‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 14 sur 40 · WAMLRS ET AU4&GOUMA · texte numérisé non relu

WAMLRS ET AU4&GOUMA

Le Vôyagetff et le PtkSi.

Uh homme e'égire pendant la mit \ i la Inaur d'im ciel étoile ♦ il découvre un pâlats : il j entre. Dee eernteurs de toute espèce s'esDipDeaMnt enr ace pae, et lui ^moîgaent, chacun dans eon langage, qu'ils ont reçn Vordre de pourvoir k ses beaoins. Quelques uns se taisent, et n'en reinpUilsent pas moins lenr mùstète. Partout le n^ouv^tfuent règne autour de lui. On attache aux lambris des lampes étincelantes ; on réchauffe les foyers ; on lui apporte des fourrures en biver^ des fruiu délicieux et rafratchissans en été. Les désirs ne lui semblent permis que pour devenir à son profit des occ;afions de bienfaiu. tJne horloge magnifique, visible de tous Ipsappartomens, sonne les heures et dopne le signal des travaux qui rentrent encore dans la classe des jouissances.. Les mouvemens de ce régulateur sont si bien calculés, que 6re,enba«i luir même eût désespéré d'atteindre à cette précision*

A peine le voyageur a-t-il senti la douce iavaijiAn du sommeil, qu'un sombre rideau s'abaisse devant lui, et que le silence est ordonné autour de sa couche* Son réveil est marqué par de nouvelles attentions dont il est l'objet. Les maîtres du palais ne se montrent pas , mais il les suppose occupés dans le secret de leurs appartemena» Il s'éloigne , et il poursuivra sa route sans les avoir personnellement vus. Mais, frappé de l'accord, de l'ordre, de la majesté, de la promptitude et de Texactitude du service qui s'est fait sous ses yeux , il emporte avec lui le sentiment de leur présence. Il se gardera , toute sa vie,, de dire qu'il a résidé dans un château abandonné ^ où son arrivée aurait été un accident imprévu , et où rien n'aurait été préparé pour le recevoir.

Il se permettra encore moins de penser que le pro» priétaire est un être malfaisant | sur ce qnie^^o Aoufeaux

f ABLE8 BT ALLÉGOUES. ^i

roydgeurs s'ëUnt préaeaté», m lieu de jouir frfttemelle^ meBi'desdottoeimdeoetaaib, ikfeiompriideqvcreUe eiufimble*

U ne MTJi pas surpris que de cette mérâteUigeace il «oit résulté divers accideos, tek que la iainet U détresse d^nn certain oomlire de commeosaux privés eu partie des biea&its de Thospit^té offerte à tous, par l'avidité et Tégoïsm^ de quelles audacieux; car il a remarqué que les buffets, les lits de repos et les garde-robes étaient aases copieusemeat garnis pour suffire à tous ks besoins.

lia conviction de «ette vérité est tellement établie daas Jes esprits , qu'i ume petite exception près, les h^tees les moins fayorisés, en se retirant du palais, n'en fius»- •chissent la {Kvte extérieure qu'avec des regpeis et des larmes. Quelques uns accusent de leurs punes passées des envieux ou des malveîllans ; d'autres de faux amis ; il en est qui s'accusent eux-mêmes ; tous se disent qu'il dtait possible de couler des jours heureux dans cet wh^ avec le bon esprit de jouir en paix des biens cnm.nmn^ qu'il offirait, ou-d'y suppléer par le travail et la concorde. La mauvaise foi tient seule un autre bngage.

Cependant le désordre momentané dont il a été témoin provoque les réflexions du vojTageur. Il s'étonne que le Prince hospitaliety qui a recueilli unt d'inconnus auxquels il ne devait rien, en intervenant dans leurs débats, n'ait emfêcMmk» spoliations ni les viplenti^s. A ses yeux , ces abus de la force blessent autant les lois de la justice que la majesté du trône. U se représente principalement quelques honnêtes compagnons de route , qui , par la bonté de leur caractère , ont excité tout son intérêt , et •qui, avec des droits à un meilleur sort, o«t édé indignevient dépiOuiUés -et outragés.

