‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 844 sur 914 · DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÈME

Celle qui vient ressemble à celle qui s'enfuit;

Ce qu'une nous apporte, une autre nous l'enlève :

Travail, repos , douleur, et quelquefois un rêve, Voilà le jour; puis vient la nuit.

Oh! qu'il pleure celui dont les mains acharnées

S'attachant, comme un lierre, aux débris des années,

Voit avec l'avenir s'écrouler son espoir!

Pour moi, qui n'ai point pris racine sur la terre,

Je m'en vais sans effort, comme l'herbe légère, Qu'en'ève le souffle du soir.

Le poëte est semblable aux oiseaux de passage,

Qui ne bätissent point leurs nids sur le rivage,

Qui ne se posent point sur les rameaux des bois :

Nonchalamment bercés sur le courant de l'onde,

Is passent , en chantant, loin des bords ; et le monde Ne connait rien d'eux que leur voix.

Jamais aucune main sur la corde sonore

Ne guida dans ses jeux ma main novice encore :

L'homme n'enseigne pas ce qu'inspire le Ciel ;

Le ruisseau n'apprend pas à couler dans sa pente,

L'aigle à fendre les airs d'une aile indépendante , L'abeille à composer son miel.

Dieu d'un souffle brûlant avait formé mon âme :

Tout ce qu'elle approchait s'embrasait de sa flamme :

Don fatal! et je meurs pour avoir trop aimé!

Tout ce que j'ai touché s'est réduit en poussière :

Ainsi le feu du ciel, tombé sur la bruyère, S'éteint quand tout est consumé.

Mais le temps ?— Il n'est plus. — Mais la gloire? — Eh ! qu'importe

Cet écho d’un vain son qu'un siècle à l’autre apporte,

Ce nom, brillant jouet de la postérité ?

Vous qui de l'avenir lui promettez l'empire,

+ Ecoutez cet accord que va rendre ma lyre.…

Les vents déjà l'ont emporté.

J'en atteste les dieux! depuis que je respire, Mes lèvres n'ont jamais prononcé sans sourire Ce grand nom , inventé par le délire humain.

Plus j'ai pressé ce mot, plus je l'ai trouvé vide, Et je l'ai rejeté comme une écorce aride

Que nos lèvres pressent en vain.

Dans le stérile espoir d'une gloire incertaine,

L'homme livre, en passant, au courant qui l'entraine

Un nom de jour en jour dans sa course affaibli ;

De ce brillant débris Je flot du temps se joue :

De siècle en siècle il flotte, il avance ; il échoue Dans les abimes de l'oubli.

Mais pourquoi chantais-tu? Demande à Philomèle Pourquoi, durant les nuits, sa douce voix se mêle

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