‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 143 sur 191 · HOUDARD DE LA MOTTE · texte numérisé non relu

HOUDARD DE LA MOTTE

LA MOTTE (Antoine Houdard de) naquit à Paris le 17 juin 1672. Son premier ouvrage, les Originaux, étant tombé, La Motte, dans son désespoir, courut s'enfermer à la Trappe. Le vénérable abbé de Rancé, qui comprit que la vocation lui manquait, lui en fit ouvrir les portes au bout de trois mois. De retour à Paris, La Motte travailla encore pour le théâtre ; mais toutes ses pièces, à l'exception d'Inès de Castro, donnée en 1723, n'obtinrent qu'un médiocre succès.

Il publia une traduction d'Homère, précédée d'un discours qui fut l'occasion d'une guerre assez vive entre lui et madame Dacier. Cet écrivain mérite plutôt le nom de penseur que celui de poète ; quelques unes de ses compositions brillent cependant de certaines qualités poétiques remarquables: plusieurs de ses odes et de ses fables méritent d'être conservées.

La Motte entra à l'Académie française en 1709 et mourut en 1731.

w IMITATION D HORACE.

Nos bois reprennent leurs feuillages ; Après les noirs frimas le printemps a son tour ; Et le soleil plus pur, dissipant les nuages,

Sans obstacle répand le jour.

Couronnons-nous des fleurs nouvelles, Nous en verrons bientôt l'éclat s'évanouir :

Profitons du printemps, qui passera comme elles, L'Amour nous presse d'en jouir.

Hâtons-nous, tout nous y convie ; Saisissons le présent, sans soin de l'avenir : Craignons de perdre un jour, un instant d'une vie . Que la mort doit sitôt finir.

Sa rigueur n'épargne personne, Tout l'effort des "humains n'interrompt pas ses lois ; Et de la même faux la cruelle moissonne

Les jours des bergers et des rois.

(Odes.)

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CREBILLON.

CREBILLON (Prosper-Jolyot de) naquit à Dijon en 1674. Un procureur nommé Prieur, chez lequel il fut placé à Paris, éveilla en lui le goût du théâtre. Crébillon, cédant à ses vives instances, composa la Mort des enfants de Brutus, tragédie que les comédiens refusèrent. Sans les encouragements que lui prodigua Prieur, le jeune auteur s'en fût probablement tenu à cet essai ; mais il se remit à l'œuvre, et Idoménée, qui fut accueilli avec faveur, le réconcilia avec le théâtre. Atrée, tragédie donnée en 1707, eut un éclatant succès. Prieur, alors mourant, se fit porter au théâtre, et dans la joie que lui causait ce triomphe, il dit à Crébillon en l'embrassant: "Je meurs content; je vous ai fait poète, et je laisse un homme à la nation." Electre, donnée en 1709, eut plus de succès encore ; et Rhadamiste, que La Harpe regarde avec raison comme un des chefs-d'œuvre de notre scène, mit le comble à la gloire de Crébillon. Tous ses autres ouvrages, à l'exception de Catilina, dont la première représentation fut accueillie avec une sorte d'enthousiasme, n'obtinrent aucun succès.

Crébillon marqua son entrée à l'Académie française (1731) par une innovation ; il prononça un discours en vers. D'unanimes applaudissements éclatèrent quand il prononça celui-ci :

Aucun fiel n'a jamais empoisonné ma plume.

Tout le monde s'empressa de sanctionner le juste témoignage que le poète se rendait à lui-môme.

Crébillon mourut le 17 juin 1762.

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