‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 18 sur 40 · J. J. R0U$S£AV · texte numérisé non relu

J. J. R0U$S£AV

Le Suicide.

Tu veux cesser de vivre : mais je voudrais bien savoir si tu as commencé. Quoi ! fus-tu placé sur la terre pour n'y rien faire ? Le Ciel ne t'impose-t-il point avec la vie une tâche pour la remplir? Si tu as fait ta journée avant lé soir, repose-toi le reste du jour, tu le peuxj mais voyons ton ouvrage. Quelle réponse tiens -tu prête au Juge suprême qui te demandera compte de ton temps 7

(i) Voyes les £êçon$ LaUnu modemei, même sujet.

ou PHILOSOPHIE PRATIQUE. 4o5

Malheureux ! 'trouve-moi ce juste qui se vante d'avoir assez vécu : que j^apprenne de lui conunent il faut avoir porté la vie pour être en droit de la quitter.

Tu comptes les maux de Thumanité, et tu dis : La vie est un mal Mais regarde , cherche dans l'ordre des choses si tu y trouves quelques biens qui ne soient point mêlés de maux. Est-ce donc à dire qu'il n'y ait aucun bien dans l'univers, et peux-tu confondre ce ^ui est mal par sa nature avec ce qui ne souffre le mal que par accident ? La vie passive de l'homme n'est rien , et ne regarde qu'un corps dont il sera bientôt délivré; miais sa vie active et morale, qui doit influer sur tout son être , consiste dans l'exercice de sa volonté. La vie est un mal pour le méchant qui prospère, et un bien pour l'honnête homme infortuné; car ce, n'est pas une modification passagère, mais son rapport avec son objet , qui la rend ou bonne ou mauvaise.

Tu t'ennuies de vivre , et tu dis : La vie est un mal. Tôt ou tard tu seras consolé , et tu diras : La vie est un bien. Tu diras plus vrai sans mieux raisonner; car rien n'aura changé que toi. Change donc dès aujourd'hui 5 et puisque c'est dans la mauvaise disposition de ton âme qu'est le mal , corrige tes affections déréglées , et ne brûle pas ta maison pour n'avoir pas la peine de la ranger.

Que sont dix , vingt , trente ans pour un être immortel? La peine et le plaisir passent comme une ombre : la vie s'écoule en lin instant ; elle n'est rien par elle-même ; son prix dépend de son emploi. Le bien seul qu'en a fait demeure , et c'est par lui qu'elle est quelque chose. Me dis donc plus que c'est un mal pour toi de vivre , puisqu'il dépend de toi seul que ce soit un bien ; et si c'est un mal d'avoir vécu, ne dis pas non plus qu'il t'est permis de mourir : car autant vaudrait dire qu'il t'est permis de n'être pas homme, qu'il t'est permis de se révolter contre l'auteur de ton être, et de tromper ta destination.

^o6 MORALE RELIGIEUSE,

Le suicide est une mort furtive et hpnteu^e, c'est un vol fait au genre humain. Avant de le quitter, rends-lui ce quHl a fait pour toi. Mais, je ne tiens à rien, je suis inutile au monde. Philosophe d'un jour! ignores-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans trouver quelque devoir à remplir , et que tout homme est utile à Thumariîtë, par cela seul qu'il existe ?

Jeune insensé! sMl te reste au fond du cœur le moindre sentiment de vertu, viens, que je t'apprenne à aimer la vie. Chaque fois que tu seras tenté d'en sortir, dis en toi-même : Que je fasse encore une bonne action açant que de mourir; "pnis ^ va chercher quelque indigent à secourir, quelque infortune à consoler, quelque opprimé à défendre. Si cette considération te retient aujourd'hui , elle te retiendra demain , après-demain , toute la vie. Si elle ne te retient pas , meurs , tu n'es qu'u;i méchant.

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