‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 20 sur 40 · OV PHILOSOPHIE PRA'HQVE · texte numérisé non relu

OV PHILOSOPHIE PRA'HQVE

dedans 9 ne lenr laisse ancun sentiinent pour tout ce qu'ils voient de délicieux au dehors : ils sont tels que les Dieux qui, rassasiés de nectar et d'ambroisie , ne daigneraient pas se nourrir de viandes grossières qu'on leur présenterait i la table la plus exquise des hommes mortels. Tous les maux s'eniîiient loin de ces lieux tranquiUes : la mort, la maladie, la pauvreté, la douleur, les regrets, les remords, les craintes, les espérances même qui coûtent souvent autant de peines que les craintes ; les divisions, les dégoâts, les dépits n'y peuvent avoir aucune entrée.

Les hautes montagnes de Thrace, qui, de leurs fronts couverts de neige et de glace depuis l'origine du monde , fiendent les nues , seraient renversées de leurs fondemens posés au centre de la terre, que les cœurs de ces hommes ne pourraient pas même être émus ; seulement ils ont pitié des mbères qui accablent les hommes vivans dans le monde : mais <^est une pitié douce et paisible qui n'altère en rien leur immuable félicité. Une jeunesse éternelle , une félicité sans fin , une gloire toute divine est peinte sur leur visage ; mais leur joie n'a rien de folâtre, d'indécent : c'est une joie douce, noble, pleine de majesté *; c^est un goût sublime de la vérité et de la vertu qui les transporte : ils sont sans interruption, à chaque moment, dans le même saisissement de coeur où est une mère qui revoit son cher fils qu'elle avait cru mort ; et cette joie, qui échappe bientôt à la mère, ne s'enfiiit jamais du cœur de ces hommes. Jamais elle ne languit un instant : elle est toujours nouvelle pour eux; ils ont le transport de Tivresse, sans en avoir le trouble et Paveuglement. Ib s'entretiennent ensemble de ce qu'ils voient et de ce qu'ils goûtent; ils foulent à leurs pieds les molles délices, et les vaines grandeurs de leurs anciennes conditions qu'ils déplorent ; ils repassent avec plaisir ces tristes, mais courtes années, où ils ont eu besoin de combattre contre eux-mêmes et contre le torrent des hommes 1.-38. a;

4i8 MORALE RELIGIEUSE, aie;

corrompus pour devenir bons; ils admirent le secours des Dieux qui les ont conduits, comme par U umn^ à la vertu , au milieu de tant de périls.

Je ne sais quoi de divin coule sans cesse au travers de leur cœur comme un torrent de la Divinité même qui s'unit i eux; ils voient, ils goûtent qu^ils sont heureuK, et ils sentent quHb le seront toujova. Ils chantent les louanges des Dieux , ils ne font tous ensemble qu'une seule Voix , une seule pensée , un seul cœur ^ une même félicité , qui fait comme un flux et reflux dans ces ixjoes unies. Dans ce ravissement divin, les siècles coulent plus rapidement que les heures parmi les mortels; et cependant mille et mille siècles écoulés a'ôtent rien à leur félicité toujours nouvelle et toujours entière. Ils régnent toas ensemble, non sur des trônes que la maia des hommes peut renverser, mais en eux-mêmes avec une puissance immuable; car ils n'ont plus besoin d'être redoutables par une puissance empruntée d'un peuple vil et misérable ; ils ne portent plus ces vains diadèxoes , dont l'éclat cache tant de craintes et de noirs soucis ; les Dieux mêmes les ont couronnés de leurs propres maint ^iiieç des couronnes que rien ne peut flétrir (i).

Fénuoii* téUmêque^ Uv« XVL

(i) Voiyez Us Lê^mê Zuùm partie, ou DucriptipM.

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PRÉCEPTSS DU GEREE, ET MODÈLE D'eXERGICE.

Le genre épislolaire eut dans le siècle de Louis XIV une asses grande importance : il avait fait la réputation de Balzac et de Y oittire y suivis par cette foule d'imita*teurs qui marche toujours à la suite des succès. Si les modèles ne sont plus guère lus , les copistes sont entiè-rement oubliés. Les gens plu» curieux que di£Bcilcs vont encore chercher des anecdotes dans les lettres de Gujh Patin, dans celles de Mj^ Dunoyer, dans celles de Marana, connues sous le nom à^EspUn twvj etc. Tons ces livres, décriés auprès des gens instruits, ne sont guère que des recueils de satires grossières , ou d'historiettes romanesques et de contes populaires, alimens passagers de, la malignité d'une génération , rebutés par la suivante. Un seul recuâl de lettres a mérité de passer )iisqtt'è nous, et de vivre dans la postérité, et c'est celui dont l'auteur ne songeait à faire ni un roman , ni une satire, ni un ouvrage quelconque. Tout le monde om prévient, et nomme M"» de Sévigné.

C'est avec justice qu'on lui a dit dans un pofaie dont le si^et , ébauché dans un temps plus heureux , n'est guère de nature à être achevé d«is le tÈÙlret

Charmante Sévigné, quels bonneors te sont dus! Tu lea as mérités, et non pas attendus. T« ne te flattais pas d'avoir foar coafldente

CsUa P9it<rité 99W foi r «n ft tpumealtr

aj.

4so LETTRES.

Daiu le emnr de Grignan ta réptndaii le tien : Tas lettres font ta gloire et sont notre entretien. Ce qu'on cherche tans fruit, tu le trouves sans peine. Que tu m'as fiiit pleurer le trépas de Turenne! Qui te surpassera dans Tart de raconter? Ces portraits d*une Cour qa*on se plaît à citer. Se retracent chez toi bien mieux que dans l'histoire; Ces héros y dont ailleurs je n*appris que la gloire, Je les Tois, les entends , et converse ayec eux.

Si le plus grand éloge d^un livre est d'être beaucoup relu , qui a été plus loué que ces Lettres P Elles sont de toutes les heures : à la ville ^ à la campagne , en voyage , on lit M"* de Sévignë. N'est-ce pas un livre précieux que celui qui vous amuse , vous intéresse et vous instruit presque sans vous demander d'attention ? C'est Pentretien d'une femme très-aimable , dans lequel on n'est point obligé de mettre du sien; ce qui est un grand attrait pour les esprits paresseux , et presque tous les hommes le sont , au moins la moitié de la journée.

Je sais bien que les détails historiques d'un' siècle et d'une Cour qui ont laissé une grande renommée , font une partie de l'intérêt qu'on prend à cette lecture. Mais la Cour d*Anne d' Autriche et la Fronde sont aussi des objets piqnans pour la curiosité, et M*« de Motteville est un peu moins lue que M"* de Sévigné. Il y a donc ici un avantage personnel ; et qui pourrait l'ignorer ou le méconnaître F C'est le mélange heureux du naturel, de la sensibilité et du goût; c'est nne manière de narrer qui lui est propre. Rien n'est égal à la vivacité de ses tournures et au bonheur de ses expressions. Elle est toujours a£fectée de ce qu'elle dit et de ce qu'elle raconte; elle peint comme si elle voyait, et l'on croit voir ce. qu'elle peint. One imagination active et mobile, comme l'est ordinairement celle des femmes , l'attaclie successivement à tous les objets: dès qu'elle s'en occupe, ils prennent un grand pouvoir sur elle. Voyez dans ses Lettres la m<Nrt de Turenne : personne ne l'a pleuré de fi bonne foi; mab aussi

LETTRES. 4at

personne ne l'a tant fait pleurer. C'est la plus attendrissante des oraisons (unèbres de ce grand homme ; mais ce n'est pas seulement, il faut l'avouer, parce que tout est vrai et senti ; c'est qu'on ne se méfie pas d'une lettre comme d'un panégyrique. C'est une terrible tâche que de dire: Ecoute^moi, je vais louer: écoutez^moi, et vous allez pleurer. Alors précisément on pleure et on admire le moins qu'on peut; et lorsque l'orateur nous y a forcés , il a fait son métier , et l'on peut mettre sur le compte de son art une partie de la gloire de son héros. H™<^ de Sévigné probablement n'aurait pas Ëiit le beau discours de Fléchier; et si elle produit plus d'impression, c'est qu'elle s'entretient plus familièrement avec nous , qu'elle n'a point de mission à remplir, que son âme parle à la nôtre, sans annoncer le dessein de parler, et qu'elle nous communique tout ce qu'elle sent.

Ceux qui aimant à réfléchir et à tirer une instruction de leur plaisir même , peuvent trouver dans ses Lettres un autre avantage ; c'est d'y voir sans nuage l'esprit de son temps, les opinions qui régnaient, ce qu'était le nom de Louis Xiy, ce qu'était la Cour, ce qu'était la dévotion, ce qu'était un prédicateur de Versailles, ce qu'était le confesseur du Roi, le jésuite La Chaise, chez quiXiuxembourg accusé allait faire une retraite ;*cet assemblage de faiblesses, de religion et d'agrément , qui caractérisait les femmes les plus célèbres ; cette délicatesse d'esprit qui , dans les courtisans , se mêlait à l'adulation ; ce ton qui était encore un peu celui de la chevalerie et de l'héroïsme, et qui n'excluait pas le talent de l'intrigue. Il est peu de livres qui donnent plus à penser à ceux qui lisent pour réfléchir, et non pas seulement pour s'a^ muser.

Une autre remarque à faire swr M"' de Sévigoé-, c'est qu'on peut montrer beaucoup de goût dans son style et fort peu dans ses jugemens, parce que notre style est notre esprit , et que nos jugemens soni souvent

l'esprit des autres , surtout dans ce qu'on appelle le monde, lies gens de lettres sont sujets à mal juger , par un intérêt qui va jusqu'à la passion : les gens du monde , d'abord par une indifférence qui leur fait adopter légèrement l'avis qu'on leur donne , ensuite par un entêtement qui leur fait soutenir le parti qu'ils ont embrassé. ToîU ce qui fait durer plus ou moins les préventions de société, source de tant d'injustices : de là celles de M"* de Sévigné envers Racine, dont elle a dit (^n^il passera comme k café. Elle se défendait de l'admirer, pour ne pas avoir Pair de revenir sur Corneille. On croirait pourtant quMl n'y a rien de plus simple et de plus aisé que d'admirer à la fois deux grands écrivains ; mais il n'en est pas ainsi de la plupart des hommes. Il sexnble qu'ils n'aient tout au plus que ce qu'il faut pour en goûter un, qu'ils soient jaloux dans leur opinion , conmie on l'est dans l'amour, et qu'ils ne puissent pas souffrir que Von compare rien à l'objet de leur choix ; et puis ne faut-il pas se dédommager sur l'un de la justice que l'on rend à l'autre, et faire la part de la malignité? On ne loue presque que pour rabaisser; et, sans sortir de notre temps, j'ai vu depuis vingt années sept ou huit écrivains , dont chacun a été à son tour le seul po^^'le seul génie , le seul ialeni que nous eussions. 11 est vrai que le temps a mis tout le monde d'accord en les faisant tous oublier, et il est bien juste de faire place à d'autres. '

On a fait à M"* de Sévigné un reproche plus grave , mais qui n'est nullement fondé : on a prétendu qu'elle faisait parade, dans ses Lettres ^ d'un sentiment qui n'était point dans son âme ; qu'en un mot, elle n'aimait point sa fille. Cette accusation est non seulement dénuée de preuve , mais de probabilité : on n'affecte pas ce tonlà ; et si M"^^ de Sévigné ne sentait rien , qui donc l'obligeait à cette effusion de tendresse? A quoi bon cette pénible hypocrisie? Heureusement elle est impossible. On contreferait 'plutdt le ton d'un amant que le cœur

d'ane mère ; et M** de Sëvîgné ne pouvait puiser que dans le sien cette prodigieuse abondance d'expressions qui ne pouvait se sauver d'une ennuyeuse monotonie qu'à forée de vérité.

Le fimx est toujours lade, ennuyeux» Ungoiisant» Mais la nature est vraie» et d*abord on la sent.

CW Boilean qui l'a dit; et il ce n'était pas lu?, ce serait la râbon*

La Haafi. ConndeUUéraêwt^ uYlh

Madame de Sëyignë k M. de G)ulanges.

Jb m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la pins sniprenante, la plus merveiUeuse, la plus mira'* culeuse, la plus triomphante , la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire , la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande , la plus petite, la plus rare , la plus commune, la phis éclatante , la plus secrète }uaqu'aujourd'hai , la plus digne d'envie ; enfin una chose dont on ne trouve qu'on exemple dans les siècles passés , encore cet exemple n'est-il pas juste c une chose que nous ne saurions croire à Paris , comment la pourrait-K>n croire à Lyon? une chose qui fait crier miséricorde è tout le monde j une chose qui comble de joie M™^ de Rohan et M"'^ de Hauteville ; une chose enfin qui se fera dimanehe, oè ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une cho$e qui aeféra dtmântihe , et qui ne sera peut-être pas faite luttdt. Je ne puis me résoudre à vous la dire, devinex^Ia } je vt»us la donne en fvois; Jetez-vous votre langue aux chiens 7

Hé bien 1 il faut donc vous la dire s M. de Lausun épouse dimanche, au Lo«vre, devinoK quiP Je tous ie donne en quatre , je vous le donne en dix , je vous le donne en cent Vk^ de Goulanges dit : Voilà qui est

4s4 LETTRES.

bien difficile i deviner ! c'est M« de la YalUère. — Point du tout , Madam^. *— C'est donc M"^ de Retz ? — Point du tout : vous êtes bien provinciale 1 Ah , vraiment, nous sommes bien bêtes I dites* vous ; c'est M"« Colbert. — Encore moins, — C'est assurément M"« de Créqui. — Vous n'y êtes pas. Il faut donc k la fin vous la dire. Il épouse dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi , M'^* de . • • M^^* • . . devinez le nom ; il épouse Mademoiselle , fille de feu Monsieur ; Mademoiselle, petite-fille de Henri IV 5 M"« d'Eu, de Dombes, M^^^de Montpensier, M^^* d'Orléans; Mademoiselle , cousine germaine du Roi; Mademoiselle, destinée au trône; Mademoiselle, le seul parti de France qui fttt digne de Monsieur.

Voilà un beau sujet de discourir. Si vous crier, ai vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est fiiux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures , nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous; adieu. Les lettres qui seront portées par cet ordinaire vous feront voir si nous disons vrai ou non.

Madame de Sévigné à sa Fille.

Voici un terrible jour, ma chère enfant, je vous avoue que je n'eo puis plus. Je vous ai quittée dans un eut qui augmente ma douleur. Je songe à tons les pas que vous faites, et à tous ceux que je £ûs; et combien il s'en faut qu'en marchant toujours de cette sorte, nous puissions jamais nous rencontrer! Mon cœur est en repos quand il est auprès de vous : c'est son état naturel 1 et le seul qui peut lui plaire.

Ce qui s'est passé ce matin me donne une douleur

sensible et me fait un déchirement dont votre philosophie sait les raisons* Je les ai senties et les sentirai longtemps. J'ai le cœur et l'imagination tout remplis de vous , )e n'y puis penser sans pleurer , et j'y pense toujours ; de sorte que l'état où je suis n'est pas une chose soutenable : comme il est extrême, j'espère qu'il ne durera pas dans cette violence. Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez* Mes yeux qui vous ont tant rencontrée, depuis quatorze mois ne vous trouvent plus* Le temps agréable qui est passé rend celui-ci douloureux, jusqu'à ce que je sois un peu accoutumée; mais ce ne sera jamais pour ne pas souhaiter ardemment de vous revoir et de vous embrasser.

Je ne dois pas espérer mieux de l'avenir que du passé j je sais ce que votre absence m'a fait souffrir, je serai encore plus. à plaindre, parce que je me suis &it imprudemment une habitude nécessaire de vous voir. II me semble que je ne vous ai pas assez embrassée en partant. Qu'avais-je à ménager! je, ne vous ai point assez dit combien je suis contente de votre tendresse ; je ne vous ai ppint assez recomsmandée à M. de Grignan , je ne l'ai point assez remercié de toutes ses politesses et de toute l'amitié qu'il a pour moi : j'en attendrai les effets sur tous lés chapitres*

Je suis déjà dévorée de curiosité; je n'espère de consolation que de' vos lettres, qui me feront encore bien soupirer. En un mot, ma fille, je ne vis que pour vous* Dieu me fasse la grâce de l'aimer quelque jour comme je vous aime. Jamais un départ n'a été si triste que le nôtre ; nous ne disions pas un mot. Adieu , ma chère enfant; plaignez-moi de vous avoir quittée. Hélas l nous voilà dans les lettres*

4t6 LETTRES.

Christophe CokHiib au Roi d'Espagne.

De la Jamaîqtte, i5o3i.

Sire,

Diego MendèS) et cespapien ^ue |6 lot remela, apprendront à Votre Majesté qnelles riches nmes d'or j'ai décoQTertes àVéragua, et comment je me proposais de laisser mon frère k la ririëre Berlin, si les volontés dn Ciel et les plusgrandsmâlheurs du monde ne m'en eussent empêche. Il suffit , an reste , que Votre Majesté et ses successeurs recueillent la gloire et les avantages du tont, que la découverte s'achève, et que les premiers établissemens se fassent parquelqu'un pins heureux que l'infortuné Colomb. Si Dieu m'est asses favorable pour conduire Meadèa en Espagne, il fera sans doute oonSiprendre À la Reine ma m^tresse^ ainsi qu'à Votre Majesté, que ee ne sera pas ici seulement un fort ou un château , mais la découverte d'«n monde de sujets , de terres et de richesses ^ plus grand que rimagination la phis ve«te n'aurait pu' se le figurer, ou que l'avarice elle -^ même n'aurait pn k désirer.

