‹ Leçons françaisesChapitre 43 sur 71 · LA FONTE DES NEIGES · texte numérisé non relu

LA FONTE DES NEIGES

Le jour commençait à baisser ; un voyageur se trouvait égaré dans sa route, au milieu des neiges de la Suisse. Son ame inquiète osait encore dans ces affreux momens s'ouvrir à l'espoir, pensant qu'il rencontrerait avant peu un petit bourg dans lequel il pourrait se remettre de sa lassitude. Pressé par la nuit qui s'accroissait insensiblement, il redouble sa marche, d'un côté frémissant du danger qu'il court, et de l'autre espérant en la Providence, qui rarement abandonne le malheureux. Une heure se passe en recherches inutiles. Olgard (c'est ainsi que se nomme le voyageur) ne découvre autour de lui aucune habitation, aucun abri tutélaire contre les rigueurs du froid et de la nuit !

Les étoiles brillaient déjà, et les feux de la lune, qui se réfléchissaient dans le miroir des neiges, éclairaient ses pas incertains ; le souffle aigu du vent interrompait seul le silence qui régnait. Olgard ne sait de quel côté il va se diriger ; pas un arbre sur lequel il puisse se reposer ne se présente à sa vue. Plus il avance, plus la hauteur des glaces

amoncelées semble lui prescrire de reculer. Dans cette affreuse position, que va-t-il devenir ? L'œil fixé sur les cieux, il soupire. O sort cruel ! dit-il, me condamnes-tu donc à mourir ici de froid et de fatigue ?...J'ai quitté ma patrie pour juger par moi-même de ces contrées lointaines ; périrai-je donc victime de ma curiosité ?...En disant ces mots, il cherche à ranimer un reste de courage ; il lutte contre les glaces qui s'opposent à ses efforts ; trop vain essai ! il se voit réduit à demeurer couché dans ce lit froid et affreux que la nature lui offre ; et dans la dévorante inquiétude où il se trouve, son ame livrée à toutes les horreurs du désespoir laisse échapper ces tristes pensées : Hélas ! tout ici semble m'annoncer ma perte prochaine. J'ai perdu jusqu'au moindre rayon d'espoir. Qui viendra me délivrer de l'affreuse situation dans laquelle je me trouve? Quand, jeune encore, emporté par la soif du désir de tout connaître, j'abandonne une mère chérie et un père auquel j'espérais un jour faire partager mes travaux et mes plaisirs, je me vois entouré, loin d'eux, des plus affreuses images de la mort. Imprudent, j'ai signé moi-même l'arrêt qui me condamne ; et quelle ame entendra mes plaintes inutiles ? Les cieux mêmes restent muets à mes larmes.... mes larmes ! sous le toit paternel elles eussent été essuyées par les mains de l'amitié : ici elles coulent sans témoins. O ciel! déjà je sens mes forces s'anéantir, le froid glace mes sens, la mort pénètre dans mon ame. O ma mère ! tu reposes en ce moment, le sommeil vient de fermer tes yeux, un songe heureux te berce, hélas ! et tu perds ton enfant. Adieu, si je meurs, reçois du moins mes derniers regrets !

Olgard n'en peut dire davantage; il est privé du sentiment par le froid qui l'accable. Malheureux ! peu d'heures après il est aussi privé de la vie. Le lendemain, quelques montagnards le trouvèrent étendu sans connaissance. Ils le portèrent jusque dans leur habitation, et, voyant qu'il n'existait plus, ils lui rendirent les derniers devoirs.

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