‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 22 sur 40 · PRÉCEPTES DU GENRE · texte numérisé non relu

PRÉCEPTES DU GENRE

Dan5 l'éloquence de la tribune ou dans celle de la chaire où il s'agit surtout d'intéresser et d'émouyoir, \9l péroraison est une partie essentidle du discours ^ parce que c'est elle qui donne la dernière impulsion aux esprits, et qui décide la volonté, l'inclination d'un auditoire libres

Bans l'éloquence du barreau, elle n'a pas la mètne importance , parce que le juge n'est ou ne doit être que la loi en p^aonne, et que ce n'est pas sa volonté, mais son opûnion, qu'il s'agit de déterminer. Cependant, comme le juge est homme , il ne sera jamais inutile de l'intéresser en fitveur de l'innooeoce et de la faiblesse, de la justice et de la vérité ; et une péroraison pathétique ne sera indigne de l'éloquence que lorsqu'on l'emploiera pour £iire triompher l'iniquité ^ le mensonge, ou le crime.

Dans un plaidoyer où le sentiment n'est pour rien , et dans lequel , par conséquent, il serait ridicule de faire usage de l'éloquence pathétique, la. conclusion ne doit être que le résumé de la cause. C'est un épilogue qui

ET MORCEAUX ORATOIRES. teg

réunit tous les moyens épârs et développés dans le courant du disconrsy afin de les rendre présens à la mé** moire au moment de la décision ; et cet épilogue tonsiste ou à parcourir les sommités des choses, et aies rappeler article par article , ou à reprendre la division , et à exprimer la substance des raisonnemens qu'on a faits sur chacun des points capitaux»

n sera mitfux encore, dit Cicéron, de récapituler en peu de mots les moyens de la partie adverse , et les rai* sons avec lesquelles on les aura réfutés et détruits. Par--lii non seulement la preuve , mais la réfutation sera présente à l'auditeur, et on- aura droit de lui demander s'il désire encore quelque chose , et s'il reste encore dans l'affaire quelque difficulté â résoudre, quel* que nuage h, dissiper.

La r^le générale que Cicéron prescrit pour ce résumé de kr cause , c'est de n'y rappeler que les points impor-^ tans, et de donnera chacun d'eux le plus de force, mai^ le moins d'étendue qu'il est possible : ta memona , non onOh, renooaia pideatur.

Une énumération rapide, un dilenune pressé, un syllogisme qui ramasse toute la cause en un seul point de vue, suffit le plus souvent & la conclusion. Un beau modèle dans ce genre est la proposition que fait Ajax pour décidera qui, d'Ulysse ou de lui-même , appartiennent les armes d'Achille: « Qu'on jette au milieu des ennemis les armes de ce héros; qu'on nous ordonne de les y aller chercher 5 et qu'on en décore celui des deux qui les rapportera. »

^rma vmfordê mêtUo» miuanUir m hostes$ «

IndèJubeU peti, et referentem omate relatis.

Mais si la nature delà cause donne lieu à uneëIoquen<^e véhémente, le résumé, que Cîcéron appelle ^rtK/iwrra/!i'<?/î, doit être suivi d'un mouvement oratoire, qui sera ou d'imlignation ou de cortimiséralion.

Sfto DISCOUA»

L'indigttâtutacoliiiâle i vendre f^Aiftm ml lapfMMiM ou la causa de radvèrMirt; et elle doit Mtire dtfcir- CQBfianoeft if gravaiiles queU caïue peul présenter.

La pérênaiêêm «uppliAnte , celle q«e^ Cîoéro^ «ppeUe cmquestioj est deatiaée i exciter la comtoiaératîoo des auditeurs.

Il faut, dit-il, la commencer par adoiieirlea esprits et par les disposer à la miséricorde ) et les moyens qu^oo doit y employer sont pris de la iaiblesae commune k tous les hommes , et de l'empire de la Ibrtane ^ dont noustommes tous les jouets. Par ce& réflexions ^ présentées d'un style grave et senteneienK^ nous dit -ce oiattre en éloquence. L'esprit de» hommes se laisse humilier « et amener à la compassion f en considérant leur infinnilé prp^e dans la misère de leurs semblables.

Biaia du moment qu'on s'apercevra que tous les ccBurs seront émust il ne faut plus insister sur les plaintes, dit Cicérottf car , selon la remarque du rhéteur Apollonius « neu n*49i » piie êéché qu'une larme*

Le modèle des péroraisons patl\étiqu^ ,est celle de la harangue .pour U défense de Milon. C'est li qu'on voit l'orateur suppliant sauver à l'accusé rhumiliation de la prière f et lui coiiserrer toutiî la dignité qui convient au carac^tère d'un gf and homme dans Ic^ malheur. Mais ce qui est encore très^supérieur i cette supplication , c'est l'indignation qui.U précède,, et dans Laq|ielloCicér.on.dé-« montre I avec une éloquence sans exemple , que, si Mih>n avait atjtenté à la yie de.Clodios, la république |u^' en devrait des actions de grâces, au lieu de châtimens.