Mais ni le papier ni la langue d^aneun mortel ne pomrofit jamais voUB exprimer l'angoisse et lesalfections de mon corps et de mon âme, ni Wus peindre la misère ef les dangers de mon fils , de mon frère et de mes amis. Depuis plus de dix mois nous sommes ici logés k dé* couvert sur les ponts de nos vaisseaux échoués sur la côte. Ceux de mon équipage qui sont demeurés sains , se sont mutinés sous Perraè de Séville^ et mes amis, ceux qui me sont restés fidèles, sont ou malides ou mourans. Nous, avons détruit les provisions des Indiens, de manière qu'ils nous abandonnent , et que probablement nous périrons de faim. Tous ces mislheurs sont

augmentés par tant de circonstances qui les aggravent, qu'ils m'ont rendu le plus déplorable objet d'infortune que le monde puisse jamais voir : comme si le mécontentement du Ciel secondait Pénvie de l'Espagne , et qu'il voulût punir comme des crimes des entreprises et des services méritoires. Ciel , et vous , saints qui Fhabitez , que le Roi D. Ferdinand et mon illustre maîtresse Dona Isabelle sachent que mon kèle pour leur service et pour leurs intérêts m'a tendu le plus malheureux des hommes vivansj car il est impossible de vivre, et d'avoir des afflictions semblables aux miennes, «^'appréhende et je pi'évois avec horreur ma destruction et celle de ces malheureux et braves gens qui vont périr pour l'amour de moi. Hélas ! la justice et la piété se sont retirées aux cieux i et c'est un crime aujourd'hui d'avoir fait trop de bien aux hommes, ou de leur eii avoir trop promis. Mes malheurs m'ont fait de la vie un fardeau , et je crains que les vains titres de vice-roi perpétuel et d'amiral ne muaient rendu odieux à la nation Espagnole.

On rirait d'indignation en voyant toutes les méthodes employées pour couper une trame déjà prête à se rompre ; car je suis dans mon vieil âge , la goutte me cause des peines Insupportables; languissant à présent, presque mourant de ce malet de beaucoup d'autres, parmi des Sauvages, où je n'ai ni alimens ni remèdes pour mop corps , ni prêtres ni sacremens pour mon âme ^ mes gens mutinés, mon fils et tous mes amis malades , épuisés et mourans. Les Indiens m'ont abandonné, et le gouverneur de Saint-Domingue a envoyé plutôt pour savoir si j'étais mort, on pour m*enterrer vivant îci, que pour nous secourir ; car son bateau ne nous a point parlé, ne nous a point donné de lettres, et n'a voulu en recevoir aucune de nous ; d'où je conclus que les officiers de Votre Majesté ontintention que mes voyages et ma vie finissent ici.

O sainte Mèrt de Dieu, qui ave« cotnpassion des

4a8 LETTRES.

malheureux et des opprimés, pourquoi Cenell Bovadilla ne m*a-t-il pas tué lorsqu'il nous dépouilla, mon frère et moi, de Por qui nous avait coûté si cher, et nous envoya chargés de chaînes en Espagne , sans jugement, sans délit» sans l'ombre même du crime? Ces chaînes, hélas! sont aujourd'hui mon seul trésor, et elles seront enterrées avec moi, si j'ai le bonheur d'avoir un cercueil ou un tombeau : car je yeux que le souvenir d'une action si tragique et si injuste meure avec moi, et que, pour l'honneur du nom Espagnol, elle soit à jamais oubliée. S'il en eût été ainsi, à bienheureuse Vierge ! Oba'ndo ne nous aurait pas laissés , pendant dix à douze mois , prêts à périr par une méchanceté aussi grande que nos malheurs. Ah ! que cette nouvelle infamie ne souille pas ^encore le nom Castillan ; et puissent les siècles futurs ne jamais savoir qu'il y eut dans celui-ci des misérables assez vils pour croire se frire un mérite auprès de Ferdinand, en détruisant l'infortuné Colomb , non pour ses crimes, mais pour avoir découvert et donné à l'Espagne un nouveau monde !

Ce fut vous, ô grand Dieu, qui m'inspirites et m'y conduisîtes! Montrez-moi quelque pitié, daignez faire grâce à cette malheureuse entreprise : que la terre entière , et que tout ce qui dans l'univers aime la justice et l'humanité, pleure sur moi; et vous, saints Anges du Ciel qui connaissez mon innocence, pardonnez au siècle présent trop .envieux et trop endurci pour me plaindre ! Sûrement ceux qui sont è naître pleureront un jour lorsqu'on leur dira que Coloi;nb avec sa propre fortune, avec peu de frais, ou même aucun de la part de la Couronne, au hasard de sa vie et de celle de son frère, en vingt années et quatre voyages, a rendu de plus grands services à l'Espagne que jamais Prince ou Royaume n'en a reçu d'aucun homme ; que cependant, sans l'accuser du moindre crime, on l'a laissé périr pauvre et misérable , après lui avoir tout enlevé, excepté ses chaînes; de ma-

nière qne celui qui a donné à PEspagne un nouveau inonde, n^a pu trouver, ni dans celui-ci ni dans Vancien , une chaumière pour sa misérable famille et pour lui. Mab si le Ciel doit me persécuter encore, et semble mécontent de ce que )*ai fait, comme si la découverte de ce nouveau monde devait être fatale à Fancien; sMl doit par' châtiment mettre un terme, en ce lieu de misère, à ma malheureuse vie, vous, saints Anges, qui secourez rinnocent et l'opprimé, faites parvenir ce papier â mon illustre maîtresse : elle sait combien j'ai soufiFert pour sa gloire et pour son service , et elle aura assez de justice et de piété pour ne pas souffrir que le frère et les en£ins d'un homme qui a donné à l'Espagne des richesses immenses , et qui a ajouté à ses domaines de vastes Empires et des Royaumes inconnus , soient réduits à manquer de pain ou à vivre d'aumônes. Elle verra, si elle vit, que l'ingratitude et la cruauté provoqueront la colère céleste. Les richesses que j'ai découvertes appelleront tout le genre humain au pillage , et me susciteront des vengeurs, et la nation un jour sou£Grira peut-être pour les crimes que commettent aujourd'hui la méchanceté, l'ingratitude et l'envie.

Anne de Boden au Roi Henri YŒ, son marL

Sirs ,

Le mécontentement de Votre Grandeur et mon emprisonnement me paraissait des choses si étranges, que je ne sais ce que je dois écrire , ni sur quoi je dois m'excuser. Vous m'avez envojé dire par un homme que vous savez être mon ennemi déclaré depuis longtemps, que, pour obtenir votre £aveur, je dois recon«naître une certaine vérité. Il n'eut pas plus tôt fait son message, que je m'aperçus de votre dessein. Mais si.

43o LETTRES.

comme vous le dites | Pâven d'une rérité peut me pro* curer ma délivrance) j'obéirai à vos ordres de tout mon cœur, et avec une entière soumission* Que Votre Grandeur ne s'imagine pas que votre pauvre fenune puisse jamais être amenée i reconnaître une £iute dont la seule pensée ne lui est pas venue dans Tesprit. Jamais Prince n'a eu une femme plus fidèle k tousses devoirs , plus remplie d^une tendresse sincère , que celle que vous avez trouvée en la personne d'Anne de Boulen , qui aurait pu se contenter de ce nom et de son état, s'il avait plu à Dieu et à Votre Grandeur de l'y laisser. Mais , au milieu de mon élévation et de la Royauté où vous m'avez admise, je ne me suis jamais oubliée au point de ne pas craindre quelque réveil pareil i celui qui m'arrive aujourd'hui. Comme cette élévation n'avait pas un fondement plus solide que le goût passager que vous avez eu pour moi, je ne doutais pas que la moindre altération dans les traits qui l'ont fait naître ne fût capable de vous faire tourner vers quelque autre objet.

Vous m'avez tirée d'un rang inférieur pour m'élever i la Royauté et à l'auguste rang de votre compagne; cette grandeur était fort au-dessus de mon mérite , ainsi que de mes droits. Cependant, si vous m'avez crue digne de cet honneur, ne. souffrez pas, grand Prtnce, qu'une incbnstaiiGe injuste ou que les mauvais conseils de mes ennemis me privent de votre faveur royale. Ne permettez pas qu'une tache aussi noire et aussi indigne que celle de vous avoir été infidèle , ternisse la réputation de votre femme et celle de la jeune Princesse votre fiUe.

Ordonnez donc, ô mon Roi, que l'on instruise mon procès, mais que Ton y observe les lois de la justice, et ne permettez pas que mes ennemis jurés soient mes accusateurs et mes juges. Ordonnez même que mon procès me soit fait en public: ma fidélité ne craint point d'être flétrie par la honte. Vous verrez mon innocence justifiéci vos soupçons levés, votre esprit saùsiiaût | et la ca-

lomnie réduite au silence , ou mon crime paraîtra aux yeux de tout le monde. Ainsi , quoi qu41 plaise à Dieu ou i vous d'ordonner de moi , Votre Grandeur peut se garantir de la censure publique ) et mon crime étant prouvé en justice, vous serez en liberté devant Dieu et devant les hommes , non seulement de me punir comme une épouse infidèle , mais encore de suivre Tinclination que vous avez fixée sur cette personne qui est la cause du malheureux état où je me vois réduite , et que j'aurais pu vous nommer il y a long-temps, puisque Votre Grandeur n'ignorait pas jusqu'où allaient mes soupçons à cet égard.

Enfin, si vous avez résolu de me perdre, et que ma mort, fondée sur une infâme calomnie, vous doive mettre en possession du bonbeur que vous souhaitez , je prie Dieu qu'il veuille vous pardonner ce grand crime , aussi bien qu'à mes ennemis qui en sont les instrumens, et qu'assis au dernier jour sur son trône deyant lequel vous et moi compaiaitrons bientôt, et où mon innocence, quoi qu'on puisse dire , sera ouvertement reconnue ; je le prie, dis-je, qu'alors il ne vous fasse pas rendre un compte rigoureux du traitement cruel et indigne que vous m'aurez fait,

La dernière ef la seule chose que je vous demande, est que je 9ois seule à porter tout le poids de votre indignation, et que ces pauvres innocens gentilshommes qui, m'a-t-on dit , sont retenus à cause de moi dans une étroite prison , n'en reçoivent aucun mal. Si jamais j'^ trouvé grâce devant vous, si jamais le nom d'Anne de Boulen a été aigréable à vos oreilles, ne me refusez pas cette demande, et je ne vous importunerai plus sur quoi que ce soit : au contraire , j'adresserai toujours mes ardentes prières k Dieu , afm qu'il lui plaise vous maintenir en sa bonne garde , et vous diriger en toutes vos actions.

De m4 triste prison à la Tour ^ le 6 mai.

Votre très-fidèle et très-obéissante femme, Anks dk Bouukii.

43s LETTRES.

Réponse du Vicomte àX)rie, commaiidanl de Bayonne, li Charles E(> qui lui avait ordonne de faire massacrer les Protestans.

SlAB,

Tai communique le commandement de Totre Majesté k ses fidèles habitans et gens de guerre de la garnison : je n'y ai trouvé* qiiede bons citoyens et braves soldats , mais pas un bourreau. C'est pourquoi eux et moi supplions très-humblement Votre Majesté de vouloir bien employer nos bras et nos vies en choses possibles : quelque hasardeuses quMles soient, nous y mettrons jusqu'i la dernière goutte de notre sang.

Bakac au Cardinal de la Valette.

MoHSUGRBirB,

L'espérance qu'on me donne depuis trois mois que vous devez passer tous les jours en ce pays, m'a empêché jusqu'ici de vous écrire, et de me servir de ce seul moyen qui me reste de m'approcher de votre personne.

A Rome, vous marcherez sur des pierres qui ont été les Dieux de César et de Pompée ; vous considérerez les ruines de ces grands ouvrages , dont la vieillesse est encore belle, et vous vous promènerez tous les jours parmi les histoires et les fables ; mais ce sont des amusemens d'un esprit qui se contente de peu , et non pas les occupations d'un homme qui prend plaisir de naviguer dans l'orage. Quand vous aurez vu le Tibre , au bord duquel les Romains ont &it l'apprentissage de leurs victoires, et commencé ce long dessein qu'ils n'achevèrent qu'aux extrémités de la terre ; quand vous serez monté au Gapi-

LETTRES. iiZ

foie f où ils croyaient que Dieu était aussi présent que clans le ciel, et qûMl avait enferme le destin de la mo~ narcbie universelle ; après que vous aurez passé au tra* vers de ce grand espace qui était dédié aux plaisirs du peuple f je ne doute point qu^après avoir regardé encore beaucoup d'autres choses, vous ne vous lassiez à la fia du repos et de la tranquillité de Rome.

Il est besoin , pourune infinité de considérations impor* tantes, que vous soyez au premier conclave, et que vous vous trouviez à cette guerre qui ne laisse pas d'être grande^ pour être composée de personnes désarmées. Quelque grand objet que se propose votre ambition , elle ne saturait rien concevoir de si haut que de donner en même temps un successeur aux Consuls , aux Empereurs et aux Apôtres , et d'aller fiiire de votre bouche celui qui marche sur la tête des Rois , et qui a la conduite de toutes les imes.

Voiture k Mademoisdle de Rambouillet (i).

BlADBMOISELLfi,

J« voudrais que vous ro^eussiez pu voir aujourd'hui dans un miroir, en l'état où j'étais. Vous m'eussiez vu dans les plus effroyables montagnes du monde, au milieu de douze 09 quinze hommes les plus horribles que l'on puisse voir, dont le plus innocent en a tué quinze ou vingt autres, qui sont tous noirs comme des diables, et qui ont des cheveux qui leur viennent jusqu'à la moitié du corps ; chacon deux ou trois balafres sur le visage , et deux pistolets et deux poignards à la ceinture ; ce sont les bandits qui vivent dans les montagnes des confins du Piémiont et de €iénes. Vous eussiez eu peur sans doute ,

(1) Mariée depuis au duc de Montaiisier.

434 L£TTAË&

Hademotselle, de me voir entre ces messiears-là , et vous eussiez cru qu'ils m^aliaient couper la gorge. De peur d'en être vole, je m'en étais fait escorter 3 j'avais écrit, dès le soir, k leur capitaine, de me venir accompagner, et de se trouver en mon chemin ; ce qu'il a fait, et j'en ai été quitte pour trois pistoles. Mais surtout, je voudrais que vous eussiez vu la mine de mon neveu et de mon valet, qui croyaient que je les avais menés k la boucherie.

Au sortir de leurs mains , je suis passé par des lieux où il y avait garnison espagnole, et là, sans doute, j'ai couru plus de dangers. On m'a interrogé : j'ai dit que j'étais Savoyard; et, pour passer pour cela, j'ai parlé, le plus qu'il m'a été possible , comme M. deYaugelas (1) : Sur mon mauvais accent , ils m'ont laissé passer. Regardez si je ferai jamais de beaux discours qui me valent tant, et, s'il n'eût pas été bien mal à propos qu'en cette occasion , sous ombre que je suis à l'Académie , je me fusse piqué de parler bon français. Au sortir de U , je suis arrivé à SaToae, où j'ai trouiré la met un pea plus émue qu'il ne fallait pour le petit vaisseau que j'avais pris ; et néanmoins je suis, Dieu merci, arrivé ici à bon port.

Voyez, Mademoiselle, combien de périls j'ai courus dans un jour. Enfin , je suis échappé des bandits 9 des Espagnols, et de la mer.

Pamd ^ la RaûiA Chmliiia (a).

MABAMB,

Je sais que Votre MajesAë est auatt éckMe et Mn^ants que puissaql^ et magnaniaCa Voilà ia vattoa <{i|i m'a

(i) Né à Chaiiibéry; aeloa U fias coswoao ofisâ»n, ««ni* toujours cohseryé Taccent de son pays natal, (a) £n lui dédiant son ouvrage sur /« RoukU^^

déterminé à m'adresser plutôt à Votre Majesté qu'i tout autre Prince. J'ai une vénération bien plus grande pour les personnes d'un mérite sublime que pour celles qui n'ont que des titres pompeux, un nom célèbre, des aïeux illustres et une fortune brillante. Les premiers sont les vrais Souverains de la terre. Il me semble que le pouvoir des Rois wr leurs sujets n'est qu'une image imparlaite et grossière du pouvoir de Tesprit fort sur les esprits faibles. Le droit de persuader et d'instruire est, parmi les philosophes, ce que le droit de commander est dans le gouvernement politique. Quelque puissant , que^ que redoutable que soit nn Monarque, tout manque è sa gloire , s'il n'a pas l'esprit éminent. Un citoyen obscur, sans biens , qui fait de sa vertu tout son appui , est audessns du conquérant du monde.

Régnez donc , incomparable Princesse , puisque votre génie est supérieur à votre rang, régnez sur l'nnivers, il est votre domaine ; les savans et les gens de bien sont vos sujets. Que les Souverains apprennent avec admiration que la fille de Gustave est l'âme des savans et le modèle des Rois.

Le Duc de Montausier au Dauphin , sur la Prise de Philipsbourg.

MONSEIGIVEVB ,

Je ne Vous fais pas de compliment sur la prise de Philipsbourg; vous aviez une bonne armée, une excellente artillerie, et Vauban. Je ne vous en fais pas non plus sur les preuves que votis avez données de bravoure et d'intrépidité : ce sont des^ vertus héréditaires dans votre maison ; mais je me réjouis avec vous de ce que vous êtes libéral, généreux, humain, faisiant valoir' les services d'autrui et oubliant les vôtres : c'est sur quoi je vous fais mon compliment.

Madame de Maintenon à Madame de Montesptn (i).

