‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 29 sur 40 · CARACTERES POLITIQUES · texte numérisé non relu

CARACTERES POLITIQUES

Le Peuple Athénien.

. L'HiiTOuiB nous le représente, tantôt comnte un vwX* lard quW peut tromper sans crainte, tantôt comme un en&nt quHl faut amuser sans cesse, quelquefois d^lojant les lumières et les sentimens des grandes âmes 5 aimant à Texcâs les plaisirs et la liberté, le repos et la gloire | sVnivrant des éloges qu^il reçoit, applaudissant aux reproches quHl mérite 5 assez pénétrant pour saisir aux premiers mots les jprojets qu'on lui coQimunique, trop impatient pont en écouter les détails et en prévoir les suites j faisant trembler ses magistrats dans l'instant même qu'il pardonne à ses plus cruels ennemis 3 passant avec la rapidité de l'édair, de la fureur à la pitié, du découragement à l'ibsolence, de Tin justice au repentir; mobile surtout et frivole, au point que, dans les aflEures les plus graves et quelquefois les plus désespérées, une parole dite au hasard, une saillie heureuse, le moindre objet, le moindre accident, pourvu qu'il soit inopiné, suffit pour le distraire de ses craintes ou le détourner de son intérêt,

Ba&tbjbiiBHT. Voyage d^Anacharwis.

Même sujet.

Il 7 a un peuple fier et poli, savant et guerrier^ passionné pour la gloire et pour le plaisir, qui, par le haut degré d^excellence où il porta tous les arts, condamna les âges suivaus à l'éternelle nécessité de les imiter, et au désespoir de les surpasser jamais. L'Athénien, disposé aux émotions douces avaiu méiiie qu'il vit le

fonr, par le Mtn qu'il fidiait avoir de n^oflfrir aux yeux d'une mère enceinte que de» objets agréables ^ TAth^Snien qui^ dès ses premidres années^ rëglait tous ses mottvemens sur les sons cadences et mélodieux de la voix et des înstrumens^ qui, dès son enfanee, formait ses yeux an discernement des plus belles formes , en les des^ sinant lui-même ^ qui puisait ses premières instructions dans les vers les plus harmonieux de la plui harmonieuse des langues, et dont Pâme, successivement préparée par la jouissance des chefs-d'œuvre de musique, depeinture, dé sculpture et d'architecture, recevait au théâtre Pim« pression simultanée de tous les arts combinés et réunis 5 PAthénien dut être et fut en effet prodigieusement sensible aux charmes de Péloquence^ il abhorrait les fers de' la tyrannie, mais il volait au-devant des chaînes de la persuasion.

L^Abbé AftifAtD.

Les Mœurs de Sybaris.

On ne met point, dans cette ville, de différence entre les voluptés et les besoins ; on bannit tous les arts qui pourraient troubler un sommeil tranquille; on donne des prix , aux dépens du public , à ceux qui peuvent dé- ' couvrir des voluptés nouvelles. Les citoyens ne se souviennent que des bouffons qui les ont divertis, et ont' perdu la mémoire des magistrats qui les ont gouvernés.

On y abuse de la fertilité du terroir, qui y produit une abondance étemelle; et les faveurs des Dieux sur Sybaris ne servent qu'à encourager le luxe et à flatter la mollesse.

Les hommes sont si efféminés, leur parure est si semblable à celle des femmes, ils composent si bien leur teint, ils se frisent avec tant d'art, ils emploient tant do temps à se corriger à leur miroir, qu'il semble qu'il n'y ait qu'un sexe dans toute la ville.

S46 CARACtÈRfiS OU POUTRAITS,

Bien loin que lu miilUtade des plftiairs ixmné vaxSjIm^ rites plus de délicatesse, ils nepeuvenlplusdittingner un sentiment d'avec un sentiment*

Leur âme, incapablede sentir le* plaisirs, semUen'avoir de dtfUcatesse que pour les peines^ on mtojen fat fiaign^ toute la nuit d'une ieuillei de rose qui s'était reliée dans son lit.

Ia mollesse a teUemeat afiaibli leur ooipsj qu'ils no auraient remuer les moindres fardeau j ils peuvent 1 peine se soutenir sur leurs pieds; lea voitures les plus douces les font évanouir; lorsqu'ils sont dans les festina, l'estomac leur manque à tous les instans.

Us passent leur vie sur des sièges renversés, sur lesquels ils sont obligés de se reposer tout le |our sans eue fatigués; ils sont brisés quand ils vont, languir aiUeura.

Incapables de porterie poids des armes, timides devant leurs concitoyens, lâches devant les étrangers, ils sont des esclaves tout prêts pour le premier maître (i).

M0NT£SQUIBU.

Les Grecs ^ les Romains.

* . Quoi qu'en dise un des plus judicieux écrivains de l'antiquité qui cherche à diminuer la gloire des Grecs, leur histoire ne tirie point son principal lustre du génie et de Fart des grands hommes qui l'ont écrite. Peut-on jeter les yeux sur tout le corps de la nation grecque, et ne pas avouer qu'elle s'élève souvent au-dessus des forces de l'humanité? On voit quelquefois tout un peuple être magnanime comme Thémistode, et juste conune Aristide. Salluste nierait-il que Marathou , les Thermopyles , Salamine, Platée, Mycale, la retraite des Dix-*Mille, et tant d'autres exploiu exécutés dans le sein même de la Grèce

j (i) Voyez en vers, PortraîU^ U traduction de oe

KT PARALL&LB9. 54;

poadtot le ootrade ses gaorres domesliqtteiy nesoieni «u<408«ua di8$ iMangei que leut ont donnée» le» histO" riens? Les Romains n^ont vainou les Gveos que par lea Grées mêmes. Mais quelle aurait été la fortune de eea Gonqnëransi si^ au lieu déporter la guerre dans la Grèo# corrompue par mille vices, et affaiblie par ses haines et ses divisions intestines , ils y avaient trouvé ces eapi-^ lidnes> ces soldats I ces magistrate^ ees citojetis qui avaient tnomphtf des armes de Xerxès 7 Le courage aurait été alors opposé au courage , la discipline à la discipline ^ la tempérance & la telnpÀailce, les lumières aux lumières, l'amour de la liberté, de la patrie et de la gloire, à l'amour de la libtirté , de la patrie et de ta ^oire^

Un éloge particulier que mérite la Grèce, c'est dVwr produit les plus grands hommes dont l'histoire doive conserver le souvenir. Je n'en esoepte paa la république romaine, dont le gouvernement était toutefois si propte i édbaufEaf les esprit», à exciter les telen»^ et à les produire dans tout leur }our. Qu'opposera-t-elle à un Ly^ •ntgue, i un Thémistode, à un Gimon, à un Epaoïi*» nondas, etc. etc. ? On peut dire que la grandeur de» Ro* mains est l'ouvrage de toute la république. Aucun citoyen de Rome ne s'élève au-dessus de son siècle et de la sagea»e de l'Etat, pour prendre un nouvel essor et lui donner une face nouvelle. Chaque Romain n'est sage, n'est grand, que par la sagcjsse et le courage du gouvismemeut ; il suit la route tracée, et le plu» grand homme ne Sût qu'y avancer de quelque» pa» plu» que le» autres. Dana la Grâce , au contraire, je vois souvent de ee» génie» va»te», puiasan» et créateurs, qiû résistent au torrent de l'habi* tude , qui se prêtent à tpus les besoins difféi^n» de l'Etat, qui s'ouvrent un chemin nouveau, et qui, en se portant dans l'avenir, se rendent les maîtres des événemens. La Grèce n'a éprouvé aucun malheur qui n'sât été prévu longtemps d'avance par quelqu'un de ses magistraUj et pluejeura citoyen» ont retiré leur patrie du mépris où elles

byGoogk

<tait tombëe^et Pont fait paraître avec le plna grand éclat. Quel est ^ au contraire , le Romain qui ait dit à sa république que ses conquêtes devaient la mener à sa ruine? Quand le gou\emenient se défionnait , quand on aliandonnait aux Proconsuls une autorité qui devait les affran* chir du joug des lois^ quel Romain a prédit que la republique serait vaincue par ses propres armées? Quand Rome chancelait dans sa décadence^ quel citoyen est venu à son secourS; et a opposé sa sagesse à la fatalité qui semblait l'entraîner?

Dès que les Romains cessèrent d'être lîbnas^ ils de* vinrent les plus lâches des esclaves. Les Grecs ^ asservis par Philippe et Alexandre ^ ne dése^érèrent pas de recouvrer leur liberté : ils surent en effet se rendre indépendans sous les successeurs de ces Princes. S'il s'éleva mille tyrans dans la Grèce ^ il s'y âeva aussi mille Thrasybule.

Ecrasée enfin sous le poids de ses propres divisions et de la puissance romaine; la Gréée conserva une sorte d'empire ; mais bien honorable ^ sur ses vainqueurs. Ses lumières et son goût pour les lettres ^ la philosophie et le» artS; la vengèrent, pour ainsi dire, de sa déiaite, et soumirent à leur tour l'orgueil des Rômoins. Les vain* queurs devinrent les disciples des vaincus, et apprirent une langue que les Homère, les Pindare, les Thucydide, les Xénophon, les Démosthène, les Platon, les Euripide, etc. , avaient embellie de toutes les grftces de leur esprit. Des orateurs qui charmaient déjà Rome allèrent puiser chez les Grecs ce goût fin et délicat, peut-être le plus rare des talens , et ces secrets de l'art qui donnent au génie une nouvelle force ^ ils allèrent, en un mot, se former au talent enchanteur de tout embelUr. Dans les écoles de philosophie, où les Romains les plus distingués se dépouillaient de leurs préjugés, fis apprenaient à respecter les Grecs j ils rapportaient dans leur patrie leur reconnaissance et leur admiration , et Rome rendait son

joug plus l^er^ elle craignait d'abuser des droits de la victoire^ et par ses bienfaits distinguait la Grèce des autres provinces qu'elle avait soumises. Quelle gloire pour les lettres d'avoir épwrgaé au pays qui les a cultivées des maux dont sesl^islateurs, ses magistrats et ses capitaines n'avaient pu le garantir I Elles sont vengëes du mëpris que leur témoigne l'ignorance^ .et sûres d'être respectées^ ouand il se trouvera d'aussi justes appréciateurs du mé- 'npB^que les Romains (i).

Màblt. Oisemaions sur VHi^oire de France.

Les Grecs et les Italiens.

L'ItaliB; où la littérature grecque venait d'être tranfr^ portée par les soins de Bocace et de la r^ublique florentine^ était le pays dé l'Europe le plus propre à faire revivre l'ancienne Grèce. La nature dle-méme s'est plue à doter ces deux magnifiques contrées de dons à peu près semblables. Elle a multiplié^ dans l'une et dans l'autre^ les sites pittoresques 5 elle y a entassé des rochiers majestueux^ creusé des vallons rians^ et ménagé des cascades rafiratchbsantes) elle a orné, comme pour un jour de fête, leurs campagnes de la plus riche végétation^ et , tandis qu'elle a enrichi à Fenvi l'Italie et la Grèce par les prodiges de sa puissance ; elle a aussi donné aux hommes qi^^i les habitent des qualités semblables , si du moins l'on peut reconnaître* le caractère primitif d'un peuple, lorsqu'il a déjà été altéré par les gouvememens divers. Les qualités conmiunes aux peuples de l'Italie et de la Grèce , les qualités permanentes, dont le germe s'est maintenu sous tous les gouvernemens et se retrouve encore/ sont une imagination vive et brillante, une sensibilité rapidement excitée et rapidement étouffée : enfin , le goût inné

(1) Vogrn las fsçons ibnôisf wmemtu» t ,

5So CARACTERES OU PORTRAITS,

de tous les artS; avec des oi^anes propres à appréoier oe qui est beau dans tous les genres et à le reproduire. Dans les fêtes du peuple des campagnes ; on démêlerait aujourd'hui des hommes en tout semblables à ceux dont les applaudissemens animèrent le génie de Phidias, de Michel-Ange ou de Raphaël. Ils ornent leurs chapeaux de fleurs odoriférantes ; leur manteau est drapé d'une manière pittoresque, comme celui des statues antiques | leur langage est figuré et plein de feuj leurs traiu expriment toutes les passions, et en effet ils sont susceptibles de Famour le plus impétueux, de la colère la plus bouillante. Aucune fête ne leur paraît complète, si les facultés morales de rhomme n'y ont eu quelque part, si l'église où ils se réunissent n'est ornée avec goût et d'une manière pittoresque, si une musique harmonieuse n'élève leur flme vers les cieux. Leurs divertissemens portent le même earactète : lorsque sur leur salaire ils ont dérobé à leurs besoins une pénible épargne, ils ne la eonsacient point à se procurer des boissons enivrantes ou des phiairs crapuleux^ mais ils la portent, ooaune un tribut, aux tbéâtfes, aux poëtee improvisateurs, aux cunteure d'histeires qui éveillent leur imagtnatieu, et qui noumssent leur esprit. L'Italie est aujourd^ui le seul paya aà le bouvier et le vigneron , le laboureur et le berger, ifuiptiasent' avec leurs femmes et leurs en&na les salies de speotaole } e*est le seul où ils puissent oompreodre des tragédies qui leur représentent les héros des teuips passés, et des iahles poétiques dout le souvenir ne leur est point absolument étranger.

fiiSHOimi. HisÉoire dt^r RipubUquÊ$ liaiiemmet dm mttyem Age^ tom* YI.

Les Nations modernes.