C'est au milieu des «tiisles perlées que ^aea souiwnirs réveillent, que le voyageur poursuit son chemin. Mais, touti jcoup^ il est abordé par un vieillard qui le

aga FABLES ET ALLÉGORIES.

salae, en lui disant : « Croyez-vous que les choses en restent UP Le Prince a tout vu, il a tout entendu. Chacun sera traité suivant ses œuvres. Ne saves-vous pas que, par un pouvoir dont la source se perd dans les âges , il oblige les voyageurs qui traversent la forêt à séjourner plus ou moins de temps dans te château, pour qu'il puisée acquérir une connaissance parfaite de leurs bonnes qualités? Indulgent pour les fautes, mais sévère pour toute habitude coupable, il va les attendre dans un palais voisin de celui que nous quittons, et où le même pouvoir les forcera de porter leurs pas : c'est U qu'il se réserve de récompenser et de punir ; c'est là que chacun rendra un hommage volontaire ou forcé aux saintes lois de la justice, a

A ces mots, un coup de lumière frappe l'intelligence du voyageur. Tout s'explique, tout se dévoilée ses yeux. Il ne s'étonne plus que des doutes outrageans auxquels il s'est abandonné sur le compte du Souverain avec lequel il contracta le droit de l'hospitalité ; également consolé du passé et rassuré sur l'avenir , il s'avance vers le tenue de sa course; déjà il entrevoit, sans frayeur, le péristyle du second palais dont l'architecture, d'un style un peu austère , se dessine dans le lointain vaporeux. Placé sous la main d'un mattre qui lui doit protection et justice, il s'endormira partout avec confiance. Il a été çu : c'est assez.

Kéeatrt. Inductions morales et physhlagiçues^

Le Palais de la Renommée (i).

Aux extrémités du monde | sous le pAle, dont l'intrépide Cook mesura la circonférence à travers les vents et les tempêtes; au milieu des terres australes qu'une bar-

(i) IToyea t. Il, f^bieè et AUé§foriêêy uéine sojet,

FABLES ET ALLÉGORIES; a()3

rière de glaces dérobe à la curiosité des hommes , s^élève une montagne qui surpasse en bauteur les sommets les plus éleyés des Andes dans le Nouveau-Monde , ou du Thibet dans Tantique Asie.

Sur cette montagne est bâti un palais, ouvrage des Puissances infernales. Ce palais a mille portiques d*airain ; les moindres bruits viennent frapper les dômes de cet édifice, dont le Silence n^a jamais franchi le seuil.

Au centre du monument est une voûte tournée en spirale comme une conque, et faite de sorte que tous les sons qui pénètrent dans le palais , y aboutissent ; mais ^ par un efiTet du génie de Tarchitecte des Mensonges , U plupart de ces sons se trouvent faussement reproduits ; souvent une légère rumeur s^enfle et gronde en entrant par la voie préparée aux éclats du tonnerre , tandis que les roulemens de la foudre expirent en passant par les routes sinueuses destinées aux faibles bruits.

C'est là que, Toreille placée à Touverture de cet immense écho , est assis sur un trône retentissant un démon , la Renommée. Cette Piûssance, fille de Satan et de l'Orgueil , naquit autrefois pour annoncer le ma}. Avant le jour où Lucifer leva Tétendard contre le Tout-Puissant, la Renommée était inconnue. Si un monde venait à s'animer ou à s'éteindre; si TEtemel avait tiré un univers du néant ou replongé un de ses ouvrages dans le Chaos ; s'il avait jeté un Soleil dans l'espace , créé un nouvel ordre de Séraphins , essayé la bonté d'une lumière, toutes ces choses étaient aussitôt connues dans le ciel par un sentiment intime d'admiration et d'amour, par le chant mystérieux de la céleste Jérusalem. Mais , après la rébellion des mauvais Anges, la Renommée usurpa la place de cette intention divine. Rientôt préci-* pitée aux Enfers , ce fut elle qui publia dans l'abîme la naissance de notre globe , et qui porta l'ennemi de Dieu à tenter la chute de l'homme. Elle vint sur la terre avec la Mort , et dès ce moment elle établit sa demeure sur la