Madame,

Voici le plus jeune des auteurs qui vient vous demander votre protection pour ses ouvrages. . Il aurait bien voulu, pour les mettre au jour, attendre quUl eût huit ans accomplis : mais il a eu peur qu'on ne le soupçonnât d'ingratitude, s'il eût été plus de sept ans au monde sans vous donner des marques publiques de sa reconnaissance.

En effet. Madame, il vous doit une bonne partie de tout ce qu'il est Quoiqu'il ait eu une naissance assez heureuse, et qu'il y ait peu d'auteurs que le Ciel ait regardés aussi favorablement que lui, il avoue que votre conversation a beaucoup aidé à perfectionner en sa personne ce que la nature avait commencé. S'il pense avec quelque justesse , s'il s'exprime avec quelque grâce , et s'il sait faire déjà un assez jusle discernement des hoounes, ce sont autant de qualités qu'il a tâché de vous dérober. Pour moi. Madame, qui connais ses plus secrètes pensées, je sais avec quelle admiration il vous écoute, et je puis vous assurer avec vérité qu'il vous étudie beaucoup plus volontiers que tous ses livres.

Vous trouverez dans l'ouvrage que je vous présente quelques traits assez beaux de l'Histoire ancienne ; mais il craint que , dans la foule des événemens merveilleux qui sont arrivés de nos jours, nous ne soyons guère touchés de tout ce qu'il pourra vous apprendre des siècles

(i) Cette ëpitre dédicatoire fut mise par M»* de Blaintenon à la télte de quelques traductions faites par son élève, le jeune due du Maine, fils de Louis XIV et de M»" de Montespan. Elles parurent en 1678 y bous le titre d'iSuf^res differtes ttun axiteur de sept ans.

passés : il craint cela avec d*autant plus de raison, quMl a éprouvé la même chose en lisant les livres. Il trouve quelquefois étrange que les hommes se soient fait une nécessité d'apprendre par cœur des auteurs qui nous disent des merveilles si fort au-nlessous de celles que nous voyons. Comment pourrait-il être frappé des victoires des Grecs et des Romains, et de tout ce que Florus elJustin lui racontent? Ses nourrices, dès le berceau, ont accoutumé ses oreilles k de plus grandes choses. On lui parle, comme dun prodige, d'une ville que les Grecs prirent en dix ans; il n'a que sept ans, et il a déjà vu chanter en France des Te Deum pour la prise de plus de cent villes.

Tout cela. Madame, le dégoûte un peu de l'antiquité: il est fier naturellement; )e vois bien qu'il se croit de bonne maison ; et , avec quelque éloge qu'on lui parle i? Alexandre et de César ^ je ne sais s'il voudrait faire quelque comparaison avec les enfans de ces grands hommes. Je m'assure que vous ne désapprouverez pas en lui cette petite fierté , et que vous convieii^rez qu'il ne se connatt pas mal en Héros ; mais vous avouerez aussi que je ne me connais pas mal à £iire des présens, et que, dans le dessein que j'avais de vous dédier un livre , je ne pouvais choisir un auteur à qui vous prissiez plus d'intérêt qu'à celui-ci.

Je suis, Madame, etc.

Le Duc de Lorraine k TËmpereur.

SacrIb Majesté,

Je serais parti dlnspruck pour aller recevoir vos ordres; mais un plus grand maître m'appelle, et je pars pour lui aller rendre compte d'une vie que je vous ai consacrée. Je supplie très-humblement Votre Majesté de

se ressouvenir d'une femme qui lui touche d'assez près, d'enfans sans bien, et de sujets dans l'oppression.

Le Marqpiis do Feu^bres à Louis XIY> en fayeur de «on fils (i).

APHts avoir mis devant les yeux de Dieu toute 'ma vie,i}ufe je vais lui rendre, il ne me reste plus rien à fiiire avant de la quitter, que de me jeter aux pieds de Votre Majesté. Si je croyais avoir plus de vingt-quatre heures k passer encore en ce monde , je n'oserais prendre la liberté que je prends. Je sais que j'ai déplu à Votre Majesté : et, quoique je ne sache pas précisément en quoi , je ne m'en crois pas moins coupable.

J'espère , Sire , que Dieu me pardonnera mes péchés , parce que j'en ressens en moi un repentir bien sincère. Vous êtes l'image de Dieu , et j'ose vous supplier de pardonner au moins à mon fils des fautes que je voudrais avoir expiées de mon sang. Ce sont celles, Sire, qui ont donné à Votre Majesté de l'éloignement pour moi, et qui sont cause que je meurs dans mon lit au lieu d'employer à votre service les derniers momens de ma vie et la dernière goutte de mon sang, comme je l'ai toujours souhaité.

Sire, au nom de ce Roi des Rois devant qui je vais paraître, daignez jeter des yeux de compassion sur un fils unique que je laisse dans ce monde sans appui, sans bien : il est innocent de mes malheurs, il est d'un sang qui a toujours bien servi Votre Majesté. Je prends confiance en la bonté de votre cœur; et, après vous avoir encore une fois demandé pardon, je vais me re-*

(i) Le marquis de Fcuquières écrivit cette lettre douze heures avant sa mort. Le Roi la lut; il en fut touché, et accorda au Ois i«s penaioiis du père*

byGpOgk

LETIRËS. 439

mettra tnirt les mains de Dieu , à qui je demande pour Votre Majesté toutes les prospérités que méritent vos vertus.

Voltaire à Milord Hanrey, garde des sceaux d'Angleterre*

Je fais compliment à votre uation, Milord, sur la prise de Porto-Bello , et sur votre place de garde des sceaux. Vous voilà fixé en Angleterre ; c^est une raison pour moi d'y voyager encore. Ne jugez point, je vous prie, de mon Essai sur le Siècle de Louis XlT, par les deux chapitres imprimés en Hollande avec tant de fautes qui rendent l'ouvrage inintelligible j mais surtout soyez un peu moins fâché contre moi de ce que j'appelle le siècle derniei^ le siècle de Louis XIV. Je sais bien que Louis XIV n'^a pas eu l'honneur d'être le maître ni le bienfaiteur d'un Bayle , d'un Newton . d'un Halley., d'un Âddison , d'un Dryden : mais dans le siècle qu'on nomme de Léon X, le Pape Léon X avait-il tout fait ? n'y avait-il pas d'autres Princes qui contribuèrent à polir et k éclairer le genre humain ? Cependant le nom de Léon X a prévalu , parce qu'il encouragea les arts pli^s qu'aucun autre. Eh ! quel Koi donc en cela a rendu plus de services à l'humanité que Louis XIV? Quel Roi a répandu plus de bienfaits, a marqué plus de goût, s'est signalé par de plus beaux établissemens f H n'a pas fait'lout ce qu'il pouvait faire, sans doute, parce qu'il était homme ; mais il a fait plus qu'aucun autre,' parce qu'il était un grand homme : ma plus forte raison pour l'estimer beaucoup, c'est que, avec des fautes connues, il a plus de réputation qu^aucun de ses contemporains; c'pst que, malgré uii million d'hommes dont il a privé la France, et qui tous ont été intéressés à le décrier, toute l'Europe l'es-

44o LETTRES.

timef et le met au rang des plus grands et des meilleurs Monarques.

JNommez-moi donc, Milord, un Souverain qui ait attiré chez lui plus d'étrangers habiles, et qui ait plus encou^ ragé le mérite dans ses sujets. Soixante savans de l'Europe reçurent à la fois des récompenses de lui, étonnés d'en être connus.

« Quoique le Roi ne soit pas votre Souverain, leur écrivait M. Colbert, il veut être votre bienfaiteur; il m'a commandé de vous envoyer la lettre de change ci-)ointe, comme un gage de son estime. » Un Bohémien, un Danois, recevaient de ces lettres datées de Versailles. Gruiliemini bâtit une maison k Florence , des bienfaits de Louis XIY ; il mit le nom de ce Roi sur le frontispice; et vous ne voulez pas qu'il soit k la tête du siècle dont je parle!

Ce qu'il a fait dans son Royaume doit servir k jamais d'exemple. Il chargea de l'éducation de son fils et de son petit-fils les plus éloquens et les plus savans hommes de l'Europe. Il eut l'attention de placer trois enfans de Pierre Corneille , deux dans les troupes , et l'autre dans l'Eglise. Il excita le mérite naissant de Racine par un présent considérable pour un jeune homme inconnu et ^s bien; et, quand ce génie se fut perfectionné, ses talens, qui souvent sont l'exclusion de la fortune , firent la sienne. Il eut plus que de la fortune, il eut de la faveur , et quelquefois la familiarité d'un maître dont un regard était un bienfait ; il était en 1688 et i68g, de ces voyages de Marly , tant brigués par les courtisans ; il couchait dans la chambre du Roi pendant ses maladies , et lui lisait ces chefs-d'œuvre d'éloquence et de poésie qui décoraient ce beau règne.

Louis XIY songeait k tout, il protégeait les académies, et distinguait ceux qui se signalaient. H ne prodiguait point sa faveur à un genre de mérite à l'exclusion des autres , comme tant de Princes qui favorisent , non ce qui

LETTRES. Uî

est boni mais ce qtii leur plaît : la physique et Tëtude de l'antiquité attirèrent son attention. Elle ne se ralentit pas même dans les guerres qu^il soutenait contre l'Europe; car en bâtissant trob cents citadelles ^ en faisant marcher quatre cent mille soldats , fl faisait éle ver l' O bservatoire , et tracer une méridienne d'un bout du Royaume à l'autre ^ ouvrage unique dans le monde. Il faisait imprimer d«9S son palais les traductions des bons auteurs grecs et latins ; il envoyait des géomètres et des physiciens «u fond de l'Afrique et de l'Amérique , chercher de nouvelles con<^ naissances. Songez, Milord, que, sans le voyage et les expériences de ceux qu'il envoya h Cayenne en 167a, et sans les mesures de M. Picard, jamais Newton n'eût fait ses découvertes sur l'attraction. Regardes , je vous prie, un Gassinietun Huyghens, qui énoncent tous deux à leur patrie , qu'ils honorent 9 pour venir en France îouir de l'estime et des bienfaits de Louis XIV.

Et pensez^vous que les Anglais même ne lui aient pas d'obligation ? dites-moi , je vous prie , dans quelle Cour Charles II puisa tant de politesse et tant de goût? Les bons auteurs de Louis XIY n'ont-ils pas été vos modèles? N'est-ce pas d'eux que votre sage Addison, l'homme de votre nation qui avait le goût le plus sûr, a tiré souvent ses excellentes critiques 7 L'évéque Bumet avoue que ce goût, acquis en France par ks courtisans de Charles II, réforma chez vous jusqu'à la chaire, malgré la différence de nos religions : tant la saine raison a partout d'empire I Dites-moi si les bons livres de ce temps n'ont pas servi a l'éducation de tous les Princes de l'Europe? Dans quelle Cour de l'Allemagne n'a-t-on pas^vu de théâtre Français? Quelle nation ne suivait pas alors les modes de la France?

Vous m'apportez , Milord , l'exemple du Czar Pierrele-6rand, qui a fait naftre les arts dans son pays, et qui est le créateur d'une nation.nouvelle. Vous me dites cependant que son siècle ne sera pas appelé dans l'Europe

le siècle da Gsar Pierre. Vous en conduêz que je ne dois pas appeler le siècle passé le nècle de Louis XIV. Il me semble que la différence est bien palpable : le Czar Pierre s'est instruit chez les autres peuples ; il a porté leurs arts chez lui : mais Louis XIY a instruit les nations ; tout, jusqu'à ses Êiutes, leur a été utile. Les protestans qui ont quitté ses Etats ont porté chez vous^tthèmes tine industrie qui faisait la richesse de la France. Comptezvous pour rien tant de manufactures de sole et de cristaux ? Ces dernières surtout furent perfectionnées chez vous par nos réfugiés, et nous avons perdu ce que vous avez acquit.

Enfin , la langui française, Milord , est devenue presque la langue universelle. A qui en est-on redevable ? Etait-elle aussi étendue du temps d'Henri IV? Non sans doute ; on ne connaissait que Fitalien et ^espagnol. Ce sont nos excellens écrivains qui ont fait ce changement Mais qui a protégé , employé, encouragé ces excellens . écrivains? C'était M. Colbert , toe dîrez-vous : je Pavoue, et \è prétends bien que le ministre doit partager la gloire du maître. Mais qu'eût fait un Colbert sous un autre Prince , sous votre Roi Guillaume , qui n^aimait rien , sous le Roi d'Espagne Charles II, sous tant d'autres Souverains P

Croiriez-vous bien , Milord , que Louis XIV a réfermé le goût de sa Cour en plus d'un genre? Il choisit LuIU pour son musicien, et Ata le privilège à Cambert, parce que Catnbert était un homme médiocre, et Lulli un homme supérieur. Il savait dislînguet l'esprit du génie; il donnait h Quinaultles sujets de ses opéras; il dirigeait les peinturés de Le Brun ; il Soutenait Roileau , Racine et Molière contre leurs ennemis ; il encourageait les arts utiles comme les'beaux-ârts , et toujours en connaissance de cause { il prêtait de l'argent à Van Robais pour établir ses manufactures ; il avançait deà milfions à la compagnie des Indes qu'ail avait formée 5 il donnait des pen->

sions aux savans et aux braves officiers. Non seulement il s'est fait de grandes choses sous son Règne, mais c'est lui qui les Esiisait. Souffrez donc, Milord, que je tâche d'élever à sa gloire un monument que je consacre encore plus i l'utilité du genre humain (i).

La Beaumelle li Voltaire, après une commune disgrâce.

Nous voilik libres, Monsieur; vengeoos-nous des dis* grices en nous les rendant utiles. Laissons toutes ces petitesses littéraires, qui ont répandu tant de nuages sur le cours de votre vie , tant d'amertume sur ma jeunease. Un peu plus de gloire, un peu plus d'opulence : qu'estce qne tout cela ? cherchons le bonheur , et non les de^ hors du bonheur. La plus brillante réputation ne vaul jamais ce qu^elle coûte. Charles-QuùU soapire après la retraite ; Ovide souhaite d'être un sot. 1

Nous voilà libres. Je suis hors de la Bastille ; vous n'êtes plus k la Cour de Berlin. Profitons d'un bien qu'on peut noQS ravir à tout moment. Respectons cette gran^* deor dangereuse à ceux qui l'approcheot^ et cette autorité terrible à ceux même qui l'exercent; et s'il est Vrai qu'on ne peut penser sans rbque , ne pensons phis. To4s les plaisirs de la réfiesion' valent-ib ceux de la: sûreté? Croyona^'en^ voua soîxanteans d^expérience,; moi 6tx mois d'anéantissement. Soyons plus sages , ou du inoin». pk^ prudens ; et les rides de la vieillesse» et le souvenii^ des verrous , oes ewtrages du temps etdu pouvoir, deviendront pour nous de vrais biens.

(1) La mode est aufMird^kai de mépriser "Golbcrt M Louis XlrT; cette node passera, «t cet deux boimikti9 vesierookt àja po«lérité avec Racine uk Boileau. Vo&TAiax. Lettre à M"^^ du J?ejfan^, \^* not^mùre lyyS*

Madame de Maintenon a sa Nièce.

Je vous aime trop , ma chère nièce , pour ne pas vous dire vos yéritës ; je les dis bien aux demoiselles de Saint* Cyr, et comment vous négligerais- je, vous que je regarde comme ma propre fille 7 Je ne sais si c^est tous qui leur inspirez la fierté qu^elles ont , ou si ce sont elles qui vous donnent celle qu'on admire en vous. Quoi qu'il en soit, vous serez insupportable si vous ne devenez humble. Le ton d'autorité que vous prenez ne convient point.

Tous croyez-vous un personnage important, parce que vous êtes nourrie dans une maison où le Roi va tous les jours? Le lendemain de sa mort, ni son successeur ni tout ce qui vous caresse ne vous regardera , ni vous ni Saint-Cyr. Si le Roi mçurt avant que vous soyez mariée, vous épouserez un gentilhomme de province avec peu de bien et beaucoup dWgueil. Si, pendant ma vie, vous épousez un seigneur, il ne vous estimera, quand je ne serai plus, qu'autant que vous lui plairez; et vous ne lu! plairez que par la douceur, et vous n'en avezpoint Je ne suis pas prévenue contre vous; mais je vois en vons un orgueil effroyable. Vous savez TEvangile par coBur : et qu'importe, si vous ne vous conduisez point par ses maximes!

Songez que c'est uniquement la fortune de votre tante qui a &it celle de votre père, et qui fera la vôtre, et moquez-vous des respects qu'on vous rend. Vous voudriez vous élever même au-dessus de moi : ne vous flattez point ; je suis très-peu de chose, et vons n'êtes rien*

Je vous parle comme k une grande fille , parce que vous en avez l'esprit. Je consentirais de bon cœur que vous en eussiez moins, pourvu que vous perdissiez cette présomption ridicule devant les hommes, et criminelle

devant Dieu. Que je vous retrouve, à mon retodr^ modeste, douce, timide, docile, je vous en aimerai da« vantage. Vous saves quelle peine j'ai à vous gronder , et quel plaisir j'ai à vous en &ire.

J. J. Rousseau a un jeune honune qui demandait k s'établir k Montmorency , pour y profiter de ses leçons.

Vous ignorez. Monsieur, que vous ëcrive^à un pauvre homme accablé de maux, et de plus fort occupé, qui n'est guère enétat devons répondre , et qui le serait encore moins d'établir avec vous la société que vous lui proposez. Vous m'honorez, en pensant que je pourrais vous y être utile , et vous êtes louable du motif qui vous le fait désirer ; mais sur le motif même, je ne vois rien de moins nécessaire que de vous établir à Montmorency: vous n'avez pas besoin d'aller chercher si loin lesopncipes de la morale.