Qui de traits caractéristiques n'offrent point les nations nouvelles I Ici ce soat iee GeeuMin»; poupfe oA lu pco*

ET PARALLÈLES. 55i

fonde comiptiott des grands n^a fafoais influé sur les petiU; où PindifiMrenee des premiers pour la patrie n'empéohe point les seconds de Paimer ^ peuple où Pes^ pyit de révolte et de fidélité, d^esdavage et d'indépendanoe, ne s^est januds démenti depuis les jours de Tacite. Là, ce sont ces industrieux Bataves qui ont de Pesprit par bon sens, du génie par industrie, des vertus par froideur, et des paasions par raison* L'Italie anx cent Princes et aux magnifiques souvenir» contraste avec la Suisse obseure et républicaine. LEspagne, séparée des autres nationa, présente enèore à Pjhistorien un caractère plus original t l'espèce de stagnation de mœurs dans laquelle elle repose lui sera peut-être utile un |our| et, lorsque tous les peuples de l'Europe seront usés par la corrup^ tion) elle seule pourra reparaître avec édat sur la scène du monde, parce que le fond des moeurs subsistera ehet, elle.

Mélange du sang allemand et du sangflrançais, le peuple anglais décèle de toutes parts sa double origine. Son gouvernement formé de royauté et d'aristocratie, sa religion moins pompeuse que la catholique, et plus brillante que la luthérienne, son militaire & la fois lourd et actif, sa littérature et se$ arts, chex lui, enfin, le langage, les traits, et jusqu'aux formes du corps, tout participe des deux sources dont il découle. Il réunit à la simplicité, au calme, au bon sens, à la lenteur germanique, Péclat, l'emportement, la déraison, la vivacité etPél^nce de l'esprit français.

Les Aurais ont l'esprit public, et nous Phonneur national^ nos belles qualités sont plutAt àe8 dons de la faveur divine, que les fruiu d'une éducation politique? comme tes demt*dleax, nous tenons moins de la terre que dn ciel.

Vile aînés de Pantiquité, les Fiançais, Bomains par le génie, sont Grecs par le caractère. Inquiets et volages dans le bonheiurç conita» et tavineiÛea dans Padver*

BSi CARACTÈRES OU PORTRAITS,

Bïvé j formes pour tous les arts -, civilisés jusqu'à Tesois durant le calme de lIBut^ grossiers et sauvages dans les troubles politiques 5 flottans^ comme des vaisseaux sans lest; au grë de toutes les passions 5 à présent dans les cieux^ Finstant d'après dans Fabîme ^ enthousiastes et du bien et dû mal; faisant le premier sans en exiger de reconnaissance; et le second sans en sentir de remords j ne se souvenant ni de leurs crimes ni de leurs vertus; amans pusillanimes de la vie pendant la paiX; prodigues de leurs jours dans les batailles ; vidnS; raiUeurS; ambitieux; à la fois routiniers et novateurs^ méprisant tout œ qui n'est pas eux 3 individuellement, les plus aiuMblea des hommes; en oorps; les plus désagréables de tous; charmans dans leur propre pays, insupportableâ chat rétranger; tour à tour plus douX; plus innooens que Fagneau qu'on égorge; et plus impitoyableS| plus féroces que le tigre qui déchire ; tels furent les Athéniens d'autrefoiS| et tels sont les Français d'aujourd'hui (i).

Chatbaubuiavd* Génie du Chrùtianisme.

Les Français.

Cbst le seul peuple dont les mœurs peuvent se dépraver sans que le fond du cœur se corrompe; ni que le courage s'altère; il allie les qualités héroïques avec le plaisir ; le iuxe et la mollesse; ses vertus ont peu de consistance; Be$ vices n'ont point déracines. Le caractère d'Alcibiade n'est pas rare en France. Le dérèglement des mœurs et de l'imagination ne donne point atteinte à la franchise; à la bonté naturelle du Français. L'amour-propre contribue i le rendre aimable ; plus il croit plaire ; plus il a de penchant à aimer. La frivolité qui nuit au développement de ses talens et de ses vertus le préserve en même temps des

M Voyes les Leçons LaUnt$ modsmmp t. I «t IL

crimes nom et riRléchU. La perfidie lui en ^tr«ngère^ et il est bientôt fatigue de l'intrigue. Le Français est Peaibiit de l'Europe ; si l'on a quelquefois vu parmi nous des crimes odieux, ils ont disparu plutôt par le caractère national que par la sévénté des lois (i).

Duci<os« Coimdérations sur les M<turs.

Même sujet.

VovA^BZ beaucoup y et vous ne trouverez pas de peuple aussi doux, aussi affable , aussi franc , aussi poli , aussi spirituel, auAsi galantquele Français; il Test quelquefois trop: mais ce défaut est41 donc si grand ? Il s'affecte avec vivacité et promptitude, et quelquefois pour des choses très-frivoles, tandis que des objets importans, ou le touchent peu, ou n'excitent que sa plaisanterie. Le ridicule est son arme favorite, et la plus redoutable pour l^es autres et pour lui-même. Il passe rapidement du plaisir à la peine, et de la peine au plaisir. Le môme bonheur le fatigue. Il n'éprouve guère de sensations profondes* Il s'engoue, mais il n'est ni fantasque, ni intolérant, ni enthousiaste. U ne ae mêle jamais d'affaires d'Etat que pour ohansonner ou 4ire son épigramme sur les ministres.

Cette légèreté est la source d'une espèce d'édité dont il n'existe aucune trace ailleurs y elle met de temps eu temps l'homme du commun qui a de l'esprit au niveau du grand seigneur ;^<^est en quelquesorteun peuplede femmes: car c'est parmi les femmes qu'on découvre, qu'on entend, qu'on aperçoit à côté de l'inconséquence , de la folie et du caprice, un mouvement, un mot, une action forte et sublime, II a le tact exquia, le goAt très4in; ce qui tient au sentiment de l'honneur, dont la nuance se répand sur toutes les^conditions et sur tous les objets. Il est brave. 11

(i) Voyesea vêts.

est platAt indÎBcret qae confiant^ et plus libertin que voluptueux.

La sociabilité qui le rassemble en eercles nombreux^ et qui le promène en un jour en vingt cercles èiffireM, use tout pour lui en un clin d'oeil^ ouvrages^ nouvelles, modes^ vices, vertus. Chaque semaine a son héros en bien comme en mal ^ c^est la contrée où il est le plus facile de faire parler de soi, et le plus difficile d^en faire parler long-temps. Il aime les talens en tout genre 5 et c^est moins par les récompenses du gouvernement que par la considération populaina qu'ils se soutiennent dans son pays. U honore le génie j i\ se familiarise trop aisément , ce qui n^est pas sans inconvénient pour lui«mtee et pour ceux qui veulent se &ire respecter. Le Français est avec vous ce que vous désirM quMI soit| fluais il fiiut se tenir avec lui sur ses gardes. Il perfectionne tout ce que les autres inventent.

Teb sont les traits dont il porte l>mpreinte, plus on moins marquée dans les contrées quMl visite plutAtpour' satis&ire sa curiosité que pour ajouter à son instruction | aussi n*en rapporte4i41 que des prétentions. D a des eon* naissances sans nombre^ et souvent il meurt seul. Oest Pétrc de la terre qui a le plus de fottissanœs et le moins de regrets. Comme il ne s^attache à rien fortement, il a bientôt oublié ce qu'il a perdu, il possède supérieurement l'art de rempiaeer, et il est aeoondé dans cet art par tout ce qui l'environne. Si vous en exceptez cette prédilection offensante qu'il a pour su nation ^ et qu'il'n'estpas en lui de dissimuler, il me semble que le jeune Fkunçais ^ gai , Uger, plaisantet frivole, est l'homme aimable de sa nation, et que le Français mûr, instruit et sage, qui a conservé les agrémens de sa jeun«sse, est l'homme aimable et estimable de tous lea psys (t)*

RlYUJIi.

(1) Voyez les Leçons Latines modernes, |« I «t tt.

ET PARALLfiLBS. 55S

Les Arabes.

Les Arabes^ avec une petite taille /un corps maigre^ une voix grêle , ont un tempérament robuste ^ le poil brun p te visage basané^ les yeux noirs et vifs^ une physionomie ingénieuse^ mais rarement agréable.

Ce contraste de traits et de qualités qui paraissent in* compatibles^ semble s'être réuni dans cette race d'hommes pour en faire une nation singulière; dont la figure et le caractère tranchent assez fortement entre les Turcs , les Africains et les Persans, dont ils sont environnés. Graves et sérieux j ils attachent de la dignité à leur longue barbe ^ parlent peu, sans gestes, sans sUnterrompre, sans se choquer dans leurs expressions. Us se piquent entre eux de la plus exacte probité, par une suite de cet amour-propre et de cet esprit patriotique qui, joints ensemble, font qu*uue nation , une horde , un corps s'estime, se ménage, se préfère à tout le reste de la terre. Plus ils conservent leur caractère flegmatique, plus ils sont redoutables dans la colère qui les a fait en sortir. Ce peuple a de Pintelligencè et même de Touverture pour les sciences ; mais il les cultive peu, soit défaut de secours, ou même de besoins, aimant mieuit soufïrir sans doute les maux de la nature que les peines du travail. Les Arabes de nos jours n'ont aucun monument de génie, aucune production de leur industrie, qui les rende recommandablés dans l'histoire de Pesprit humain.

Tudépendamment de cette ressource (le pillage des caravanes), les Arabes de la partie du désert qui e»t le plus au nord, en ont cherché une [antre dans leurs brigandages. Ces hommes si humains, si fidiles, si désihtifressés entre eux, sont féroces et avides avec les natfon^ étrangères. Hôt^' bienfaisans et généreux sous leurs tentes, ils dévastent habituellement lei bùttr^d^ et les petites viOes de leur voUinage. On les trouve bons pères,

bons maris ^ boas maîtres 5 mais tout ce qui n^estpas de leur famille est leur ennemi. Leurs courses s'étendent souvent fort loin 5 et il n'est pas rare que la Syrie, la Mésopotamie, la Perse, en soient le théitre.

Les Arabes fixés sur Tocéan Indien et sur U mer Rouge^ ceux qui habitent ce qu'on appelle PArabie Heureuse, étaient autrefois un peuple doux , amoureux de la liberté, content de son indépendance, sans songer 1 faire des conquêtes. Us étaient trop attachés au beau ciel sous lequel ils vivaient, à uiie terre qui fournissait presque sans culture à leurs besoins , pour être tentés de dominer sous un autre climat, dans d'autres campagnes. Mahomet changea leurs idées ; mais il ne leur reste plus rien de Fimpolsion qu'il leur avait donnée. Leur vie se passe àiîimer, à prendre du café, de l'opium, du sorbet, 1 faire brdler des parfums exquis, dont ils reçoivent la fumée dans leurs habits légèrement impr^és d'une aspersion d'eau rose. Ces plaisirs sont souvent suivis ou précédés de vers galans ou amoureux.

Leurs compositions sont d'une grftce, d'une mollesse, d'un raffinement, soit d'expression, soit de sentiment, dont n'approche aucun peuple ancien ou moderne. La langue qu'ib parlent dans ce monde à leur maltresse semble être celle qu'ils parleront dans l'autre à leurs houris. C'est une espèce de musique si touchante, si fine; c'est un murmure si doux ; ce sont des comparaisons si riantes et si fraîches ! je dirais presque que leur poésie est parfumée comme leur contrée. Ce qu'est l'honneur dans les mœurs de nos paladins, les imitations delà nature le sont dans les poèmes arabes : là, c'est une quintessence de vertu; ici, c'est une quintessence de volupté. On les voit abattus sous les ardeurs de leurs passions et de leur dimat, ayant à peine la force de respirer. Ils s'abandonnent sans réserve à une langueur délicieuse, qu'ils n'éprouveraient pas peut-être sous un autre ciel.

Lft xâu.

Pltttarqae (i).

Éfoqus deaani moi Us grands hommes :je çeuw ies poir «I tonçetser aosc atûs^ disait un jeune Prince plein d'imagination et d'enthousiasme; à une pythonisse célèbre qui passait dans FOrient pour évoquer les morts. Un sage qui n'était pas-loin de là^ et qui passait sa vie dansla retraite ; approcha 9 et lui dit : Je çais eoDécuter cetptetu demandes : tiens, prends ce Umre; parcoure aeec aHemtion ies caractères ya» le composent; à mesure çue tu iirag, tu 9erras iileçer autour de toi les ombres des grands hommes, et eiles ne te quitteront plus. Ce livre était les Hommes Illustres du philosophe de Ghéronée.

C'est là en effet que toute l'antiquité, se trouve. Là, chaque homme paraît tour à tour avec son génie ^ et les talens et les vertus qui ont influé sur le sort des peuples* Naissance, éducation, mœurs, principes, ou qui tiennent au earaetéfe, ou qui le ounhattent^ concours deplusieurs grands hommes qui se déveUppent en se dioquant } grands hommes isolés, et qui semblent jetés hors des routes de la nature dans des temps de fidblesse et de langueur 5 lutte d'un grand caractère contre les mœurs, avilies d'un peuple qui tombe; développement rapide d'un peuple naissant à qui un homme de génie imprime sa force.; mouTement donné à dés nations par les lois , par les conquêtes, par .l'éloquence y grandes vertus, toujours plus rares que les talens ^ les unes impétueuses et fortes ^ les autiea calmes et raîsonnées; desseins tantôt conçus pro* fondement, et mûris par les années, tantôt inspirés^ oonçus , exécutés presque à la fois, et avec cette vigueur

(1) L« portrait da Ploftsrque, comme paîiitre des gnnda hommes» et modèle en ce genre^ nous a para devoir assez naturellement précéder ceux qui suivent Ainsi placé , il dicte à la fois les règles de l'art, et renouvelle, pour ainsi dire, révocation sublime énoncée dans les premières lignes de ce morceau.

