‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 24 sur 40 · PHILOSOPHIQUES OU LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIQUES OU LITTÉRAIRES

Et qn*U loit jiuqii*aa bout tel qu'on L*a m d**I>ord. B«ufe4 V , jùf pOL , eh. m.

PRÉCEPTES DU G£NRE.

C'esV un grand bien que de s'anuuçr ; c'eu e0t un plus grand de s?ioflitnive.La leçti^e^ qui réunit ces deux a/tantagefli ressente à ujii fruit, dëiicieux^t nourrissant toui.i la foif. Telle e3t la perfççtî|0^ du iMùfyà phâosQphiqoe ou littérair6«ll n'aft personne qui^ iaprèMitoir Jn qemdas dialogues de Platon fO]^ se ipeitltl^lÂe de Socraief ne se sente plus de resp^t rolphis d^amour pour la verla ; 0 n'est personne qui^ aprèsavoirhi les Hahifi$e9 de Gicéron sur l'art oratoire» n^aît de P^loquMlce une idée plus hauiei plus étendue f p)ua JUmiitieuseï «n plus fécoode» Ainsi le dialûgue^ quand U A'eat point oisdux., a pour objet un résultat, ou desantimeatroud'idéew Celui qui n'eat qu'on jeu d'esprit t un ^oc d'ppîntoaSf d*oà ^ailÛssencdesétincelles,^ mais qui ne If fsse à la ^.qw'inoertiuide ei obscurité, n'est pas ce qu'on doitapp^ev I0 diahpm philosophique ^ c'eit le ifMqjnr sppbialifu^ ' '

Il n'y a rifa.de pbps aisé qua<4e jOAt^âr detpiiftdozes par des sophismes , que de donner à des choses éloignées et dissemblf^blos upjLC^ iappare«c^de.ff«9portt jtde ftpt^itxe

DIALOGUES. Sa3

ainsi rapprocher les ettrèmes et assimiler les contraires^ Mais cette manière de rendre Tesprit sabtil est mie manière encore plus sûre de le rendre ùmx et louche. Qm ne sait pas que dans notre feible entendement rien n'est trop dair ni trop bien assuré ,' et qu'an moyen du vague des notions communes et de Tëquitoque de* mots^ il est facile à- un beau parleur de tout brouiller et àû tout obscurcir?

lie {difficile^ je le répète ^ c'est de démêler^ «le oksser , de circonscrire nos idées, en leur donnant mute. leur étanéuef d^en saisir kt jastea vappolis , de tirer ainsi du chaos les élémens de la science , et d'y répandre la lumière. C'est à quoi le diùi/o^f philosophique est utilement employé , parce qu'à mesure qu'il forme des nuages, il les dissipe ; qu'à chaque pas , il ne présente une nouvelle difficulté (ju'afin de l^aplanir luirmêmê ^' et que son but est la solution de toutes celles que l'ignorance, l'habitude , l'opinion , opposent à»la vérité. Si le dialogue n'a pas ce mérite , il n'a plus, que celui d\i sQp^i;pQt^,9,plias ou inoins captieux , et du faux bel esprit, trop admiré par la sottise.

La beauté du dialogue philosophique résulte de Pimportance du «ujet, et du poids que les raisons dofufient aux opinions apposées^ Si poûttant b dialogue em. moites une dispute qu'une leçon , l'un des deux interlociftews peut être ignorant; mais il doit l'être avec esprit : son erreur .p6 doit pas étrç lourde , ni sa curiosité, ni^i^^. -Les Mondes de Fontenelle sont un modèle dans, ce genre* ,11 y a peut-être un peu de manièM f mais cette manière ingénieuse n'est ni cel^ledo.Plucbe ni celle de Bouhours^

Les. leçons ex^dialogues ont deux grands ayantag^es, l'attrait et la cjbrté; i^ais elles ont. un déi^ut : la loqgffeiu*. Il serait donc à sou)i|)iter qye l'on, rçs^ryât cette fopne d'instruction pour les sujets naturellement épmeux et confus, qui exigent des d^i^eîû[)peknens , et dans lesquels • l'intelligenoeet la raison' vettlent>èlie.Qc^d«îleii4i^'<<^ei« des di£Eicultés successivement résolues, du doute .A,ila