Rentrez dans votre cœur, et vous les y trouverez ; et je ne pourrai rien vous dire h ce sujet, que ne vous dise encore mieux votre conscience, quand vous la voudrez consulter. La vertu. Monsieur, n'est pas. une science qui s'apprend avec tant d'appareil : pour être vertueux , il suffit de vouloir l'être ; et si vous avez bien cette volonté, tout est fait; votre bonheur est décidé.

S'il m'appartenait de vous donner des conseils , le prenûer que je voudrais vous donner serait de ne point vous livrer à ce goût que vous dites avoir pour la vie contemplative, et qui n'est qu'une paresse de Tâme , condamnable à tout âge, et surtout au vôtre. L'homme n'est poiilt Élit pour méditer, mais pour agir ; la vie laborieuse que Dieu nous impose n^a rien que de doux au cœur de l'homme de bien 'qui s'y livre en vue de remplir son devoir, et la vigueur de la jeunesse ne vous a pas été donnée (four la perdre à d'oisives contemplations.

44e LBT13IB&

TravaUles dopc^ Moosieur^ dana Téut oàToiu ont placé vQa paréos el U Providence ; voili le premier précepte de la vertu que voua voules auiivre^ et si le séjour de Paris, )oînt à l'emploi que vous remplissez, vous paraît d'un trop difficile alliage avec elle, faites mieux, Monsieur, retournez dans votre province; allez vivre dans le sein de v»tre famiUe; servez, soignez vos vertueux parens : c'est là que vous remplirez véritablement les soins que la vertu vous impose.

Une vie dure est plus facile à supporter en province que la fortune à poursuivre à Paris , surtout quand on sait, comme vous ne Pignorez pas, que les plus indignes manèges y font plus de fripons gueux que de parvenus. Vous ne devez point vous estimer malheureux de vivre comme fait monsieur votre père; et il n'y a point de sort que le travail, la vigilance, Tinnocence et le contentement de soi ne rendent supportable , quand on s'y soumet en vue de remplir son devoir.

Voila, Monsieur, des conseib qui valent tous ceux que vous pourriez venir prendre à Montmorency; peutêtre ne seront-ils pas de votre goût, et je crains que vous ne preniez pas le parti de les suivre : mais \e suis sûr que vous vous en repentirez un jour. Je voussouhaite un sort qui ne voua force jamais à vous en souvenir.

*f9f^^f9^f9^ti'u^fmm^mt^0m>%fm^m^^^^^f^^>^^^f^^0^i^

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Qm dbni tdw iMt Aiieqiin, la ftuiim ^mm Aillt cliarciktfic tmv, VicV^tdh , |« rtm*. BoiLiAV, Artp9ét, , ch. Illi

Démosthène et Gicëron II),

Nb compter potir rien les tniTMx et Penfimee, et commencer ks sérieuses, les véritables étude» dMs le tempà ôA noos les finissons; regarder là jeunesse,* non comme un âge destiné par la nature an plaisir et au re<^ Richement, mais commeun temps que la vertu consacre au travail et à l'application ; négliger le soin de ses biens , de sa fortune , de sa santé même , et ftire , de tont ce que les hommes chérissent le plus, im digne sacrifice k Tamour de laaâence<et à Fardeur de sHnBtRiiÉ«5 devenir invisible pour un temps 5 se réduire soinûsème dans une captivité volontaire , et s'ensevelir tout vivant dant une profende retraite , pour y préparer àb loin des annas toujours victorieuses : voilà ce qu'ont fait les Démosthène et les Cicéron. Ne soyons pluasorpria de ce quib

(1) Voyci les Iê^çqm Lmnu ancieime et modernes»

ont ëtë ; mais cessons en même temps d'être surpris de ce que nous sommes , en jetant les yeux sur le peu que nous £iisons pour arriver k la même gloire k laquelle ib sont parvenus (i).

D^AgubssbAU. Décadence du Bamau»

Union de la Philosophie et ^e l'Eloquence (a).

C'est en vain que l'orateur se flatte d'avoir le talent de persuader les hommes^ sHl n^a acquis celui de les connaître*

L^étude de la morale et celle de Pëloquence sont nées en même temps, et leur union est aussi ancienne dans le monde que celle de la pensée et de la parole.

On ne séparait point autrefois deux sciences qui, par leur nature , sont inséparables : le phQosophe et Torateur possédaient en commun l'empire de la sagesse; ib entretenaient un heureux commerce , une parfaite intelligence entre l'art de bien penser et celui de bien parler } et Ton n'avait pas encofe imaginé cette distinction injurieuse aux orateurs , ce divorce funeste k l'éloquence , de l'esprit et de la raison , des expressions et des sentimens, de l'ora* teur et du philosophe.

S'il y ayait quelque différence entre eux, elle était tout à l'avantage de Téloquence : le philosophe se con* tentait de convaincre , ror;iteur t'appliquait k persuader.

L'un supposait ses auditeurs attentif, dociles, £ivorâbles ; l'autre savait leur inspirer l'attention , la docilité , la bienveillance.

L'autorité des moBurs, la sévérité du discours, l'exacte rigueur du raisonnement, £aiitaîenl admirer la philoso-

(i) 'Toojoars, autant du moins qn'^l noot a été possible , k premier morceau de chaque genre en est le précepte ou Tezempie.

(a) Ce morceau y comme principe général, nous a paru de nature à n'être pas séparé du précédent.

ET MORCEAUX ORATOIRES. 494 pfaie : la douceur d'esprit, ou naturelle ou étudiée, léâ charmes de la parole , le talent de l'imagination , faisaient aimer l'orateur.

L'esprit était pour l'un , et le cœur était pour l'autre. Mais le cœur se révoltait sourènt contre les vérités dont l'esprit était convaincu; l'esprit, au contraire, ne refusait jamais de se soumettre aux sentimens du cœur ; et le philosophe, Roi légitime, se faisait souvent craindre comhne un tyran ; au lieu que l'orateur exerçait une tyrannie si douce et si agréable, qu'on la prenait pour la domination légitime.

Ce fut dans ce premier âge de l'éloquence que la Grèce vit autrefois l^plus grand de ses orateurs jeter les fondemens de l'empire de la parole sur la connaissance de Phonome et sur les principes de la morale.

En vain la nature, jalouse de sa gloire , lui refuse ces talens extérieurs, cette éloquence muette , cette autorité visible qui surprend l'âme des auditeurs , et qui'attire leurs vœux avant que l'orateur ait mérité leurs suffrages. La sublimité de son discours ne laissera pas à Tauditeur^ transporté hors de lui-même , le temps et la liberté de remarquer ces défauts ; ils seront cachés dans l'éclat de ses vertus : on sentira son impétuosité, mais on ne verra point ses dânarches ; on le suivra comme un aigle dans les airs, sans savoir comment il a quitté la terre.

Censeur sévère de la conduite de son peuple, il paraîtra plus populaire que ceux qui le flattent 3 il osera présenter à ses yeux la triste image de la vertu pénible et laborieuse ; et il le portera à préférer l'honnête difficile, et souvent même malheureux, à l'utile agréable et aux douceurs d'une indigne prospérité.

La puissance du Roi de Macédoine redoutera l'élo-> quence de l'orateur athénien ; le destin de la Grèce demeurera suspendu entre Philippe et Démosthène; et, comme il ne peut survivre à la liberté de sa patrie , elle ne pourra respirer qu'avec lui.

45o DISCOURS

D'où sont sortis ces effets surprenans d'une éloquence plus qu^humaine ? Quelle est la source de tant de prodiges, dont le simple récit fait encore, après tant de siècles, l'objet de notre admiration f

Ce ne sont point des armes préparées dans l'école d*an déclamateur ; ces foudres, ces éclairs, qui font trembler les Rois sur leurs trônes , sont formés dans une région supérieure. C'est dans le sein de la sagesse qu'il avait puisé cette politique hardie et généreuse , cette liberté constante et intrépide , cet amour invincible de la patrie; c'est dans l^étude de la morale qu'il avait reçu des mains de la raison même cet empire absolu, cette puissance souveraine sur l'âme de $es auditeurs. Il a fallu un Platon pour former un Démosthène, afin que le plus grand des orateurs fît hommage de toute sa réputation au plus grand des philosophes (i).

Lb même.

Les insectes d'un jour sur l'Hypanis^ et discours de l'un d'eux, qui> en mourant vers le soir, donne ses derniers avis k ses descendans et k ses amis.

Aristote dit qu'il y a sur la rivière Hypania de petites bêtes qui ne vivent qu'un jour. Celle qui meurt 4 huit heures du matin , meurt en sa jeunesse ; celle qui meurt à cinq. heures du soir, meurt en sa décrépitude (a).

Supposons qu'un des plus robustes de ces Hypaniens fût , selon ces nations , aussi ancien que le temps même; il aura commencé h exister à la pointe dn jour, et, par la force extraordinaire de son tempérament, il aura été en état de soutenir une vie active pendant le nombre

( i) Voyes ies Leçons Zatines ancieruiê» et tnodame», (a) Ces quatre lignas sont traduites de Cicéron, l^cnkmÊSt d*où Tauteur a tiré le sujet de seà réflexions et du difooim»

ET MORCEAUX ORATOIRES. 46i

infini de seconde» de dix ou douze heures. Durant une si longue suite dHnstsns « per Texpérience et par ses ré«> .flexions sur tout ce qu'il a ru , il doit ayoir acquis une haute sagesse ; il voit ses semblables qui sont morts sur le midi , comme des créatures heureusement délivrées du grand nombre dMncommodités auxquelles la vieillesse est sujette. 11 peut avoir à raconter à ses petits-fiis une tradition étonnante de faits antérieurs k tous les Mémoires de la nation. Le jeune essaim, composé d'êtres qui peuvent avoir déjà vécu une heure , approche avec respect de ce vénérable vieillard , et écoute avec admiration ses discours instructiCi. Chaque chose qu'il leur racontera paraîtra un prodige à cette génération dont la vie est si courte. LVspace d'une journée leur paraîtra la durée entière des temps, et le crépuscule du jour sera appelé dans leur chronologie la grande ère de leur création.

Supposons maintenant que ce vénérable insecte, ce Nestor de THypanis, un peu avant sa mort, et environ à l'heure du coucher du soleil, rassemble tous ses descen^^ dans, ses amis et ses connaissances, pour leur fiiire part en mourant de ses derniers avis. Ils se rendent de toutes parts sous le vaste abri d'un champignon ; et le sage moribond s'adresse à eux de la manière suivante :

« Amis et compatriotes, je sens que la plus longue vie doit avoir une fin. Le terme de la mienne est arrivé ; et je ne regrette pas mon sort, puisque mon grand âge m'était devenu un fardeau , et que pour moi il n'y a plus rien de nouveau sous le soleil. Les révolutions et les calamités qui ont désolé mon pays, le grand nombre d'accidens particuliers auxquels nous sommes tous sujets, les infirmités qui afBigent notre espèce, et les malheurs qui me sont arrivés dans ma propre famille, tout ce que j'ai vu dans le cours ^ d'une longue vie ne m'a que trop appris cette grande vérité, qu'aucun bonheur, placé dans les choses qui ne dépendent pas de nous, ne

45a DISCOURS

peut Ctre assure ni durable. Une génération entière a péri par un vent aigu } une multitude de notre jeunesse imprudente a été balayée dans les eaux par un vent frais et inattendu. Quels terribles déluges ne nous a pas causés une pluie soudaine ! Nos abris même les plus solides ne sont pas il Pépreuve d'un orage de grêle. Un nuage sombre fait trembler tous les cœurs les plus courageux.

« J'ai vécu dans les premiers âges, et conversé avec des insectes d'une plus haute taille, d'une constitution plus forte, et je puis dire encore d'une plus grande sagesse qu'aucun de ceux de la génération présente. Je vous conjure d'ajouter foi à mes dernières paroles, quand je vous assure que le soleil qui nous paraît maintenant audelà de l'eau , et qui semble n'être pas éloigné de la terre , je l'ai vu autrefois fixé au milieu du ciel , et lancer ses rayons directement sur nous. La terre était beaucoup plus éclairée dans les âges reculés, l'air beaucoup plus chaud , et nos ancêtres plus sobres et plus vertueux.

« Quoique mes sens soient affaiblis, ma mémoire ne l'est pas ; je puis vous assurer que cet astre glorieux a du mouvement. J'ai vu son premier lever sur le sommet de cette montagne, et je commençai ma vie vers le temps où il commença son immense carrière. Il a, pendant plusieurs siècles , avancé dans le ciel avec une chaleur prodigieuse et un éclat dont vous ne pouvez avoir aucune idée , et que sûrement vous n'auriez pu supporter ; mais maintenant , par son déclin et une diminution sensible dans sa vigueur, je prévois que toute la nature doit finir en peu de temps, et que ce monde va être enseveli dans les ténèbres en moins d'une centaine de minutes.

« Hélas I mes amis, combien ne me suis-je pas autrefois flatté de l'espérance trompeuse d'habiter toujpurs cette terre ! quelle magnificence dans les cellules que je me suis moi-même creusées I quelle confiance n'avais-je pas mise dans la fermeté de mes membres et les res-

sorts de leurs jointures, et dans la force de mes ailes! Mais j'ai assez vécu pour la nature et pour la gloire , et aucun de ceux que je laisse après moi n^aura la même satisfaction en ce siècle de ténèbres et de décadence que je vois commencer. »

Anonynu.

Contre l'usage des Viandes.

« Tu me demandes pourquoi Pythagore s'abstenait de manger de la chair des bêtes ? Mais moi je te demande, au contraire, queji courage d'homme eut le premier qui approcha de sa bouche une chair meurtrie , qui brisa de sa dent les os d'une béte expirante, qui fit servir devant lui des corps morts, des cadavres, et engloutit dans son estomac des membres qui , le moment d'auparavant, hélaient, mugissaient, marchaient et voyaient? Comment sa main put^elle enfoncer un £er dans le coeur d'un être sensible ? comment ses yeux purent-ils suppor* ter un meurtre? comment put-il voir saigner, écorcher, démembrer un pauvre animal sans défense? comment put-il supporter Taspect des chairs pantelantes? comment leur odeur ne lui fit-elle pas soulever le cœur ? comment ne fut-il pas dégoûté , repoussé , saisi d'horreur, quand il vint à manier l'ordure de ces blessures, à nettoyer le sang noir et figé qui les couvrait P

Lef peaux rampaient sur la terre, dcorchëesi Les chairs au feu mugissaient embrochées ; L'homme ne put les manger sans frémir, Et dans son sein les entendit gémir.

« Voilà ce qu'il dut imaginer et sentir la première fois qu'il surmonta la nature pour faire cet horrible repas , la première fois qu'il eut faim d'une béte en vie , qu'il voulut' se nourrir d'un animal qui paissait encore, et

qu'il dit comment il fallait égorger, dépecer, cuire la brebis qui lui léchait les mains. C'est de ceux qui commencèrent ces cruels festins, et non de ceux qui les quittent, qu'on a lieu de s'étonner : encore ces premierslâ pourraient justifier leur barbarie par des excuses qui manquent à la nôtre , et dont le défaut nous rend cent fois plus barbares qu'eux.

« Mortels bien^aimés des Dieux, nous diraient ces premiers hommes , comparez les temps ^ voyez combien vous êtes heureux , et combien nous étions misérables ! la terre nouvellement formée , et l'air chargé de vapeurs, étaient encore indociles à l'ordre des saisons : le cours incertain des rivières dégradait leurs rives de toutes parts : des étangs, des lacs, de profonds marécages inondaient les trois quarts de la surface du monde ; l'autre quart était couvert de bois et de forêts stériles. La terre ne produisait nuls bons fruits ; nous n'avions nuls instrumens de labourage ; nous ignorions l'art de nous en servir ; et le temps de la moisson ne venait jamais pour qui n'avait rien semé : aussi la faim ne nous quittait point. L'hiver, la mousse et Técorce des arbres étaient nos mets ordinaires. Quelques racines vertes de chiendent et de bruyère étaient pour nous un régal j et, quand les hommes avaient pu trouver des faînes , des noix et du gland , ils en dansaient de joie autour d'un chêne ou d'un hêtre, au son de quelques chansons rustiques, appelant la terre leur nourrice et leur mère : c'était là leur unique fête , c'étaient leurs uniques jeux ; touL le reste de la vie humaine nVtait que douleur, peine et misère.

