LES MONDES
| ] OUT passe donc, hélas ! ces globes inconstants Cèdent , comme le nôtre , à l'empire du temps; Comme le nôtre aussi, sans doute , ils ont vu naître Une race pensante , avide-de connaître :
Ils ont eu des Pascal , des Leibnitz, des Buffons. Tandis que je me perds en ces rêves profonds, Peut-être un habitant de Vénus, de Mercure De ce globe voisin, qui blanchit l'ombre obscure, Se livre à des transports aussi doux que les miens. Ah ! si nous rapprochions nos hardis entretiens! Cherche-t-il quelquefois ce globe de la terre , Qui , dans l'espace immense, en un point se resserre? À-t-il pu soupçonner qu'en ce séjour de pleurs Rampe un être immortel, qu'ont flétri les douleurs? Habitants inconnus de ces sphères lointaines, Sentez-vous nos besoins , nos plaisirs et nos peines ?
Fontanes (Louis, marquis de), pair de France , ancien grand-maitre de l’Université, naquit à Niort, le 6 mars 4757. Son père était inspecteur d’une inanufacture. Après avoir étudié dans sa ville natale, chez les Oratoriens, le jeune Louis vint à Paris, où il commença sa réputation par l'insertion de quelques pièces dans le Mercure et l'Almanach des Muses, et par sa traduction en vers de l'Essai sur l'homme, de Pope. Il publia successivement le Clottre des Chartreux, le Verger, un poëme sur l’édit de faveur des non-catholiques, et le Jour des morts dans une campagne.quiestuneimitation heureuse du Cimetière de Gray, une imitation de l'épisode du 2° livre des Géorgiques: une cantate faite pour l'anniversaire du {4 juillet 1790 ; un panégyrique en vers en l'honneur du premier consul; un poëme sur la violation des sépultures de Saint-Denis. 11 avait aussi composé un poëme épique intitulé : la Grèce sauvée. Ses meilleurs écrits en prose sont : {° la pétition qu'il adressa, eu 1794, à la Convention, en faveur des malheureux citoyens de Lyon; 2° l'éloge de Washington, prononcé aux Invalides; 3° un discours sur Napoléon, prononcé au corps législatif. On lui doit encore un grand nombre d'articles remarquables dans le Modérateur , le Mémorial et le Mercure. Sous le directoire, Fontanes vit tes portes de l’Académie s'ouvrir pour lui, et fut nommé
Connaissez-vous nos arts ? Dieu vous a t-il donné Des sens moins imparfaits, un destin moins borné ? Royaumes étoilés, célestes colonies,
Peut-être enfermez-vous ces esprits, ces génies, Qui , par tous les degrés de l'échelle du ciel, Montaient , suivant Platon , jusqu'au trône éternel. Si pourtant, loin de nous, de ce vaste empirée, Un autre genre humain peuple une autre contrée, Hommes , n'imitez pas vos frères malheureux !
En apprenant leur sort, vous gémiriez sur eux; Vos larmes mouilleraient nos fastes lamentables. Tous les siècles en deuil, l'un à l’autre semblables Courent sans s'arrêter, foulent de toutes parts
Les trônes, les autels, les empires épars,
Et, sans cesse frappés de plaintes importunes, Passtnt en me contant nos lonzues infortunes : Vous, hommes, nos égaux, puissiez - vous étre, hélas! Plus sages, plus unis, plus heureux qu'ici-bas!
professeur à l'École normale. Mis hors la loi le 18 fructidor, il se réfugia d'abord à Hambourg , puis à Londres, où ses talents lui avaient assuré déjà une vie honorable, quand Bonapartele rappela, aprèsle {8brumaire. Nommé député au corps législatif, et peu de tempsaprès, président de l’assemhlée, Fontanes eut en outre l'honneur d'être promu aux fonctions de grand-maitre de l’Université.
Quand il eut résigné la présidence du corps législatif, il
deviut membre du sénat. La restauration, en luienlevant ses diguités, le plaça dans la chambre des pairs sous le titre de marquis. Napoléon l'avait déjà nommé cote. On n'oubliera jamais qu'accablé des bienfaits de l'empereur , il rédigea le décret par lequel le sénat prononçÇa la déchéance du grand homme. Foutanes mourut le 17 mars 1821.
Ses ouvrages lui assurent parmi les hommes de lettres une place honorable. Sa prose est un modèle de correction , d'élégance , et de goût. Les mêmes qualités distinguent ses vers; mais la grande inspiration lui manque, et on lui demanderait en vain la richesse du coloris de Delille. Sila mesure, la convenance, une certaine dignité dans des éloges obligés le caractérisent comme orateur, il n'eut jamais le génie , l'âme et l'indépendance qui font les Démosthènes et les Bossuets.
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