DIEU
C'est Dieu qui du néant a tiré l'univers ;
(y est lui qui sur la terre a répandu les mers ;
Qui de l'air étendit les humides contrées ;
Qui sema de brillants les voûtes azurées,
Qui fit naître la guerre entre les éléments,
Et qui régla des cieux-les divers mouvements.
La terre à son pouvoir rend un muet hommage ;
Les rois sont ses sujets, le monde est son partage.
Si l'onde est agitée, il la peut affermir;
S'il querelle les vents, ils n'osent plus frémir ;
S'il commande au soleil, il arrête sa course ;
Il est maître de tout, comme il en est la source.
Tout subsiste par lui, sans lui rien n'eût été.
Et lui seul des mortels est la félicité.
[Poésies diverses.)
^ - . MOLIi^KE.
LE MISANTHKOPE.
Nor., je ne puis souflrir cette lâche méthode Qu'ailectent la plupart de vos gens à la mode ; Et je ne hais rien tant que les contorsions De tous ces grands faiseurs de protestations, Ces affables donneurs d'embrassades frivoles, Ces obligeants diseurs d'niuiiles paroles. Qui de civilités avec tous font combat. Et traitent du même air l'honnête homme et le fat. Quel avantage a-t-on qu'un homme vous caresse. Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse, Et vous fasse de vous un éloge éclatant, Lorsqu'au premier faqui.n il court en faire autant ' Non, non, il n'est point d'âme un peu bien située. (iui veuille d'une estime ainsi prostituée ;
Et la plus glorieuse a des régals peu chers,
Dès qu'on voit qu'on nous mêle avec tout l'univers •
Sur quelque préférence une estime se fonde,
Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde.
Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,
Morbleu ! vous n'êtes pas pour être de mes gens
Je refuse d'un cœur la vaste complaisance
Qui ne fait de mérite aucune différence ;
Je veux qu'on me distingue, et, pour le trancher net.
L'ami du genre humain n'est pas du tout mon fait.
(ie ATisanthrope, acte i.. se. 1)