montagne , où elle entend et répète confusânent ce qui se passe sur la terre, aux enfers et dans les cieux* Chatiaubbiand. Les Naichêz^ lir. IL

Les Génies.

Lb moment da départ étant arrivé , je sentis non ime se dégager des liens qui rattachaient au corps, et je me trouTai an milieu d'un nouveau monde de substances animées, bonnes ou malfaisantes, gaies ou tristes, prudentes ou étourdies ; nous les suivîmes pendant quelque temps, et je crus reconnaître qu^elles dirigent les intérêts des Etats et ceux des particuliers , les recherches des sages et les opinions de la multitude*

BientAt une femme de taille gigantesque étendit ses crêpes noirs sous la voûte des deux j et, étant descendue lentement sur la terre, elle donna ses ordres au cortège dont elle était accompagnée. Nous nous glissimes dans plusieurs maisons ; le Sommeil et ses nrinistres y répandaient des paTOts à pleines mains ; et, tandis que le Silence et la Paix s^asseyaient doucement auprès de l'homme vertueux , les Remords et les Spectres eflGrayans secouaient avec violence le lit du scélérat. Platon écrivait sous la dictée du Génie d'Homère, et des Songes agréables voltigeaient autour de la jeune Lycoris.

« L'Aurore et les Heures ouvrent les barrières du Jour, me dit mon conducteur; il est temps de nous élever dans les airs. Voye^ les Génies tutélaîres d'Athènes, de Corinthe, de Lacédéroone, planer circulaîrement au-dessus de ces villes ; ils en écartent, autant qu'il est possible, les maux dont elles sont menacées. Cependant, leurs campagnes vont être dévastées; car les Génies du Mîdi, enveloppés de nuages sombres, s'avancent en grondant contre ceux du Nord. Les guerres sont aussi fréquentes dans ces régions que dans les vôtres , et le combat des

FABLC3 £l>ALLÉGO]UES. agh

TîiMM 61 des Typhons ne fîit ^e otlui de deux pett'^ plades de Génies.

m Obserrei intinteiuint ces agens empressés » qui, d^i^a vol eHfsi rapide^ aussi iaquiet que oeloide l'hiroU'^ dalle t rasent la terre ^ et portent de tons cAtés des regards avides et perçana a ce sont les inspecteurs des choses Unmaiâes ; les «as répandent kuzB douces influences sur les saorteis qu'ils protègent; les antres détachent contre les (briaits Piniplaealik Mémésis. Yoyeis ces médiateurs^ ces interprètes, qui montent et descendent sans cesse | Us parlent aux Dieux vos yeeux et vos offirandes « ils vous rapportent les songes heureux ou funestes et les secrets de l'avenir 4 qui v^us sont ensuite révélés par la bouche dte Otacles*

« *^ O mon protecteur t m'écriai«)e tout à coqp^ voici des êtres dont la taille et Tair sinistre inspirent la terreur \ lia vîen^ieiil à nous. 4- Fuyons , me dit^îl | ils sont maUiMteux^ le bonheur des éutres les irrite, et ils n'épat garnit que ceux qui passent leur vin dans les souffirane^s el dans ka pleurs* « '

