PARNY
‘Sans choix nous condamne à la vie, Et proscrit l’homme en le créant, Jupiter, rends-moi le néant. »
Aux bords lointains de la Tauride, Et seul sur des rochers déserts
Qui repoussent les flots amers, Ainsi parlait Éphimécide.
Absorbé dans ce noir penser,
J1 contemple l'onde orageuse ;
Puis, d’une course impétueuse , Dans l’abime il veut s'élancer.
Tout à coup une voix divine
Lui dit : « Quel transport te domine ?
L'homme est le favori des cieux; Mais du bonheur la source est pure.
Va, par un juste murmure,
Ingrat , n'offense plus les dieux. »
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Surpris et longtemps immobile,
Il baisse un œil respectueux.
Soumis enfin et plus tranquille,
À pas lents il quitte ces lieux.
Deux mois sont écoulés à peine,
Il retourne sur le rocher.
« Grands dieux! votre voix souveraine Au trépas daigna m'arracher ; Bientôt votre main secourable
A mon cœur offrit un ami.
J'abjure un murmure coupable; Sur mon destin j'ai trop gémi.
Vous oavrez un port dans l'orage; Souvent votre bras protecteur S'étend sur l’homme, et le mallieur N'est pas son unique héritage. »
H se tait. Par les vents ployé, Faible, sur son frère appuyé,
Un jeune piu frappe sa vue :
Auprès il place une statue,
Et la consacre à l'amitié.
Il revient après une année :
Le plaisir brille dans ses yeux ;:
La guirlande de l'hyménée Couronne son front radieux :
* J'osai, dans ma sombre folie , Blâmer les décrets éternels, Dit-il; mais j'ai vu Glycérie;
Paray (Évariste-Désiré Deforges), né àl'Ile-Bourbon, le 6 février 1753, envoyé en France à l'âge de neuf ans,
- fit de brillantes études au coliége de Rennes ; la nature
lui avait donné un cœur sensible ; la religion fut son premier amour et le fitentrer au séminaire de Saint-Firmin; il eut mème l'intention de 5e jeter ensuite à la Trape. Paray quitta bientôt la soutane pour l'uniforme et le monastère pour le monde. L'année 1773 le vit de retour dans sa patrie ; il y devint amant et poête élégiaque; revenu à Paris, il reçut les éloges de Voltaire, qui l'embrassa en l'appelant : « mon cher Tibulle. » Sous les auspices d'un frère chéri, il aurait pu paraître dans le palais des rois et suivre la route de la fortune, mais par goût, mais par philosophie, il préféra rester fidèle à sa douce obscurité. En 1789, Parny embrassa toutes les espérances de la révolution qu'il avait prévue et devancée par quelques écrits marqués d'un caractère d'indépendante. Ruiné par la chute des assignats , il ne se plaignit pas, mais if se vit réduit à demander un emploi dans les bureaux de l'instruction publique. Parny fut admis à l'Académie française le 20 avril 1805, Il avait pour titres , outre ses Élégies, plusieurs petits poëmes, parmi lesquels celui des Scandinaves, que Fontanes appelait un diamant. Il mettait aussi un très-haut prix à une imitation du Paradis Perdu, de Milton , en trois chants. Les Roses-Croix, sujet tiré de la chevalerie, quoique semés de beautés de plus d'un genre , n'obtinrent pas le même succès que les autres ouvrages de l'auteur. Parny avait beaucoup de lit-
RER mn.
J'aime, et du bienfait de la vie
Je rends grâce aux dieux immortels. »
Son âme , doucement émue, Soupire ; et, des le même jour, Sa main, non loin de la statue.
Élève un autel à l'Amour.
Deux ans après , la fraiche aurore Sur le rocher le voit encore ;
Ses regards sont doux et sereins ; Vers le ciel il lève ses mains :
« Je t'adore, à bonté suprême !
L'amitié, l'amour enchanteur, Avaient commencé mon bonheur ; Mais j'ai trouvé le bonheur mème.
Périssent les mots odieux
Que prononça ma bouche impie Oui , l’homme , dans sa courte vie, Peut encore égaler les dieux. »
Il dit : sa piété s'empresse
De construire un temple en ces lieux ; Il en bannit avec sagesse
L'or et le marbre ambitieux,
Et les arts, enfants de la Grèce; Les bois, le chaume et le gazon, Remplacent leur vaine opulence; Et sur le modeste fronton
Il écrit : 4 la Bienfaisance.
térature , il connaissait l'antiquité, il avait lu avec fruit nos grauds écrivains , il appartenait par ses sentiments et ses principes au dix-huitième siècle. + Eclairons les peuples , disait-il, nous les rendrons meilleurs et plus heureur; ils ont intérêt à ètre bons. + Voltaire avait pour lui un attrait irrésistible. Oa pourrait dire que la nature avait voulu que Parny füt le disciple de ce graud écrivain ; aussi trouvait-on en lui des traîts de Voltaire: il lui ressemblait même par la physionomie. Parny était un homme plein de droiture, indulgent pour la jeunesse , exempt de toute jalousie littéraire. Il aimait, es-
timait et plaignait souvent les femmes; il avait avec elles
le ton de la meilleure société, les manières les plus délicates. Parny épousa, en novembre ou décembre 1802, Marie-Françoise Grâce Vally qui lui prodigua jusqu’au deraier jour les soins les plus tendres. Grâce à l’ingénieuse amitié de M. François de Nantes, qui cachait ses bienfaits sous des formes admivistratives, Parny passa ses derniers jours dans une aisance que l’empereur vint accroître par une pension de trois mille francs accordée sur ma demaude. Parny cessa de vivre, le 5 décembre 1814. Une dérutition de l'Iostitut, tout ce que la littérature et les arts avaient de distingué, des parents, des amis , parmi lesquels on remarquait le comte Regoaud de Saint-Jean d'Angely, et le maréchal Macdonald accompagnèrent son convoi jusqu'au cimetière du Mont-Louis. Il y repose non loin de Delille, de Chénier , de Grétry. :
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