PHILOSOPHIE PRATIQUE
Uffwtai d'aï tmw uMê Ht to ■lifii
PRÉCBPTBS DU GENRE.
fiiceUcnce de k monda > seule ëtude digne do nge> ott différence de la morale [Àilosophi^pe et de la phUofOphie religieuse.
Là morale ett la partie essentielle de la philoiopbto, la seule même qui soit digne de ce beau nom , d'amourde la sagesse; car le sage n'est pas celui qui cherche à pénétrer les mystères de la nature ^ à remonter des effets aux causes et à somnettre à ses calculs l'ordre et le cours de l'uni-^* vers. Le bon Socrate déclarait qu'il ne savait rien de tout cela. C'était lui cependant que l'oracle proclamait sage, parce qu'il bornait son étude i ce que l'oracle luimême recommandait à l'homme de connaître avant tout : Nosce ie ipsum.
C'est dans cette étude de soi-même , dans cette science de l'hoouBe , négligée fOsqu'i Sotrale ^ et depuis oïlûvée avec beaucoup de soin, que se renfeime la morale. Mais
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cette science, comme bien d^autres, a été oiseuse et frivole , tant qu'elle ne s'est occupée que de vaines spéculations. Une science peut être curieuse, sans être utile; mais elle n'a d'utilité réelle qu'autant que de sa théorie résultent les moyens et les règles d'un art dont elle éclaire la pratique; c'est l'usage qui en fait le prix.
Ainsi, l'astronomie est utile à l'agriculture et i la na* vigatV>n ; la géométrie aux mécaniques ; la chimie à l'art de guérir et i celui de fondre les métaux , etc.
La morale n'est donc une science utile qu'autant qu'elle est réduite en art. Cet art, qui est celui de bien vivre avec soi et avec ses semblables, et d'être bon pour être heureux, cet art, borné aux seuls intérêts de la vie, fait la morale philosophique. Les épicuriens n'en connaissaient point d'autre. Les matérialistes modernes la terminent au même but. Mais non seulement elle est étroite et futile dans son objet , elle est encore incertaine et variable dans ses principes ; car , en faisant dépendre le devoir d'être bon du désir d'être heureux durant le court espace de la vie, ils rendent cette règle variable et flexible au gré des afiections , des inclinations , des passions , des humeurs et des fantaisies , qui changent et déplacent l'objet du bonheur. L'honune , qui ne se croit obligé d'être bon que pour être heureux dans ce monde , selon ses goûts et ses caprices , changera de moyens , sMl croit aller plus sûrement i son but par une autre route , et sera vicieux et méchant par principe , s'il croit, ou le vice, ou le crime plus convenable k son bonheur. C'est ce qui rend si dangereuse la morale philosophique (i).
La morale religieuse a infiniment plus d'élévation, d'étendue et de consistance. On la définit la science de nprepaur tàemUé.Or^ vivre pour l'éternité, c'est bien
(i) Parmi l«s anciens , les idées du bien et du mai variaient d'une <eole à Teatre. Au Portique, fhonnde et VutOe notaient* qu'an , ils étaient deux à l'Académie.
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aussi vivre pour soi ; c'est bien , par excellence , l'art d'être bon pour être heureux ; mais ce n'est là ni une bonté de convenance, ni un bonheur de fantaisie. La volonté divine devient la règle unique des volontés humaines , et les petits intérêts du présent disparaissent devant l'invariable intérêt du grand avenir.
Ainsi, dans la morale religieuse, le principe, la fin, le moyen, tout est fixe, tout est constant^ le but en est marqué , la route en est tracée : il ne s'agit pour l'homme que de bien savoir k quelles conditions le bonheur lut est promis, et quelle est la bonté dont il sera la récompense.
Je sais qu'on donne à la morale un objet plus sublime encore , celui de conformer l'existence de l'homme à la volonté de son Dieu , dans l'intention unique et pure de lui plaire en lui obéissant , et de lui. faire de la vie , et de tous les dons qu'il a reçus de lui, un hommage perpétuel de reconnaissance et d'amour.