£chappoai leur fureur , nous trouvâmes d'autres objets non nnoitis aifligeans. Até , la détestable Até , souree étevneUe des dissensions qui tourmentent les hommes, marchait fièrement au-dessus de leur tête, et soufflait dansleufe^oosarrontrege et k vengeanui D'un pas timide , et les yeux baissés, les Prières se traînaient sur ses traces , et tâchaient de ramener le calme partout où la Discorde venait de se montrer. La Gloire était poursuivie par TEnvie, qui se déchirait elle-même les flancs ; la Vérité , par ntupnstars ^ qui elraiigesrh; h chaque instfiit dé masque I chaque Vert», par phisteors Tims, qui portaient dés f^U ou des poignards^

La Fortunn parut tovt à eoqp 9 )e k féHoteai des dons qi^^oll^ dÎBliibiiait anitf mortels* «Je ne donne peint, me éilHolkd'ntt ton aéviréy mais je prêtée groésensuÈv» • Bn pinfiëam cœ paroles-, tlk trempait lea4asni«t les fi^nits

%q6 fables et allégories.

qu^elle tenait d^une main, dans une coupe empoisonnée qu'elle tenait de Tautre.

Alors passèrent auprès de nous deux puissantes dîvinilést qui laissaient après elles de longs sillons de lumière. « C'est Timpétueux Mars et la sage Minerre, me dit mon conducteur. Deux armées se rapprochent en Béotie; la Déesse va se placer auprès d'Epamiaondas , chef des Tbébains ; et le Dieu court se joindre aux Lacédémoniens, qui seront vaincus; caria Sagesse doit triompher de la Valeur.

c Voyez en mCme temps se précipiter sur la terre ce couple de Génies , l'un bon , l'autre mauvais. Us doivent s'emparer d'un enCamt qui vient de naître; ils l'accompagneront jusqu'au tombeau. Dans ce premier moment, ils chercheront i l'envi à le douer de tous les avantages ou de toutes les difformités du cœur et de l'esprit; dans le cours de sa vie , à le porter au bien on an mal , snivant que l'influence de l'un prévaudra sur celle de l'autre.*..* »

J'espérais entrevoirie Souverain de l'univers, entouré des assistans de son trône , de ces êtres pw^ que nos philoscfphes appellent Ombres, Idées étemelles, Génies immortels. « 11 habite des lieux inaccessibles aux mortels , me dit le Génie : o£frez*lui votre honmiage, et descendons snr la terre, n

BARTniLEHT. Vcyage é^AnmchanU.

Flore.

P&É6IDBZ aux jeux de nos enfans, charmante fiUe de l'Aurore , aimable Flore ; c'est vous qui couvrez de rosés les champs du ciel que parcourt votre mère, soit qu'elle s'élève chaque jour sur notre horizon, soit qu'elle s'avance, au printemps, vers le sommetde notre hémisphère, et qu'elle rejette ses rayons d'or et de pourpre sur leurs régions de neiges. Pour vous, suspendue au-dessus de nos

vertes campagnes, portée par Parc-en-^el au seiii des nuages pluvieux, vous versez les fleurs à pleine corbeille danrnos vallons et sur nos forêts; le zéphyr amoureux vous suit, haletant après vous, et vous poussant de' son haleine chaude et humide. Déjà on aperçoit ^ur la terre les traces de votre passage dans les cieux ; à travers les ms lointains de la pluie ^ les landes apparaissent toutes jaunes de genêts fleuris; les prairies brumeuses, de bassinets dorés, et les corniches des vieilles tours, dégiro* flées safranées. Au milieu du jour le plus nébuleux, on croirait que les rayons du soleil luisent au loin sur les croupes des collines, au fond des vallées, au sommet des antiques monumens ; des lisières de violettes et de primevères parfument les haies, et le Klas couvre de ses grappes pourprées les murs du château lointain. Aimables enfiuis, sortez dans les campagnes, ïlore vous appelle au sein des prairies : tout vous y invite, les bois, les eaux, les rocs arides; chaque site vous présente ses plantes , et chaque plante ses fleurs. Jouissez du mois qui vous les donne : Avril est votre frère , il est à l'aurore de l'année, comme vous i celle de la vie; connaissez ses dons rians comme votre Age. Les prairies seront votre école 9 les fleurs vos alphabets, et Flore votre institutrice. BBAHAftDlH DE SAiHivPlSRnK. Harmonies ie laNaim^y tom. L

La France.