« Enfin, quand la terre dépouillée et nue ne nous offrait plus rien, forcés d'outrager la nature pour nous conserver, nous mangeâmes les compagnons de noire misère plutôt que de périr avec eux. Mais vous, hommes cruels, qui vous force ^ verser du sang ? Voyez quelle afBuence de biens vous environne 1 combien de fruits vous produit la terre I que de richesses voua donnent les

champs et lés vignes ! que d'animaux vous offrent leur lait pour vous nourrir et leur toison pour vous habiller ! Que leur demandez-vous dte plus, et quelle rage vous porte à commettre tant de meurtres , rassasiés de biens et regorgeant de vivres f Pourquoi mentes-^vous contre notre mère, en l'accusant de ne pouvoir vous nourrir? Pourquoi péchez-vous contre Cérès, inventrice des saintes lois, et contre le gracieux Bacchus, consolateur des hommes , comme si leurs dons prodigués nf suffisaient pas à la conservation du genre humain? Comment avez-vous le cœur de mêler avec leurs doux fruits des ossemens sur vos tables, et de manger avec le lait le sang des bétes qui vous le donnent ? Les panthères et les lions, que vous appelez bétes féroces, suivent leur instinct par force , et tuent les autres animaux pour vivre. Mais vous, cent fois plus féroces qu'elles , vous combattez l'instinct sans nécessité, pour vous livrer h vos cruelles délices. Les animaux que vous mangez ne sont pas ceux qui mangent les autres; vous* ne les mangez pas ces animaux carnassiers , vous les imitez. Vous n'avez faim que de bétes innocentes et douces , et qui ne font de mat à personne, qui s'attachent à vous , qui vous servent, et que vous dévorez pour prix de leurs services. »

O meurtrier contre nature 1 si tu t'obstines à soutenir qu'elle t'a fait pour dévorer tes semblables , des êtres de chair et d'os, sensibles et vivans comme toi, étouffe donc l'horreur qu'elle t'inspire pour ces affireux repas, tue les animaux toi-même , |e dis de tes propres mains , sans ferremens-, sans coutelas; déchire -les avec tes ongles , comme font les lions et les ours ) mords ce boeuf et le mets en pièces , enfonce tes griffes dans sa peau } mange cet agneau tout vif, dévore ses chairs toutes chaudes, bois son Ime avec son sang. Tu frémis, tu n'oses sentir palpiter sous ta dent une chair vivante! Homme pitoyable! tu commences par tuer Tanimal, et puis tu le manges, comme pour le faire mourir deux

fois. Ce n'est pas assez ; la chair morte te répugne encore ; tes entrailles ne peuvent la supporter, il la faut transformer par le feu, la bouillir, la rôtir, l'assaisonner de drogues qui la déguisent^ il te faut des charcutiers, des cuisiniers , des rôtisseurs , des gens pour t'ôter Thorreur du meurtre et t^ habiller des corps morts, afin que le sens du goût, trompé par ces déguisemens , ne rejette point ce qui lui est étranger, et savoure avec plaisir des cadavres dont l'œil même eût peine k souffrir l'aspect (i).

J. J. Rousseau. Emile^ liv. II , trad. de PbUarque.

Eloge funèbre de Nephtë ^ Reine d'Egypte.

Le grand -prêtre de Memphis, conducteur du convoi, monta sur le char , et , se tenant debout et la tête nue, prononça ce discours :

« Inexorables Dieux des Enfers, voiU notre Reine que vous avez demandée pour victime, dans le printemps de son âge et dans le plus grand besoin de ses peuples. Nous venons vous prier de lui accorder le repos dont sa perte va peut-être nous priver nous-mêmes. Elle a été fidèle à tous ses devoirs envers les Dieux ; elle ne s'est point dispensée des pratiques extérieures de la Religion, sous le prétexte des occupations de la Royauté^ et les seules pratiques extérieures ne lui ont point tenu lieu de vertu. On apercevait aux travers des soins qui l'occupaient dans ses conseib , ou de la gaieté à laquelle elle se prêtait quelquefois dans sa Cour, que la loi divine était toujours présente â son esprit et régnait toujours dans son cœur. De toutes les fêtes auxquelles la majesté de son rang, le succès de st% entreprises , ou l'amour de ses peuples l'ont engagée , il a paru que celles qui l'amenaient dans nos temples étaient pour elle les plus agréables et les plus

(i) Voyez Ovide, Méttunorphoseê ^ liv. XV.

doaces. Elle ne s'est point laissée aller, comme bien des Rois y aux injustices , dans Pespoir de les racheter par ses of&andes ; et sa magnificence à Tégard des Dieux a été le fruit de sa piété , et non le tribut de ses remords. Au lieu d'autoriser Panimosité , la vexs^on , la persécution y par les conseils d'une piété mal entendue, elle n'a voulu tirer de la Religion que des maximes de douceur , et elle n'a fait usage de la sévérité que suivant l'ordre de la justice générale , et par rapport au bien de l'Etat* Elle a pratiqué toutes les vertus des bons Rois avec une défiance modeste qui la laissait k peine jouir du bonheur qu'elle procurait à ges peuples. La défense glorieuse des frontières, la paix affermie au dehors et au dedans du Royaume, les embellissemens et les établissemens de différente espèce, ne sont ordinairement, de la part des autres Princes, que les effets d'une sage politique, que les Dieux, juges du fond des cœurs, ne récompensent pas toujours ; mais de la part de notre Reine , toutes ces choses ont été des actions de vertu , parce qu'elles n'ont en pour principe que l'amour de ses devoirs et l'envie du bonheur public. Bien loin de regarder la souveraine puissance comme un moyen de satisfaire ses passions , elle a conçu que la tranquillité du gouvernement dépendait de la tranquillité de son âme, et qu'il n'y a que des esprits doux et patiens qui sachent se rendre véritablement maîtres des hommes. Elle a éloigné de sa pensée toutes les vengeances ; et , laissant à des hommes privés la honte d'exercer leur haine dès qu'ils peuvent, elle a pardonné, comm^ les Dieux, avec un plein pouvoir de punir.

c Elle a réprimé les esprits rebelles, moins parce qu'ils résistaient k ses volontés, que parce qu'ils faisaient obstacle au bien qu'elle voulait faire. Elle a soumis ses pensées aux conseils des sages , et tous les ordres du Royaume k l'équité de ses lois. Elle a désarmé les ennemis étrangers par son courage, par la fidélité k sa parole, et

elle a surmonte tes ennemis domestiques par sa fermeté et par Theureux accomplissement de ses projets. 11 n'est jamais sorti de sa bouche ni un secret ni un mensonge , et elle a cru que la disstn^ulation nécessaire pour régner ne derah s'étendre que jusqu'au silence. Elle n'a point cédé aux importunités des ambitieux , et les assiduités des flatteurs n^ont pas enlevé les récompenses dues à ceux qui serraient leur patrie loin de sa Cour. La faveur n'a point été sous son règne; l'amitié même, qu'elle a connue et cultivée, ne l^a point emporté auprès d'elle sur le mérite , souvent moins affectueux et moins prévenant. Elle a fait des grices à ses amis, et elle a donné les postes importans aux hommes capables. Elle a répandu des honneurs sur les grands, sans les dispenser de l'obéissance, et elle a soulagé le peuple, sans lui ôter la nécessité du travail. Elle n'a point donné lieu à des hommes nouveaux de partager avec le Prince, et inégalement pour lui , les revenus de l'Etat ; et les derniers du peuple ont satisfait sans regret aux contributions proportionnées qu'on exigeait d'eux, parce qu'elles n'ont point servi k rendre leurs semblables plus riches , plus orgueilleux et plus méchans.

•r Persuadée que la providence des Dieux n'exclut pas la vigilance des hommes, qui est un de ses présens , elle a prévenu les misères publiques par des provisions régulières ; en rendant ainsi toutes les années égales , sa sagesse a maîtrisé en quelque sorte les saisons et les élémens. Elle a facilité les négociations, entretenu la paix, et porté le Royaume au plus haut point de la richesse et de la gloire, par l'accueil quelle a fait k tous ceux que la sagesse de son gouvernement attirait des pays les pins éloignés 5 et elle a inspiré à ses peuples l'hospitalité , qui n'était pas encore assez établie ches les Egyptiens.

« Quand il s'est agi de mettre en œuvre les grandes maximes du gouvernement, et d'aller au bien général 9 malgré les inconvéniens particuliers, elle • subi avec

une généreuse indifFérence les murmures d'une populace aveugle , souvent animée par les calomnies secrètes de gens plus éclairés, qui ne trouvent pas leur avantage dans le bonheur public. Hasardant quelquefois sa propre gloire pour l'intérêt d'un peuple méconnaissant, elle a attendu sa justification du temps ; et, quoique enlevée au commencement de sa course, la pureté de ses intentions, la justesse de ses vues et la diligence de Pexécutionf lui ont procuré l'avantage de laisser une mémoire glorieuse et un regret universel.

« Pour être plus en état de veiller sur le total du Royaume, elle a confié les premiers détails à des ministres sûrs, obligés de choisir des subalternes qui en choisissent encore d'autres dont elle ne pouvait plus répondre ellemême, soit par Téloignement, soit par le nombre. Ainsi , j'oserai le dire devant nos juges et devant ses sujets qui m'entendent, si, dans un peuple innombrable , td que l'on connaît celui de Memphis et des cinq mille villes de la dynastie, il s'est trouvé, contre son intention, quelqu'un d'opprimé, non seulement la Reine est excusable par l'impossibilité de pourvoir à tout , mais elle est digne de louange, en ce que, connaissant les bornes de l'esprit humain, elle ne s'est point écartée du centre des affaires publiques, et qu'elle a réservé toute son attention pour les premières causes et pour les premiers mouvemens*

« Malheur aux Princes dont quelques particuliers se louent, quand le public a lieu de se plaindre! Mais le» particuliers mêùies qui souffrent* n'ont pas droit de condamner le Prince, quand le corps de l'Etat est sain , et que les principes du gouvernement sont salutaires. Cependant, quelque irréprochable que la Reine nous ait paru à l'égard des hommes, elle n'attend, par rapport è vous, ô justes Dieux ! son,.Tepos et son bonheur que de votre clémence. »

Terhasson. SMios.

46o DISCOURS

Un vieillard de Syracuse au peuple assemble pour ddlibërer sur le sort des prisonniers athéniens.

Vous voyez un père infortuné , qui a senti plus qu'aucun autre Syracusain les funestes effets de cette guerre, qui lui a ravi deux fils , la consolation et l'espoir de sa vieillesse. Je ne puis point,. à la vérité, ne point admirer leur courage et leur bonheur d'avoir sacrifié au salut de la République une vie que la loi commune de la nature leur aurait tAt ou tard enlevée ; mais je ne puis aussi ne pas sentir la plaie cruelle que leur mort a faite à mon cœur , et ne point hàSr et détester les Athéniens , auteurs de cette malheureuse guerre, comme les homicides et les meurtriers de mes enfans !

Cependant, je ne puis le dissimuler, je suis moins sensible à ma douleur qu'à l'honneur de ma patrie ; et je la vois prête à se déshonorer pour toujours , par le cruel avis qu'on vous propose* Les Athéniens, il est vrai, méritent toutes sortes de mauvais traitemens et de supplices pour l'injuste guerre qu'ib nous ont déclarée ; mais les Dieux , justes vengeurs du crime , ne , les ont-ils pas assez punis , et ne nous ont- ils pas assez vengés? Quand leurs che& ont déposé leurs armes et se sont rendus à nous, n'était-ce pas dans l'espérance de conserver leur vie? Et pouvons-nous la leur ôter, sans encourir le juste reproche d'avoir violé le droit des gens , et d^avoir déshonoré notre victoire par une barbare cruauté? Quoi ! vous souffrirez que votre gloire soit ainsi flétrie dans tout l'univers, et qu'on dise qu'un peuple qui, le premier, a dans sa ville érigé un temple à la Miséricorde^ n'en a point trouvé dans la vôtre! Sont-ce donc les victoires et les triomphes seuls qui rendent une ville à jamais illustre? Non , non, c'est la clémence pour des ennemis vaincus ; c'est la modération

dans la plus grande prospérité; c'est, enfin, la crainte d'irriter les Dieux par un orgueil fier et insolent. Vous n'avez point sans doute oublié que ce même Nicias , sur le sort duquel vous allez prononcer, est celui qui plaida votre cause dans l'assemblée des Atbéniens , et qui employa tout son crédit et toute son éloquence pour les détourner de vous faire la guerre. Une sentence de mort, prononcée contre ce digne cbef, est-elle donc une juste récompense du zèle qu'il a témoigné pour vos intérêts ? Pour moi , la mort me sera moins triste que la vue d'une telle injustice commise par ma patrie et par mes concitoyens.

Roixii!!. Hist. Ane.^ liv. VIIL

Servilius , aecusë d'avoir perdu quelques troupes en poursuis vant les ennemis après la victoire > se défend devant le Peuple.

tf Si on m'a fait venir ici pour me demander compte de ce qui s'est passé dans la dernière bataille où je com*mandaîs, je suis prêt à vous en instruire } mais si ce n'est qu'un prétexte pour me faire périr, comme je le soupçonne, épargnez-moi des paroles inutiles : voilÀ mon corps et ma vie que je vous abandonne , vous pouvez en disposer. 11

Quelques uns des plus modérés d'entre le peuple lui ayant crié qu'il prît courage, qu'il continuât sa défense : « Puisque j'ai affaire ii des juges, et non pas à des enne-* mis, ajouta-t-il, je vous dirai, Romains, que j'ai été fait Consul avec Virginius dans un temps où les ennemis étaient mattres de la campagne , et où la dissension et la famine étaient dans la ville. C'est dans une conjoncture si fâcheuse que j'ai été appelé au gouvernement de P£tat J'ai marché aux ennemis, que j'ai défiiits en deux batailles , et que j'ai contraints de se renfermer dans leurs

places; et, pendant qu'ils s'y tenaient comme cachés par la terreur de vos armes, j^ai ravagé à mon tour leur territoire , j'en ai tiré une quantité prodigieuse de grains, que j'ai fait apporter à Rome, où j'ai rétabli l'abondance.

« Quelle faute ai-je commise jusqu'ici ? Me veut-on faire un crime d'avoir remporté deux victoires? Mais j'ai, dit-on , perdu beaucoup de monde dans le dernier combat. Peut-on donc livrer des batailles contre une nation aguerrie , qui se défend courageusement, sans qull y ait de part et d'autre du sang de répandu ?

« Quelle divinité s'est engagée envers le peuple Romain de lui faire remporter des victoires sans aucune perte? Ignorez-vous que la gloire ne s'acquiert que par de grands périls? J'en sub venu aux mains avec des troupd^ plus nombreuses que celles que vous m'avies confiées; je n'ai pas laissé, après un combat opiniAtre, de les enfoncer; j'ai mis en déroute leurs légions, qui, à la fin , ont pris la fuite. Pouvais-je me refuser à la victoire qui marchait devant moi ? Etait-il même en mon pouvoir de retenir vos soldats, que leur courage emportait, et qui poursuivaient avec ardeur un ennemi effirayé 7 Si j'avais fait sonner la retraite , si j'avais ramené nos soldats dans leur camp, vos tribuns ne m'accuseraient-ils pas aujourd'hui d'intelligence avec les ennemis ? Si vos ennemis se sont ralliés , s'il ont été soutenus par un corps de troupes qui s'avapçait à leur secours ; enfin , s'il a fallu recommencer tout de nouveau le combat ; et si , dans cette dernière action , j'ai perdu quelques soldats, n'est-ce pas le sort ordinaire de la guerre? Trouverez-vous des Généraux qui veuillent se charger du commandement de vos armées , à condition de ramener à Rome tous les soldats qui en seraient sortis sous leur conduite 7 N'examinez donc point si à la fin de la bataille j'ai perdu quelques soldats, mais jugez de ma conduite par ma victoire. S'il est vrai que j'ai chassé les ennemis

de voire territoire , que je leur ai tué beaucoup de monde dans deux combats, que j'ai forcé les débris de leurs armées de s^enfermer dans leurs places , que j'ai enrichi Rome et vos soldats du butin quHls ont fait dans le pays ennemi ; que vos tribuns se lèvent, et qùHls me reprochent en quoi j^ai manqué contre les devoirs d'un bon Général*

ce Mais ce n'est pas ce que je crains : ces accusations ne servent que de prétexte pour pouvoir exercer impunément leur haine et leur animosité contre le Sénat et contre Tordre des Patriciens. Mon véritable crime , aussi bien que celui de l'illustre Ménénius, c'est de n'avoir pas nommé, l'un et Vautre, pendant nos consulats, ces décemvîrs après lesquels vous soupirez depuis si long-temps. Mais le pouvions-nous faire dans l'agitation et le tumulte des armes , et pendant que les ennemis étaient à nos portes, et la division dans la ville? Et quand nous l'aurions pu , sachez , Romains , que Servilius n'aurait jamais autorisé une loi. qu'on ne peut observer sans exciter un trouble général dans toutes les familles , sans causer une infinité de procès, et sans ruiner les premières maisons de la république , qui en sont le plus ferme soutien.

« Faut-il que vous ne demandiez jamais rien au Sénat qui ne soit préjudiciable au bien commun de la patrie, et que vous ne le demandiez que par des séditions ? Si un Sénateur ose vous représenter l'injustice de vos pré* tentions , si un Consul ne parle pas le langage séditieux de vos tribuns, s'il défend avec courage la souveraine puissance dont il est revêtu, on crie au tyran. A peine est-il sorti de charge, qu'il se trouve accablé d'accusa*^ tions. C'est ainsi que par votre injuste plébiscite vous avez 6té la vie à Ménénius , aussi grand capitaine que bon citoyen. Me devriez -vous pas mourir de honte d'avoir persécuté si cruellement le fib de ce MénéniuS Agrippa, à qui vous devez vos tribuns ^ et ce pouvoir qui vous rend à présent si furieux f

« On trouvera peut-être que je vous parle avec trop de liberté dans Pëtat présent de ma fortune; mais je ne crains point la mort : condamnez-moi , si vous Posez ; la vie ne peut être qu'i charge k un Général qui est réduit i se justifier de ne» victoires : après tout , un sort pareil i celui de Ménénius ne peut me déshonorer. »

Yertot. RéçoL Rom.

L'Ombre de Fabricius aux Romains.

OFabaiciusI qu^eût pensé votre grande tme, si, pour votre malheur , rappelé à la vie ,' vous eussiez vu la face pompeuse de cette Rome sauvée par votre bras, et que votre nom respectable avait plus illustrée que toutes ses conquêtes? « Dieux! eussiez'^vous dit, que sont devenus ces toits de chaume et ces foyers rustiques qu'habitaient jadis la modération et la vertu? Quelle splendeur funeste a succédé à la simplicité romaine 1 Quel est ce langage étranger P Quelles sont ces mœurs efféminées ? Que signifient ces statues, ces tableaux, ces édifices ? Insensés ! qu'avea&-vous fait f Vous , les maîtres des nations , vous vous êtes rendus les esclaves des hommes frivoles que vous avez vaincus : ce sont des rhéteurs qui vous gouvernent ; c'est pour enrichir des architectes , des peintres , des statuaires et des histrions que vous avez arrosé de votre sang la Grèce et l'Asie. Les dépouilles de Garthage sont la proie d'un joueur de flûte.