Rien de plus louable, sans doute, et la morale des stoïciens s'attribuait aussi la pureté de cette morale as-cétique^ en ne laissant au cceur humain, dans la vertu, d'autre intérêt que la vertu même. Mais , comme on rbque de fiiire évanouir ce qu'on veut trop subtiliser, je crois ce désintéressement absolu trop exalté pour une morale usuelle. Puisque Dieu a donné à l'homme le soin de son salut, il veut donc bien que son' salut le touche ; puisqu'il lui a donné l'espérance , et lui en a fait une vertu , il veut donc bien qu'elle l'anime, et que ses promesses tempèrent ce qu'il peut y avoir de pénible et de rigoureux dans sa loi.
« 11 est indubitable, dit Pascal, que Tâme est mortelle ou immortelle 3 cela doit mettre une différence entière dans la morale ; et cependant les philosophes ont conduit la morale indépendamment de cela. Quel aveuglement! »
Pascal fait donc lui-même de la morale un calcul d'in-
3io MORALE RELIGIEUSE,
térét , dont l'alternative est pour rhomme Tanéantisse*^ ment ou une étemelle existence.
Je m'en tiens là , et je' définis la morale ia science de la Ue , en vue de l'éternité.
Cette science, mise en pratique, sera donc l'art de s'assurer le bonheur pur et plein qui attend l'homme au*delà de la vie , sans toutefois renoncer au soin de se procurer dans la vie les lueurs de cette félicité , qui , sur ce passage rapide , sont comme de ptles éclairs échappes du sein des nuages.
Marmoktu. Mûnde.
Existence de Dieu.
Qu'bst-il besoin de nouvelles recherches et de spéculations pénibles pour connaître ce qu'est Dieu P Nous n'avons qu'à lever les yeux en haut, nous voyons l'im*> mensité des cieux qui sont l'ouvrage de set mains , ces grands corps de lumière qui roulent si régulièrement et si majestueusement sur nos têtes , et auprès desquels la terre n'est qu'un atome imperceptible. Quelle magnificence 1 Qui a dit au soleil : « Sortez du néant , et présides « au jour P » Et à la lune : « Paraissez, et soyez leflambeau « de la nuit? » Qui a donné l'être et le nom à cette multitude d'étoiles qui décorent avec tant de splendeur le firmament, et qui sont autant de soleils immenses, attachés chacun à une espèce de monde nouveau quMls éclairent ? Quel est l'ouvrier dont la toute-puissance a pu opérer ces merveilles, où tout l'orgueil de la raison éblouie se perd et se confond ? Quel autre que le souverain Créateur de l'univers pourrait les avoir opérées ? Seraientelles sorties d'elles-mêmes du sein du hasard et du néant? Et l'impie sera-t-il assez désespéré pour attribuer à ce qui n'est pas une toute-puissance qu'il ose refuser à celui qui est essentiellement et par qui tout a été fait 7
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Les peuples les plus grossiers et les plus barbares en-tendent le langage des deux. Dieu les a établis sur nos têtes, comme des hérauts célestes qui ne cessent d'an« noncer à tout Tunivers sa grandeur : leur silence majestueux parle la langue de tous les hommes et de toutes les nations ; c^est une voix entendue partout où la terre nourrit des habitans. Qu'on parcoure fusqa'aux extrémités lea pins reculées de l|i terre et les plus désertes, nul lieu dam l'ui|ivers, quelque caché qu'il soit au reste des hommes, ne peut se dérober à Téclalde cette puissance qui brille acndessm d« nous dans les globes lumineux qui décorait le firmament.
