‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 23 sur 40 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

MODiLB D'EXSaÇICB.

Si jamidsBossuet parut avoir l'enthousiasme et l'ivresse de son sujet, et s'il les communiqua aux autres , c'est dans reloge fiinèbre du prince de Coudé, L'orateurs'élanceavec le héros ) il en a l'impétuosité comme là grandeur. Il ne raconte pas; on dirait qu'il imagme et conçoit luimême les plisîns. Il est sur les champs de bataille ; il voit tout, il mesure toutU a l'air de commander aux événemens ; 4fe les appelle , il les prédit ; il lie ensemble et peint à ^ fois le poissé, le présent , l'avenir : tant les objets se succèdent avec rapidité , tant ils s'entassent et se pressent dans so» imagination 1 Mais la partie la plus éloquente est la fin. Los six dernières pages sont un mélange continuel de pathétique et de sublime. Il invite tous ceux qui i.-ra8, 33

5i4 JWSCQIHIS •

sont prétens. Princes, peuple, guerrier»* et siffDoul ks a^wiU de ce Priuce, à envîroianer son mcrnoopat, et à Tenir pleurer sur I4 cendre 4'm gra»d homioa. # Jeté» t les ye^x de toutes parts, etCn-**»

Enfin il a)oute ces m^U si cqmiua «I ^tcmcUenent cit^ ; jl Pottf moi, Vil itt'^at pmnis, eiiw« w«s wwpcs

m efforts, etc. »

Hv^ cettie jpéroraUofi .touebante, /maisBfc il wr l'orateur, jyira^, et se «ritler loinoitaie «hv Ik^seànck L'idte imposante du vieillard qui célèbre un |^od h^mne*, œs dbeTeuz blancs5 cette voix afiaiUîe, «6 ictour jur le passé , ce coup d'cMl ferme et triste sur l'ttrenir^ les idées 4e vertus et de talqis, apr^ les idées de gnandenr et da glqtre ; enfin la mort de IVrateiir jetée p« luinnlBie dans le ioin^in f et comme aperçue 9» les apaetaâeurs, tant ce^L feime dans riUne un sentûneat profond^ a ^p^ chose de doux 9 d'ékvé» de mélamolicpie et delcndra. Il n'^ a pas jusqu'à l'harmonie de ce morceau qui n'afoute au sentiment, et n'invite l'âme à se recueiUir et à se reposer sur sa^douleur.

Tbomab. Ssioi sur les Eloges ^ t IL

Pfcoraison de l'Eloge de Marc-Aurèle.

QpAKD le dernier tenue approcha, il ne fut point étonnée Je me sentais élev^ par ^es^ diseours. Bpmsisu^ le grfmd hommemourant a je neaaîs qttoidJfSmpaBantcrt d'auguste. Il semble qu^à mesure qu'il ae déliehè de b terre, il prend qiielque chose de cette nature divine et inconnue qmHl va rejoindre. Je ne touchais ses mains défaillantes qu'avec respect ; et le lit fimèbre où il ntlen» dait la mort me semblait une espèqe de sanetuam.

Cependant Farmée était consternée , le soldat gémis* sait sous ses tentes ; la nature eUf-<9èDBLe •«■B4>Uft en

ET MORGKATIX ORATOIRES. SiB

d(Nltt|k.CMl de ialienBiame était pli» olMeur) destem* pÛe^ dgîteieat la dma des forits qui enTironnaient le cump ; et ces objets lugubres semblaient ajouter encore â notre désolatioii.

Il TOttlut quelque temps être seul, soît pour repasser sa vie en présence ;de rEtre-Supiéme, soit pour méditer ewore une fois aTapt que de mourir. Enfin , il nous fit appeler. Tous les amis de ce gi^nd bomme et leaprincipauv^de Pannée vitirenl se ranger, autour de lui ) il était pAle» les yeux presque éteints^ et les lèvres à demi glacées. Gepeudant noua remarquées tous une tendee inquié* tude sur flon visage. Prince, il parut se ranimer un moment pour toi. Sa main mourante te présenta à taua ces vieillards qui avaient servi sous lui« 11 leur recoomAanda ta jeunesse, « Serve%4uide père, leurditril, ah! scrvez- IjH de père! » Alors il te donna des conseils tels que Ma^c- Aurèle mourant devait les donner ; et bientôt après , Rome et l'univers le perdirent