558 CARACTJftRÉS OU POATRAITS,

qui renverse tout, parce qu'elle ne donne le temps de rien prévoir; enfin des vies éclatantes, des morts illustres et presque toujours violentes 5 car, par une loi inévitable, Paotion^ de ces hommes qui remuent tofit, produit ttne résistance ^ale dans ce qui les entoure; ils pèsent sur Tunivers, et l'univers sur eux ; et, derrière la gloire^ eat presque toujours caché Fexil^- le fer ou le poison : tel est à peu près le tableau que nous offire Plutarque.

 regard du style et de la manière, c^est celle d'un vieillard plein de sens, accoutumé au spectacle deachoaea humaines, qui ne s'échau£Fe pas , qui ne s'éblouit pas^ admire avec tranquillité, et blâme sans indignation^ fia marche est mesurée, et il ne la précipite jamaia* Sem« blable à une rivière calme, il s'arrête, il revient, il anspend son cour«, il embrasse lentement ua terrain vaste ; il sème tranquillement, et comme au haMirdy sur aa route, tout oe que sa mémoire vient lui offirir« £nfin, partout il converse avec le lecteur : c'est le Mmniaiguê des Gteoa ; mais il n'a point conune lui cette manière pittoresque et hardie' de peindre ses idées, et cette imaginalion de a^le que pott de poètes même o«t eue oomme MomUMigÊÊÊ. A cela près , il attache et intérease comme lui, sans paraître s7en oeouper.

Son grand art surtout eat de tmre oonnellve lea kodunes par les petits détaUs. Il ne fait d<«o point de «e» purtnittbrillana dopt Salluste le pvemîer dten» de* modiles^ et que le cardinal de RelB, pur sea Mémoires, mit si fort à k mode parmi noua ; il fait mieux , il peint en action». On croit voir tous ce» gmdskeuaMagirei «dnvener» Toutes ces figures sontvraies et ont les proportion» exaOleft de la nature. Quelques personnea pensent que cPest dana ce genre qu'on devrait écrire tous les éloges. On éblouirait peut-être moins, disentreUes, maison satisferait plus; et il faut savoir quelquefob renoncer à Padmiration pour l'estime.

Thomas. Essai sur lês Eloges.

ET PARALLÈLES. SSg

Pérktts.

Pémciis s'aperçut de bonne heare que sa naissanee et ses richesses lui donnaient des driMts et le rtndaieilt suspect. Un autre motifaugmentait ses alarmes. Des vieillard» qui avaient connu Pisistrate, croyaient le rétrouver dans le jeune Péridàsi c'était, avec les mêmes traits, le même flon de voii^ et le mâme talent de la parole : il fidUait se faire pardonner cette ressemblance, et les avantages dont elle ëtait accompagnée. Përidès consacra ses premières années à Tétude de la philosophie, sans se mêler des aAiij^9 publiques , et ne paraissant ambitionner d'autre distidetioit que ceUo de la valeur.

AproB la mort d'Aristide et l'exil de TbAnistocle , Oimoii' prit les rênes du gouvernement^ mais , souvent occttp^ d^expéditions lointaines , il laissait la confiance Jes AtM«. niens flotter entre plusieurs ooneurrens incaptblea ^e Ul fixer. On vit alors Përiclès se retirer de la société , renoneer* aux plaisirs» attirer l'attention de la multitude par une démarche lente» un maintien* décent, un extérieur mo-^ desle, et des mœurs irréprochaUesw II parut enfin à la tribune y et ses premiers essais étonnirent les Athéniemiy il devait à la nature d'é^ le plus éloquent des hotnin^a , et au travail d'être le presnier des orateurs de la Orèiie.

Les mattvea célèbres qui avaient élevé son enliElee, continuant k l'éélairerde leurs eonsails, rémontaîesi avec lui -aux prmeipea de la morale et de la politiqiie|- et d« M < cette profondeur, cette pléilitede de Inmièpes^ celte Imnm de style, qu'il savait adoucit au beaoiii; ces grêoee quMl ne nageait point, qu'il n'afilécta jamais^ tant d'autres qualités qui le mirent en éûit de persuader ceux qu'il ne pouvait convaincre, et d'entraîner ceux mâme qu'il n«r pouvait ni convaâttcite ni persuader.

On trouvait dans les discours une majesté imposante sous laquelle les espriu restaient accaUés. C'était le fruit

56o CARACTERES OU PORTRAITS,

de se» conversations avec le philosophe Anaxagore, qui^ en lui développant le principe dès êtres et les phénomènes delà nature, semblait avoir agrandi son âme naturellement élevée.

On notait pa^moinafirappé de la dextérité avec laquelle il pressait ses adversaires , et se dérobait à leurs poursuites. Il la devait au philosophe Zenon d^ée , qui Pavait plus d'une fois conduit dans le» détours d'une dialectique captieuse | pour lui en découvrir les issues secrètes. Aussi Tun des plus grands antagonistes de Périclès disait souvent: « Quand je Fai terrassé^ et que je le tiens sous moi , il « s'écrie qu'il n'est point vaincu , et le persuade à tout le K monde. »

Périclès connaissait trop bien sa nation , pour ne pas fonder ses espérances sur le tal^it de la parole, et Pexcellenoe de ce talent, pour n'être pas le premier à le respecter. Avant que de paraître en puUic, il s'avertissait ^ secret qu'il allait parler, à des hommes libres , à des Grecs , à des Athéniens.

Cependant il s'éloignait le plus qu'il pouvait de la tribune, parée que, toujours ardent à sfuivre avec lenteur le projet de son élévation^ il craignait d'efiacer par de noiLveawc suceès l'impression des premiers, et de porter trop tôt Fadmiratiim du peuple à ce point d'où tWe ne peut que descendre. On jugea qu'un orateur qui dédaignait de» appkudissemens dont il élttit assuré, méritait la confiance qu'il ne cherchait pas , et que les afikires dont il faisait le rapport devaient être bien importantes, pttisqu^^dfes le forçaient à rompra lesHenoe.

On oonçttt une haute idée du pouvoir qu'il avait sur son âme , lorsqu'un jour que rassemblée se prolongea jusqu'à la nuit, on vit un Simple particulier ne cesser de l'interrompre et de l'outrager, le suivre avec des injures jusque dans sa maison , et Périclès ordonner (ixMdement à un de ses esclaves de prendre un flambeau et de conduira ettt hoHidnc chez lui.

' £T PARALLÈLE& 56t

iQmnd on tiii^ttflii que i>âfl<Mit il moniraît nèn sebléi ftiéiitile'taAeilty hniif énooijeU'veH» prdjm à la dtccyni suOBCtfyàimém iMMmir^ là môdeètié et la frngalitif dèi temps anciens^ dana les emplois de Fàdttiinistraticiti'^' un AièïtitktBaema^Vetnné ftobM' i&aHémblès; dàtfs le eotomu^àêtaml desàrniéoB y ' Tmilëathm k ne rien donner an fauNdrd|f^««^ nalqfser plMÔi'i^ i^^ÉWioh qne lé dàlnt i» ffiiai y bn peimi (ft'^nè limer • ^nl > isivtit ' ]iM|>rikéir' les lotfaiigm^et VinPBidte ; les ricbesài^â , Ié!ê>siipti1tû\ié9 ^ ei lift ^ow>d^iÈâm€f devait àw^tf pour le-Meti j^tAflte' èette clMiaiUfdévooBbitBi^pû étouffé le» ailles pasàionÙ^ on <^ui dii. moiBB ibstéat^il dans' mn sqnti«iiéiit aniqne^. r- • . ;

.4je fot sui«ottt;«tte Hlusian ifui ët^a! PArildèsy et il sntVeBAretfiiiir^' pendtanl; pràs idè^^fiârahté ttniiy'dans une MUon ëolaixée, jaloése idësonivtMptté/ et qui 'sé laissait auaaiiftoifementdeson àdamtion quede sdte èfii^isSance. • Il AYsii 9ÏM^tpMff»é^e parti' étS' ridhès en flirtant là mûftiUide5iilaiib)ttgitak.multiaid9en réprimant ses caprièès^* Unite par nue. opposition invincible <, tantét par là^agèssê deisôi obnsoUsiy loupav les: oh$rmes de son âoquence; Tout s'opërait par ses vobHitrfà^; «Otttse fatsliit , en àppd-^ renoe, Miivant.lss reines ëtaUiesf et'la liberté^ rassurée par le maintien des formes républicaines ^ expirait; sans qu^on tfen aperçût, sous la poids, du génie*

Plus la puissance de Péridès augmentait , moins il prodi|^iiait ^<fn fstfii} ^t sa pi^^és^op... Bienferm* due i» petit cercle 4e J(^^^^ .et d'amis ; il, veillait) du fiond de sti reUaile,si^r toutes les pArti^^^g^vemement^itanflUs qu'on ne le. croyait oeci)p^,^!à,'p^i^r o« boubveaser la Grèce. Les Athéniens, dpç^es au mouvement qui lèsent tjcatnait, enre|^pectaient).'a^tMr; panœ'quHla le voyaient rarement i^iplorer leurs siilTrâges ; et)> ausdioxoessifs dans leifps expressions* que dans leurs .sfintimens, ils ne repré-* sentaient Péridès. que, sous les traits du pliis puissant des Dieux. Faisail-il entendjre sa voix dans les occasioas essentielles j pn di»]\it qu^ Jiipiiier lui avftit confié, la foudre et

S6s CARACT&RBS OU POUTRAITS,

les ifebui». IjTasUMitfiL 4aM !•• «tttMt ifvapar k.i tire de ses créatures, on se rs^ekit qMie Souverain dks deux Uissuit i des génies s«bêltecMs les iétulà àm gCNiyçrnen^ent de runiiwrs* .> .

Péridès, d«iiâUttoisièmeetiBéedeUigMnedttPéleii ||onèsejinpurtt^ des sailes.de U.peelei etieesië persefol pour l^.,Athéqie»# U pliM; irftfpesaUefi. Qaelqbe teiips aupff^yulj^ aigris ptr ji'exeàs delèofps Bunii/iU CsKrUeM dépouille dSjSan amorilé^ el jeoadamiié à ofeie ameades lis yeoaiçpii de çecomialtre leur iBJii^tioe^ «S PArîdàs la leur avait pardonnéei quoique d^oûfeéida eèlniiiaiidérf ment par lal^gèrejtë du peuple , et par la perte de earbsuilla et de la plpp^i^r^ de ses ^is^ que la pestB.«mit enleva. . Prés^^e rendre le dernier soupir , et ne donnant plas aucun signe de vie^ les prinoipanx d'Athènes, assemblés autour de son lit, souillaient leur douleur es Racontant ses vicl|oires-et le nombre de ses trjsphéea* «Ces exploits, leuf dit-il en se soulevant aveo effort, seul Touvrage de la fortune , et me sbnt oomip)nis «reo 4^anUsi généraux ; le seul éloge que je lnérite>^«st^d# n^sproir Ut prendre le deuil à aucun citoyen* a

fiABTfiiuinr.. Voyàge-dAiuu^hmrui,

Akibiade/

DasUsioriens oèt flétri la inAnoii^ de tet'Afh^nitfli; d'auuiea foàt relevée par des Aoges, ssifa^ tfûfùH puisse léi aoeuser d'inîustioe ou de paltialité. li iettMk ({Hé la liktUré aiatt esaafé de réunir en lui 16ât ce ^U^Hir peut jtfodiiite de plus fort en vioea et éii vekos;

Une origine illnstie, des ridiesses coftsidétd>leS; k figure la plus distinguée) les grâces les plus séduisantes , un esprit facile et étendn, PkontienR enfin d^appartenir 2 Pétioles : tris furent les avantages qtti ébloûir^t d'abord les Athéniens, et dont il fiit ébloni le premier.

Dana un âge oà l'on n^a besoin que d'îndnigetfoe et de

ET PARALZ.ÈI.KS. S08

ooilitil«) il 6ttt «ne ooiif «I dès flaiMirt ^ il iî^Antm «es mallres par sa docilité, et les AiMiiîeiia par la lieenee àé sacouduite* Soorutei qui pMVil de bonne heuFe qMee jeune hdmAe seréili le plus dangeresai des eiiojens d'A-< tbénes, s'il h^en deYenaii le plus mAlê^ reohereha smi amititf, FoUiiit i Sortie de soias^ et ne lapeltlit famaie t il entreprit de modéMr cette Tanitë qui ne pouTdit iduttri^ dans le i^Mda ni de supérieur ni d'4pJ| et tel dwit dané ces eocasiQiis le pouvoir de la raison ou de la Yertu, que le disciple pleunlit sur ses erreurs, et se laissait humilier sans se plaindre.

Quand il entra danft la eartière des honneurs^ il votilut devoir ses suoeés moins à Téelat de sa magniflcenee et de ses libéralités qu'aux attraits de son âoquenoé. Il parui à la tribune s un léger début de prononciation prêtait à set paroles lesgrâees naïves deTenfanee^ et, quoiqu'il héall&t quelquefois pour trouver le mot propre , il fut regArdrf oomiHe un des plus grands orateurs d' Athénée. Il avait déjà donné des preuyes de sa valeur 5 et^ d'après èes pre^ mières eampagnes^ on augura qu'il serait un )our le pluÉ habile général de la Grèce* Je ne parlerai pdint de fta.dmi^ eetir, de son affabilité , ni de tant d^autfes qualités qui eoncoururent à le rendre le plus aimable des hommes^

n ne fallait pas chercher dans sou «<Sttr l'âévatioa que produit, la vertuj mais On y trouvait la hardie»«e t^ue donne l'inetinct delà supériorité. Aucun eèstaide, aucun ttialheut ne pouvait ni le su^prebdre ni le décourager : il lemblait persuadé que, lorsque le« ftmea d'4ln certain fHrdte ne font pas tout ce qu'ellea veulent, e'eèt ^i/elleft n'osent pas tout jde qu'elles- peuvent. Fimrf par les ciN eonstanoes de servir les ennemis desapàt^ie^ il lui fut aussi facile de gagner leui* confiance par son ascendant ^ que de les gouverner par la sagesse de ses conseils. Il eut cela de particulier, qu'il fit triompher le parti qu'il favorisait , et que ses nombreux exploits ne furent jamais ternis par aucun revert.