5a4 OIALO(ÎVES;

persuasion f de Tobscurité à l'évidence. L'histoire , toule en dialogues^ serait trop délayée; mais des dialogues sur certains traits d'histoire, assez problématiques pour être discutés, assez intéressans pour élre approfondb, pourraient être un ouvrage utile. Un modèle en ce genre est le dialogue de Sylla et d'Eucrate. On désirerait seulement que le philosophe y traitât le proscripteur avec moins de respect. Tous les grands hommes ont eu leur &ible : celui de Montesquieu, en écrivant sur les Aornains, fut d'être un peu trop sénateur.

MakmoiitbIm Eiémene deUtUmtmt.

Démocrite^ Héradite.

Comparaison de Démocrite et d'Heraclite « où l'on donne Favantage au dernier^ comme plni hamain*

DiMOGBlTB.

Je ne saurais m'accommoder d'une philosophie triste.

HiBACUTB.

Ni moi, d'une gaie« Quand on est sage , on ne Toit rien dans le mondé qui ne paraisse de travers et qui ne ' déplaise.

BiMOGBlTB.

Vous prenez les choses d'un trop grand sérieux : cela vous fera mal.

wkikkCLm.

Vous les prenez avec trop d'enjouement 5 votre air moqueur est plutôt celui d'un satyre que d'un philosophe. N'êtes- Vous point touché de voir le genre humain si aveuglé , si corrompu , si égaré >

BiMOCBITB.

Je suis bien plus touché de le voir si impertinent et si ridicnle.

DIALOGUES. Sji5

BiftAGtlTB.

Mais enfin ce genre bumain, dont vous ries, c^est le monde entier avec qui vous vivez ; c^est la société de vos amis , c'est votre £atmille ^ c'est vous-même.

dAkogbitb.

Je ne me soucie guère de tous les fous que je vois, et je Une crob sage en me moquant d'eux.

HÉEACUTB.

S'ils sont fous, vous n'êtes guère sage ni bon , de ne les pas plaindre et d'insulter à leur folie. D'ailleurs , qui vous répond que vous ne soyez pas aussi extravagant qi:Peux7

DiMOCEITB.

Je ne puis l'être , pensant en toutes choses le contraire de ce qu'ils pensent.

HjfEACLITB.

Il y a des folies de diverses espèces. Peut-être qu'à force de contredire les folies des autres, voua vous jetez dans une extrémité contraire qui n'est p9|s mc^iis folle.

DiMOCEITB.

QroyeS'-eB ce qu'il vous plaira , et pleures €BOore sor moi si vous avez des larmes de reste : pour moi, je suis contant de nie des fous. Tous les hommes ne le sontHla pas? Répondez.

HiB'ACLITB.

Hélas ! ils ne le sont que trop | c'est ce qui m'afflige : nous convenons, vous et moi, en ce point, que les hommes ne suivent point la raison. Mais moi, qui ne veux pas faire comme eux , je veux suivre la raison qui m'oblige de. les aimer; et cette amitié me remplit de compassion pour leurs égaremeps. Ai-je tort d'avoir

5i6 DIALOGUES;

pitié de mes feniblablea« de om» frères , de ce qui est, pour ainsi dire , une partie de moi-même p Si vous /en« triez déns unbôpitaï de blessés , ririea^yous de voir leurs blessures? tjes plaies du corps ne sont rien en comparaison de celles de Tâme. Vous auriez boute de votre cruauté, si vous aviez ri da malheureux qui a la jambe coupée : et vous avez l'inhumanité de vous divertir du monde entier qui a perdu la raison i

D^itOCaiTB.

Celui oui a perdu une jambe est à plaindre, en ce qu'il ne s'est point dté lui-même ce membre ; mais celui qui per^^^ja^Ut la pqrd par sa faute.

HÉaACLITB.