. A ces mots, Uàut le peuple romain demeura morne et immobile. Apollonius se tut, ses larmes, coulèrent 11 se laissa tomber sur le corps de MaroAurèle ( il le serrai long-temps entre ees brae; et se relevant taut è coup x « Mais toi qui vas succéder è ce grand homme, 6 fils de BSarc^Aurèle ! ô mon fils , permets ce nom à un vieillard qui t'a vu nattre , et qui t?a tenu enfant dans ses bras , songe au fardeau que t'ont imposé Les Dieux ; spnge aux devoirs de celui qui commande, aux droits de ceux qui obéissent. Destiné à régner, il faut que tu sois ou le plus justes ou le plps Ç9ppable des hoUmm^l^ ^. de > Mate- Ai^rèle^ur^t-'iliilioisiri'i» ' - U ,

« On te .dira bientôt que tu es. i0Ut-<puiÉS|fuii( on te trompera : les bornes de ton autorité sont dans la loi« Od te dira eocpre que tu es grand, que tu es adoré de tes peuples* Ecoute : quand Néron eut empoisopné son frère , on lui dit qu|il avait sauvé Rome ; quand il eut &it égorger sa femme, on loua devant lui sa justice^

/ 5i6 DISCOURS

quand il eot aitasainA sa mère, on bàiaa sa main purricide, et Ton courut aux temples remercier les Dieux. Ne te laisse pa& éblouir par des respects. !Si tu n'as des vertus, on te rendra des hommages, et Ton te halb-a. Crois-moi, on n'abuse point les peuples. La justice outragée veîUe dans les cteurs; Maitre du monde, tu peux m'ordonner de mourir, mais non de t'estimer. O fils de Marc-Aurèlel pardonne : jeté parle au nom des Dieux, au nom de l'univers qui t'est confié ; je te parle pour le bonheur des hommes et pour le tien. Non , tu ne seras point insensible à une gloire si pure. Je touche au terme de ilia vie ; bientôt j'irai rejoindre ton père. Si tu dois être juste , puissé-je vivre encore assez pour contempler

tes vertus! Si tu devais un jour »

Tout k coup Commode, qui était en habit de guerrier, agita sa lance d'une manière terrible. Tous les Romains pâlirent. Apollonius fiit firappé des malheurs qui menaçaient Rome. Il ne put achever. Ce vénérable vieillard se voila le visage. La pompe funèbre , qui avait été suspendue, reprit sa marche. Le peuple suivit, consterné et dans un profond silence : il venait d'apprendre que Marc^Aurèle était tout ^entier dans le tombeau.

Thomas.

Péroraison de l'Eloge de Duguay-Trouîn.

Faut-il qu'il nous ait été enlevé si tAt I faut-il qu*usé par les maladies, il ait succombé lorsqu'il aurait pu encore remplir une longue carrière ! Ah I si le Ciel eût prolongé ses jours^gnéme dans sa vieillesse il aurait encore pu servir l'Ëtat. Ainsi Duquesne , a£Eiibli par les années , rendait encore la France respectable sur les mers ; ainsi Viliars remportait des victoires à l'âga où les autres hommes vivent à peine, Que du moins son ime

respire encore parmi nous! que son exemple perpétue dans notre marine et la valeur et les talens !

Dans ces entretiens si profonds quHl avait avec Philippe , il parlait sans cesse à ce Prince de Timportance et de Tutilité de la marine. Ah ! s'il revivait aujourd'hui, s'il errait parmi nos ports et nos arsenansF 9 quelle serait sa douleur 1 « Français, s'écrierait^il, jjue sont devenus ces vaisseaux que j'ai commandés, ces flottes victorieuses qui dominsdent sur TOcéan ? Mes jeux cherchent en vain : je n'aperçois que des ruines. Un triste silence règne dans vos ports. Hé quoi ! n'étes-vous plus le même peuple ? N'avez-vous plus les mêmes ennemis à combattre? Allez tarir la source de leurs trésors. Ignorez^vous que toutes les guerres de l'Europe ne sont plus que des guerres de commerce, qu'on achète des armées et des victoires, et que le sang est à prix d'argent 7 Les vaisseaux sont aujourd'hui les appuis des trônes.

« Portez vos regards au^deli des mers; les habitans de vos colonies vous tendent les bras : les abandomierezvons aux premiers ennemis qui voudront descendre sur leurs côtes ? Les ferez*vous repentir de leur fidélité ? En vain la nature leur a donné la valeur et le zèle. Leur vie , leur sûreté, leur existence est dans vos ports ; vos vaisseaux sont leurs remparts ; ils n'en ont point d'autres. Etes-vons citoyens? ce sont vos firères. Etes-vous avides de richesses? vous les trouverez dans ce Nouveau- Monde I vous y trouverez un bien plus précieux : la ' gloire.