564 GARACTËRES OU PORTRAITS,

Dans les n^ociatiom, il empkqrait tattt6t les lanières de son esprit , qui ëtaient aussi vites que profondes j untôt des ruses «t des perfidies ^ que des raisons dPEtat ne peuvent jamais autoriser 5 d'autres fois , la facilite d'un caractère que le besoin de dominer ou le drfsir de plaire pliait sans effort aux conjonctures* Ghes tous les peuples , il s^attira les regards, et maîtrisa Topinion publique. Les Spartiates (îirent ëtonnés de sa frugalité ; lesThraces y de son intempérance 5 les Béotiens, de son amour pour les exercices les plus violens j les Ioniens 9 de son goût pour la paresse et la voluptë 5 les Satrapes de FAsie , d'un luxe qu'ils ne pouvaient ^aler. Il se Ait montré le plus vertueux des hommes, s'il n'avait jamais eu l'exemple du vice } mais le vice l'entraînait sans l'asservir. Il semble que la profanation des lois et la corruption des mœurs n'étaient à ses yeux qu'une suite de victoires remportées sur les mœurs et sur les lois 5 on pourrait dire encore que ses défauts n'étaient aussi que des écarts de sa vanité. Les traits de légèreté; de frivcïité^ d'imprudence ^ échappés à sa jeunesse ou à son oisiveté, disparaissaient dans les occasions qui demandaient de la r^eiion et de la constance. Alors il joignait la prudence à Factivité , et les plaisirs ne lui dérobaient aucun des instans qu'il devait à sa gloire ou à ses intérêts.

Sa vanité aurait tôt ou taid d^néré en ambition j csr il éuit impossible qu'un homme si supérieur aux autres ^ et si dévoré de l'envie de dominer ^ n'eût pas fini par exiger Fobéissance après avoir épuisé Fadmiration. Aussi fut-il toute sa vie suspect aux principaux citoyens, dont les uns redoutaient ses talens , les autres ses excès, et tour à tour adoré, craint et haï du peuple qui ne pouvait se passer de lui. Et comme les sentimens dont il était l'objet devenaient des passions violentes , ce fut avec des convulsions de joie ou de fureur que les Athéniens Fêle» vèreut aux honneurs, le condamnèrent à la mort, le rappelèrent, et le proscrivirent une seconde foiSf

Dans un moment d'ivresse ^ le petit peuple proposait de rétablir la royauté en sa faveur 5 mais comme il ne se serait pas contenté de n'être qu'un Roi ^ ce n'était pas la petite souveraineté ^Athènes qui lui convenait; c'était un vaste Empire qui le mtt en état d'en conquérir d'autres.

Né dans une république , il devait l'élever au-dessus d'elle-même ; avant que de la mettre à ses pieds. Cest là , sans doute, le secret des brillantes entreprises dans lesquelles il entraîna les Athéniens. Avec leurs soldats il aurait soumis des peuples, et les Athéniens se seraient trouvés- asservis sans s'en apercevoir.

Sa première disgrâce, en l'arréunt presqu'au commencement de sa carrière, n'a laissé voir qu'une vérité : c'est que son génie et ses projets furent trop, vastes pour le bonheur de sa patrie. On a dit que la Grèce ne pouvait porter deux Alcibiade^ on doit ajouter qu'Athènes en eut un de trop (i).

Le MtME. Ibid.

Alexandre.

Je vis alors cet Alexandre, qui depuis a rempli la terre d'admiratjon et de deuil. U avait dix-huit ans, et s'était déjà signalé dans plusieurs combats* A la bataille de Ghéronée , il avait enfoncé et mis en fuite l'aile droite de l'armée ennemie. Cette victoire ajoutait un nouvel éclat aux charmes de sa figure. Il aies traits réguliers, le teint beau et vermeil, le nezaquilin, les yeux grands ^ pleins de feu, les cheveux blonds et bouclés ^ la tète haute, mais un peu penchée vers l'épaule gauche, la taille moyenne, fine et àégiègée, le corps bien proportionné et fortifié par un exercice continuel. On dit qu'il est très-léger à la coiprse , et recherché dans sa paruvé. U entra dan^ Atliènes

(t) Vogrcs*les £gfom Latineê andameê , 1. 1.

#ur un ehevdt superbe qu^on Bommait Bueëphale^ que peraanoe n^avait pu dompter jusqu'à lui^ et qui avait toAté treise tfdens.

Bientôt on ne s^ntretint que d'Alexandre. La douleur où j^étaia plongé ne me permit paa de le suivra de près. iTiaterrogeai dans U mite un Athénien qui avait longtemps sëiourné en Macédoine^ il me dit : «Ce Prince joint à beaucoup d'esprit et de talens un dësir Insatiable de sHnstruire; et du goAt pour les arts qu'il protège sans s^y eennaltve. 11 a de l'agrément ^ans 1a conversation ^ de la douceur et de la fidélité d^ns le commerce de Pamitié, une gtande élévation dans les santimens et dans les idées. La nature lui doniia le germe de toutes les vertus^ et Arîstote Iqi en développa les prineipei. Mais au milieu de tant d'avantages pdgne une passion Aineste pour lui, et peutêtre pour le genre kumiiin 5 c'est une envie excessive de dominer^ qui le tourmente jour et nuit. BUe s'annonce tellement dans ses regards^ dans son maintien ; dans ses paroles et ses moindres actions ^ qu'en rapprochant on est pénétré de respect et de crainte. Il voudrait être Tunique Souverain de Tunivers^ et le seul dépositaire des connaissances humaines. L'ambition et toutes ces qualités brillMi tes que Ton admire donf Philippe^ se trouvent dans son fils^ «vee cette différenoe que Aet l'un ellea sent taittées avee des qualités qui les talnpérent^ et que ehes l'autre la fermeté dégénère fH ^stinatian^ l'amour de la gloire en frénésie^ le oountgeen fureur a car tautea ses vohmtés ont l'inflexibilité dndestûiy el«e soulèvent contre les obstacles^ ^ même qu'un tm^ent s'ébu^œ en mugissant au-dessus d'un Foeber qui l'oppose à aon eaure.

y Philippe emploie diffinrenamoyene pour aller i ses fins : Alexandre ne oeMudt qu^ son ^ée. Philippe ne rougit pas de diq[>ttter aux jeux Olympiques la victoire à de simples particuliers 5 Alexandre ne vôvdrait y trouver pour adversaires que desRois. Il semble qu'un sentiment secret avertit tans ee^io U t^mi» qu'i u^$tL^mrêm^ i cette

hflste ëUvatlôii qu'à ^ree de travaux; et le seeônd^ quMl est ne dans 1« sein de la grandeur.

« Jaloux de son pére^ il voudra le surpasser 5 émule d^Adiille, il tA^hera de Fëgaler. Achille est à ses yeux le plus grand déff bénos^ et Homère le plus grand des poètes, parée qu'il a immortalisé Aohflle. Plusieurs traits de res« aembkuioerapproolient Alexandre du modèle qu'il a ehoisi t c^est la même vielenoe dans le earactère^ la iàèmë impé« tttosîté dans les combat», la même sensibilité dans PAine* n disait ^n jour qu'Achille fut le plus heureux des mor* tels, pi|isqu^il eut un ami tel que Patrode, et un paiiégyu riato Uk npL^Uùmèn (r). »

Ln wÈKM. lUi. .

••'.. . . - |nme.iu)et4. ,

AtiBXAin>nE fit uiie grande conquête. Les mesures qu^B pHl furent justes.'ll ne partit qu^après avoir achevé d'accabler les Grecs; il ne laissa rien derrière lui contre lui. II%(itÂqualespi*ûvincespiaritiities, et fit suivre à son armée de leiréles èïtes de Ta tnerV pbur n'être pofbt séparé de sa flotté. Il se servit admirablement bien dis la discipline contre le nombre'; et, s'il est vrai que la victoire lui donna tout, il fit aussi tout pour se procurer la victoire. Dans le commencement de son entreprise, c'est-à-dire dans un temps où un échec pouvait le renverser, il mit peu de chose au hasard : quand la fortuqe le mit au-dessus des événemens, là témérité fut quelquefois un de ses moyens Lorsqu'il s^agit de combattre les forces maritimes des Berses, c'est plutôt P^npénion qui a de l'audace, c'est plutôt Alexandre qui a de la sagesse . La bataille dTssus lui donna Tyr ieit l^^yple; la bataille d'Arbielles lui donna toute la terre. Toili comme il fit ses conquêtes ; il fbut voir comment il les <}onserva.

(1) Toyes les leçtnu LatinBê anciennes^ 1. 1 et IL

568 CAUACTJiRBS OU PORTRAITS,

U résista à ceux qui voulaient qu'il traitât les Grtcs Gomine maîtres , et les Perses cénuDoe esclaves* Il iiesoi^ gea qu^à unir les deux nations ; fi i faire perdre les distinctions du peuple conqutfranl 0t du ffeuple vaincu. U al>andonna après La conquête tous-kfr pT^hgis qui lai avaient servi à la faire* U prit* lea mœurs des Perses^ pour ne point désoler les Perses en leur fiûsant prendre les majeurs des Grecs. U irespecU les traditions «anciennes, çt tous, les moaumens de la glwret.et de la vanité des peuples. U semblait qu'il n'eût :e<ldqais qUe pour être le monarque particulier de chaque nation et le premier citoyen de chaque ville. Les Romains eonquireiit tout pour toui détruire } il voulut tout conquérir pour tout conserver. Sa main se fermait pour les d^ienses pri* vées5 elle s'ouvrait pour des dépenses publiques. Fallait-il r^er sa maison , c'était un Macédonien. Fallait-il payer les dettes. des soldats^ f%ire part de sa conquête aux Grecs ^ faire la fortune de chaque honmie de son armée, il était Alexandre, .

Alexandre mourut , et joutes les nations furent Sjtns maître. Mais qu'est-ce que ce canquéraçt qui est plaint de tous les peuples qu'il a soumis? Qu'est*ee que cet usurpateur, sur la mort duquel la famille qu'il a renversée du trône verse des larmes 7

AtoKTBSQyuu.

Socrate et Catén. "' "

Osons opposer Socrate même à Gaton : l'un était plus philosophe, et l'autre plus citoyen« Athènes était déjà perdue, et Socrate n^avaitplus de patrie que le monde entier : Galon porta toujours la sienne au fpndde son cœur 5 il ne vivait que pour elle 5 il ne put lui survivre. La vertu de Socrate est celle du plus sage des hommes f mais, entre César et Pompée, Caton ^mble un Dieu

BT PARALLELES. 569

parmi les nmrtds. L'un instruit quelques pàniculiers, f^mbat les sofJûsles^ et meurt pour la venté 5 Tauire^é* imà FEtat, la liberté; les làts contre les conqtiàraiis'âu isiumde^ et. quitte enfin la terre ^ quand il n'y avait plus 4e patrie à servira -Uâ digne âéve de Soonilie serait le plus vertueux de ses contemporains ; un digne ânule de Galon en serait le pHis grand. La vertu du premier ferait son bonlieiir^ le second chercherait son bonheur, dans celui dft^Oiie» Nous serions instruits per Eun et'Côndutts par Tauune^ «t: cela, seul déciderait de la préférence : car on 0'a jamais tait un peuple de sages ^ mais il n'est pas im« possible de rendre un peupla heureux (i)«

J« J. fiouaasAu. Discours sur VEèmimme poUUfuci

Gic^ron.

Ne dans un rang obscur^ on sait qu'il 'devint, par son génie y P^ial de Pompée, de Gésar, de Gaton. U gouverna «t «sauva .Rome, fut vertueux dans un siècle d^ crimes , dé^Bseur des Ms dans l'anardbie, républicain pannides grands qui se disputaient le droit d'être oppresseurs. U ;eu,t cette gloire, que tous les •ennemis de l'Etat furent les siens» U vécut dans les orages, les tnwaux, le succès et \fi malheur.. Enfin, après avoir soixante ans défendu lee p^rùouUers et l'Etat, lutté contre les tyrans , cultivé au milieu dfs.afiaires la philosophie, l'éloquence et les lettres, >1 périt. Un hainme à qui il avait servi de protecteur et de ^ père yendit Hnf^i sang ) un hpmme à qui il avait sauvé la vie fqt son Hssivifin* Trois siècles après, un Empereur (2) pl«ça s^i image dans un temple domestique^, et l'honora jl.QdtédesIMeHX. y. ■■

(3>AleaAaRârB Sévère.