Eh ! c'es^ en quoi il est plus k plaindre. Un insensé furieux qui s'arracherait lui-même les yeux^ serait encore plus digne de compassion qu'un autre aveugle.

Aeccmniiddoiis^oàs. H y a de qtidi «ou» justifia* tons deux i il y )a partélii âë quoi Hiy 'êV de quoi pleurer. Le monde est ridicule , et j'en ris ; il est déplorable , et vous en pleurez : chacun le regarâe à sa mode et suivant son tempér—f nt n Ce | qui^ «it b^rtaûni, :c'eft jque le>fw>iide est de travers* JKepr bien £aire ^ pour bien.pciis«r^ il fait fiMire, il faut pgMer.antrttmtntiquftfegBand.naiiibBes ae régler par l'autorité et par l'exemple du OMBiMti .des hommes, c'est le partage des îaaensés.

HÉEACim.

Tout cela e$\ vrai ; mais vaus n'aimez rien y et le mal d'autrui vous réjouit ; c'est n'aimer ni les hommes ni la vertu qu'ils abandonnent

MULOGUES. 537

Trois cent soixante ,ilalipi^ él^Yées dans Adiènes h Totre honneur I c^est beaucoup.

Je M'étais aaisi du g^ttrtsiteméïit; k; aprà» delà, il était assez aisé d'obtevir do peuple '^es statues.

Yotia IticE bien epnlBnt devons fifire ainsi diiiltipiié ¥Oiis-flièii|& trois cent loiacantefùîs, dt de ne rencontrer que vovi dana cette yiOe 7 '

DÉsliiTkiûs.

Je rai»9Uf[ : mais , ^Ub 1 cetf e joie ne fut pus de Ipng^e dujée,l4i£K:c$de9a£Gûr^.c)iangea du jour w lendemain ( il ne resti^ pas vm ^ei^e. 4^ q^a ^t^ffm • on W abuttU* oul^sbqiaf,

tfEOSTRATB.

Voilà un terrible revers ! Et qcfi fut celui qui fit cette bdle eipéditioa? , . . ; . ^

DiffÏTRIUS,

ÉROSTRATR.

Démétrius Poliorcète (J^aurais bien voulu être en sa place. 11 y avait beaucoup de fhisit A «abattre un A grand nondire de statuer itaites pour un tuèxÀe fiomme.

DiUÉTRlUS.

Un pareil souhait n'est digne que de celui qui a brûlé le temple d'Ephèse. Vous conservez encore votre ancien caractère.

6aB DIALO«IJBft

AaoSTRATB.

On m^a bien reproché cet embrasement du temple d'Ephèse ; toute la Grèce en a fait beaucoup de bruit ; mais en yëritë cela est pitoyable ; on ne juge guère sainement des choses.

BÉMinma.

Je sub d'avis que vous vous plaignies de l'injustice qu'on vous a fitite de détester une si belle action ^ et de la loi par laquelle les Ephésiens défén4keiiiiqas l'on prononçât jamais le nom d*£rosteaté. . ' > '

Je n'ai pas du nioins sujet de me.platndre dé l'effet de cette loi ; car les JEphésiens furent deboiuies gens, qui ne s'aperçurent pas que défendre de pranonoer.annom , c'était l'immortaliser. Mais leur loi même sur quoi étaitelle fondée? J'avais une envie démesurée de £adre parler de moi , et je brûlai leur temple. Me devsiient-ïls pas se tenir bien heureux que mon ambition né leur coûtât pas davantage? on ne les en pouvait qtdtter à meilleur marché. Un autre aurait peut-être ruiné toute la ville et tout leur Eut.

DltMiTBUJS.

On dirait, i vous entendre, que vous étiet en droit de ne rien épargner pour faire parler de vous , et que Ton doit compter pour des ^ces les maux qpt vous n'aves pas faits.

ÉBOSTEATB*

Il est £aiôle de; yùM$ pirouver le droit que.j'arlais de brûlerie temple d'Sphèse. P^uirquoi l'avait-on h^iï avec tant d'art et de magnificence ? Le dessein de l'architecte n'ëtait-il pas de faire vivre son nom?

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