‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 905 sur 914 · LR RP 2 9 16 BH ÊT · texte numérisé non relu

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—Ton œil est-il voilé par des ombres funèbres ?

— Non; je voisun jour pur poindre dans lesténèbres. — N'entends-tu pas des cris, des gémissements? — Non; J'entends des astres d’or qui murmurent un nom. — Que sens-tu ? — Ce que sent la jeune chrysalide , Quand, livrant à la terre une dépouille aride,

Aux rayons de l'aurore ouvrant ses faibles yeux, Le souffle du matin la roule dans les cieux !

— Ne nous trompais-tu pas ? réponds : l'âme était-elle?… — Croyez-en ce sourire , elle était immortelle !.… —De ce monde imparfait qu'attends -tu pour sortir ? — J'attend, comme la nef, un souffle pour partir ! —D'où viendra-t-il/—Du ciel! —Encore une parole ! — Non; laisse en paix mon âme, afinqu'elles’envole!» 11 dit , ferma les yeux pour la dernière fois,

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Et resta quelque temps sans haleine et sans voix. Un faux rayon de vie, errant par intervalle, D'une pourpré mouraute éclairait son front pâle. Ainsi, dans un soir pur de l’arrière-saison , Quand déjà le soleil a quitté l'horizon,

Un rayon oublié des ombres se dégage,

Et colore, en passant , les flancs d’or d’un nuage. Enfin plus librement il semble respirer ;

Et, laissant sur ses traits son doux sourire errer : « Aux dieux libérateurs, dit-il, qu'ôn sacrifie !

Ils m'ont guéri !—De quoi ? dit Cébès.—De la vie !… Puis un léger soupir de ses lèvres coula,

Aussi doux que le vol d’une abeille d'Hybla. d Était-ce ?.…Je ne sais; mais, pleins d’un saint dictame, Nous sentimes en nous comme une seconde âme !.…

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J'ai achevé ma longue tâche ; il ne me reste plus qu’à offrir aux lecteurs quelques dernières réflexions qui résument en peu de mots le travail que j'ai entrepris pour leur plaire et obtenir de nouveaux droits à la bienveillante estime dont ils m'ont honoré jusqu'ici. Un ami des lettres qui ne sait pas la littérature, ressemble à un homme pieux qui ne saurait pas sa religion. En littérature comme en religion , le culte ne suffit pas ,.il faut la doctrine. Pour acquérir la doctrine, en littérature comme dans toutes les sciences, il faut lire, méditer et surtout comparer. C'est par la comparaison que l’illustre Cuvier a tant agrandi Ja sphère de l'anatomie; c'est par la comparaison que l’on peut faire des progrès dans la littérature. Depuis le jour où Delille me nomma son successeur au Collége de France, mes leçons ont eu constamment pour base l'examen attentif et eonsciencieux des ouvrages des hommes de génie qui ont en même temps créé et appliqué les principes de l'art. Cette étude pleine d'attraits, qui porte sa récompense, a dù occuper la plus grande partie de ma vie littéraire, et imprimer son caractère à mes priacipaux ouvrages. Dans les Études sur Virgile, ou plutôt sur la poésie épi-

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que du monde, je compare sans cesse Homère

et son premier rival, avec le Dante, l'Arioste, le Tasse, Milton, Camoens et Voltaire. Souvent même les tragiques , anciens et modernes , sont venus se placer, avec les lyriques, parmi les princes de l'épopée, mère de la tragédie chez les Grecs. Tite-Live, Tacite et nos célèbres prosateurs des deux derniers siècles, qui se montrent parfois de véritables poëtes, ont aussi comparu darfs ma galerie littéraire, et nous ont fourni des sujets de réflexions instructives et neuves , peut-être, sur la nature et les limites des deux langages, la prose et les vers. L'ouvrage que je viens de terminer, applique la même méthode aux écrivains français, dont il traite exclusivement, sansrenoncer toutefois à des comparaisons tirées de l'antique et des sources modernes. J'ose espérer que ce nouveau travail paraîtra utile et ne manquera pas d’un certain agrément. Du moins je n'ai rien négligé pour lui donner ce double mérite , et obtenir les suffrages des amis des lettres. Il m'a fallu revenir sur toutes mes lectures d'autrefois, en faire beaucoup d'autres, arracher beaucoup d'épines pour découvrir des fleurs cachées, reviser tous mes jugements, si-

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gnaler des erreurs accréditées depuis longtemps, combattre quelquefois des autorités imposantes, et réparer des injustices consacrées en quelque sorte par des arrêts en dernier ressort. Je me suis appliqué surtout à rétablir le culte de nos vieux écrivains, ainsi qu'à remettre en honneur la langue naïve, originale et pittoresque qu'ils nous avaient faite, et que nous avons mise en oubli comme ses auteurs, par une ingratitude qui nous accuse et nous nuit. Sommes-nous donc assez riches pour renoncer volontairement aux trésors de formes, de tours et d'expressions dont notre ancienne littérature abonde ? Ne possèdet-elle pas des qualités dont nous semblons avoir perdu le secret? Ne peut-on pas regretter que Malherbe et Boileau lui-même aient abandonné entièrement les traces de Marot et de Regnier ? Quel parti La Fontaine n’a-t-il pas tiré du commerce de nos vieux auteurs, si habilement associés par lui aux exemples des modèles grecs et romains? Le pompeux Buffon n'auraitil pas bien fait de demander des lecons de simplicité aux auteurs chéris du fabuliste ? Leur familiarité même n'aurait-elle pas donné plus de

4 prix encore à ses charmantes peintures des

mœurs de la chèvre et de la brebis? L'éloquence entrafnante, quoique si artistemerit travaillée, de J.-J. Rousseau, n'aurait -elle pas gagné quelque chose à retenir un peu de l'abandon, du laisseraller, de la soudaineté de Montaigne ? N’aurionsnous pas raison de faire un de ces retours vers le passé, dont parle Horace, à propos des vicissitudes du langage , et de reprendre à notre ancien idiome une foule d'expressions, de tours vieillis , qui pourraient revêtir une jeunesse nouvelle, et se mêler avec notre magnificence, comme ces fleurs naturelles dont une femme de goût et richement parée aime quelquefois à composer sa couronne ? On parle de notre supériorité. Je ne nierai point assurément les progrès de notre langue , devenue l’émule des langues si riches et si mélodieuses d'Athènes et de Rome.

Les deux derniers siècles nous ont donné, en prose et en vers, des chefs-d'œuvre dont Cicé-

ron et Virgile n’auraient peut - être pas surpassé .

la perfection, même avec le secours des merveilleux instruments que la nature et l’art avaient remis entre leurs mains. Et cependant qui oserait refaire aujourd'hui un récit du bon Joinville, avec quelque espoir d'en égaler l’inté-

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