57d CARACTÈRES OU PORTRAITS,

Il 'y a des etraetipes indëeis qui sont im mâanfi i^ gtàmééUT et de AiibleMe^ et quelques ^fMVi^iiiies' mettent ÛîcéMB de eo nombre. Vertueux^ dit-on^ mais eircÔM* pcet I tear à tour brave et timide j aimaat la patrie , mais eraîgnaat las dangers | ayant plus d^Adiration que do fovce f ta formaté; quand il en eut , tenait plus à son imagination qu'à son âme. On ajoute que ^ faible par oaraetAre ^ il n'é<» tait grand que par rdfleKiM* Il ooiîiparait la gloire airee la vie, et le deviBÎr au danger. Alors il se (Usait un syatèmii de oounigo; saprobitëd#irenaitdelavTgueui<9 etsonosprit donnait du ressort à son ânve. Quoi qu'il en soit ^ nous ne pouvons douter que Cieën^ , ^cmé Gdsar mémo , n'ait paru toujours attadvif A la patrie et à l'ancien gouverne" ment. Bes amis ehttvMrent à le détourner de faire l'éloge deCatOtt; ou voulurent du moins l'engager à l'adoucir; il n'en fit rien. On voit cependant ^ par une de ses lettres, qu'il sentait toute la difficulté de Tentreprise. « L'éloge de Caton à faire sous la dictature de César ^ disait-il; est un problème dîAtvhimide à résoudre, n Mous ne pouvons juger oomment le pmbléme fut réso)n j nolis savons seu* iement qée ifouvrage eutlo plus grand suoeéa. Taoita nous apprend qv» Ciéérpn , dane cet âogS; élevait Gaton juSf qu'au dd;

On sait qu'il aimait la f^oiré; ot qu^il< ne Vallendait pis ton joui». Il se pfëoipîlait vyn elle^ oommo s'il eût éié motna aftrde rdbtenir.Pftiidoiinoni^lui pourtant ^ et soi^ tout aptes #on e)(il. 6oiigeon»<tuHl etft san'a cesse A eomr battre la jalousie e( la haine. Un gr%nd homme persécuté a des droiu quf n'a pas le reste des hommes. Il était beau à Gieifaol» , «u retofirde son bannislement; d'invoquer ces Dieux du Oàpitolo qu'il a^^it préservés des flammes étsiit consul^ ce 3éqat qn^r avait sauvé du eamage> ce peuple romain qu'il avait dérobé au joug et à la servitude^ et de montrer d'un autre côté son nom effacé , ses monumeos détruits^ SOS maisons démolies ot réduites en cendres pour prix de ses bienfaiu. U était beau d^attnattrt sur'les

ruines mêmes de ses palais y Phenre et le jour où le Sénat et le peuple Favaient prodamë le père de la patrie. Eht qui pouvait lui ftiire un crime de parler de ses grandes actions^ dane ees momens où l'âme, réclamant contre Finîttstiee des hommes, semble élevée an-dessus d'ellemême par le sentiment et le caractère auguste du malheur P Il es€ Vrai qu'il se<loua lui-même dans des momens plus froids. On Fa hlâmé^ on le blâmera encore. Je ne Faeciise ni ne le justifie : je remarcrueraf seulement que plus im peuple a de vanité au lieu d'orgueil , plus il met de prit à Pan important de flatter et d'être flatté^ plus tl eherché à se faire valoir par de petites choses au défaut des grandes ^ plus il est blessé de cette franchise altière ou de la naïve simplicité d^une âme qui s'estime de bonne foi , et lie craint pas de le 4îre. Pai vu dés hommes s'îndlgnei^ de ce que Montesquieu avait osé dire': Et moi' aussi je suis peintre. Le plus fuste aujourd'hui^ même enaccordant son estime, veut cotiserverlè droit delà rieFuser. Chez les an'iiiens^ la liberté républlcdne peirmëttalt plus d^energle aux sentimens et de f^anchi^é au langage. Cet affaiblissement de caractère ^ qu^on nomme politesse ^ et qui craiAi tant d'offenser Famour-propre^ c'est-à-dire la ikiblesse inquiète et vaine ^ était alors plus Inconnu 3 on aspirait moins à être modeste^ et plus à être grand. Ahl que la (kiblesse permette quelquefois à la force de se sentier elle-inêhie; et-^ s'il nous est possible; consentons à avoir de grands hommes^ même à ce prix (t)l

VnoukB. Essai sitr les Eloges,

Pompée,

PoiéïAb attirait stlr-lnf; pour ainsi âhe^ leéyeux de toute la tevre. Il «VaMété général avant que éPAré sôld&t'i

(f) Toyei les Ze^onk ÉaiMt anciennes timèdérneif 1. 1^

Sya CARACTÈRES OU PORTRAITS,

et sa vie n'avait été qu^une suite continuelle de victoires f il avait fait la guerre dans les trois parties du monde , et il en ^tait toujours revenu victorieux. Il vainquit danS ritalie Garinas et Carbon^ du parti de Marins } Domitius dans r Afrique 3 Sertorius^ ou pour mieux dire Perpenna, dans l'Espagne; les Pirates de Cilicie sur la Mëditerrantee; et; depuis la défaite de Catilina^ il était revenu à Rome 9 vainqueur de Mithridate et de Tigrane.

Par tant de victoires et de conquêtes , il ëtait devenu plus grand que les Romains ne le souhaitaient^ et qu^il n^avait osé lui-même Fespérer. Dans ce haut d^réde gloire où la fortune l'avait conduit comme par la main ^ il crut qu'il était de sa dignité de se familiariser moins avec Ses concitoyens. Il paraiesait rarement en public ; et j s'il sortait de sa maison^ on le^ojnit toujours accompagne d'i<ne foule de ses créatures^ dont le eort^ nombreux représentait mieux la Cour d'un grand Prince que la suite d'un citoyen de la républi^que. Ce n'est pas qu'il abusât de son pouvoir; maiS; dans une ville libre , on nepouvai^ soufiFrir qu'il affectât des manières de Souverain. Aceou* tumé dès sa jeunesse au commandement des armées , il ne pouvait se réduire à la simplicité d'une vie privée. Ses mœt^'s à la vérité étaient pures et sans tache ; on le louait même avec justice de sa tempérance; personne ne le soupçonna jamais d'avarice, et il recherchait moins ^ dans les dignités qu'il briguait , la puissance qui en est inséparable, que les honneurs et l'éclat dont elles étaient environnées. Mais plus sensible à la vanité qu'à l'ambition^ il aspirait à des honneurs qui le distinguassent de tous les capitaines de son temps. Modéré en tout le reste, il ne pouvait souffrir sur la gloire aucune comparaison.- Toute égalité le blessait ; et il eût voulu , ce semble, être le seul 4^néral de la république, quand il devait se contenter d'êtje le premier. Cette jalpjasie du commandement lui attira un grand nombre d'ennemis^ dont César, dans la suite , fut le plus dangereux et le plus redoutable. L'un

ET PARALLÈLES. Syd

ne Tcmlah plus à^épl, et f autre ne pouvait souffirir de fiupârieur (i).

Yshtot. Réçohaiùns Romaines*

César.

Caïds Julius GisAA ëtait ni de PiUustre famille des Jules^ qui , comme toutes les grandes maisons , avait sa ^himère^ en se vantant de tirer son origine d^Anchise et de Venus* Cëtait Tbomme de son temps le mieux fait, adroit à toutes sortes d'exeroîces , infatigable au travnl^ plein de valeur , le courage âevë^ vaste dans ses desseins; magnifique dans sadëpense^ et libéral jusqu^à la profusion. La nature, qui semblait Pavoirfait naître pour commander au reste des hommes, lui avait donne un air d'empire et de dignité dans ses manières 5 mais- cet air de grandeur ëtait tempéré par la douceur et la faoiiitë de ses mceurs. Son éloquence insinuante et invincible ëtait encore plus attachée aux charmes de sa personne qu'à la force de se$ raisons. Ceux qui étaient assez durs pour résister à Pimpression que fiûsaieat tant id'aimables qualités n'ééhap^ paient point à ieê bienfaiu , et il commença par assofettir les cœurs, comme le fondement le plus solide dé la'demination à laquelle il aspirait.

Né simple .citoyen d'une république, il forma, dans une condition privée, le projet d'assujettir sa patrie. La graiideur et les périls d'une pareille entreprise ne Pépou*^ vantèrent point. Il ne trouva rien au«dessus de son 'am^^^ bition , que l'étendue immense de ies vues. Les exemples récens de Harius et de Sjrlla.lni finsnt comprendre qu'il n'était pds impossible de s'élever à la soayerEinep)ilssaniçe|^ iiiais., sage jusque dans ses désirs immodérasv, il distribiM en différens temps l'exécution de ses desseins. Sonesprity

( I ) Voyez icfi l^Qiiê Jhmnçs amomms ; t* I«t il« '

574 CARAGTl;]IE» OU PORTRAITS,

toajottJis )ii8tf ^ mfJgr^ son tfitndiife , a'tUa ^m pttf 4«grtf# au projet de la domination } et, quelque ëclatantea qu'aîeiU ëte depuis sfs viotoir^.i ellat ne doivent passer pour de grandes actions que parce qu^ellesfurenttoujours la suite et Teffet de grands desseins (i).

LS MâXB. Ibid.

tésÀt et Henri IV.

Si nouS: avons | parmi les modernei ^ Un homme ^u'oA pidsse comptfer à Gésar^ e^est peuw4ire Henri IV> On remarquje entre eux beaucoup de traits dfe ressémbknee et d^ob^els de comparaison*

Tous deux avaient re(u de la ttature une ftme Aevée et sensible , un génie également souple et profond dent les affaires politiques^ de grands talens peur la guerre t touè dejux furent i^devables. de TEmpirid à leut eourage et i leurs travaux (tous deux pardonnèrent à leurs ennentit, et fijadrenl p4r en 4ure les viotinies : tous deux counaltf^ saieut le gtand art de s^attaeher les hommes ^ et de Uâ eiKq>loy<r > art le plusikéeeséàire de tMras à qîiitto&què eelfi-^ mande ou veut eoewnaAdAr i. toaa deisi étaieilt «dp#és 4e leiirs'soldats ^bt mélWen» les pUUirs ànk^iitigiies «aiuireé et aux intrigues de Pambitioili Fardêaé) à t\\n ttétte Heitri.lV eut affaire^ vtyMibienPempéelerivfaldeCtf&rj et 'la France Gut peur loua deu^ untebvnp de tietoiMPi Céssur tombatteit desai$eiéeephie>tloBUire|iseè i Heiï#î edt àvaiocnre dte obtieeles de tous lei gmkt» «reo moitié dé moyens.

Tous deux avaient miè activité prodigieuse ^ et suivaient ee grand principe ^ qu'sl ha faut laisser faire à d^auires ^e «t. (fu^9n ne peut pas faire sei-mime. Tous deux ont su i^^aer ^ et ont tégoA trop peu. Si Tun eût vécu vingt ans ^

(i) Voyea hê £efent £mbm aneismies pth

de plaS; le système de FEurope ëtait change. Si Pautre n'eût pas été enlève par im aasassinat^ il eût accoutume les Romains à sa domination , aussi bien qu'Auguste , et aurait fait de plus grandes choses que lui^ G^^pr^gua Targ^nl dans une république qu'il voulait corromprej. Henri le ménagea dana une monarcliie. qu'il fStdlait |rëtablir.

;.Tou$ dei|X furent açraçbë»^ pfur ,im^ n^9rt prén^atMe , MiàTf. grands projets qu^ils ipëditaient j. etTon peut GC4>^e que Henri ^ ^té (|ussi heureux coQtrr les Esp^gi^i^ipi q^0 ,César pouvai^i l'être, contre les PartJ>fis« 'Mfin^,i FontainerFran^ae, Gputras,; I^> ne sont p^a d'aussi graada 1109» . dans la nitfin<)ire df s hommeâ^ ^t xi'eAUcatt naient pas d'anaai grandea desMo^ea que la iQ^s^^ As Fharsale; ma» il f avait autant de. taUns à dëployfer^ •fve&iiioina de renonmëe à. obtenir. . .

uCésms {oignit la gloire de# lettre^ àcelle des acme#.|, et tet aYaAti^e manquait i HeAfi IVi mais c'<t|ii(la ffkiiMhd^ aon .éducation et du temps ^ bien plus qu« de* son g^iliei il avait l'esprit juste ): l'âoeution iaeile et aouventA^Uetl •i-k hatattgtte-de Sonen (i) prouve qu'il eutTëloqueiiee 4es grandes .âmea.

Sa oaiise était .«ntoni Mgitiine et ^orieya#/. ebUe d* Oéaar^ qu'il. es* împoaaible d#.)iistifiePrbD.faoMieiVi«ralei| peut s'excuser en politique j et^ si Fou- eoi«iidèrQ'4ii,'ii •vaiajntessairémentlaïQonsewneedeiee qa'il pauspist faire ciide ce q^^iLdevl|îtlcrai■df&^ et-qui^^ parnsi. pitisieikfl tonoti^oikS' qtii aspiraieat àitre aussi* eriuiioi»la q«»[il U défânb, illut 00 asaeabefiMtii^ ou. fasate mnlh^afutipaur |to0 danakicas de se déclarer le piwiîer (a)«

(t) Voye» plus baul, bùicourt*

(a) Voyez les leçons taù'nes anciennes , t. t.

576 GARACliRES OU PORTRAITS,

Conatantiii*

Deux partis, opposes par une animosici! d^ religion j ont laissa dés monatnens sur- la vie cfè Gonsttthdn : il a été mal connue la passion areuglait également les panégyristes et les détracteurs.