« Romains, hitez-vous de renverser ces amphithéâtres, brisez ces marbres, brûlez ces tableaux, chassez ces esclaves qui vous subjuguent, et dont les fimestes arts vous corrompent. Que d'autres mains s'illustrent par de vains talens : le seul talent digne de Rome est celui de conquérir le monde et d'y faire régner la vertu. Quand Gynéas prit notre Sénat pour une assemblée de Rois , il ne fut ébloui ni par une pompe vaine ni par une

élégance recberdiée; il n^ entendit point cette éloquence frivole, l'étude et le charme des hommes futiles. Que vit donc Gynéas de majestueux ? O citoyens ! il vit un spectacle que ne donneront jamais vos richesses ni tous vos arts , le plus beau spectacle qui ait jamais paru sous le ciel , l'assemblée de deux cents hommes vertueux , dignes de commander à Rome et de gouverner la terre. »

J. X RovssKAir.

Invocation k la Paix.

Geakb Dieu, dont la seule présence soutient la nature et mainti^it rharmonie des lois de Tunivers, vous qui, du tr6ne immobile de Tempyrée, voyez rouler sous vos pieds toutes les sphères célestes sans choc et san» confusion; qui, du seiil du repos, reproduisez ii chaque instttat leurs mouvemens immenses , et ^eul ré^ gissez dans une paix profonde ce nombre infini de cieux et de mondes; rendes, rendez enfin le calme à là terre agitée ; qu'elle soit dans le silence ! qu'à votre voix la discorde et la guerre cessent de Caire retentir leurs cla-* meurs oi^eilleuses I

Dieu de bonté, auteur de tous les êtres, vos regards paternels embrassent tous les objets de la création 5 mais l'homme est votre être dé choix ; vous avez éclairé son Sme d'un rayon de votre lumière immortelle ; comblez vos bienfaits en pénétrant son cœur d'un trait de votre amour : ce sentiment divin , se répandant partout , réunira les nations ennemies ; l'homme ne craindra plus l'aspect , de l'homme, le fer homicide n'armera plus sa main ; le feu dévorant de la guerre ne fera plus tarir la source des générations ; l'espèce huin»ne , maintenant afiEublie , mutilée, moissonnée dans sa fleur, germera de nouveau , et se multipliera aans nombre ; la nature , accablée sous le

4€6 BISGOURS

poids des fhéftiiz« stérile^ abanddhnéei ^itedra bienttl avec une nooTelle rie ton ancienne ftcbndllé| et nont^ Dieu bkn&itear, noas U seconderont^ nonà li cnltî»- ▼erons, nous l^observerons sans cesse, pour rcf^ offrir à chaque instant nH nouyean tribut de retunnaissaiioe d d'adttîràtion (i>

BtrFVOVi Avmttrv fueib ImNm

RicbM V^ , lloi d'Angleterre « prisonnier de Henri Y, Empereur d'Allemagne^ répond aux divers reproches que ce Prince Tient de lui &ire.

Je suis né dans un rang à ne rendre compte de mes abtions qu'à Dieu; mais elles sont de telle natui-e, qu'elles ne craignent pas mtaie le jugement des hommes > et particulièrement^ Seigneur ^ dNin Pirhite aussi )usie Ijue vèus.

Mes liaisons avec le Roi de Sicile ii*ont ritn qui tous ait dA ficher 5 j'ai pu ménager un honkme dont fatals besoin, sans offenser un Prince dont )*éttiâ ami. Pour le Roi de France, je ne sache rien qui m'ait dA attirée son chagrin , que d'aroir été plus heureui que lui. Soit Toccasion , soit la fortune, j'ai frit des diôlé» qn^ ^i voulu avoir faites : voilà tout mon crime à «an égardi Quant an tyran de Chypre, chacun sait que je n'ai fait que venger les injures que i'avaîa reçues le premien En me vengeant de lui ^ j'ai affhinehi ses sujets du jougaoni lequd il les uccablaît J'ai disposé de m^ conquête^ c'était mon droit | et si quelqu'un avait dû y trofuver à redire, c'éuit l'Empereur de Constantindplè, avec leqœl ni vous ni moi n'avons pas de grandes mesures i garder. Le Duc d'Autriche s'est trop vengé de l'injure dont il se plaint; pour la compter encore parmi mes crimes. Il avait nunqné le premier, en fiûsant arborer ison drapeaa

(i) Yoyea lesiSsçoNs £$$àH9 Imoimtm ^ m4$mm

ET MORCEAUX OKATOIRES. 46f

dans on lieu où nous commandions , le Roi de France et moi en personne : je Ten panis trop sévèrement s il a eu sa revanche au double 5 il ne doit plus rien avoir sur le cœur que le scrupule d'une vengeance que le christianisme ne permet pas.

L'assassinat du marquis de Montferrat est auisi éloigné de mes mœurs \fixt mes intelligences prétendues avec Saladin sont peu vrabemblables. Je n'ai pas témoigné jusqu'ici craindre assez mes ennemis , pour qu'on me croie capable d'attaquer leur vie autrement que l'épée & la main, et j'ai dit assez de mal à Saladin, pour faire juger que, si je ne Vii pas trahi, je n'ai pas été son ami. Mes actions parlent pour moi , et me justifient mieux que mes paroles. Acre pris , deux batailles gagnées , des partis défaits, des convois enlevés, avec tant de riches dépouiHes dont toute la terre est témoin que je ne me suis pas enrichi, marquent assez, sans que je le dise, que je n'ai pas épargné Saladin. J'en ai reçu de petits présens, comme des fruits et choses semblables, que ce Sarrasin , non moins recommandable par sa politesse et sa générosité que par sa valeur et sa conduite, m'a de temps en temps envoyés. Le Roi de France en a reçu comme moi; et* ce sont des honnêtetés que les braves gens dans la guerre se font les uns aux autres sans conséquence.

On dit que je n'ai pas pris Jérusalem : je l'aurais prise si on m'en eût donné le temps : c'est la faute de mes ennemis, non la mienne 5 et je ne crois pas qu'aux cun homme équitable me puisse blâmer d^avoir différé une entreprise qu'on peut toujours faire, pour apporter à mes peuples un secours qu'ils ne pouvaient plus longtemps attendre. Voilà, Seigneuf , quels sont mes crimes. Juste et généreux comme vous êtes , vous reconnaissez sans doute mon innocence; et, si je ne me trompe, je m'aperçois que vous êtes touché de mon malheur.

Le P. d'O&LÉAKS. Résolutions d'Angleterre.

Jacques Molay> grand-maftre des Templiers^ h ses Juges.

N'attendez pas, Messieurs, que, gentilhomme et chevalier, j'aille noircir, par une atroce calomnie, la réputation de tant de gens de bien, à qui j'ai si souvent vu faire des actions d'honneur. Ils ne sont coupables ni de lâcheté ni de trahison ; et, si vous en voyez ici deux qui perdent leur honneur et leur ime , pour sauver une misérable vie , vous en avez vu mille périr constamment dans les gênes, et confirmer par leur mort l'innocence de leur vie. Je vous demande donc pardon, victimes illustres et généreuses, si, par une lâche complaisance , je vous ai faussement accusées de quelques crimes devant le roi à Poitiers; j'ai été un calomniateur ; tout ce que j'ai dit est faux et côntrouvé : }'ai été un sacrilège moi-même et un impie , de proférer de si exécrables mensonges contre un Ordre si saint , si pieux et si catholique. Je le reconnais pour tel , et innocent de tous les crimes dont la malice des hommes a osé le charger ; et parce que je ne saurais jamais assez réparer de parole le crime que j'ai commis en le calomniant , il est juste que je meure ; et je m'offre de bon cœur à tous les tourmens qu'on me voudra faire soufifnr. Sus donc (en se tournant vers les cardinaux) , inventez-en de nouveaux pour moi, qui suis le seul coupable ; achevez sur ce misérable corps , achevez les cruautés que vous avez exercées sur tant d'innocens. Allumez vos bûchers ; faites-y conduire le dernier des Templiers , et rassasiez enfin votre cupidité des richesses qui font tout leur crime , et qui ne sont que le prix glorieux de leurs travaux pour la protection de la foi et la défiense des saints lieux.

AUUAATf

La Pucelle d'Orléans sur le bûcher.

Eh bien ! êtes-vous à la fin de vos souhaits ? m'avezvous enfin amenée à un endroit où vous pensez que je ne TOUS serai plus redoutable? Lâches que vous êtes, qui avez eu peur d'une fille, et qui, n'ayant pu être soldats, êtes devenus bourreaux ; impies et impitoyables , qui vous e£Forcezen vain de combattre contre Dieu, ditesHUoi^ pensez-vous par votre tyrannie détourner les secrets de sa toute-puissance P Ne restait-il plus pour comble ii votre orgueil et ii vos injustices , qui veulent , en dépit de la Providence divine, ratir la couronne de France au légitime héritier, que de faire mourir une innocente prisonnière de guerre.par un supplice digne de votre cruauté? Celui même qui m'a donné la force de vous châtier en tant de rencontres, de vous chasser de tant de villes, e^de vous mener battant aussi facilement que j^ai mené autrefois un troupeau démontons, m*a encore, par sa divine bonté, donné le courage de craindre aussi peu vos flammes que j'ai redouté vos épées. Tous ne me faites point injure, parce que je suis disposée à tout souffrir pour sa gloire ; mais votre crime s'élevant contre sa majesté , vous sentirez bientôt la pesanteur de sa justice, dont je n'étais qu'un faible instrument. De mes cendres naîtront vos malheurs et la punition de vos crimes. Ne vous mettez pas dans l'esprit qu'avec moi la vengeance de Dieu soit étouffée ; ces flammes ne feront qu'allumer sa colère , qui vous dévorera; ma mort vous coûtera deux cent mille hommes, et, quoique morte, je vous chasserai de Paris, de la Normandie et de la Guienne, où vous ne remettrez jamais le pied. Et, après que vous aurez été battus tn mille endroits et chassés de toute la France , vous n'emporterez avec vous en Angleterre que la colère divine , qui , vous poursuivant toujours sans relâche, remplira votre pays

de beaucoup plus grandes calamités, meurtres et discordes, que votre tyrannie n'en a fait n^tre dans ce royaume ; et sachez que vos Rois perdront le leur avec la vie pour avoir voulu usurper celui d'autrui. C'est le Dieu des armées , protecteur des innocens et sévère vengeur des outrages , qui vous l'annonce par ma bouche. Lb même. Histoire de France.

M. éa M atiguMi au Gonnëtahle de Bourbon pour le détourMT de négoeier avec kf ennemis de la Fmaee.

Si la fidélité , que je vous ai toujours témoignée par mes services, et qu'il vous a plu honorer de tant de récompenses, inérite d'être écoutée en vos propres intérêts, je ne puis plus vous celer , Monseigneur, qu'il est étrange que ceux qui projettent de certains traités secret^, sous couleur de fidélité et d'affection, hasardent ainsi votre honneur et votre personne , pour se rendre considérables au désavantage de leur maître. Je sais bien qu'il n'importe guère à des gens, qui n'ont plus ni conscience ni foi, de ruiner leur patrie , et de bouleverser un royaume où ils ne sont point considérés ; mais quelqu^un de vos bons serviteurs peut-il souffrir que leurs intrigues s'ourdissent sous votre nom, et qu'ils engagent un Connétable et un Prince du sang dans leurs attentats? Voyez, s'il vous plaît. Monseigneur, de quelle affection ils sont portés à votre service, qu'ils veulent que l'appréhension de perdre une partie de vos biens vous les fasse tous perdre; que vous quittiez la France pour vous venger d'une injure que vous n'avez point encore reçue , et que vous preniez la fuite devant une femme, de peur de lui céder. Certes, ils vous offensent bien plus que ne font vos ennemis mêmes ; le procès (i)

(i) La Régente lui aviit intenté un procès popr la m^çemon de la Maison de Boarboli.

intnité contre vous ne sanraU tous âter que des terres; mtts ces gens voudraient vous 6ter l'honneur , que les Imes niriiles estiment plus que tous les sceptres du monde ; la gloire , que vos ancêtres vous ont laissée , et que vous avez portée vousrméme au plus haut points en chassant deuK grands Empereurs, l'un d'Italie (i), et l'autre des frontières de France (a) ; votre charge avec laquelle vous commandes |ms années victorieuses des Français ; enfiif les espérances de parvenir à la couronne, dont vous n'étei éloigné que de trois degrés ; et, pour vous dédommager de tontes ces pertes ivrép^ables, ils vous proposent, sous la foi espagnole, sur la parole d'un Prince qui désavouera WM agens quand il lui plaira , un mariage peu assuré (3) ^ dont la dot est une injuste guerre contre vqlre patrie , et les avances un honteux bannissement. Il est vrai que la Régente a fort mal traité Votre Altesse, et qu'elleiui &it sottfirirdVnormes injustices; mais quel déplaisir vous a &it la France , elle qui vous a si chèrement nourris , vous et vos ancêtres ^ elle qui vous a élevés d^s un si haut éclat, et qui a rendu votre grandeur si puissante qu'elle peut aujourd'hui lui être fiiineste P Oui , Monseigneur, votre puissance est seule capable de la détruire; mais votre vertu est trop grande pour se rendre complice d'un éi étrange dessein. Vous n'exposereapas ce royaume, en proie à ceux mêmes contre lesqueb vous Paves vigoureusement défendu; vous n'entreprendrez pas dé ruiner un -héritage qiii peut quelque jour vous appartenir, pour le partager avec des étrangers ; vous ne deviendrez pas le gendre des ennemis de votre Roi, dont vous êtes déjà le cousin, et dont vous pouves être le bean^tère. Au reste, comme Sa Majesté est généreuse et magnanime , et que

(i) Maxiinilien.

(9) Chiu-les-Quint.

(3^ Charles-Qiiint larpromeitait sa sœur Eléonore, venys du Boi de IPortugai.

Digit^ed

47a DISCOURS

les offenses que vous avez souffertes ne sont pis venues de son propre mouvement, il ne faut pas doutiAr qu^elle les réparera, avec d^autant plus de générosité que vous lui aurez témoigné de patience. Enfin , la force du sang et la raison seront plus puissantes sur son esprit que les mauvais conseils ; un peu de constance vous fera triom*pber de tous vos envieux ; et la justice de votre cause ^ jointe à la gloire de vos belles actions, l'obligera, malgré Tenvie , à vous donner la jouissance de tons vos souhaits* Mais , quand le Roi ne se porterait pas de luinakème ii vous accorder ce que votre rang, votre souveraine vertu et vos services lui demandent, assurez-vous que la nécessité pressante de ses affaires l'y forcera. Car, si ses ennemis n'espèrent point le surmonter sans votre mojen , aussi ne leur saurait-il faire tête sans votre invincible valeur.

Le méU£. Règne de François /«^.

Renault aux principaux Conjures.

II. commença par une narration simple et étendue de l'état présent des affaires, des forces de la république et des leurs I de la disposition de la ville et de la flotte , des préparatifs de don Pèdre et du Duc d'Ossone^ des armes et des provisions de guerre qui étaient chez l'ambassadeur d'Espagne, des intelligences qu'il avait dans le Sénat et parmi les nobles, enfin, de la connaissance exacte qu'on avait prise de tout ce qu'il pouvait être nécessaire de savoir. Après s'être attiré l'approbation de ses auditeurs , par le récit de ces choses dont ik savaient la vérité comme lui, et qui étaient presque toutes les effets de leurs soins aussi bien que des siens ;

m Voilà, mes compagnons, continua-t-il, quels sont les moyens destinés pour vous conduire à la gloire que vous cherchez. Chacun de vous peut juger s'ils sept $uf-

fiaans et assurés. Nous avons des voies infaillibles pour introduire dix mille hommes de guerre dans une ville qui n'en a pas deux cents à nous opposer, dont le pillage joindra avec nous tous les étrangers que la curiosité ou le commerce y a attirés , et dont le peuple même nous aidera à dépouiller les grands, qui l'ont dépouillé tant de fois, aussitôt qu'il verra sûreté k le fatire. Les meilleurs vaisseaux de la flotte sont ii nous, et les autres portent dès à présent avec eux ce qui doit les réduire en cendres, L'Arsenal ,. la merveille de l'Europe et la terreur de l'Asie , est presque déjà en notre pouvoir* Les neuf vaillans hommes qui sont ici présens , qui sont en état de s'en emparer depuis près de six mois , ont si bien pris leurs mesures pendant ce retardement, qu'ils ne croient rien hasarder en répondant sur leur tète de s'en rendre maîtres. Quand nous n'aurions ni les troupes du Lazaret, ni celles de Terre-Ferme, ni la petite flotte' de Haillot pour nous soutenir, ni les cinq cents hommes de don Pèdre , ni les vingt vaisseaux vénitiens de notre camarade, ni les grands navires du Duc d'Ossone, ni l'armée espagnole de Lombardie , nous serions assez forts avec les intelligences et les mille soldats que nous avons. Néanmoins, tous ces dififérens secours que je viens de nommer sont disposés de telle sorte, que chacun d'eux pourrait manquer sans porter le moindre ^préjudice aux autres : ils peuvent bien s'entr'aider, mais ils ne sauraient s'entre-nuire : il est presque impossible qu'ils ne réussissent pas tous, et un seul nous suffit.