Voilà le premier Irwe que Dieu a montré aux hommes pour leur apprendre- ce quMl était; c'est là où ils étudièrent d'abord ee quHl voulait leur manifester denses perfections infiiiies : é^e$i à la.vue^de ces grands objets que, frappés d'admiration et d'une crainte respectueuse, ils se prosternaient pour en adorer l'Auteur tout- puissant. Il ne leur fallait pas des pfophfctes pour les instruire de ce qu'ils devaient à la majesté suprême ; la structure admirable des ciiiux et de l'univers le leur apprenait assez. Us laissèrent cette religion simple et pure à leurs enfans ; maie ce précieux dépdt se corrompit entre leurs mains. K force d'admirer la beauté et l'éclat des ouvrages de Dieu, ils les prirent pour Dieu même : les astres, qui ne paraissaient que p^r annoncer sa gloire aux hommes, deipinf enteux*4némee leurs divinités. Insensés ! ils offrirent des vesux et des hoimnages au soleil et à la lune, et k taute la miKee du ciel, qui ne pouvaient ni les en- Itttdre ni les racevoirl La beauté de ces ouvrages fit oublier aux hommes ce qu'ils devaient è leur Auteur (i).
BIassulon.
(r) Voyez en yers; et teà Leçons Latines anciennes et modernes*
3ia MORALE RELIGIEUSE,
Même sujet.
I>£ LA, TEUIE.
Qui est-ce qui a suspendu ce globe de la terre, qui est immobile ? qui est-ce qui en a posé les fondemens ? Rien n'est, ce semble, plus vil qu'elle; les plus malheureux la foulent aux pieds ; mais c'est pourtant pour la posséder qu'on donne les plus grands trésors. Si elle était plus dure, l'homme ne pourrait en ouvrir le sein pour la cultiver; si elle était moins dore, elle ne pourrait le porter ; il enfoncerait partout, comme il enfonce dans le sable ou dans un bourbier. C'est du sein iné* puisable de la terre que sort tout ce qu'il y a de plus précieux.
Cette masse informe , vile et grossière , prend toutes les formes les plus diverses, et elle seule donne tour i tour tous les biens que nous lui demandons. Cette boue si sale se transforme en mille beaux objets qui charment les yeux. En une seule année elle devient branches, boutons, feuilles, fleurs, fruits et semences, pour renouveler ses libéralités en faveur des hommes; rien ne l'épuise. Plus on déchire ses entrailles, plus elle est libérale. Après tant de siècles, pendant lesquels tout est sorti d'elle, elle n'est point encore usée* Elle ne ressent aucune vieillesse ; ses entrailles sont encore pleines des mêmes trésors. Mille générations ont passé dans son sein. Tout vieillit , excepté elle seule ; elle rajeunit chaque année au printemps.
Elle ne manque point aux hommes ; mais les hommes insensés se manquent à eux-mêmes, en négligeant de la cultiver. C'est par leur paresse et par leurs désordres qu'ils laissent croître les ronces et les épines, en la place des vendanges et des moissons. Ib se disputent un bien
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qu'iU laissent perdre. Les conquérans laissent en friche la terre ^ pour la possession de laquelle ils ont fait périr tant de milliers d'hommes , et ont passé leur vie dans une terrible agitation. Les hommes ont devant eux des terres immenses qui sont vides et incultes; et ib renversent le genre humain pour un coin de cette terre si négligée. La terre, si elle était bien cultivée, nourrirait cent fois ^lus d'hommes qu'elle n'en nourrit. L'inégalité même des terroirs, qui paraît d'abord un défaut, se tourne en ornement et en utilité. Les montagnes se sont élevées, et les vivons sont descendus en la place que le Seigneur leur a marquée.
Ces diverses terres, suivant les divers aspects du soleil, ont leurs avantages. Dans ces profondes vallées on voit croître l'herbe fraîche pour nourrir les troupeaux. Auprès d'elles s'ouvrent de vastes campagnes revêtues de riches moissons. Ici , des coteaux s'élèvent comme un amphithéâtre , et sont couronnés de vignobles et d'arbres fruitiers. Là , de hantes montagnes vont porter leur front glacé josque dans ks nues^, et les torrens qui en tombent sont les sources des rivières. Les rochers qui montrent leur cime escarpée soutiennent la terre des montagnes, comme les os du corps humain en soutiennent les chairs. Cette variété fait le charme des paysages ; en même temps eUe satisfait aux divers besoins des peuples : il n'y a point de terroir si ingrat qui n'ait quelle propriété.
