‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 907 sur 914 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

gesse ; Amyot, qui a traduit Plutarque, dans le style de Montaivve, et qui, en prêtant la naïveté gauloise au grec élégant et poli de son modèle, nous plait par ce mensonge même? et Ramus, cet iufortuné Ramus, immolé par la jeunesse qu'il nourrissait de sa doctrine et de son pain , ne devrions-nous pas rechercher au moins la lecture de la belle harangue par laquelle il demande à Cbarles IX le rétablissement des bonnes études ? Je conviens que Rabelais est diffieile à lire, que son style nécessite à chaque instant des commentaires qui l'expliquent; mais son Gargantua n'en renferme pas moias des morceaux excellents, avec lesquels on devrait nous familiariser. Montaigne n'aurait pas mis plus de bon sens et de haute raison que le curé de Meudon n'en a répandu dans la critique de l'enseignement de l’époque. Encore aujourd’hui, un père serait trop heureux de pouvoir élever son fils comme Rabelais le propose, dans un chapitre qui contient presque toute la substance de l'Emnile de J.-J. Rousseau.

Je suis revenu sur ce sujet, parce que je regarde l'étude approfondie de nos anciens auteurs, et surtout des écrivains du seizième siècle, comme l'une des plus importantes études littéraires que l'on puisse faire. Le seizième siècle a encore un titre qui le recommandera toujours à l'estime universelle. Hommes de conscience et de conviction, inspirés par un cœur sensible et un esprit droit, les écrivains de cette époque tiennent école de morale et de philosophie : avec eux on apprend à aimer La patrié et la gloire, à respecter les princes, mais encore plus la vérité, à invoquer sans cesse le rèzne de la justice et des lois, à plaiudre le peuple,et à faire violence, par d'eloquentes prières, aux ministres et aux princes, pour obtcnir le soulagement de ses misères. Je me plais à payer pour la seconde fois, aux écrivains du seizième siècle , ce tribut de reconnaissance, fruit de la profonde estime qu'ils m'ont inspirée : en les relisant, je m'écriais sans cesse : quels gens de cœur! comme ils savaient à la fois bien faire et bien dire ! quels habiles et fidèles serviteurs de l’état ! quels dignes conseillers des rois! quels vrais amis du peuple ! quel admirable etreligieux emploi du taleut donué par la nature!

Les poëtes de la même époque méritent aussi beaucoup d'estime et d'attention sous le rap-

port moral et sous le rapport littéraire. En les

citant avec plaisir, j'ai eu l’occasion de redres-

ser une injustice de Boileau envers Ronsard.

Cet écrivain n’a que trop encouru la sévérité des reproches du législateur de notre Parnasse, cependant il a produit des pièces pleines de fraicheur et de grâce, où l'on respire les parfums de la poésie; j’ai dû dire ce que Boileau ne devait pas taire. La justice m'ordonnait aussi de venger d’un inconcevable oubli Vauquelin de La Fresnaye , auteur d’un Art poétique dont notre sévère aristarque a profité en silence. Je n'aime point à renverser des autels , et je n'ai garde de vouloir rabaisser la gloire de Malherbe; je devais pourtant mettre la jeunesse en garde contre les nombreux défauts qui gâtent parfois ses plus belles pièces, et qu'on ne peut souffrir dans un homme donné comme un modèle. Le réformateur Malherbe, qui ouvre le dix-septième siècle . a donné le premier l'exemple de déseiter trop souvent l'école du siècle précédent , dont il fallait unir les précieuses qualités aux nouvelles acquisitions du génic de la raison et du goùt. Et par quelle autorité ne puis-je pas défendre cette opinion ? Aucun poëte , pas même Racine avec son art presque divin, ne saurait soutenir la comparaison avec Corneille, lorsqu'il descend des hauteurs de son génie et de la sublimité de sa parole, au lansage simple et familier de nos aneiens poëtes. Voltaire est quelquefois un admirable modèle dans sa manière d'apprécier et de louer Corneille , et nous posséderions la plus parfaite des critiques; s’il eût toujours senti et jugé ce grand poëte, comme il a senti et jugé Racine. Je ne saurais trop recommander à mes lecteurs de faire une connaissance intime avec l’auteur du Cid et des Horaces Cette étude féconde suffirait presque pour les initier à tous les mystères de la composition dramatique. On ne devrait jamais passer à la

: Jecture de Racine avant de savoir à fond Cor-

neille; Voltaire lui-même ne le savait pas as-

. sez bien peut-être. Qu’on ne m'accuse pas de

renoncer ici au culte de Racine, et d’abjurer ma religion littéraire : je conserve une profonde admiration pour le créateur d’Andromaque, d'Iphygénicet d'Athalie, maisle juge et le rival

: plein de candeur qui, disant à ses tils : « Corneille

fait des vers bien plus beaux que les miens, »

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