Les uns le représentent comme un hbmmé inspiré) les autres eonkme tin impie. Les premierir lui donnent la gloire d^àvoir recréé l'Empire; les secondslui imputeiit la disso* Itttioh in corps politique. Ceux-ci lui reph>chen€ les vices les plus honteux^ ceux-là le vantent comme le inodêlè de toutes les vertus. On le voit tantôt démet»! , bienfaisant , magnanime ; tantôt injuste , ' prodigue , Iddie. '

Il faut se garder de ces deux excès. U fit des fautes, sans être méprisable 5 il fut un grand Prince, sans être un Prince vertueux; ou plutôt il y eut deux homones dans Constantin. Les vingt premièves' années de son r^ne, il égala les j^ué illustres Empe^eui^; léS'dix demidres, il fut à peine ocnuparable aux médiocres : il se tiyra aux: favoris , aux courtisans , mais ce n'eat pas dana la décnépitnie qu'on doit le juger. Son art était de bien connaÉtvéleaitnœors el Fétat des pe«|>leB'de FEiapire romain; son avantage éuit de' rester maître >de Ui^néiiie et sans passion. Il aut dissimuler et «ftendrtf. ^ . '

L'iâipassibililé qur^daos uieq»rit4>rdinaire^ n'est quede l'inertie, dans un ^ractêre d^nne tremipe forte, estsâreté. L'objetauquel tendit s«ns oesae Gonstautiii, était de devenir matire unique et absolu de l'Empire romain ^ mais Tandbi* Uon , chez lui, ne fut? point une passion, oè {utruse volonté; et la force de cette volonté, s'appliquant à toutes ses actions et à toutes ses démarches, lui donnait toute l'énergie d'une passion , sans en avoir l'emportement.

On trouve dans sa vie des choses qui semblent disparateS| et qui cependant partaient du même principe, et concou* raient i la même fin.

lise eonthit huit ans tranquille dans deslimiies étroites; Biie fois qu'il les eut franchies , il ne cessa pas de négocier et de combattre qu^il n'eût conquis le mond^.

Pendant vingt ans il rainquit tous les ennemis qn'il eut à combattre , et il combattit sans cesse, ou avec les barbares , ou avec ses oompëtiteurs; et, dans lesdii dernières années de sa vie, il ne mania plus les armes, et ne s^)ecnpa dé f^tat miiitaire que poiir rabaisser.

Il pardonna quelquefois à plusieurs particuliers des in-* |ares qu'un tynn aurait punies comme des crimes de lèsemajesté, mtis qui ne pouvaient que l'offenser sans Finquié^ ter; et il fit périr sans pitié sa femme et son fils qui lui faisaient ombrage,

Constantin sut vouloir toujours ce qu'il croyait utile à sa grandeur. Il fit deux choses très-belles : venant après Galère, Maximien, Maxence, Licinius, à peine au sortir de Pembrasement des guerres civiles , il reprit et continua la constitution de Dioclétien. Cétait le conseil d'un esprit juste et sage, mais ce n'était point une création. Il sentit que la constitution politique ne suffisait pas pour rattachei^ à lui tant de peuples divers , il voulut alors se faire un parti qui pût s'étendre dans toutes les provinces , dans toutes les villes, dans tous les hameaux, dans l'intérieur même des familles, enfin qui pût tenir tout l'Empire. Le christianisme devint la religion de l'Etat, et Constantin eut le titre de fondateur. Il avait vu avec quel ascendant les évéques et les prêtres dirigeaient les opinions, les senti<*> mens, les affections des fidèles; il avait vu le nombre des chrétiens et leur accroissement journalier; il plaça des chrétiens dans l'administration des provinces ; alors , évéques, prétr^, gouveFneur8,particuliers, tous les chrétiens le servaient avec le zèle de l'esprit religieux , et surveillaient tout le i*este, qui n'avait ni la même énergie ni le même accord. Auparavant, un Prince élu par une armée déplaisait aux antres : un Empereur thrace ou pannonien ne pouvait compter sur l'attachement des Africains on îles

Aftiatique^; mais un Empereur chrétien était eût qae tous les chrétiens en Orient, en Occident, au Midi, au Nord, seraient dévoués d'intérêt et de cœur à sou règne» Constantin avait trouvé le seul lien social qui pût suppléer à l'unité de patrie. Si dans la suite Pesprit disputeur des Grecs changea en levain de discorde un principe de liég^ nération , ce n*est pas lui qu'on doit hlimer.

Il comprit aussi qu'il était nécessaire de donner 1 FéCat ciyil plus de consistance et de dignité, et f àter à l'eut militaire la force d'opprimer. Mais il alla trop loin t il fallait affaiblir et abaisser l'orgueil et la violence des armées, et non pas avilir et corrompre l'état militaire* Cest une faute grave dont on doit l'accuser; on doit encore lui reprocher de n'avoir pas tenu assez fermement la main à l'exécution de ses lois sur les finances, et d'avoir souffert des désordres dans les dernières années de sa vie.

Mais il mérite d'être loué pour avoir détruit cette féro* cité du gouvernement militaire, et pour avoir consolidé une monarchie plus tranquille ,.. fondée sur l'hérédité de la couronne, la distribution des pouvoirs, et Vaprii de la Religion. *

Naudit. Des Chaagemems apMs dùnt Éautes les parties de VAinwiisifadau, de PEtt^n romain , sous Us Régnas de DiaaUtiam^ Constantin f etc. , jusqu'à Julieum

Julien et Marc-Aurèle.

On voit par toute la vie de Julien , par quelques uns de ses ouvrages ^ que sa grande ambition était de ressembler à Marc-Aurèle. Si on r<^ardë lestalens, il eut plus de génie; si on regarde le caractère, il eut plus de fermeté peut-être, et fut plus loin de cette bonté dont on abuse, et qui, voisine de Texcès, peut devenir une vertu plus dangereuse qu'un vice.

M«ig aoM; à beaucoup d'^rdt , Mare-Aurèle eut des avantages sur lui. Ils furent tous deux philosophes ^ mais leur philosophie ne fut pas la même. Celle de Marc-Aurèle avait plus de profondeur 5 celle de Julien peut-être plus d'éclat. La philosophie de Fun semblait née avec lui ; elle était devenue un sentiment^ une passion^ mais une passion d'autant plus forte qu'elle était calme ^ et n'avait pas besoin des secousses de Venthousiasme. La philosophie de Pautre semblait moins un sentiment qu'un système; elle était plus ardente que soutenue; elle tenait h ■es lectures ^ et avait besoin d'être remontée ^Marc-Aurèle agissait et pensait d'apris lui j Julien, d'après les anciens philosophes : il imitait.

Un autre caractère du grand homme lui manqua : c'est 0ette vertu qui fiitt que l'âme <, sans s'élever, sans- s*a<* baisser, sans s'apercevoir même de ses mouvemens, est oe qu'elle doit être , et l'est sans faste comme sans effort. Bu cria, il fut encore loin de Marc-Aurèle. Son extérieur était simple, son caractère ne l'était pas. Ses discours, ses actions avaient de l'appareil, et semblaient avertir qu'il était grand. Suives-le s la passion pour la gloire perce partout. Il lui faut un théâtre et des battemens de mains : il s'indigne quand on les refuse. Il se venge, il est vrai ) plus en homme d'eeprtt qu'en Prince irrité qui commandai | à eent mille hommes ; mais il se venge. H court à la renommée, ilTappellei il flatte pour être flatté. Il veut être tout à la fois Platon , Mare-Auvèle^et Alexandre.

Thomas. Essai sur les Eloges.

Gharlemagne.

Chaulshaoub mit un tel tempérament dans les ordres de l'Eut, qu'ib furent contre-balancés^ et qu'il reste le maître. Tout fut uni par la force de son génie. L'Empire se maintint par la grandeur du chef; le Prince éuit grandi

58o CARACTÈRES OU PORTRAITS,

rhomme Pëuit davantage. Il fit d'admirables rè|^e il fit plus 9 il les fit exécuter. On voit^ dans les lois de ce Prince^ un esprit de prévoyance qui comprend tont, et une certaine force qui entraîne tout : les prétextes pour éluder les devoirs sont ôtes, les négligences corrigées; les abus réformés ou prévenus; il savait punir^ il savait encore mieux pardonner. Vaste dans ses desseins ^ simple dans l'exécution, personne n'eut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité^ et les difficiles avec promptitude.

Il parcourait sans cesse son vast^ Empire^ portant la main partout où il allait tomber. Les affaires Renaissaient de toutes parts, il les finissait de toutes parts. Il se joua de tous les périls^ et particulièrement de ceux qu'éprouvent presque toujours les grands conquérans, c'est-à-dire des conspirations.

Ce Prince prodigieux était extrêmement modéré ; son caractère était doux^ ses manières simples 5 il aimait à vivre avec les gens de sa^Gour. Il fut peut-être trop sensible au plaisir des femmes; mais un Prince qui gouverna toujours par lui-même , et qui passa sa vie dans les travaux , peut mériter plus d'excuses.

On ne dira plus qu'un mot ; il ordonnait qu'on vendit les œufs des basses-cours de ses domaines, et les herbes inutiles de ses jardins; et il avait distribué à ses peuples toutes les richesses des Lombards ^ et les immenses tr^rs de ces Huns qui avaient dépouillé l'univers.

MoifTBSQCIEU.

Même sujet*

CaAnLXHAGNB avait montré que le génie d'un grand Prince a plus de pouvoir pour réformer son siècle ; que son siècle n'en a pour arrêter son génie. Son époque est la première et la plus imposaute de Hustoire moderne. Seul

ET PARALLELES. 58i

il parait avec éclat au milieu des ténèbres universelles qu^il dissipe en un moment 5 et son nom imprime encore quelque grandeur au berceau .des Monarchies modernes , qui ne sont que des débris de son Empire.

Mais t'BuTope^ quand il disparut; retomba dans ce chaos de barbarie où il avait si rapidement jeté les plus grands traits de lumière. Rome , qu'il avait en quelque sorte fait sortir des ruines accumulées par les Goths , les Vandales et les Lombards 5 Rome^ dont il retrouva les anciennes bornes ^ et qui reprit avec lui vin^gt sceptres «qu'elle avait perdus } Rome mourut presque tout entière avec ce nouveau César , et ne fîit plus qu'un souvenir*

Le vaste Empire que ce grand homme avait élevé et soutenu près de cinquante ans écrasa sous son poida ses trop faibles successeurs. On ne voit après lui que des scènes d'opprobre et de désolation j des neveux égorgés par leurs oncles ^ des frères se combattant avec toute la férocité d'une ambition qui n'est jamais justifiée par le talent; un père détrôné par ses propres fils ; des évéques complices de ce forfait ^ condamnant un faible Monarque qui , par l'excès de sa bassesse ^ a mérité qu'on ne plaignît pas l'excès de son malheur.

A ces calamités intérieures se mêlent des calamités étrangères. Le Nord vomit encore des essaims de barbares qui fondent sur l'Empire de Gharlemagne^ comme autre^ fois sur le premier Empire romain. Ils en ravagent toutes les parties y et les lâches descendans de Gharlemagne, incapables de se défendre ^ achètent, avec leurs villes et leurs provinces ; les services de leurs puissans favoris. Ces favoris eux-mêmes^ agrandis aux dépens de leurs maîtres ; deviennent aussi redoutables à la France que les usurpateurs étrangers. Tous veulent être Souverains ^ dès qo^un seul n'est plus digne de l'être.

Di FoirrAifas. Fragment d'une Histoire inédOe de home XL

58a CARACTÈRES OU tORTRAlTS,

Saint Louis.

Eni^ant de «aint Louifli imitei votre père > aoyez^ tomme lui^ dûilX| humain 9 Accessible | ikiTabUi cOmpaiissaat et libéral. Que votre grandeur ne voua empêche jaraaia de descendre avec bonté jusqu'aux plus petiu, pour vous mettfe à leur place) et que cette bonté n'affaiblisse jamais ni votre autorité ni leur respect. Etudies sans cesse les hommes ) apprenea à vous en servir sans être lié à eux. Ailes oheroher le mérite jusqu'au bout du monde; d'or« dinairc; il demeure modeste et reculé. La vertu ne perce point la foule) elle n'a ni avidité ni empressement 5 die se laisse oublier. Ne vous laissez point obséder par des espriu flaueurs et insinuans : faites sentir que vous n^aimez ni les louanges ni les bassesses. Ke montrez de la confianoe qu^à ceux qui ont le courage de coutredire avec respect^ et qui aiment mieux votlre répuution que votr« laveur. Il est temps que vous montriea au monde une maturité et une vigueur d'esprit proportionnées au besoin présent. Saint Louis à votre âge éuit déjà les délices des bons et la terreur des méchans. Laisses donc tous les amusèmeas de l'âge passé : faites Voir que vous pensez et que vous sentes ce qu'un Prittoe doit penser et sentir. Il laut que les bons vous aiment) que les méohans vous craignent, et que tous vous estimeat. fiâtes-vouade vous corriger pour travailler utilement à corriger 1^ autres. La piété n'a rien de faible ^ ni de triste; ni de gêné; eUe élargit le cœur, elle «M simple et aimaUe^ elle se fait sentir à tous pour les gagner tous* Le Royaume d« Dieu ne consiste pas dans uno scrupuleuse obeervacion des petites formalités j il consiste pour chacun dans tes vertus propres de son état. Un grand Prinœ ne doit point servir Dieu de la même façon qu'un solitaire ou qu'un simple particulier. Saint Louis s'est sanctifié en Grand Roi. Q

ëta!t itilrëpîde à la guerre, dëcisîf dans les conseils^ supérieur aux autres par la noblesse de ses sentimens ; sans hauteur ; sans présomption, sans dureté. Il suivait en tout les véritables intérêts de sa nation , dont il était autant le père que le Roi. Il voyait tout de ses propres yeux dans les affaires principales. Il était appliqué, modéré , droit et ferme dans les négociations 5 en sorte que les étrangers ne se fièrent pas moins k lui que ses propres sujets. Jamais Prince ne fut plus sage pour policer ses peuples, et pour les rendre tout ensemble bons et heureux. Il aimait avec confiance et tendresse tons ceux qu'il devais ainierj mais il était ferme pour corriger ceux qu'il aimaft le plus. Il était noble et magnifique selon les mœurs de son temps , mais sans faste et sans luxe. La dépense qui était grande, se faisait avec tant dWdre qu'elle ne Fémpéchait pas de dégager tout son domaine. Soyez héritier de ses vertus avant de l'être de sa couronne. Invoquez-lè avec confiance dans vos besoins; souvenez-vous que son sang coule dans vos veines, et que l'esprit de foi qui Pa sanctiifîé doit être la vie de votre coeur. Il vous regarde du haut du ciel où il prie pour vous , et où il veut que vous régniez un jour avec lui.