« Tous avez versé tant de sang pour maintenir la

. balance de l'Europe ; l'ambition a changé d'objet.

Portez ) portez cette balance sur les mers ; c'est 14 qu^il

faut établir l'équilibre du pouvoir : si un seul peuple y

' domine, il sera tyran, et vous serez. esclaves. Il £iudra

' que vous achetiez de lui les alimens de votre luxe, dont

vosjnalheors ne vous guériront pas. Français , considérez

ces mers , qui , de trois côtés , baignent votre patrie ;

5i8 DISCOURS

voyez vos riches proTÎnces qui vous offirent à Tenvi tout ce qui sert à la construction ; voyez ces ports creusés pour recevoir vos vaisseaux. La gloire, Tintérét, la nécessité, la nature, tout vous appelle. Français, soyez grands comme vos ancêtres : régnez sur la mer; et mon ombre, en apprenant vos triomphes sur le» peuples que î^ai vaincus, se réj toira encore doua son toiij>eau« »

Le MtHE.

Péroraison dq l'Eloge de Racine.

O MBa ooncitoyeosl ne vous opposez point i votre gloire, en vcnis opposant è celle de Racine. L'éloge de ce grand homme doit vmia être cher , et peut-être n>st*il pas inutile. Les barbares approchent^ Tirivasioii vous menace ; songez que les déclamattuTs en vers et en prose ont succédé jadis aux poëtes et aux orateurs* Retardez du moins parmi voua^ s'il est pcissible4 cette * inévitable révolution. Joignez^voua aux disciples du bon siècle pour arrêter le torrent; encouragez Tétude des anèièàns, l|ui seule peut conserver parmi vous le £ni sacré prêt à s'éteindre^

M'en croyez pas surtetit ces esprit» impérieux et axaltës .qui trouvent, la littératuire du dernier siècle timide et pusillanime; qui , sous prétexte de noua délivrer de ces utiles entraves^ et qui ne donnent que plua dû ressort aux talens et plus de tnérite aux be«ux--art8f ne songent qu'à se délivrer eux-mêmes des règles du bon sens qui les importunent

Ne les croyez pas , ceux qui veulent Atre poëtes sans faire de vers , et grands hommes sans savoir écrire : ne voyez-vous pas que leur esprit n'est qu'impuissance , et qu'ils voudraient mettre les ay sternes à la place des talens?

Ne les croyez pas , ceux qui vantent Saaa cesse la nature brute ) ila pértent envie è la naUire-peiActiMniée : ocux qui regreMent Ua boMAés du chaos; ip^us mfm sous

vos yeax les beautés de U création : ceux qui préfèrent un mol sublime de Shakespeare aux vers de Phèdre et de Jtf^^vpr 5 Shakespeare est le poëte du peuple; Phèdre et Mérùpê sont les délices des hommes instruits.

Ne les croyez fèB ^ ceux qui relèvent avee enthousiasnie le mérite médiocre de faire verser quelques larmef dans un roman ; il est un petti4us beau d'en fiûre oouler h la première scène d^JljMgéme i ceux qui justifieiit l'invrai'*semblable^ Foutré^^ la gigantesque, soua prétexte qu^ils ont produit quelquefois un etbi passager , et qu^ib peuvent étonner na moment ; malheur à qui ne chearehe qu'à étonner, car on n'étonne pas deusfoiel . ^ .v

O mea o^oicitoyen^ je vous en conjure eatcore-, InëfiezvotQ de eea législateui^ enthousiastes ; opp os^enr taté* jours ka Anciens et Racine. 1 opp6aes*leur ce grand axiome de son à^ne ami^ ce principe ipii parait A simple, et qui est si fécond : Riem n^eei beamqm le^tak Et si vous votdea avoir sans oesee soua les 'yeux- des exemples de ce bemê et.de ce mtf^ vefises sanaiœsse Racine. hhJsUmwm

ExhortaCian à PéOidé des Seienees naturelles.