« Que ii^ après avoir pris toutes les précautions que la prudence humaine peut suggérer, oa peut juger du succès que la fortune nous destine , quelle marque peuton avoir de sa faveur qui ne soit au-dessous de celles que nous avons F Oui , mes amis, elles tiennent manifestement du prodige. U est inouï, dans toutes les histoires, qu'une entreprise de cette nature ait été découverte en partie , sans être entièrement rv^néç ; et la nôtre a esfuyé

cinq aedldcBs doat le moindre , «élan tavtet let appa« r6noe« hanatnes , deyait la reaiTorsevv Qui n^eAt cru que la perte de Spinosa, qui tramait la même chose qae noas« serait roocasion de la nAtre f que le UcencieBwnt des troupes de Ltérestein, qui nous étaient toutes dévouées , divulguerait ce que nous tenions caché? que la dispersion de la petite flotte romprait toutes nos mesures, et serait «ne source fiiconde de sovreauv tnconWntens t que la découverte de Crème, que celle de Haran attireraient nécessairement après eHes la découverte de tout le parti?

« Cependant toutes ees «hoses n'ont point eu de suite | on n'en a point suivi la tMpe, qui aurais mené jusqu'à nous : on n'a point profité des faunièt ^s qu'elles donnaient. Jamais repos si profond ne précéda un trouble si grand. Le Sénat y nous en sommes fidèlement inslmits, le Steat «sf dans une sécurité parfiite. Notre bonne destinée a aveuglé les plus elairvoyans de tons les homines , rassuré les plus timides, enderuii les plus soupçonneux, confimdu les plus subtils. Nous vivons encoM, meselMrs amis; nous sommes plus puîssans que noqs n'étfons avant tous ces désastres 5 ils n'ont servi qu'à éprouver notre constance. Nous vivons, et notre vie sera bientôt mortelie aux tyrans de ces lieux. Un bonheur si extraordinaire, si obsdné, peut^ être nature) ? Et n'avons nous pas sujet de présumer quHi est l'ouvrage de quelque puissance au-dessus def cfhoses humaines t

« Et en vérité, mes compagnons , qu'est-«ce qu'il y a sur la terre qui soit digne de la protection du Ciel , si ce que noiss Criions ne l'est pas ? Nous détruisons le plus horrible de tous les gouvernettiens ; nous rendons le bien è tous les pauvres sujets de cet Etat, è qui Pava* rice des nobles le ravirait étemdlement sans nous f nous sauvons Fhonneur de tantes les femmes qui naîtraient quelque jour sous leur domination avec assez d'agrément pour 4eur plaire? nous rap^dons I la vie un nombre

ET MORCEAUX ORATOIRES. t,^i

infini de malheureux que leur cruauté est en possession de sacrifier â leurs moindres ressentimens pour les sujets les plus légers ; en un mot , nous punissons les plus punissables de tous les hommes , également noircis des vices que la nature abhorne, et de ceux qu^elle ne souffre qu'avec pudeur.^

« Me craignons donc point de prendre l'épée d'une main et le flambeau de l'autre, pour exterminer ces misérables ; et , quand nous verrons ces palais où l'impiété est sur le trdne, brûlans d'un feu, plutôt feu du Ciel que le nôtre; ces tribunaux, souillés tant de fois dos larmes et de la substance des innocens, consumés par l'es flammes dévorantes; le soldat furieux, retirant, ses mains fumantes du sang des mécbans ; la mort errante de toutes parts, et tout ce que la nuit et la licence mili* taire pourront produire de spectacles plus a&çux , souvenons-nous alors, mes cbers amis, qu'il n'y a rien de pur parmi les hommes^ que les plus louables actions sont sujettes aux plus grands inconvéniens 5 et qu'enfin, au lieu des diverses fîireurs qui désolaient cette malheureuse terre, les désordres de la nuit prochaine sont les 'seuls moyens d^y fairerégner à jamais U paix, l'innocence et la lil^erté, »

Saiht-RéàI. Conjuration dô Venise.

Elisabeth, Aehie dPÂngleterre , k l'Ambassadeur de Marie SCuart, qui denMmdait qii^eHe la fit déclarer, dans son Pari«neBt> kMtièré présomptive de sa oofimnne.

La Reine votre maîtresse et les grands du Royauipe d'Ecosse me font remonter , par votre bouche-^ que cette Princesse est née du sang des Rois d'Angleterre, nos communs ancêtres, et qu^elle ^ droit de me succéder. Toute l'Eux'ope sait que jaioiais je ne l'aî attac^uée lâdessus , non pas même lorsqu^on Ta vue entreprendre sur

ma succession f se l'attribuer, prendre les armes et les titres de mes Royaumes. J'ai voulu croire que ce procédé venait moins d'elle que de ceux au pouvoir de qui elle était; et cette însultene m'a point portéeni à tenter, pendant son absence, la fidélité de ses sujets, ni à troubler le repos de son £tat, ni à m'opposer à son retour.

J'ai mis un ordre à mes affaires, qui me donne Ueu de croire, sans trop de présomption, que je mourrai Reine d'Angleterre. Savoir qui me succédera, c'est au Seigneur ii y pourvoir ; savoir qui a droit de me succéder, c'est ce que je n'ai pas encore eu la curiosité d'examiner. Il y a sur cela des lois sur lesquelles je m'en repose, e^ dont je n'ai pas intention de rompre le cours. Si elles sont £aivorables à la Reine d'Ecosse, je m'en réjouis par avance avec elle , et je ne crois pas que personne ose lui contester une couronne qu'une succession légitime lui feia échoir. Vous connaissez ceux qui le pourraient faire, et vous jugez, par le peu de moyens que leur en fournit la fortune , du peu qu'on aurait à craindre , si les lois leur étaient contraires. Je ne pourrais savoir mauvais gré aux' grands et à la noblesse d'Ecosse , du zèle qu'ils font paraître pour une Reine qui le mérite, de veiller i la conservation de ses droits, et de chercher tous les moyens d'établir entre elle et moi une amitié indissoluble.

J'ai répondu à l'article des droits j à celui de Tamidé, je réponds que c'est une erreur de s^imaginer que si la Reine votre maîtresse était déclarée mon héritière, noos en vécussions plus en paiz| ce serait, au contraire, une source de toutes sortes de démêlés : elle deviendrait le refiige de tous les mécontens'de mon Royaume, et peutêtre se laisserait-elle aller à être l'appui des inquiets. Je ne crois pas lui fatire injure de cette défiance ; je l'ai de moi-même : je ne voudrais pas bien répondre que j'aimasse mon héritier. Mous avons de si grands exemples, et chez nous et chez nos voisins, de cette bizarrerie de

resfrit humain, que je n'oserais me flatter d'en être exempte. Il me semble que se pourvoir d'un héritier et d'un tombeau, est à peu près la même chose ; et je ne me sens pas d'humeur à faire £iire mes funérailles par* avance*

Le P. D'ORLiAifS. RioolutionséC Angleterre.

Henri IV à FAssemblëe des Notables.

Si je faisais gloire de passer pour excellent orateur, j'aurais apporté ici plus de belles paroles que de bonne volonté ; mais mon ambition tend à quelque chose de plus haut que de bien parler : j'aspire au glorieux titre de libérateur et de restaurateur de la France. Déjà, par la faveur du Ciel, par les conseils de mes fidèles serviteurs, et par Tépée de ma brave et généreuse noblesse (de laquelle je ne distingue point mes Princes, la qualité de gentilhomme étant le plus beau titre quenous possédions), je l'ai tirée de la serritude et de la ruine. Je désire maintenant la remettre en sa première force et en son ancienne splendeur. Participez, mes sujets, à cette seconde gloire, comme vous avez participé à la première. Je ne vous ai point ici appelés, comme Élisaient mes prédécesseurs, pour vous obliger d'approuver aveuglémentmes volontés ; je vous ai fait assembler pour recevoir vos conseils , pour les croire, pour les suivre; en un mot, pour me mettre en tutelle entre vos mains : c'est une envie qui ne prend guère aux Rois, aux barbes grises, et aux victorieux comme moi ; mais l'amour que je porte à mes sujets, et l'extrême désir que j'ai de conserver inoo Etat, me font trouver tout facile et tout honorable*

Le OHtfickÉl db Birm k flearl ly > Il 4iti, dafts «

critique (i), on «OMeilleit de M rttiNr «n An^binire*

Quoi ! Sire , on tous conseille de monter sur mer^ comme s^il n^y avait pas d'autre moyen de conserver votre Royaume que de le quitter I Si vous n'étiez pas en France, il iandniit percer an travers dt tous les hasards et de tous les obstacles pour y venir; et maintenant qu6 vous y êtes, on voudrait que vous en sortissiea ; et vos amis seraient d^avis que vous fissiez de votre bon gré ce que les plus grands efforts de vos ennemis ne sauraient vous contraindre de faire. En Tétat où vous êtes, sortir seulement de la France pour vingt-quatre heures , c'est sW bannir pour jamais.

lie péril, au reste, n^est pas si grand qu'on vous le dépeint: ceux qui nous pensent envelopper sont| ou ceux mêmes que nous avons tenus enfermés si lâchement à Paris, ou gens qui ne valent pas mieux | et qui auront plus d'afïaires entre eux-mêmes que contre nous. Enfin, Sire , nous sommes en France , il nous y faut enterrer : il s^agit d'un Royaume , il faut l'emporter ou y perdre la vie i et quand même il n^y aurait point d'autre sûreté pour votre personne sacrée que la fiiite , je sais bien que vous aimeriez mieux mille fois mourir de pied ferme que de vous sauver par ce moyen. Votre Majesté ne soufiEriraft jamais qu^on dît qu'un cadet de la maison de Lorraine lui aurait fait perdre terre , encore moins qu'on la vît mendier à la porte d'un Prince étranger.

Non , Sire, il n'y a ni couronne ni honneur pour vous * au-delà de la mer. Si vous allez au-devant du secours de l'Angleterre, il reculera; si vous vous présentez au port

(i) Avec très-pea de troapes , il était âlori prasiéj aux environs de Disppe , pu une armée de trente mille i

de La Rochelle en homme qlii se Muye, roua n'^ trwÊr^ ▼erez que des reproches et du mépris. Je ne puis croire que vous deviez plutôt fier votre {personne à l'incbn- ^ stance des flots et à la merci de l'étranger ^ qu'à tant de braves gentilshommes et tant de vieux soldats qm sont prêts à lui servir de rempart et de bouclier ; et je suis trop ierviteur de Votre Majesté^ pcmr lui dièsimuler ^lae^ si eïk cherchait sa sûreté aàlenrs que dans leur verttt, Us seraient obligés de chercha là leur, daiis «n aittte pArfet que dans le sien.

M teilàAT Cl)» Bùtoihé et Fiémèt

Le Maréchal de BiroM (a) k sas Juges.

Jh vbQs ai rétablis, Messieurs , sur les fleurs de lis d*où les saturnales dé la liigue vous avaient chassés. Ce corps, qui dépend de vous aujourd'hui, n^a veine qui n^ait saigné pour vous. Cette main , qui a écrit ces lettres produites contre moi , a fait tout le contraire de ce qu'elle écrivait

Il est vrai, j'ai écrit, j'ai pensé, j^ai dit, j'ai parlé plus que je ne devais faire. Mais oii est là loi (fui punit de mort la légèreté de la langue et le mouvement de la pensée? Ne pouvais-je pas desservir le Roi en Angleterre et en Suisse? Cependant j'ai été irréprochable dans ces deux ambassades ; et, #i vous considérez avec quel cortège je suis venu, dans quel état j'ai laissé les places de Bourgogne, vous reconnaîtrez la confiance d'un homme qui compte sur la parole de son Roi, et la fidélité d*uh ^ujet^

(i) Mézeray, dit Voltaire, s'élève aa-clessus de lui-même en faisant parler ainsi le maréèhal de Biron ; et il est égal , pour le flioinsy aoïc Ancieni dans eetle harangae, da genre de celles dont ils panemateiit knrs oavnges.

«KbdopiMtavt.

48o DISCOURS

bien éloigné de te rendre Souverain dans son gouvernemeut*.**.*

J^ai voulu mal faire ; mais ma volonté n*a point passé les bornes d'une première pensée , enveloppée dans les nuages de la colère et du dépit ; et ce serait chose bien dure, que Fou commençât par moi à punir les pensées. La Reine d'Angleterre m'a dit que, si le Comte d'Esses eût demandé pardon, il l'aurait obtenu; je le demande aujourd'hui : le Comte d'Essez était coupable, et moi je suis innocent.

Est-il possible que le Roi ait oublié mes services ? Ne se souvient-il plus du siège d'Amiens, où il m'a vu tant de fois, couvert de feu et de plomb, courir tant de hasards, pour donner ou pour recevoir la mort? Le cruel! il ne m'a jamais aimé que tant qu'il a cru que je lui étais nécessaire. Il éteint le flambeau en mon sang, après qu'il s'en est servi. Mon père a souffert la mort pour lui mettre la couronne sur la tête ; j'ai reçu quarante blessures pour la maintenir; et, pour récompense, il m'abat la tête des épaules. C'est à vous , Messieurs, d'empêcher une injustice qui déshonorerait son règne, et de lui conserver un serviteur, k l'Etat un bon guerrier, et au Roi d'Espagne un grand ennemi.

" Le iiÉMB.

Gustave excite les Dalëcarliens k délivrer la Suède de la tyrannie de Ghristiem.

Il leur représenta d'une manière vive et touchante les derniers malheurs de leur patrie ; que tous les Sénateurs et que les principaux seigneurs du Royaume venaient d'être massacrés par les ordres barbares de Chrbtiem ; que ce Prince cruel avait bit égorger les magistrats et la plupart des bourgeois de Stockholm; que ses troupes, répandues ensuite dans les provinces, y Gonunettaifnt tous

ET MORCEAUX ORATOIRES. 48i

le& jours mille yiolences ; qu'il avait ^îpésolu, pour assurer sa domination, d'exterminer indiflKremment tous ceux qui ét^ent capables de défendre la liberté de leur patrie ; qu'on n'ignorait pas combien ce Prince haïssait les DalécarMens, dont il avait éprouvé la valeur et le courage pendant le règne du dernier administratenr ; qu'ib lui étaient trop redoutables pour n'avoir pas tout à craindre d'un Prince si perfide et si cruel ; qu'on avait appris que» sous prétexte de quartier d'hiver, il devait faire passer des troupes dans leur province pour les désarmer, et qu'ils verraient au premier jour leurs ennemis, maîtres de leurs villages , disposer insolemment de leur vie et de leur tiberté , s'ils nç les prévenaient par une généreuse résolution ; que leurs pères et leurs ancêtres avaient tou^ jours préfi&ré la liberté à la vi^ ; que toute la Suède jetait les yeux sur eux pour voir s'ils marcheraient sur leurs traces , et s'ils en avaient hérité la haine qu'ils avaient toujours fait pairahre contre U domination • étrangère ; qu'il était venu leur offrir sa vie et son bien pour la défense de leur liberté ; que ses amis et tous les véritables Suédois se joindraient à eux au premier mouvement qu'ils feraient paraître ; qu'il était assuré d'ailleurs d'un secours considérable 4es anciens aHiés de la Suède ; mais que, quand même ils n'auraient pas des troupes égales en nombre à celles des Danois , ib étaient encore trop forts, ayant la mort de leurs compatriotes à venger, et leur propre vie i défendre ; et que, pour lui , il aimait mieux la perdre l'épée à la main, que de l'abandonner lâchement à la dtscrélion d'un emienû perfide éternel.

y ERTOT. RéiHfiutions de Suide.

Le Duc de Rolian a ses troupes.

A?&is avoir sauvé l'Alsace, ce général s'était approché de Biyke ; à la £atveur de la nuit, il entra en Suisse ,

48a DISCOURS

et parut inopinément ^ au bout de douse jours de marche^ i Coire, où lea Grisons, serrés de près par les Impériaux, le reçurent avec de grandes démonstrations de joie. IL 6it d'abord repoussé par les ennemis qui Tatiaquèrent avec des forces supérieures ) mais il n^était jamais plus redoutable qu'après une dé£ûte ; il trompa Tenneoii par une contre-marcbe, et parut sur les hauteurs de Cassiaaoi i la vue des Impériaux étonnés. C'est alors qu'il adressa i ses troupes cette courte harangue » comparable aux plus belles des anciens capitaines :

« Nous avons passé des lieux presque inaccessibles pour venir en cette vallée ; nous y sommes enfermés de tous côtés. Yoilè l'année impériale qui se met en bataille devant nous ; les Grisons sont derrière, qui n'attendent que l'événement de cette journée pour nous charger, si nous tournons le dos. Les Yaltelins ne sont pas moins disposés à achever ce qui restera de noua. De penser à la retraite, vous n'avee qu'à lever les yciix pour en voir l'impossibilité ; ce ne sont , de tous cAtés , que précipices iiiBunnontables , de sorte que notre salul dépend de notre seul courage. Pour Dieu I mes amis, tandis que les armes de notre Roi triomphent partout avec tant d'éclat , ne souffrons pas qu'elles périssent entre nos mains ; ftiacos, par une généreuse résolution, que ce petit vallon , presque inconnu au monde , devienne considérable k la postérité, et soit aujourd'hui le théfltre de notre gloirOé »

Rohan fut vainqueur, et sa fortune ne se démentît pas. Mémoires et LeUm de Henri de Beham^ sur i^guerre de ta FaUeUne.

ISur le petit nombre des Élus.

Voici un morceau de Massillon , signalé avec raison par Yoltaire , entre les plus beaux mouvemens qui aient jamais honoré l'éloquence. C'est, à mon avis, le moK

ET MORCBAUX OftATOIRES. m

dUe €t le trioBi{die des pr^anitions oiratoirtft. Ma^ sillon €ù M bit le priocipal omemeal de ea gloire , dent ton fameux eeimon «ht le petit namkn ieê Éhu^ où , loin de disserter froidement et sans firuit sur les décrets da Ciel , son excellent esprit explique uniquement, par la conduite des hommes , les causes morales qui rendent le salut si rare ^ et trouve Texplication évidente du petit nombre des prédestinés dans le seul petit nombre des justes qui ont conservé ou recouvré leur innocence.