Conserça ,fiH mî ^ prœcepta patris toi (i).

Fénblon. Lettre mu Duc de Bourgogne,

Saint BfBiiïard.

AtiOlis vivait dans un cloître un homme dont les dépositaires du pouvoir suprême devaient ambitionner les suffrages autant que ceux d'un Sénat ou d'un peuple législateur. A ce trait seul on doit reconnaître cet abi)é de Glairvaux, devenu si célèbre sous le nom de saint Bernard.

(1 } Voyez en yers , et les Zeçons Latines modernes ,Ul, même sujet.

Digltized

584 CAUACTJiKJiS OU PORTRAITS,

Nul homme n^a exerce sur son siècle un empire aussi extraordinaire : entraîne vers la vie solitaire et religieuse par un de ces sentimens impérieux «qui nVn laissent pas d'autres dans Tâme , il alla prendre sur Pautel toute la puissance de la Religion. Lorsque^ sortant de son désert^ il paraissait au milieu des peuples et des Cours, les ausle'rites de sa vie ^ empreintes sur des traits où la nature avait répandu la grâce et la beauté ^ remplissaient toutes les âmes d^amour et de respect. Eloquent dans un siècle où le pouvoir et le charme de la parole étaient absolument inconnus ; il triomphait de toutes les hérésies dans les conciles; il faisait fondre en larmes les peuples au milieu des campagnes et des places publiques : son éloquence paraissait un des miracles de la Religion qu'il prêchait. Enfin FEglise , dont il était la lumière ^ semblait recevoir les volontés divines par son entremise. Les Rois et leurs ministres^ à qui il ne pardonnait jamais ni un vice ni un malheur public ^ s'humiliaient sous ses réprimandes comme sous la main de Dieu même; et les peuples ^ dans leurs calamités^ allaient se ranger autour de lui ^ comme ils vont se jeter au pied des autels.

Egaré par l'enthousiasme même de son zéle^ il donna à ses erreurs l'autorité de ses vertus et de son caractère j et entraîna l'Europe dans de grands malheurs. Mais gardonsnous de croire qu'il ait jamais voulu tromper, ni qu'il ait eu d'autre ambition que celle'd'agrandir l'Empire de Dieu. C'est parce qu^il était trompé lui - même ^ qu'il était toujours si puissant 5 il eût perdu son ascendant avec sa bonne foi. L'Eglise, malgré les erreurs qu'elle lui a reconnues, l'a mis au rang des Saints; le philosophe, malgré les r^roches qu'il peut lui faire ; doit l'élever au rang des grands hommes.

Gaiut. E/oge de Suger.

rîicolas GabrinOj dit Rienzi.

Ne avec un esprit vif^ élevé ^ entreprenant^ une conception facile y une mémoire sûre ^ un génie subtil et délié , beaucoup de facilité à s^expriraer , un cœur faux et dissimulé, une ambition sans bornes ^ il se donna tout entier àVétude^ en sorte quMl devint bon grammairien^ meilleur rhétoricien y excellent humaniste.

n employait les jours et les nuits à la lecture 3 il savait par cœur Tite-Live, Gicéron^Talére-Maxime et Sénèque.

Il avait une admiration particulière pour Jules-César, quMl se proposait pour modèle. Il passait son temps à déchifFrer les inscriptions quMl cherchait sur les marbres brisés des mines les plus anciennes, et les expliquait mieux que personne. H s'écriait souvent : « O Dieux ^ que sont devenus ces grands hommes ! Ne verra-t-on plus de véritables Romains 7 la justice est-elle exilée pour jamais? »

Il était d'une figure avantageuse^ sévère observateur des loiS; moyen dont il se servait pour gagner la bienveillance du peuple 5 fourbe, imposteur, hypocrite, faisant servir la religion à ses desseins , mettant en œuvre les révélations et les visions pour s'autoriser 5 effronté jusqu'à se vanter d'affermir l'autorité du Pape, dans le même temps qu'il la sapait par ses fondemens^ fier dans la prospérité, prompt à s'abattre dans l'adversité, étonné des moindres revers, mais, avec la réflexion, capable de se servir des moyens les plus hardis pour se relever.

Boispuiàux. HisÉoire de Bienzi.

Charles de Navarre.

Nb de la fille de Louis X , marié avec la fille de Jean , Charles de Navarre ne semblait être rapproché du trône

par ce double degr^ , que pour la ruine de la famille royale et pour le malheur de la France.

Doué d'un esprit vif, qui brillait dans ses yeux comme dans sa conversation; petit de corps , mais bien pris dans sa taille y et joignant à une figure agréable des manières attrayantes; aotif , adroit, éloquent, il cachait un naturel pervers sous des dehors aimables et sous un air d^enjoue*ment. Chez lui les ornemens de la vertu étaient les armes du vice. Possédant avec un art merveilleux toutes les insinuations de Faffabililé, de la souplesse, de la flatterie; séduisant auprès des femmes , poli avec les seigneurs de la Cour, populaire avec les bourgeois, frondeur avec les mécontens, il négociait pour tromper, promettait pour dérober, caressait pour trahir, cherchait à plaire pour corrompre ; jamais plus à craindre que lorsquMl paraissait contracter les nœuds de la paix et de Tamitié. Les complots contre la patrie, les assassinats, les empoisonnemens furent les exercices de sa jeunesse; prompt à entreprendre, hardi pour le crime , timide dans le danger, remplissant la France de carnage par les guerres intestines et les guerres étrangères, sans paraître jamais dans les combats; criminel sans passion , méchant sans remords, ambitieux sans politique, séditieux par une humeur in« quiète et jalouse, il fut toujours le fléau de soa pays, Tinstrument et le jouet d'Edouard III, enfin un de ces hommes malheureusement nés pour brouiller tout, et auxquels il ne manque que du génie pour renveraer les Empires.

Nauoet, de rinstitut. JFZÏ5toîr« des EtatS' Généraux^ années 1 355-1 358.

Marcel et Robert Le Coq.

Marcel, d^une humeur sombre et violente, fourbe sans finesse, ennenii insolent, méprisant la naissance ^ la

vertu ) les titres, la majesté, outrageait ouvertement tous ceux quMl haiBsait , trompait le peuple sans le flatter, ne liait ses partisans que par Pintërét ou la terreur. L'ëvëque dé Laon, non moins séditieux, mais avec plus de sang-Froid et de souplesse , principal agent de la faction et conseiller du Dauphin, sapait la royauté en présence même du Fritice, et souvent par ses mains; affectait un air de dignité, et une certaine observation des i>ienséances , plus injurieuse encore que la dureté brusque de Marcel. L^un figu« rait mieux dans une assemblée délibérante et dans une négociation ; l'autre poussait avec plus de vigueur une entreprise et un coup de main. Le péril effrayait Févéque ; le péril irritait Marcel. Quand Marcel songeait à prendre un parti extrême, Tévéque se préparait à là fnite. L'un était plus prudent, mais plus prompt à désespérer 3 l'autre plus résolu et plus ardent, mais juiqu'à Pôpiniâtreté e^ juifqu^i la fureur. L'un , plus perfide, conduirait ses enne^ mis dans le piège ; l'antre, plus saliguinaire, les assassinait. L*évéque, supérieur en apparence par son rang, secondait Marcel dont l'énergie domitlaît tout. Dévorés Pun et Fantre d'ambition, mais Marcel dédaignant les honneurs, et jaloux seulement de sa puissance j Févéque faisant servir l^Biutorité & la satisfaction de rorgueîl; ils se perdfrentpar leur avidité pour l^argent. Ils ne savaient pas faire paratins cet adroit désintéressement qui semble n^liger de iTenrichir, povr s'emparer ensuite plus sûrement de toutes les fortunes avec tout TBut. Lé M ÉMIS. Ibid.

Le Chancelier de rHospitaU

Sî les grands et les peuples d'alors avaient été abandonnés 4 leur fimatîame, fta France tèrail biemtôl retombée, sinon dsn» son anidenne barbarie, <)Mit le luxe et l'amour du plaisir l'auraient peut-être défendue quelque tempS; 4û Bioifia Aina iHmarehi^, tuile du «épfié'des

lois et de Fignorance des lettres. Qui n'eAt posera alors tout perdu? Mais le chancelier de PHospital veillait pour la pairie ; ce grand homme ^ au milieu* des troubles civils, faisait parler les lois qui se taisent dWdinaire dans ces temps d'orage et de tempête 5 il ne lui vint jamais dans Pesprit de douter de leur pouvoir ; il faisait Phonneur à la raison et à la j ustice de penser quVUes étaient plus fortes que les armes mêmes ^ et que leur sainte majesté avait des droits imprescriptibles sur le cœur des hommes ^ quand on savait les faire valoir.

De là; ces lois dont la simplicité noble peut marcher i cdté des lois romaines j ces lois dont il a banni , suivant le prëcepte de Sënèque ^ tout préambule indigne -de la majesté qui doit les SLCcomp^gaer iNihiimihiiddeiury dit-il, frigiditu, quàm lâx cum prologo ; jubeai lex^ non suadeaL De là c^ édita qui y par leur sage prévoyance , embrassent Tavenir comme le présent, et sont devenus depuis une source féconde où l'on a puisé la décision des cas même qu'ils n'ont pas prévus; ces ordonnances, où la force et la sagesse réunies font oublier la &iblesse du règne sous lequel elles ont été rendues ; ouvrages immortels d'un magistrat au-dessus de tout éloge, qui sentait l'étendue des devoirs et la force de la suprême dignité qu'il occupait3 qui sut en faire le sacrifice dès qu'il s'aperçut que Ton voulait en gêner les fonctions, et dVprès lequel on a |ugé tous ceux qui ont osé s'asseoir sur ce même tribunal, sans avoir son courage ni ses lumières (i).

Le Président Hbnault. Histoire de France,

Philippe n.

Païupf B II s^était mis en garde contre les innovations religieuses, par les échafauds et les bâchers| contre les privi-

(1) Vqj«k \m leçons Uuine9 modeinoê » t. 1, mèa» sHici.

UgesieêeB sujets et leur esprit d'indëpendanee; par an des-* potisme qui abattait toatce qu'il ne pbuvait niveler j contre ses remords^ par sa superstition et sa soumission au Pape. Insensible et dur^ il n'avait pas eu de peine à se faire une fausse conscience 5 dans le long cours d'un régne malfaisant^ il fut toujours triste et ne parut jamais agite. Il se faisait un mérite de repousser des plaisArs qui n^eussent été qu'une fatigue pour lui , et s'enorgueillissait de son amour pour le travail^ quels qu'en fussent les résultats. Il J>euplait sa Cour de délateurs ; et les Etats voisins d'espions 5 l'Europe avait toujours à craindre quelque calamité nouvelle^ chaque fois qu'un galion du Mexique entrait dans les ports d'Espagne. Aussi sévère dans sa magnificence que dans l'habitude de son visage^ il paraissait non protéger^ mais tolérer les lettres et les beaux arts. Quoi qu'on ait dit de ses projets de Monarchie universelle; il songeaitplutôtà Uoubler les Etats qu'à les conquérir. Ilcroyait sa volonté grande et forte; parce qu'elle était opiniâtre | il voulait qu'au dehors comme au dedans sa volonté Ait faite 5 enfin; il crut régner comme un représentant de Dieu ; et les peuples l'appelèrent le démon du Midi (1). Charles Lacubtellb. Histoire de France, pendant les guerres de religion,

Henri de Guise» chef de la Ligue*

Tout ce que Henri de Guise avait de brillantes qualités^ et même de vices ; concourait à en faire un puissant chef de parti. Sa taille était haute ; sa démarche aussi aisée qu'imposante; ses traits r^liers brillaient dès sa première jeunesse d'une beauté virile; il déployait autant de vigueur que d'adresse dan» tous les exercices. Quoiqu'il fût consommé dans l'art de feindre; ses yeux pleins de feu sera-

(i) Voyez les Leçons Zaïines modernes, t. I, mèmc an jet,

$go CARACT&HKS OU POSTRAITS,

bkieot iielvftT avee frandiiie , ou la bain^ ou ramitt^; lors même qu'il exoiuii des discordes, il avait le maio'* tien d'un oonoUiateur, la supmorité d^un arbitre. Il se faisait pardonner son orgueil par un enjouement plein de grâces. En s'établissant le vengeur de la Religion, il affie»* tait de ne montrer que celle d'un soldat, d'un cheiflalierj il s^avouait vindicatj||^; et prëconitait la vengeance eamrae l'attribut des bellee âmes. Ce meurtrier de Goligny por<« tait l^èrement le poids de son crime : il n'était plua de sommeil pour celui qui avait ofiEenaë le Duc de Guise; •a mémoire paraissait aussi grande pour les services que pour les ia|ureSf Ses dons, quoique semés par une am* bition savante, paraiasaient toujours versée par une bonté facile; son élocuUon avait de Tédat et de la force; la profondeur de $es passions, la vivacité de ses pensées, lui faisaient rejeter, soit les omemens pédantesques, soit les puérils jeux d'esprit qui corrompaient alors toute élo« quence. Il écoutait bien, et cependant ne prenait jamais conseil que de lui^^méme (i).

