuite de se retirer dans les Cévennes, avec sa femme qui était la veuve de Barthe. Il passa à la campagne le temps de la terreur et ne revint à Piris qu'en 1799 ; il y publia {a Maison de l'Oncle, pièce que les acteurs du Théâtre-Français ne voulurent pas jouer, à cause de quelque prétendue ressemblance avec le Vieux Célibataire, de Collin. Depuis ce moment, il se contenta de faire imprimer ses œuvres littéraires et renonça à solliciter leur représentation. Il en fit paraitre deux volu-
MADAME COURVAL
Quel homme ! quel billet ! Ce procédé m'accable. SAINT-FONS.
Foudroyé! Frémissant de me voir si coupable, Egaré, hors de moi, j'ai voulu fuir ces lieux, Mais, en me détournant, j'ai trouvé sous mes yeux, J'ai vu. je vois encor le portrait de mon père; Il est là! son regard me poursuit et m'atterre. Où me cacher, ou fuir, loin de cet œil vengeur ? Quand je l’éviterais, puis-je éviter mon cœur ?
mes à Orléans, où il restait la moitié de l'année chez ‘% son frère , préfet du département du Loiret : c'est là que - % le trouvèrent les événements de 1814. Le prince, son °| ancien élève, l’accueillit avec bienveillance; et Pieyre, beureux de vivre au milieu de la noble famille, accepla avec reconnaissance le titre honorifique de secrétaire des commandements de S. A. R. mademoiselle Adélaïde d'Orléans. C'est ainsi qu'entouré de ceux qu'il aimait par dessus tout, vivant dans la société intime de quelques bommes de lettres et de nombreux amis , que son caractère élevé, son esprit agréable, ses mœurs pures et douces lui avaient acquis, il passa les quinze dernières années desa vie. Pieyre mourut au Palais-Ro yal, le 30 juin 1830, sans prévoir ni les événements mémorables qui, un mois plus tard, allaient surgir en France, ni la baute destinée du prince qui l'avait honoré de sa constan'e amitié. Associé de l'Institut dès l’année 1795, Pieyre fut, depuis 1816, correspondant de l'Académie des Inscriptions ‘et Belles - Lettres. Outre l’École des Péres, il a publié quelques autres comédies et plusieurs pièces de vers. L'auteur avait su retrouver le ton de la bonne comédie et fonder l'intérêt de ses pièces sur des situations et non sur des mots; et ce qui le distingue surtout, c'est l'air de candeur qui se montre et le parfum d'honnéteté que l'on respire dans tous ses ouvrages. Mais cet écrivain n'avait ni la verve comique de Molière, ni la gaieté naturelle de Regnard, encore inspiré par les Plaideurs, de Racine, auquel il a été donné, aiasi qu'au grand Coraeille , de réussir auprès de Thalie comme auprès de Melpomène. |
en À.
614 DIX-NUITIÈME SIÈCLE.