‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 903 sur 914 · PR PER RR RES RER RES ETS · texte numérisé non relu

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Tombe, tombe, feuille éphémère !

Voile aux yeux ce triste chemin, Cache au désespoir de ma mère La place où je serai demain.

” Mais, vers la solitaire allée

Si mon amante échevelée

Venait pleurer quand le jour fuit, Éveille, par ton léger bruit,

Mon ombre un instant consolée !.… Il dit, s'éloigne. et sans retour!

La dernière feuille qui tomber

À signalé son dernier jour.

Sous le chêne on creusa sa tombe... æ Mais son amante ne vint pas Visiter la pierre isolée;

Et le pâtre de la vallée

Troubla seul du bruit de ses pas Le silence du mausolée.

de lui enter. Au mois de juin 1816, il alla demeurer à Neuilly, pour respirer un air plus pur et raffermir sa santé chancelante.Transporté dans un appartement des Champs- Élysées , après une course à la suite de laquelle il s'était trouvé trop faible pour être reconduit à Neuilly, il expira le 12 août, à l'âge de trente-quatre ans. Le roi Louis XVIIL avait accordé à Millevoye une pension de 1200 fr., qui a été continuée à sa veuve. Le jeune poëte joignait à un naturel doux, à un caractère plein de grâce et d’aménité, une äme noble, une sensibilité exquise et un goût sûr. Peu de temps avant sa mort, il donna une édition de ses œuvres, en 5 vol. in-18, où l'on trouve l'Amour maternel, Belsunce ou la Peste de Marseille, désigné pour un des prix décennaux; la Mort de Rotrou, couronnée en 1811; Emma et Eginard; Charlemagne à Pavie, poëme en six chants; trois livres d' Elégies, etc.

Oh! pourquoi n'ai-je pas de mere Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau, Dont le nid se balance aux branches de l'ormeau ? Rien ne m'appartient sur la terre :

Je n’eus pas même de berceau, Et je suis un enfant trouvé sur une pierre, Devant l'église du hameau.

Loin de mes parents exilée, De leurs embrassements j'ignore la douceur ; Et les enfants de la vallée

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Ne m'appellent jamais leur sœur!

Je ne partage pas les jeux de la veillée ; Jamais sous son toit de feuillée

Le joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir , Et de loin je vois sa famille, Autour du sarment qui pétille,

Chercher sur ses senoux les caresses du soir.

Vers la chapelle hospitalière, En pleurant, j'adresse mes pas, La seule deineure, ici-bas, Où je ne sois point étrangère, La seule devant moi qui ne se ferme pas!

Souvent je contemple la pierre Où commencèrent mes douleurs ; J'y cherche la trace des pleurs

Qu'en m'y laissant, peut-être, y répandit ma mère.

Souvent aussi mes pas errants

Parcourent des tombeaux l'asile Ven

Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents La pauvre lille est sans parents

Au milieu des cercueils , ainsi que sur la terre!

J'ai pleuré quatorze printemps Loin des bras qui m'ont repoussée :

Reviens, ma mère, je t'attends, Sur la pierre où tu m'as laissée!

LA CREVALERIE,

Qu é.aient beaux ces jours de gloire et de bonbeur ,

Où les preux s'enflammaient à la voix de l'honneur,

Et recevaient des mains de la beauté sensible

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L'écharpe favorite et la lance invincible !

Les rènes d'or flottaient sur les blancs destriers, La lice des tournois s'ouvrail à nos guerriers. Oh! qu'on aimait à voir ce; fils de la patrie Suspendre la bannière aux palmiers de Syrie, Des arts, dans l'Orient , conquérir le flambeau , Et, défenseurs du Christ, lui rendre son tombeau ! Qu'on aimait à les voir bienfaiteurs de Ja terre, Au frein de la clémence accoutumer la guerre! Le faible, l'opprimé, leur confiait ses droits,

Au serment d'être juste ils admettaient les rois. Leurs vœux mystérieux, leurs amitiés constantes, Les hymnes de Roland, répétés sous leurs tentes, Leurs défis proclamés aux sons bruyants du cor, À leur vieux souvenir m'intéresent encor :

J'interroge leur cendre; et la chevalerie ,

Avec ses paladins, ses couleurs , sa féerie,

Ses légers palefrois, ses ménestrels joyeux, Merveilleuse et brillante , apparaît à mes yeux.

Le casque orne son front, sa main porte une lance ; Aux rives du Tésin sur ses pas je m'élance :

La déité s'arrète et fléchit les genoux.

Quel spectacle imposant s'est montré devant nous ! Quel enfant des combats et de la renommée Suspend autour de lui la course d'une armée,

Et voit de fiers soldats couvrir de leurs drapeaux Le chêne protecteur de son noble repos ?

Est-ce un roi couronné des mains de la victoire ? :

Est-ce un triomphateur qui, fatigué de gloire, S'assied quelques instants près de son bouclier ?

Non.c'est Bayard mourant, c'est Bayard prisonnier …

A rejoindre Nemours déjà son âme aspire ;

Il meurt... Le nom du Christ sur ses lèvres expire.

A la patrie en pleurs les Français abattus Vont raconter sa mort, digne de ses vertus; Et la chevalerie , inclinant sa bannière, Pose sur le cercueil sa couronne dernière.

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