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ke Alain Chartier (voyez p. 62 de notre 1:* vol. ) était à 2 peine âgé de seize ans lorsqu'il conçut la pensée d'écrire > J'histoire de son temps. II ne tarda pas à s'acquérir par 568 % écrits une grande réputation. Marguerite d'Écosse, femme du dauphin, qui fut depuis le roi Louis XI, traversant une salle où dormait Alain, s’approcha de lui et lui donna un baiser. Les personnes de sa suite s'étonnant de cette faveur accordée à l’homme le plus laid de France, la princesse répondit : « Je n'ai pas baisé l'homme, mais la bouche dont sont issus tant d'excellents propos, matières graves et paroles élégantes. »
0 Fous des fuls, et les fols mortels hommes, Qui vous fiez tant ez biens de fortune !
En celle terre, et pays où nous sommes,
Y avez-vous de chose propre aucune?
Vous n'y avez chose vostre nesune se
Fors les beaux dons de grâce et de nature.
Si fortune donc, par cas d'aventure,
Vous toult les biens que vostres vous tenez, Tort ne vous fait, ainçois vous fait droiture : Car vous n'aviez rien quand vous fustes nez.
Ne laissez plus le dormir à grands sommes En votre lit, par nuit obscure et brune, Pour acquester richesses à grands sommes :
Ne convoitez chôses dessous la lune,
Ni de Paris jusques à Pampelune,
Fors ce qu’il faut sans plus à créature, Pour recouvrer sa simple nourriture.
s VNesune, le nulla des Latins. Les Espagnols disent ninguna , et les Italiens niuna ou nessuna.
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Ce poëte est l'un de ceux auxquels notre langue a les plus grandes obligations : on le regarde comme le premier qui ait fait usage des rimes redoublées ; on lui attribue aussi l'invention du rondeau. Ses admirateurs allèrent jusqu'à lui donner le nom de père de l'éloquence française. On conçoit avec peine de si grands éloges en lisant aujourd'hui les ouvrages d'Alain Chartier, parmi lesquels se trouve un traité intitulé : la Consolation des trois vertus, Foi, Espérance et Charité. L'auteur y déplore les malheurs de la France, désolée par les Anglais, au temps de Cbar-
les VII.
BALLADE
Souffise-vous d'estre bien renommez, Et d'emporter bon loz en sépulture :
Car vous n’aviez rien quand vous fustes nez.
Les joyeux fruits des arbres, et les pommes , Au temps que fut toute chose commune,
Le beau miel, les glandes et les gommes, Souffisoient bien à chascun , à chascune,
Et pour ce fut sans noise et sans rancune.
Soyez content de chauld et de froidure,
Et ne prenez fortune douce et sûre ;
Pour vos pertes enfin dueil ne menez ,
Fors à raison, à point et à mesure :
Car vous n'aviez rien quand vous fustes nez.
ENVOI
Si fortune vous fait aucune injure,
C'est de son droit, jà ne l'en reprenez, Perdissiez-vous jusqu'à la vesture :
Car vous n'aviez rien quand vous fustes nez.
RESTES
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