‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 906 sur 914 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

rêt et la précieuse -naïveté? Quel témoin plein de candeur que ce Froissart dont les écrits représentent si bien tout le quatorzième siècle ? Quoi de mieux pensé, de mieux dit , que la harangue du savant Gerson à Charles VI, au nom de l'Université, harangue ‘écrite avec le cœur, qui commence par l'exclamation répétée de vive le roi! et ne cesse de crier merci pour le pauvre peuple , en face des ministres, des grands et de toute une cour, qui vivaient sans pitié du fruit de ses sueurs? Dans le siècle suivant, était - ce donc une lecture à négliger que celle de Philippe de Comines? Ami et serviteur de Louis XF, il ne vient pas, comme Machiavel, corrompre la politique au profit du pouvoir absolu ; il rend une éclatante justice aux talents, même aux qualités du fils de Charles VIT ; mais il condamne hautement sa fourbe, ses cruautés et sa tyrannie. Philippe de Comines rappelle Tacite ; et pour le bien connaître, il faut lire ses Mémoires sur

Louis XI, à côté de l’histoire de ce prince, par

Duclos.Commines a presque du génie ; Duclos n’a que de l'esprit et un certain talent. Que de richesses perdues pour le plus grand nombre de lecteurs , et surtout pour.la jeunesse, dans le seizième siècle ! Pourquoi ensevelir sous un injuste oubli ce Calvin, qui, au témoignage de Bossuet, écrivait aussi bien qu'homme de son siècle? La Boétie, l'ami de Montaigne et quelquefois son rival, ne méritait-il pas un regard ? Quels sout les motifs de l’espèce d'ostracisme littéraire qui banaissait de l’enseignement un écrivain comme l’auteur des Essais, si original, malgré ses nombreux larcins , et créateur d’une langue presque perdue pour nous, au grand regret de Fénelon? Était-il donc de leçon littéraire plus utile à donner que le rapprochement de Montaigne avec Bossuet, par exemple? rapprochement qui suffit pour montrer en même temps les rapports et les différences de ces deux grands maitres , et faire connaître ce que la langue française a perdu ou gagné en passant des mains du premier dans celles du second. On cite avec raison Bossuet pour un souverain de la parole, pour l'homme le plus éloquent qui ait existé : mais la langue de Montaigne est peut-être encore plus une langue de génie que celle de l’auteur des Variations et de l'Oraison funèbre du prince de Condé. Après Montaigne, on peut et l’on doit encore lire Charon, auteur justement estimé du livre de la Sa-

HZ

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