DIX-NEUVIÈME
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SIÈCLE
Promenant, sur un roc où passent les orages, Sa pensée , orage éternel !
Qu'il est grand, là surtout ! quand, puissance brisée, Des porte-clefs anglais misérable risée,
Au sacre du malheur il retrempe ses droits;
Tient au bruit de ses pas deux mondes en haleine, Et mourant de l'exil, gèné dans Sainte-Hélène, Manque d'air dans la cage où l'exposent les rois!
Qu'il est grand à cette heure où, prêt à voir Dieu même,
Son œil qui s'éteint roule une larme suprême!
Il évoque à sa mort sa vieille armée en deuil,
Se plaint à ses guerriers d'expirer solitaire ;
Et, prenant pour linceul son manteau militaire, Du lit de camp passe au cercueil!
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À Rome, où du sénat hérite le canclave,
A l'Elbe , aux monts blanchis de neige ou noirs de lave, Au menaçant Kremlin , à l'Alhambra riant,
11 est partout ! — Au Nil je le retrouve encore. L'Egypte resplendit des feux de son aurore ;
Son astre impérial se lève à l'Orient.
Vainqueur, enthousiaste, éclatant de prestiges, Prodige, il étonna Ja terre des prodiges. Les vieux scheiks vénéraientl'émir jeune et prudent; Le peuple redoutait ses armes inouies ; Sublime , il apparut aux tribus éblonies
Comme un Mahomet d'Occident !
Leur féerie a déjà réclamé son hi:toire.
La tente de l'Arabe est pleine de sa gloire.
Tout Bédouin libre était son hardi compagnon. Les petits enfants , l'œil tourné vers nos rivages,
Sur un tambour français règlent leurs pas sauvages,
Et les ardents chevaux hennissent à son nom.
Parfois il vieni , porté sur l'ouragan numide,
Prenant pour piédestal la grande pyramide,
Contempler les déserts, sablonneux océans;
Là, son ombre, éveillant le sépulcre sonore
Comme pour la bataille, y ressuscite encore Les quarante siècles géants.
11 dit: Debout ! Soudain chaque siècle se lève, Ceux-ci portant le sceptre et ceux là ceintsdu glaive, Satrapes, Pharaons, mages, peuple glacé.
Immobiles, poudreux, muets. sa voix les compte; Tous semblent, adorant son front qui les surmonte, Faire à ce roi des temps une cour du passé.
Ainsi tout , sous les pas de l'homme ineffaçable, Tout devient monument : il passe sur le sable ?
Mais qu'importe qu'Assur de ses flots soit couvert,
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Que l'aquilon sans cesse y fatisue son aile, Son pied colossal laisse une trace éternelle Sur le front mouvant du désert.
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Histoire , poésie, il joint du pied vos cimes. Eperdu , je ne puis dans ces mondes sublimes Remuer rien de grand sans toucher à son non; Oui, quand tu m'apparais pour le culte ou le bläme, Les chants volent pressés sur mes lèvres de flamme, Napoléon ! soleil dont je suis le Memnon.
Tu domines notre âge; ange ou démon, qu'importe! Ton aigle, dans son vol, haletant , nous emporte. L'œil même qui te fuit te retrouve partout.
Toujoursdansnos tableaux tujettes tawrandeombre, Toujours Napoléon, éblouissant et sombre ,
Sur le seuil du siècle est debout !