« Je m'arrête ^ vous, mes frères, qui êtes ici assemblés. Je ne parle plus du reste des hommes; je voua regarde comme si vous étiez seuls sur la terre , et voici la pensée qui m'occupe et m^épouvante : Je suppose donc que c'est ici votre demi^ heure, et la fin de l'univers, que les çieux vont s'ouvrir sur vos têtes | que Jésus-Christ va parakre dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n'y êtes assemblés que pour Tatlendre coname des criminels tremblans, à qui l'on va prononcer une seotcace de grâce ou un arrêt de mort éternelle; car, vous avez beau vous flatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd'hui. Tous ces désirs de changement qui vous amusent, vous aniuseront jusqu'au Ut de la mort : c'est Texpértence de tous les siècles* Tout ce que vous trou* verez alors en vous de nouveau, sera peut-être un compte un peu plus grand que celui que vous auriez- aujourd'hui è rendre ; et sur ce que vous seriez , si l'on venait vous juger en ce moment, vous pouvez presque décider ce qui vous arrivera au sertir de la view

« Or, je vous. demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre , et me mettant daos la même disposition où je souhaite que vous entriez ; ft vous demande donc : Si J^s-Christ paraissait dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus auguste de l'univers , pour voutf juger, pour Ciire le terrible discernement des boucs et des brebis , oroyez«vous que le plus grand nombre de

<S4 DISCOUfIS

tout ce que nous ftommes ici filt placé k k droite t croyes- TOU5 , du moins , que les choses fussent égales ? croyex^ vous quHl s*y^ trouvât seulemeot dix fustes, que le Seigneur ne put trouver antrefob en cinq villes tout entières? Je vous le demande, vous l'ignores, et je l'ignore moi-raéme : vous seul , 6 mon Dieu, connaissez ceux qui vous appartiennent. Mais, si nous ne oonnaissons pas ceux qui lui appartiennent, nous connaissons, du moins , que les pécheurs ne lui appartiennent pas. Or, qui sont les fidèles ici assemblés? Les titres et les dignités ne doivent compter pour rien ; vous en serea dépouillés devant Jésus-Christ. Qui sont-ils ? beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir; encore plus qui le voudraient , mais qui diffèrent leur conversion ; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomber; enfin, un grand nombre qui croient n'avoir pas besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte , car ils en seront retranchés au grand jour ; paraissez maintenant, justes l où étes-vous? Restes d'Israël, passez k la droite; froment de Jésus-Christ, démêlez- vous de cette paille destinée au feu« O Dieu! où sont vos élus, et que reste-^t-il pour votre partage ? »

KODiU d'bxbbcigx.

Le trait sublime qui fait brèche et porte l'éloquence à son comble, firappe dans toute sa force à ces derniers mots : O Dieu! ok sont poséius^ eifue rute^i^il pour paire partage? C'est le que la mine £iit son explosion; mais elle avait' été chargée plus haut Isolez cette phrase, ou jetez l'exclamation à la 6n d'un tableau moins effrayant, vous en détruirez tout l'effet; elle étonnera tout au plus , si elle est jetée sans préparation et sans art« mais elle ne pourra ni entraîner ni transporter l'auditoire. Remettez en action ce même mouvement à la

place où Massillon a pu lui assurer tant de vigueur ^ et décomposez-en tous les élémens oratoires : voyes cette force f cette énergie , cette véhémence qui vont toujours en croissant dans ce phénomène de Téloquence, ainsi que dans tout le discours, 'depuis le commencement de Fezorde jusqu'à la fin de la péroraison! Voyez ces peintures affreuses qui s'engendrent , se succèdent rapidement et ne s'ofirent qu'un instant à votre imagination pour l'enflammer et la bouleverser , dans cette solitude où l'orateur vous a isolés sur les débris de l'univers, par cette supposition de votre mort et de la fin du monde ! Voyez ces deux ouverts, cette apparition soudaine de Jéms-Christ au milieu de l'assemblée , ce spectacle du dernier jugement qui va fixer votre éternité , en vous environnant d'avance de tous ces témoignages d'une expérience universelle qui vous annoncent qu'au terme de la vie votre conscience se retrouvera dans le même état où elle est au moment où l'on vous parle ! Voyez l'effroi du prédicateur qui se met en scène avec son auditoire pour en partager les frayeurs , comme il partage, avec chacun des pécheurs qui l'écoutent, la plus invincible ignorance sur sa propre destinée ! Voyez l'explosion du désespoir que préparent ces conjectures et ces résultats évidens qui restrei|;nent à une si lamentable minorité le très-petit nombre des prédestinés, déjà réduits au-dessous de la majorité , et que Massillon n'ose pas étendre seulement à dix justes , vainement cherchés autrefois par le Seigneur dans cinq villes entières ! Voyez l'effet soudain de tous ces raisonnemens péremptoires dont on vous laisse le soin de tirer les conséquences ; cette énumération des quatre classes de pécheurs qui composent l'assemblée , et parmi lesquels il ne se trouve aucun auditeur qui ne soit forcé de se reconnaître et de se corriger , quand il entend sa propre sonlimce dans la conclusion d'un tel dénombrement, et dont l'infinité lui rend si terribles ces paroles où se trouve

renfermée son étemelle réprobation : Voiià U parti des ré^mmoésl Cette apostrophe si désespérante, après une division qni ne laisse peut-être plus un seul élu autour de vous , ne devient-elle pas votre arrêt ? ParaUêM maîn^ tenant, fustês ! ak étes-muê? Cette interrogation sublime à Dieu , et à laquelle votre conscience frémit do répondre, au moment où lui seul peut démêler encore quelques rares héritiers de ses promesses dans cette multitude, ne retentit«"elle pas en détonations redovUéea au fend de votre âme glacée d'effim , qnand , dans ce vide immense , il ne vous resto pins de place que p^rmi les réprouvés? O Dieut ait sont çùi éîms^ H ^ué s^ête^P-H pour 0&tre partagtF Supposes , à la simple lecture de ce sermon, la religion vivante dans tons les cmars, pour bien juger le triomphe d'nne pareille éloquence, et vous comprendrez l'effet prodigieux qu^elle produisit dans l'église de Saint«-Enstache , où Tauditoire entier se leva, par un mouvement soudain , en poussant un cri sourd et lugubre de frayeur et de foi , comme si b foudre fiilt tombée tont 4 coup au milieu du temple; enfin, vous concevrez et vous épronverei peut-être vous-même la commotion excitée par le même trait de ce sermon, dans la chapelle de Versailles. Louis XIV la partages devant Hassillon, qu'on vit aussitôt changer de visage , et couvrir son front de ses tremblantes mains. Les soupirs étouffés de l'assemblée rendirent l'orateur muet pendant quelques instans , et il parut lui-même encore plus consterné que toute la Cour.

Le cardinal Mauet. Essai «ar PÉiofuence Je la Chaire.

Dbcours d'un Cure du Quercy à ses Paroissiens.

Uns paroisse du Quercy ëuit exposée aux phs vives alarmes par les m^nnures eC les cris qu'arait exdtiés la

déCanse d'enterrer dans les églises et^ans les cimetières qui ne sont pas hors des villes : le curé , homihe respectable par son âge et par ses vertus , monta en chaire :

« Mes enfans , j'entends votre piété qui murmure , et qui dit : Pourquoi çeui-on nous prioer de la consolation . d*étre enseQclis aoec nos pères? Pourquoi nous défend-^on de miUr nos cendres açec les leurs? Afin qu'après votre mort vous na fiusies pas de mal i vos en&ns , à qui tous Toules tant de bien pendant votre vie; afin d'abolir un abus pernîciettz; afin de détruire un usage contraire à l'humanité.

« Eh quoi ! vous Tondriez acheter une vaine satisfaction au prix d« h vie ou de la santé de vos descendans ? Juste Ciel 1 je vois d'ici firëmir et reculer d'horreor les corps de vos ancêtres, Imvqu'on vous portera dans leurs sépuleres ; je h^ entends s'écrier t Ih né soni pas «os emfans ^ n&us iif étions pas ausd hariares I

m Non ^ mes ^res ^ tous ne mélenv pas vea cendres A celles de vos pères ç ma» vovs les mllerez è celles de:vos enfims, de vo^ ami^^ de tos païens qid vivent encore; vous les nélerea ans miennes ; oitti^ je veux que mon eorps soit déposé an milieu de voua dans le nouveau cimetière. Ceux qui nattront après nous viendront prier sur nos tombes comme sar celi4ts de leurs bienfaiteurs ^ et nos ossemens tressailliront de joie.... Qui de vous refur sera de me suivie et de m'iiaiterP Qui voudra abandonner son chef et son curé ? Ah I s'il en était ainsi, je vous le déclare, au )o«r de la Résurrection , je me lèverai seul de of cimetière désert, j'irai me présenter au souvervui Juge , je lui rendrai compte du troupeau qu'il m'a confié ( et moi, «rodre père, votre frère, votre ami par la charité, moi,. ministM de paiscet de miséricorde, moi*même je deviendrai votre 'prcmiar aoousateiiram tribunal de Jésusr Chrift ^ j'appeUevai les vengcanec^f^Losli» sur ces infidèles qui, sans avoir «aul» m'écouter, aft seront rendus cou«paUcf pnwrs le Roi, la If i, la fdigîen et l'humanité* »

Ce petit diâcourSf plein de force etd'onction, persuada tous les esprits»

On Ta rocueillt comme un modèle.

Elogç de Louis XIV.

' Qui r eût dit au commencement de l'année dernière, et dans cette même saison où nous sommes, lorsqu^on voyait de toutes parts tant de haines éclater, tant de ligues se former , et cet esprit de discorde et de défiance qui soufflait la guerre aux quatre coins de l'Europe ; qui l'eût dit qu^avant la fin du printemps tout serait calme ? Quelle apparence de pouvoir dissiper sitôt tant de ligues? Comment accorder tant d'intérêts contraires P Comment calmer cette foule d'Etats et de Princes , bien plus irrités de notre puissance que des mauvais traitemens qu'ils prétendaient àvoûr reçus ? N'eût-on pas cru que vingt années de conférences ne suffiraient pas pour terminer toutes ces querelles? La diète d'Allemagne^ qui n'en devait examiner quHine partie, depuis trois ans qu'elle y était appliquée, n'en était encore qu^aux préliminaires. Le Soi cependant, pour le bien de b chrétienté, avait résolu dans son cabinet qu'il n'y eût plus de guerres ; la veille qu'il doit partir pour se mettre à la tête d'une de ses armées, il trace six lignes , et les envoie à son ambassadeur à La Haye. Là-dessus les provinces délibèrent, les ministres des hauts alliés s'assemblent, tout s'agite, tout se remue : les uns ne veulent rien céder de ce qu'on leor deaaande ; les autres redemandent ce qu'on leur a pris, et tous ont résolu de ne pas poser les armes. Mais lui, qui sait bpen ce qui en doit arriver^ ne semble pas même prêter d'àAtention à leurs aatemblées, et, comme le Jupiter d'Homère , après avoir envoyé la terreur parmi ses ennemis, tournant les yeux rem les autres endroits qui ont besoin de 3t$ regards^ d'un cûté'il fi|it prendre

tT MORCEAUX ORATOIRES. 489

LvtemboiRrg, dé l'autre il s'avance laMiÀBe aux panes de Mons : ici, il envoie des généraux à ses alKës ; là, il £Éît foudroyer Gènes; il force Alger k lui demander pardon ; il s'applique mtane à régler le dedans de son Royauaie , soobge ses peuples, et les fidt jouir par avance des fruits de la paix ; et enfin , comme il Pavait prévu , voit ses ennemis, après bien des conférences, bien des projets, bien des plaintes inutiles, contraints d'accepter cet miéakes conditions qu'il leur à offertes « sans avoir pu en rien retranclier, y rien ajouter, ou, pour mieux dire, sans avoir pu , avec tous leurs efforts, s'écarter d'un seul pas du cercle étroit qu'il lui avait plu de leur tracer (i). Raciitb. DistmÊn prononcé à tAoaSémie Françoise^ à , la féee/dion de MM. Thmna^ ComaOe oi BêFgorei.

Le Souverain > ou Louis XTV.

QlTB de dons dii Ciel ne faut-il pas pour bien régner? Une naissance auguste, un air d'empire et d'autorité, un vis^e qui remplisse la curiosité des peuples empre^és de voir le Prince, et qui conserve le respect dans un courtisan : une parfaite égalité d'humeur, un grand éioignement pour la raillerie piquante, ou assez de raison pour ne se la permettre point : ne £aiire jamais ni me-

(1) Cette jaoble im^ge qui termiae Télitge au Roi, reafenne une allaston délicate à an &it célèbre de rHûtoire Romaine , et laisse beaucoup plus à découvrir qu'elle ne montre. On s'imagine assister à l'entrevue où Popilius ayant prescrit de la part du Sénat des conditions de paix à Antiocfaus, et voyant que ce Roi chercbait à éluder , ce fier Romain l'enferma dana un cercle qu'il traça auteur de loi avec :1a baguette qu'il avait à la main, et l'obligea de lui rendre une réponse positive, avant que d*en sortir. Ce trait d'histoire , dont on laisse au lecteur le soin et le plaisir de faire lui-mâme l'application , a beaucoup plus de grâce que si l'on avait cité rendroit d'on il est tiré.

Raftus.

naces ai reproches, ne point céder k ht colire, et être toujours obéi ; Tesprit facile , insinuant ; le cœur ouvert, sincère, et dont on croit voir le fond , et ainsi très* propre è se faire des amis , des créatures et des alliés : être secret toutefois, profond et impénétrable dans ses motift et dans êo$ projets t du sérieux et de la gravité dans le public : de la brièveté jointe à beaucoup de justesse et de dignité 9 soit dans les réponses aut ambassadeurs des Princes , soit dans les conseiU c une manièife de fiiire des grices, qui est comme un second bienfirit^ le choix des personnes que Ton gratifie t le disoemement des esprits, des taleas et des complexions pour la distribiràon des postes et des enaplois : le choix des {^ératix et des ministres : un jugement Cenne et solide, décisif dans les a£Eaiires , qui &it que Ton connaît le meilleur parti et le plus juste : un esprit de droiture et d^équité qui fait qu'on le suit jusques è prononcer quelquefois contre soi-même en faveur du peuple, des alliés, des ennemis: une mémoire heureuse et très-présente qui rappelle les besoins des sujets, leur visage, leurs noms, leurs requêtes : une vaste capacité qui s'étende, non seulement aux affaires de dehors, au commerce, aux maximes d'Etat, aux vues de la politique, au reculement des frontières par la conquête de nouvelles provinces , et à leur sûreté par un grand nombre de forteresses inaccessibles, mais qui sache aussi se renfermer au dedans , et comme dans les détails de tout nn Royaume*; qui abolisse des usages cruels et impies, s'ils y récent ; qui réforme les lois et les coutumes , si elles étaient remplies d'abus ; qui donne aux villes plus de sûreté, et plus de commodités par le renouvellement d'une exacte police , plus d'éclat et plus de majesté par des édifices somptueux : punir sévère-ment les vices scandaleux ; donner par son autorttë et par son exemple du crédit i la piété et è la vertu : protéger l'Eglise, ses ministres, ses droits ^ s^ libertés : ménager ses peu^es comme ses entans , être toujours occupé de

la pensée de les soulager , de rendre les subsides légers ^ et tels quHls se lèrent sur les provinces , sans les appauvrir : de grands talens pour la guerre ; être vigilant, appliqué, laborieux : avoir des années nombreuses , les commander en personne, être froid daas le p^ril , ne ménager sa vie que pour le bien de son Etat , aimer le bien de son Etat et sa gloire plus que sa vie : une puissance très-absolue, qui ne laisse point d'occasion aux brigues , ^ l'intrigue et k la cabale ; qui dte cette distance infinie qui est quelquefois entre les grands et les petits , qui les rapprocbe , et sous laquelle tous plient également : une étendue de connaissances qui fait que le Prince voit tout par ses yeux, qu'il agit immédiatement et par lui-même ; que ses généraux ne sont , quoique éloignés de lui , que ses lieutenans , et les ministres que ses ministres : une profonde sagesse ifvvsait déclarer b g^tnre , qvi aaîi r^i^CM cl user de lavieteîre, qui saitfii^ la pm, qui sâift la rompra ^ qui sait quelquefois, et aekm Wa divers inlértUf mm* tiaindre les ennemis à la recevoir ; qui donne .dtta fÀ|kl A une vaste ambition , et sait juaqufs où l'^m doit conr quérir : an milieu d'ennemis courerts ou décl#rés, se prer curer le loisir des je«x , de» tttes^ des # pcctacles \ euUîver les arts et les sciences ; former et exécuter des peojels d'édifices surprenans : un génie enfinsupérieurei paissent qui se faitttmer ef révérer des siens, craindre des étran* gers, qui fait d'une Cour, et même de tout un Royaume» comme une sevle famille unie parfoitement sous un même chef, dont l'union et la bonne intelligenee esi t»donubk au reste du monde : ces admirablet vertus me seniUent renfermées dans l'idée du Souverain. U est wtû qu'il est rare de les wair véunies dans un m^Ème s«i)et ; il faut qne trop de choses conooi^*ent à la feîs, p£$prit, Je coiur , les debors, le tenspéranent^ et il me paeek qnNin Monarque qui les iasee«blerait toutes en s^ fiseottoê , serait bien digne du nom de GRAND»

/(9a DISCOURS

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