Regabdoks maintenant ce que l'on appelle l'eau; c'est un corps liquide, clair et transparent : d'un cAté, il coule, il échappe, il s'enfuit; de l'autre, il prend toutes les formes des corps qui l'environnent, n'en ayant aucune par lui-même. Si l'eau ^tait un peu plus raréfiée, elle devîendrMt une espèce d'air, toute la face de la terre serait sèche et stérile, il n'y aurait que des animaux
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volatiles; nulle espèce d'animaux ne pourrait nager , nul poisson ne pourrait vivre ; il n'y aurait aueun corninerce par la navigation. Quelle main industrieuse a su épaissir Teau en subtilisant l'air , et distinguer si bien ees deux espèces de ciM*ps fluides? Si l'eau était un peu plus raréfiée ^ elle ne pourrait plus soutenir oes prodigieux édifices flottans qu'on nomme vaisseaux ; les corps les moins pesans s'en&noeraient d'abord dans l'eau. Qiâ estrpce qui a pris le soin de choisir une si juste oonfiguration de parties et un degié si précis de mouvement, pour rendre l'eau si fluide , si insinuanle , si propre à échapper, si incapable de toute consistance, et néaar moins si forte pour porter, et si impétueuse pour entraîner les plus pesantes masses 7
Elle est docile t l'homme la mène comme un cavulier mène son cheval , sur la pointe des racines 5 il la distribue comme il lui plaît ; il Télève sur des montagnes escarpées , et se sert de son poids pour lui fiiire faire des chutes qui la font remonter autant qu'elle est descendue : mais l'homnse qui mène les eaux avec tant d'empire est à son lour mené par elles« L'eau est une des plus grandes forées mouvantes que l'homme sache employer pour suppléer k ce qui lui manque dans les arts les plus nécessaires , par la petitesse et par la faiblesse de son corps ; mais ces eauK qui, nonobstant leur fluidité, sont des nasses pesantes , ne laissent* pas de s*élever au-dessus de nos têtes et d'y demeurer long-temps suspendues.
Voyez-vous ces nuages qui volent comme sur les ailes des vents ? S'ils tombaient tout à coup par de grosses colonnes d'eau rapides conune des torrens , ils submergeraient et détruiraient tout dans l'endroit de leur chute , et le reste des terras demeurerait aride» Qudle main les tient dans ces réservoirs s^pendus, et ne leur permet de tomber que goutte à goutte, comme si on les dtstîHaît par un arrosoir î D'où vient qu'en ecvtains pàja chauds, oè il ne pleut presque Jamais , les roaéee de la nuit «ont
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si abondantes qu^elIes suppléent au défaut de la ploie, et qu'en d'autres pays , tels que les bords du Nil ou du Gange , Pinondation des fleuves , en certaines saisons , pourvoit à point nommé au besoin ides peuples pour arroser les terres ? Peut-on s'imaginer des mesures mieux prises pour rendre les pays fertiles?
Ainsi l'eau désaltère non seulement les hommes, mais encore les campagnes arides ; et celui qui nous a donné ce corps fluide l'a distribué avec soin sur la terre , comme les canaux d'un jardin. Les eaux tombent des hautes montagnes, où leurs réservoirs sont placés; elles s'assemblent en gros ruisseaux dails les vallées ; les rivières serpentent dans les vastes campagnes, pour les mieux arroser ; elles vont enfin se précipiter dans la mer, pour en faire le centre du commerce h toutes les nations.
Cet océan , qui semble mis au milieu des terres pour en faire une étemelle séparation , est au contraire le rendez-vous de tous les peuples, qui ne pourraient aller par terre d'un bout du monde h l'autre, qu'avec des fatigues , des longueurs et des dangers incroyables. C'est par ce chemin sans traces, au travers des abîmes, que l'ancien monde donne la main au nouveau, et que le nouveau prête À l'ancien tant de commodités et de richesses. Les eaux, distribuées avec tant d'art ^ font une circulation dans la terre comme le sang circule dans le corps humain.