SoTO qnels trailkintéressans , «ous quds divers attributs la poésie et la peintuM , dont le privilège est de tout amaier, ne pomraient-elles^point représenter la France f

Tantôt on la verrait, intrépide amazone^ portant la hache do Sicambre, les brapcelets du Celte , la lance des Paladins , l'éperon d'or, le £iu£on, et le cor retentissant des nobles et des châtelains*

agS FABLES ET ALLÉGORIEd,

Tantôt, errante pèlerine, revenant det Uaa« $mHê avec le rosaire des ermites , le bourdon , récbarpe brodée par les jouvencelles, la harpe du troubadour et la cithare des romanciers.

Tantôt, puissante fée , couronnée de la verveine dont les propbétesses des Germains et des Gaoloii ceignaÎMil leur front, armée de la baguette des nécromans, de Tatt^ n^au merveilleux, de la coiipe aux philtres magifa«i| tran$p<Nrtée wr un char aérien , et telle qu'apparurent à nos crédules aieux lea Oberon , les Morgane et les Mélusiock

'Mais plus louvent eacoce on la verrait, auguate di^ vinité, éhyée sur uu trôti^, dont les étrangers mime ont raconau la préémmence sur tous les autres, et recevant le^ productions du géniç, les vcmx, las aermens, les sa^ crificea d'une Coule de héros , fiera de répandre leur sang et de mourir pour elle. A son autel, sont suspendu» les orifismmes de Clovis, les faisceaux que Chariemagne rapporta du Capitole , les banniàres des Louis et des Phir lippe , le pan^he blanc do Henri IV , et lea épées des du Guesclin* deaNemoura, des Bayard, dea Condé, des Turanna, des Catinat, des Yillars, Parmi ces trophées éclate son vaste bouclier 9 que parent les armoiries d« cent £unilks iUustrea, le»co«leuia, les ohiffirei et lea de^ vises dea ohevalieiv et ^ banMrets- Autour de ces nobles écussons , s^entrelacentle^rameana du ahêiie qu'adoraient nos druides 3 Tolivier que les Phocéens transplantèrent sur nos rivages ; le peuplier d'Italie, emblème des colonies romaines dans les Gaules; le pampre dont les soldats de Probus enrichirent nos coteaux ; les palmes de l'Idumée^ et les Us couverts d'aheiUes» ssnr ces images s^holiques, la galanterie et les «nourt effemUent lea.roses ^t lea my rtea cueiUia dans Ws voluptueux heeqnels d' Atteii de Bloia et de Ye^rsaiUes (i>

J>E MâftwaHGT. Qmk Pêéifm,

(1) Voyez Leçons Zatineê anckmmt t* ISL

FABLES ET ALLÉGORIES. ai»

Les Troglodytes j cm FAnarchîe.

Il y avait en Arabie un petit peuple appelé Trogio-» dyte, qui descendait de ces anciens Troglodytes, qui, si nous en crojons les historiens, ressemblaient pkis i des bétes qu'à des hommes* Ceux«*eî n'étaient point si contrefaits^ ils n'étaient point velus comme des ours^* ils ne sifflaient point, ils avaient des yeux; maie^ilu étaient si méchana et si féroces, quHi u*y avait parmi eux aucun principe d'équité ni de justice* •

Us avaient un Roi dHme origine étrangène, qui, voulant corriger la méchanceté de leur naturel^ les traîtasi sévèrement ; mais ils conspirèrent contre hd^et cstersÛM nèreirt toute la famille royale.