Dans l'éloquence de la chaire, le pathétique de la péroraison a un objet qui ne convient qu'an genre délibératif ; c'est d'émouvoir l'auditoire de compassfop pour lui même, et d'horreur pour ses propres vices ^ ou de terreur pour ses propres dangers*

Il est rare, en effet, que l'orateur chrétien plaide la cause des absens , i moins qu'il ne parle en faveur

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des pauTres^.de» orphelins, comioe Yûncent de Paul ^ lorsqu'il disait aux femmes pieoses qui composaient son auditoire: « Or sus,, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfans. Vous avez été leurs mères selon la grâce , depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés, y oyez maintenant si vous voulez les abandonner ; cessez à présent d'être leurs mères pour devenir leurs juges, li^ur vie çt leur mort sont entre vos mains. Je m'en vais prendre les voix et les sufErages* Il est temps de prononcer leur arrêt, et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miiéricorde ppur eux^ Us vivront^ si vous continuez d'çn prendre un soin charitable, et ils mourront^ si vous les délaissez (i). 9

Maruontel. EUmens deJJUérature^ L III.

Péroraison de PEloge funèbre de Condë.

Jetb ki yeux de tontes pasis ; voilà tout ce qu'a pu la mâgnifioence et la piété pour honorer un héros : des titres, des inscriptions, vaines marques de ce ()ui n'est plus ; des figures qui semblent pleurer autour d'un tom^ beau , et de firagiles images d'une douleur que le temps emporte atec tout le resté ; des colonnes qui seoJ&lent vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant ; et rien enfin ne manque dans tous ces hotmeort que celui à qui on les rend.

Pleurez donc sur ces fiables restes de la vie humaine^ pleurez sur cette triste immortalité que nous doanons aux héros ; mais approchez, en particulier, ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire,

(i) Le même jour, ëtnS It même église, ta mém% inltant, lli^pîUl des £itf«ns trouvéi fitt foailé à Pcris et doté de quarante mille Ufres de rentea

5ia ^ DISCOURS

âmes gtierrières et intrépides ! Quel autre fbt plus digne de vous commander ? Maïs dans quel autre avez-vou» trouvé le commandement plus honnête? Pleurez donc ce grand capitaine , et dites en gémissant : < ToiU celoi qui nous menait dans les hasards ! Sous lui se sont formés tant de renommés capitaines que ses exemples ont élevés "aux premiers honneurs de la guerre 1 Son ombre eût pu encora gagner des batailles : et voilà que dans son silence son nom mtme nous anime; et ensemble il nous avertit que , pour trouver à la mort quelque reste de nos tra* vaux, et n'arriver pas sans ressourcée notre étemelle'demeure, avec le Roi de la terre , il£iut encore servir le Roi du Ciel. » Servez donc ce Roi immortel et si plein de miséricorde, qui vous comptera un soupir et un verre d'eau donné en son nom, plus que tous les autres ne feront jamais tout votre sang répandu ; et conunencez à compter le temps de vos utiles services du jour que tous ' vous serez donnés à un maître si bienfaisant.

£t vous, ne viendrez-vous pas à ce triste monument, vous, dis-je, qu'il a bien voulu mettre an rang de ses amisP Tous ensemble, en quelque degré de sa confiance qu'il vous ait reçus, environnez ce tombeau, versez des lannes avec des prières ; et, admirant dans un si grand Prince une amitié si commode et un commerce ri doux , conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi, puisse-t-il toujours vous être un cher entretien! ainsi, puissiez- vous profiter de ses vertus, et que sa mort, que vous déplorez, vflui serve à la fois de consolation et d'exemple 1

Pour moi, s'il m'est permis, après tous les autres, de venir rendre les derniers devoirs è ce tombesni, 6 Prince , le digne sujet de nos louanges et de nos regrets , vous vivrez éternellement dans ma mémoire ; votre image y sera tracée, non point avec cette audace qui promettait la victoire ; non , je ne veux rien voir en vous de ce que la mort y efface ; vous aurez dans cette image des trafiti

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hnmorteti : je vous y Târrai tel que vous étiez à ce âer* ifier jour, sons la main de Dieu , lorsque sa gloire sembla commencer k yoas apparatbre. C'est là que je vous verrai plus triomphant qu'à Fribi»tirg et k Rocroy ; et, ravi d\ni si bettt- triomphe , je dirai en actions de grtces ces belles- paroles 4hi bien-^aimé disciple : « La véritable vic« toire , celle qu met sous nos pieds le monde entier^ c^est notre foi* »

JouisMB, Prince*, de cette victoire; jotdssez-en éternellement par l'immortelle vertu de ce sacrifice. Agréer ces derniers eflEbrts d'une voix qui vous fut connue , vous mettrai fin à tons ces discours. Au lieu de déplorer la^mort des autres, grand Prince, dorénavant je veux apprendre de vonsà rendre la mienne sainte : heureux: si , averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie , les restes d'une voix qui tombe ^ et êhakt ardeur qui s'éteint

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