Mais, outre cette circulation perpétuelle de l'eau, il y a encore le flux et reflux de la mer. Ne cherchons point les causes de cet effet si mystérieux : ce qui est certain , c'est que la mer vous porte et reporte précisément aux mêmes lieux, à certaines heures. Qui est-ce qfii la fait se retirer, et puis revenir sur ses pas avec tant de régularité ? Un peu plus, un peu moins de mouvement dans cette masse fluide, déconcerterait toute la nature. On peu plus de mouvement dans les eaux qui remontent inonderait des royaumes entiers. Qui est-cie qui a tu prendre
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des mesures si justes dans des corps immenses? Qui est* ce qui a su éviter le trop et le trop peu ? Quel doigt a marqué à la mer la borne immobile qu'elle doit respecter dans la suite de tous les siècles , en lui dbant : « Li , vous viendrez briser l'orgueil de vos vagues ? »
Mais ces eaux si coulantes deviennent, tout à coup, pendant l'hiver-, dures comme des rochers* Les sommets des hautes montagnes ont même, en tout temps, des glacçs et des neiges, qui sont la source des rivières, et qui , abreuvant les pâturages , les rendent plus fertiles. Ici, les eaux sont douces, pour désaltérer l'homme ; là , elles ont un sel qui assaisonne et rend incorruptibles nos alimens; enfin, si je lève la tête, j'aperçois, dans les nues qui volent au-dessus de nous , des espèces de mers suspendues, pour tempérer l'air, pour arrêter les rayons enflammés du soleil, et pour arroser la terre quand elle est trop sèche. Quelle main a pu suspendre sur nos têtes ces grands réservoirs d'eau ? Quelle main prend soin de ne les jamais laisser tomber que par des pluies modérées 7
DB l'air.
Après avoir considéré les eaux, appliquons-nous à examiner d'autres masses encore plus étendues. Voyezvous ce qu'on nomme l'air? C'est un corps si pur, si subtil et si transparent, que les rayons des astres , situés dans une distance presque infinie de nous , le percent tout entier^ sans peine et en un seul instant, pour venir éclairer nos yeux. Un peu moins de subtilité dans ce corps fluide nous aurait dérobé le jour, et ne nous aurait laissé tout au plus qu'une lumière sombre et confuse , comme quand l'air est plein de brouillards épais. Nous vivons plongés dans des abîmes d'air, comme les poissons dans des abîmes d'eau. De m^me que l'eau , si elle se subtilisait, deviendrait une espèce d'air qui ferait mourir les poissons , Tair^ de son côté, nous âterait la
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respiration , sMl devenait plus épais et plus humide. Alors nous nous noierions 'dans les flots de cet .air épaissi 9 comme un animal terrestre se noie dans la mer.
Qui est-ce qui a purifié, avec tant de justesse, cet air que nous respirons? S'il était plus épais, il nous suffoquerait; comme, s'il était pluii subtil, il n'aurait pas cette douceur qui fait une nourriture continuelle du dedans de l'hoxnme. Nous éprouverions partout ce qu'on éprouve sur le sommet des montagnes les plus hautes, où la subtilité de l'air ne fournit rien d'assez humide et d'assez nourrissant pour les poumons. Mais quelle puissance invisibleexcite et apaise si soudainement les tempêtes de ce grand corps fluide 7 Celles de la mer n'en sont que les suites. De quel trésor sont tirés les vents , qui purifient l'air, qui attiédissent les saisons brûlantes, qui tempèrent la rigueur des hivers, et qui changent en un instant la face du ciel? Sur les ailes de ces vents, volent les nuées d'un bout de l'horizon à l'autre. On sait que certains vents régnent en certaines mers , dans des saisons précises ; ils durent un temps réglé , et il leur en succède d'autres, comme tout exprès , pour rendre les navigations commodes et régulières. Pourvu que les hommes soient patiens et aussi ponctuels que les vents, ib feront sans peine les plus longues navigations.