Le coup étant fait, ib s'assemblèrent pour choisir vu gouvernement, et après bien des dissensions, ik créèrent des magistrats ^ mais à peine les eurent^ils élus quHls leup derinrent insupportables , et ils les massacrèrent encore*

Ce peuple, libre de ce nouveau joug, ne consulta plus que son naturel sauvage ; totis les particidièn eonvinrent qu'ils n'obéiraient plus k personne ; que chacun veiUa^ rait uniquement è ses intérêts, sans consulter cmrc dea antres.

Cette résolution unanime flattait ertrémement les particuliers ; 3s disaient : « Qu'ai^^-je affaire d'atteri tuer à travailler pour des gens dont je ne me point? Je penserai uniquement à moi; )e vivrai hen«« renx, que m'importe que les autres 'le soient? Je ma procurerai tous mes besoins, et pourvu que je bs aie^ je ne me soucie point que tous les autres Troglodytes soient misérables* »

On était dans le mois où Ton ememence lès tetresi chacun dit : « Je ne labourerai mon champ que poiir qu'il me fournisse k blé qu'il me fiiut piw me nourrir)

3oo FABLES ET ALLÉGORIES.

une plus grande quantité me serait inutile , je ne prendrai point de la peine pogr rien. »

Les terres de ce petit royaume n'étaient pas de même nature : il y en avait d'arides et de montagneuses , et d'autres qui, dans un terrain bas, étaient arrosées de plusieurs ruisseaux. Cette année la sécheresse fut très* grande, de manière que les terres, qui étaient dans les lieux élevés, manc(uèrent absolument, tandis que celles qui purent être arrosées furent très-fertiles; ainsi les habitans des montagnes périrent presque tous de £aiim, par la dureté des autres qui leur refusèrent de partager la récolte.

L'année ensuite fut très-pluvieuse : les lieux élevés se trouvèrent d'une fertilité extraordinaire, et les terres basses furent submergées. La moitié du peuple cria une seconde fois famine ; mais c^s misérables trouvèrent des gens aussi durs qu'ils l'avaient été eux-mêmes.

Un des principaux habitans avait une femme fort belle ; son voisin en devint amoureux et l'enleva. Il s'émut une grande querelle, et après bien des injures et des coups, ils convinrent de s'en remettre à la décision d'un Troglodyte qui, pendant que la république subsistait, avait eu quelque crédit. Ils allèrent i lui et, voulurent lui dire leurs raisons. « Qae m'importe, dit cet homme, que cette femme soit è vous ou à vous? J'ai mon champ à labourer; je n'irai peut-être pas employer mon temps i terminer vos diflSirens et travailler k vos afEûres^ tandis que je négligerai les miennes; je vous prie de me laisser en repos, et de ne plus m'importuner de vos querelles. » Là-dessus il les quitta, et s'en alla travailler ses terres. Le ravisseur, qui était le plus fort, jura qu'il mourrait plutôt que de rendre cette femme; et l'autre, pénétré de l'injustice de son voisin et de la dureté du ji^e, s'en retournait désespéré, lorsqu'il rencontra dans son chemin une femme jeune et belle qui revenait de la fontaine; il n'avait plus de

FABLES ET ALLÉGORIES. 3oi

femme, celle-tk lui plat, et elle lai ph&t bien davantage lorsqu'il apprit que c'était la^mme de celui qu'il avait voulu prendre pour juge, et .qui avait été si peu sensible â son malheur : il l'enleva et l'emmena dans sa maison.

Il Y avait ua homme qoi possédait un champ assez fertile qu'il cultivait avec grand soin. I>eux de ses voisins s'unirent ensemble , le chassèrent de sa maison , oc* cupèrent son champ : ils firent entre eux un accord pour se défendre contre tous ceux qui voudraient l'usurper; et efiGsctivement ils se soutinrent par-là pendant plusieurs mois. Mais un des deux, ennuyé de partager ce qu'il pouvait avoir tout seul, tua l'autre et devint seul maître du champ. Son empire ne fut pas long : deux autres Troglodytes vinrent l'attaquer, il se trouva trop faible pour se défendre, et il (ut massacre.

