‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 180 sur 216 · LA PAUVRE FILLE · texte numérisé non relu

LA PAUVRE FILLE

J'ai fui ce pénible sommeil

Qu'aucun songe heureux n'accompagne ;

J'ai devancé sur la montagne

Les premiers rayons du soleil.

S'éveillant avec la nature, Le jeune oiseau chantait sur l'aubépine en fleurs. Sa mère lui portait la douce nourriture ;

Mes yeux se sont mouillés de pleurs.

Oh ! pourquoi n'ai -je pas de mère ?

Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau. Dont le nid se balance aux branches de l'ormeau ?

Rien ne m'appartient sur la terre,

Je n'eus pas même de berceau. Et je suis un enfant trouvé sur une pierre,

Devant l'église du hameau.

Loin de mes parents exilée, De leurs embrassements j'ignore la douceur.

Et les enfants de la vallée

Ne m'appellent jamais leur sœur!

Je ne partage pas les jeux de la veillée

Jamais sous son toit de feuillée Le joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir,

Et de loin je vois sa famille,

Autour du sarment qui pétille.

Chercher sur ses genoux les caresses du soir.

Vers la chapelle hospitalière ^

En pleurant j'adresse mes pas, lia seule demeure ici-bas Où je ne sois point étrangère, La seule devant moi qui ne se ferme pas !

Souvent je contemple la pierre Où commencèrent mes douleurs ; J'y cherche la trace des pleurs Qu'en m'y laissant, peut-être, y répandit ma mère.

Souvent aussi mes pas errants Parcourent des tombeaux l'asile solitaire Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents.

La pauvre fille est sans parents Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre !

J'ai pleuré quatorze printemps Loin des bras qui m'ont repoussée ; Reviens, ma mère, je t'attends Sur la pierre où tu m'as laissée !

LAMARTINE (Alphonse de) est né à Màcon, le 21 octobre 1790. Son nom de famille est de Prat ; il prit plus tard celui d'un oncle maternel. Il s'est placé par ses Méditations poétiques ^ qui parurent en 1820, au premier rang de nos poètes lyriques ; les Nouvelles Méditations poétiques, quoique étincelantes de beautés, eurent moins de succès que les premières. Après la Mort de Socrate, le Pèlerinage de Childe-Harold, et le Chant du sacre, productions faibles, parurent les Harmonies poétiques, œuvre digne de figurer à côté des premières Méditations. M. de Lamartine a publié sous le titre de Jocelyn et sous celui de la Chute d'un ange deux épisodes d'un poème conçu dans de vastes proportions. Ces ouvrages, où l'on retrouve une partie du talent et de l'imagination brillante de l'auteur, sont, comme forme, une tentative nouvelle, un essai auquel, nous l'espérons, le poète soigneux de sa gloire ne donnera pas de suite. Entre les Premières Méditations et la Chute d^un ange ou les Recueillements poétiques, il y a tout im abîme. On doit encore à M. de Lamartine un ouvrage en prose intitulé Voyage en Orient : c'est un livre plein de charme et d'intérêt.

M. de Lamartine, membre de l'Académie française, depuis 1830, a été nommé député en 1834 Aujourd'hui l'homme politique a absorbé le poète, fait fâcheux que les amants de la suave poésie ne sauraient assez déplorer.

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