Et comment ne ornserveriéz-^ous pas à jamais "votre ardeur pont les sciences naturettesP Quelque 'destinije qui voua aileiuié, dans quelque contrée dv glfrfye que vos jours. doivent oouler, la nélure vaua enviroKmera sans cesse dé sesiproductbiis, de sts ^héncoaiiènes'^ de aes merveilles. Datta les vastes, plaiiies et au mflieu dès bois tondus, snr le:han^des>m6nu etdanis te fenddiefia vallée solitaire, vers lebord dea nnsseaail paisibles erstar rimsnense surfine de VOoéan nglté^ vous ^erec sans €»sse entourés des objets de Votre étudie^ - >>

Elle vonssuv?«a partout, cette telleetion queln nature déploie avec UnÉéemagmfieenoer de vaut )ea yeux dignes de la coHfetmplety'et qni*cat m supérieure à to'uteâ celles

5m discours

que le temps » Part et U puissance révfiissent dans les temples consacrés h l'instruction. Et quel est le point de la terre où la science aux progrès de laqueUe nous nous sommes voués ne nous montre pss un nouvel ttre 1 décrire , une nouvelle propriété à reconnaître, un nouveau phénomène à dévoiler ? Quel est le climat où transportant, midtipliant, perfectionnant les espèces ou les race», et 'donnant k l'agriculture des secours plus puis- «ans, au commerce des productions ' plus nombreuses ou plus belles, aux nations populeuses des moyens de subristance plus- agréables, plus salubres , plus abon* dans, vous ne puissiez bien mériter de vos semblables? Ab I ne renoncez jamais à la source la plus pure du benbeur qui peut être réservé à l'espèce humaine. Tout ce que la philosophie a dit de l'étude en général, combien nous devons nous le dire , avec plus de raison , de celte passion constante et douce qui s^anime par le temps, échauffe sans consumer, entratne avec tant de charme , imprime à l'âme des mouvemens si vifi et cependant si peu tumultueux , s^empare de l'existence tout entière, l'arrache au trouble, à l'inquiétude , aux regrets , l'attache avec ta^t de force à la conquête de la vérité, a pour premier terme l'observation des actes de la faculté créatrice , pour dernier but le perfectionnement^ pour jouissance une paix intérieure, un contentement secret et inexprimable, et pour récompense l'estime de son siècle et de la postérité I Conmie elle embellit tous les objets avec lesquels die s'allie ! A qud âge , à quel état , à quelle fortune neconvientrelle pas? Elle enduuste nos jeunes an- / nées, elle jdaîtè l'âge mûr, die pare la'vieiUesse de fleurs, dissipant les chagrins, calmant les douleurs , écartant les ennuis,, allégeant le £irdeau du pouvoir, soulageant du souci des a£Eiires pénibles, faisant ouUier jusques à la misère, consolant du malheur d'une trop grande renommée ; quelle adversité ne diminue*t-«lle pss î Jetez les yeux sur les hommes célèbres dont on nous

ET MORCEAUX ORATOIRES. 5ai

a transmis les actions les plus secrètes. Quels ont ëtë les plus heureux? ceux qui se sont livrés â la contemplation de 1a nature. J^en atteste Aristote , Linné , Buffon , Bonnet, et ce Bernard de Jussieu , dont la tendre sollicitude pour la conservation d'une plante nouvelle peignait si bien la paisible félicité ; et ce naturaliste (i) que nous possédons encore parmi nous, et dont la vieillesse, si justement honorée, jouit, au milieu du calme d'une vie très-prolongée, heureuse et sereine, de la reconnaissance de ses contemporains et de Taffection de mes savans collègues. J!en atteste même les illustres victimes de leur passion sacrée : Pline, qui meurt au milieu du Vésuve ; tant de célèbres voyageurs qui expirent pour \sl science sur une terre étrangère ; ces infortunés compagnons de lia Peyrouse, dont la mer a tout dévoré, excepté leurs droits sur la postérité. Et les sacrifices utiles, le dévouement généreux , le saint enthousiasme , n'ont-ils pas aussi leur bonheur suprême T

• Non, après la vertu, rien ne peut nous conduire plus sûrement k la félidté quePamour des sciences naturelles. Et vous qui m'tfeoutez, et qui, jeunes' encore, formez

• notre pks dièn«spérance ; vous ,- devant qui s^ouvre une camèré que vo« pnuves illustrer pturtant de travaux ; ah!

'lorsque vous aures épreuve cette véHté consolante que le ' bonheur est dans la vertu qui aime , et dans la science qui . éclaire; lorsqu'au miUeu de l'éclat de la gloire, ou dans l'obscurité d'une retraite paisible, vous jouirez du charme attadié â l'élude de la nature , et que votre cœur vous retracera vos premières années, vos premiers efforts, vos

- premiers succès, mêlexqudquefoisè ces pensées le sou-

- venir de celui qui àkéts ne'^sera plus , mais qui aujourd'hui ^1 et de toutes les €lcultés de sdn ftme et de son esprit, TOUS appelle aux plus heureuses destinées.

LACiPiBB. IHêe. de ttâktrw du Omrs éPHbi. Nai.

(f) Dàttliealoti, qnafles sdittces ûntpcrdu depuis.

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