Un Troglodyte presque tout nu vit de la laine qui était i vendre; il en demanda le prix. I^e marchand dit en lui-^méme : « Naturellement Je ne devrais espérer de ma laine qu'autant d'argent qu'il en &ut pour acheter deux mesures de blé^ mais je vais la vendre quatre fois davantage, afin d'avoir huit mesures. » IL fallut en passer par-U, et payer le prix demandé. « Je suis bien aise, dit le marchand, j'aurai du blé à présent — Que ditesvous P reprit l'étranger; vous avec besoin de blé? J'en ai à vendre; il n'y a que le prix qui vous étonnera peutêtre; car vous savez que le blé est extrêmement cher et que la fimnne règne partout; mais rendezHOioi mon argent et je VOUA donnerai une mesure de blé; car je ne veux paa m'en défaire autrement^ dussies-vous crever de firim.9

Cependant une maladie cruelle ravageait la contrée : vn médecin habile y arriva du pays voisin, et donna ses remèdes si i propos, qu'il guérit tous ceux qui se mirent dans se» mains. Q^^^'^^l ^^ maladie eut cessé, il alla chez tous ceux qu'il avait traités demander son salaire ; mais il n'éprouva que dei refas« Il retourna dana son payS|

aoa FABLES ET ALLÉGORIfiB;

et U y êmym aocibië de fatigue d'vn n long voyage; mais bientAt après il apgpt que la mteie sudadie se £û» •ait sentir de neaveaa et affligeait pins que jantais œtle terre ingrate. Us aUèrtnt à loi cette fois, et n'attendireet pas quHl Ttnt ches enx. « Allez, leor dit41 , hciaines inynstes, tùku avez dans TAme un poison pins mortel que celui dont vons Tonlez tous gnérir; tous ne DMÔtez pas d'occuper tme place sur la terre^ parce que tous n^avez point d'humanité , et qœ les règles de l'équité tous sont inconnues* Je croirais o£fenser les Dieux qui nMii piurmssent, si je m'opposais à la jastice de leur colère. » • Les Tro^odytes périrent ainsi par leur méchanoelé . mèsK) et focent les victimes de leurs propres înpBCices*

MOHTfiSQOlSU.

Les quatre Saisons.

&B PBnrxBiipa.

L'AMS delà nature, l'ainidile Déesse du Printenpa, a rompu les chaînes qui la reuetauiient captive ; hnlancée anr Taile des Zéphyrs, elle descend du haut des cieax épuiés par aon haleine et réjenis de sa présence. Une vapeur légère, émanée d'elle et comme imprégnée de verdure, décèle sa traoe vivifiante \ ea taiUc efiaea cdile de la me»aagère des Dienx; stB traisi^ ceux de la pl«a jeune des Grâces 1 l'édat de la rase nonvetlf—iui épenonla le cède à cehn de son unat. Une gane vendoyante^ et dooat la transparence laisse deviner les appas qu'elle couwe^ J>adine aoteor de soa besn oorps^ et on caresse «m<mKuaement les comovrs arroMlîs. Une de ses mains voltige sur la lyre de Ciupidett , oA ce Dieu lui<«iteie a gravé ses triomphes. Soudain , amx doux aeoords de l'harmonie créatrice, deux âmes^ i'nne par l'aulfe attirées, se rappreciie&t et sSmisseiit t revttues des femts fvekes que

FAHLEft Vr ALLÉGOBIES. So3

Pântiquité a prêtées à Psyché et à F Amour, elles panassent se pénétrer, et confon4|re, dans Tivresse extatique d^uneineflÛile fiélicité, leurs plus vives affections. L'immortelle s'applaudit : ses regards, dû brille. une douce majesté, se reposent avec complaisance sur ces heureux objets de sa sollicitude. Mais tout ce qui respire ^ des droits assurés i son amour : i Tombre des plis de sa robe .flottante, et comme au fond d'un bosquet mystérieux, deux blanches tourterelles, émnes par les sons de la lyre enchanteresse , se prodiguent de doux,bai8eri. Leurs ailes il demi déployées s'agitent voluptueusement; chaque plume semble firissonner de plaisir.Un des replis du voile, i l'abri des caprices des Zéphyrs, seit d'asile k ua nid de fauvettes; la mère y couve les précieux fruits. de sps amours, retenus encore dans leur faible prison. La fille de Ténus s'écoute jpréluder avec complaisance : eUe incliœ sa belle tête, où mille fleurs variées s'épanouissent et se renouvellent sans cesse ; ellçs lui tienoent lieu de tresses ondoyantes ; elles forment seules soz^ diadème et sa coiffure. Ici le narcisse majestueux, la renoncule, l'anémone et la tulipe orgueilleuse, rivalisent de magnificence, ni se disputent le prix de la beauté; Ik l'humble violette et la flexible hyacinthe brillent d'un plus doux éclat, et rehaussent, par le suave mélange de leurs teintes azurées , la pourpre et l'or de la rose naissante. De volages papillons, des essaims bourdonnans, s'enivrent des parfimis qu'exhalent leurs calices. La jeune JDéesse, i la vue des prodiges qu'elle-même a opérés, sent une joie secrète inonder son cœur. Le sourire du bonheur siège 9ur ses lèvres vermeilles; mais son but est atteint ^ tout jouit, tout est heureux par ses bienfaits^ et la face de la natiure est renouvelée (i}«

(i) Voyez DêUniiHiùn» ^ ^VB^ A d«as lu Jt^emu Imtimtê undmMs et modernes ^ même sujet.

So4 FABLES ET ALL£6<HklE».

l'été.

Le brûlant fib du Soleil , le radieux Été, règne it «on tonr : ses regards majestueux et doux s^abaissent vers la terre ; il vient perfectionner l'ouvrage du Printemps. Sa tête et sa poitrine robuste, siège des principes ignés, en lancent de tous cAtés les émanations ; des jets de flammes forment sa brillante chevelure. D'une main il retient près de lui le Sirins , qui soufiBe de ses naseaux ses exhalaisons malignes ; de l'autre il verse abondamment l'urne des eaux fécondantes. Du mélange des deux principes , le chaud et l'humide , il compose les nuages orageux ; il les foule de son pied puitsant , et les abaisse vers la terre. La foudre et la grêle s'en échappent, et^vec elles, la pluie bienfaisante , dont la douce fratcfaeur pénètre et réjouit le sein de la terre altérée. Mais l'orage est près de se dissiper : déjà , dans une région presque dégagée de vapeurs , brille à l'œil consolé l'éclatante écharpe d'Iris. Le vêtement de l'Été se peint de la verdure la plus vive : le lézard européen, à demi caché sous ses replis obscurs, s'y tapit; et là, comme à l'ombre d'un épais buisson, il brave impunément les feux du jour. Plus loin , la cigale imprévoyante voltige et s'épuise en frivoles chansons , tandis que la fourmi laborieuse garnit en silence ses magasins. A l'autre extrémité du manteau , un reptile dangereux des contrées soumises au )oug du brûlant équateur , déploie fièrement ses orbes redoublés; et, dressant sa tête audacieuse vers celle du Dieu, il semble allumer, aux rayons de sa chevelure, le noir venin dont il se gonfle, et les couleurs variées de son armure étincelante. Cependant, l'Eté bienfaisant a produit son effet : du sein de ce riche vêtement qui le couvre, il laisse échapper libéralement les moissons dorées, douce récompense dont il paie avec usure les sueurs du laboureur infatigable.

FABLBS ET ALLÉGORIES. 3oS

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