Lnnâm*

Les Ducs de GuiaCt

La maison de Lorraine est une de ces grandes familles historiqnes qui, sans avoir porté la couronne, se présentent aux regards de la postérité avee toute la puissance et toute la majesté d'une dynastie : tige hardie, vigoureuse et féconde?^ qui «'élemii Ul baut^ur du trône, le dépassa quelquefois, et qui» ^prè^ avoir couvert de ses rameaux toutes les avenues de la grandeur et de la gloire, languit abandonnée sur la terre d'exil t ou ne revit le sol de la France que pour briller un moment dans des fêtes mythologiques, et disparaître enfin sans retour! Certes, il y a loin de ces premiers ducs de Guise

(0 Voyez en ven^

quif tour à tour l'effroi ou le soutien de la CQuronue^ tenaient dans leurs mains les destinées de TËtat, au dernier prince de leur race , mourant inconnu dans .son hôtel; mais quatre-vingts ans passés i gsgfierdes batailles, à ourdir des conspirations , à remuer des trÔD«s , épuis^Qt le sang le plus généreux ; et d'ailleius les temps et les rois avaient changé sur leur passage ; la pusillanimité des Talois avait fuit place i la fermeté de Henri IV; le cardinal de Richelieu avait osé proscrire le chef d^uae maison qui était demeurée un Etal dans l'Etait ^t Louis XIV ne permettait aux héritiers du nom de Guise que de commander dans des carrousels , ou de le suivre en volontaires à ses conquêtes.

Il est heureux peut-être que le Ciel aijt épargné i la terre le nombre des hommes tels que les Cruises. « Pour « qu'un honune soit au-dessus de Thumanité, dit Mon- « tesquSeu, il en coûte trop cher aux autres. » Cependant, lorsque dans la grande galerie du château d'£u on contemple ces nobles figures; lorsque Ton voit ce yieux Claude de Lorraine, avec sa lourde cuirasse, sa longue épée teinte de sang à Marignan, et ses «.glorieux fik pottr* cortège et pour appui ; lorsqu'on voit ce François de Lorraine, rival de Charles*Quint et vain* quem* des Anglais } ce cardinal , ontenr éloquent, prince galant et magnifique, prêtre asnhitîaux et cruel iç Maria Stuart^ ange de doufeUr et de poésie , dont la téta char** mante port^ nne couronne et tomba ao«s la hachtt.da boufreau ; ce Balafré^ dont i'attdafia étah. une seooado royauté ; Catherine de Montpensîer , avec Bas.ciot,au» «a flou poignard; Charlet.de Lorraine^ l*éltt de laLigno^ i^xpiant dans Texil sa royauté d'un }Our; son fils enfin ^ chevalier si aventureux, héros de la fiable dans les tour*

nois, héros de roman dans les fiistes de la galanterie

lorsque, entouré de tous les membres de cette noble et vaste famille, on se rappelle que, dans ce nombre, Tun a élevé ces anciennes murailles ; que phi^ieurs les ont

Sga CAftACTÈREâ OU PORTRAITS,

habitëes; que presque tous ont port^, eu même tem(Vs que le titre de ducs de Guîse, celui de comtes d*Eu; que, pour rendre la justice à leors vassaux , ils allaient s^as-^ seoir sous ces arbres séculaires qu'on aperçoit des fe-^

nêtres du cMteau on est saisi du désir d'interroger

ces yieux témoins, de leur demander compte de ce qu'ib ont TU, de ce qu*ik ont entendu; et, suppléant à leur silence par la pensée , on repasse le rtit si dramatique des Guises , et on éprouye le besoin de rassembler les grandes pages de leur histoire, comme une auguste main a pris soin de réunir leurs images dans une même galerie.

J. Vatout, conseiller d'Etat, premier biblio* thécaire du Roi. Somftmr» historupieâ des Résidences royales de France^ châtemu d'Eu.

Sully.

On ne oonnaltiait point Sully tout entier^ si l'on ignorait que ses vertus Calèrent ses talens. Dans set llémoirea; en traçant les qualités morales que doit avoir rhomme d'Etat^ il traoe lui*mérae sob portrait sans s'en apercevoir* On y voit la aainfeelé des mœursy râoignement du luxe, oe Dourage stoïque qui dompte la nature ^ qai résiste à la volnptié^ et se refuse atout ce qui peut énerver Pâme. Sully avait adoptié ces vertus autant par principe que par caractère* A la Cour; il oenserva Fantiqne frugalité dea camp. Les riches voluptueux eussent peut-être dé* daigné sa taUcj mais lesduGuesdinetlesBayardsersient venus s'y asseoir à côté de lui. Le travail austère rein* plissaitsesjournées.Cfaaque portion de temps éuit marquée pour chaque besoin de PElaté Chaque heure ^ en fuyant y portait son tribut à la patrie. Ses délassemens même avaient je ne sais quoi de mâle et de sév^ère. C'était du

repqsAai^s iadolenoe^ et du plaisir ^ans mollesse. L'éco* Domie dçi^esti^ae Favait formé à cette ëcoaomie publique qui devint le salut de PEtat. Ses ennemis louèrent sa probité. Sa j[ustice eàt ëtonné un siècle de vertu. Sa fidélité brilla parmi des rebelles.

Après la mort de son maître^ on put le persécuter, mais on ne put réussir à en faire un mauvais citoyen. U resta sujet malgré la Cour. Il servit la Reipe qui ropprimait. En entrant dans les finances; il ne craignit point de donner à la nation la liste de ses biens; en sortant de place | il osa défier son siècle et la postérité. Les presens^u'on lui offrit pour le corrompre n'avilirent que ceux qui les lui offraient. CSomme ministre , il ne refut rien des sujets; comme sujet, il ne reçut de son maître que ce qui éuit empreint du sceau des lois. On a déjà vu aa fermeté dans ses devoirs. La France se ligua contre lui pour Tempêcher de sauver la France : il résista à tout; il eux le courage d'être haï. La noblesse, qui n'inspire que de la vanité aux petites ftmes, lui inspira l'orgueil des grandes choses. Jamais on ne porta si loin ce vieil honneur, dont l'enthousiasme fit nos antiques chevaliers. Il dut avoir des calomniateurs et des jaloux : il terrassa la calomnie par ses vertus; il humilia l'envie par ses succès. Il se vengea de ses ennemis, car il ne perdit aucune occasion de leur faire du bien. Les méchans trouvaient en lui une âme in« flexible et rigide; les malheureux y trouvèrent une âme sensible et compatissante. Dans la religion, sélé sans fiinatisme et tolérant sans indifférence, il éuit l'organe du Roi auprès des protestans, il était Iç protecteur des catho^ liques auprès du Roi : il fut adoré à Genève, il fut estimé dans Rome.

Bon époux, bon maître, bon père de famille, il donna un plus grand spectacle; il fut Fami d'un Roi 1 0 Henri IV ! ô Sully! ô doux épanchemens des cœursl soins conso- Uns de l'amitié! c'était auprès de Sully que Henri IV allait oublier ses peines; citait à lui qu'il confiait toutes

ses douleurs. Les larmes tfan grand homme coulaient dans le sein d'un araî. La franchise guerrière et la douce famUiarilë assaisonnaient leurs entretiens. Il n'y avait plus de sujet, il n'y avait phts de Roi 5 l'amiti* avait fait disparaître les rangs. Mais cette amitié si tendre éuît en même temps courageuse et sévère de la part de Sully. A travers les murmures flatteurs des courtisans, Sully faisait entendre la voix de la v^rit^. Il estimait trop Henri IV, il s'estimait trop lui-même, pour parler un autre langage. Tout ce qui eût avili l'un et corrompu Pautre, était indigne de tons deux : aussi osa-t-il souvent déplaire i son maître.

Je n'entrerai point dans le déuil de ses actions et Je ses paroles. Il en est qui ne sont pas faites pour être senties dans les siècles corrompus. Les âmes faibles les appelleraient téméraires -, les âmes basses les jugeraient criminelles; mais rhommc vertueux les honorera toujours comme il le doit. Je n'ajouterai plus qu'un mot, c'est que l'idée seule de Sully était pour Henri IV ce que la pensée de l'Etre Suprême' est pour Fhomme juste, un frein pour le mal, un encouragement pour lé bien (i).

Trohas. Eloge âe Sully.

Bedmar.

Lb marquis de Badmar est Pîin des plus puissans génies que FEspagneait jamais produits. On voit, par les écrits qu^l a laissés, qu'il possédait tout ce quUI y a dans les historiens anciens et modernes qui peut former un homme extraordinaire. Il comparait les choses qu'il racontait avec celles qui se passaient de son temps. Il observait exactement les différences et les ressemblances des affaires,

(r) Voyez plus haut. Tableaux, Sully dans la retraite, et ddesROtts le pnmllèle de Colbert et SuUr*

ET PARALUËLBâ. 5^

êi éômUen ce qu^eUes ont de difiërent ch&nge ce qa^élles ont de semblable. Il portait d'ordinaire son Jugement sur PiMUe d^utte entreprise; aussitôt qu'il en savait le plan et lelB fondemens. 8*il trouvait par la suite qu'il n'eût pas devine; il remontait à la source de son erreur ^ et tâcliaU de découvrir ce qui l'avait trompa. Par cette ëtude, il avait compris quels sont les voies sdres, les véritables mojtns et les circonstances capitales qui présagent un bon succès aux grands desseins ^ et qui les font presque tou^ jours réussir. Cette pratique continuelle de lecture ^ de méditation et d'observation des choses da monde ^ Tavalt élevé à un tel point de sagacité , que ses conjectures sur l'avenir passaient presque, dans le conseil d'Espagne, pour des prophéties.

A cette connaissance profonde de la nature des grandes affaires; étaient joints des talens singuliers pour les ma^ nier j une facilité de parler et d'écrire avec un agrément inexprimable; un instinct merveilleux pour se connaître en hommes 3 un air toujours gai et ouvert, où il parais* sait plus de feu que de gravité , éloigné de la dissimulation jusqu'à approcher de la naïveté; une humeur libre et complaisante; d'autant plus impénétrable; que tout le monde croyait la pénétrer* des manières tendres, insinuantes et flatteuses ; qui attiraient le secret des cœurs les plus difficiles k s'ouvrir; toutes les apparencesd'une extrême liberté d'esprit dans les plus cruelles agitations.

Saint- RÉAi. Conjuration contre Venise.

Walstcm.

Albbi\t WAtSTKtN eut l'esprit grand et hardi , mais inquiet et ennemi du repos ; le corps vigoureux et haut, le visage plus majestueux qu'agréable. Il fut naturellement fort sobre ; ne dormant quasi point, travaillant toujours, sttpporunt aisément le froid et la faim , fuyant les délices ,

et sarmontant les. incommodités de la goutte et de Vigà par la tempëranoe et par Texercioe ; parlant peu ^ pensant beaucoup f écrivant lui-même toutes ses affidresj vaillant et judicieux à la guerre, admirable à lever et à faire sttb« sister les armées , sévère à punir les soldats ^ prodigue à les récompenser^ pourtantaveo choix et dessein; toujours ferme contre le malheur^ civil dans le besoin; d'ailleurs orgueilleux et fier; ambitieux sans mesure; envieux de la gloire d'autrui^ jaloux de la sienne; implacable dans la haine , cruel dans la vengeance , prompt à la colère ; ami de la magnificence ^ de Fostentation et de la nouveauté ; extravagant en apparence ^ mais ne faisant rien sans dessein ^ et ne manquant jamais de prétexte du bien public, quoiqu'il rapportât tout à l'accroissement de sa fortune ; méprisant la religion^ qu'il fiûsait servir à la politique ; artificieux au possible^ et principalement à paraître dés* intéressé; au reste ^ très-curieux et très-dairvoyant dans les desseins des autres, très-avisé à conduire les siens, surtout adroit à les cacher, et d'autant plus impénétrable, qu'il affectait eu public la candeur et la liberté, et blâmait en autrui la dissimulation dont il se servait en toutes choses.

Cet homme, ayant étudié soigneusement la conduite et les maximes de ceux qui, d'une condition privée, étaient arrivés à la Souveraineté, n'eut jamais que des pensées vastes et des espérances trop élevées, méprisaut ceux qui se contentaient de la médiocrité. En quelque état que la fortune l'eAt mis, il songea toujours à s'accroître davantage ; enfin , étant venu à un tel point de grandeur qu'il n'y avait que les Couronnes au-dessus de lui, il eut le courage de songer à usurper celle de Bohême sur l'Empereur; et, quoiqu'il sût que ce dessein était plein de péril et de perfidie, il méprisa le péril qu'il avait surmonté, et crut toutes ses actions honnêtes, outre le soin de se conserver, en les faisant pour régner.

SARRâsiN. CoiijurttiiQn de fVahtein»

Le Cardinal de Richelieu.

DÉJÀ; pour rhonneur de la France ^ était entré dans Fadministration des affaires un homme plus grand par son esprit et par ses vertus ^ que par ses dignités et par sa fortune ; toujours employé ; et toujours au-dessus de ses emplois j capable de régler le présent et de prévoir favènir; dVssurer les bons événemens et de réparer les mauvais; vaste dans ses desseins ; pénétrant dans ses conseils ; fuste dans ses choix ^ heureux dans ses entreprises^ et; pour tout dire en peu de mots, rempli de ces dons excellens que Dieu fait à certaines âmes quMl a créées pour être maîtresses des autres ^ et pour faire mouvoir ces ressorts dont sa providence se sert pour élever ou pour abattre ; selon ses décrets éternels , la fortune des Rois et des Royaumes (i).

Flbgbibu. Oraisons funèbres.

Même sujet.

Si Fod s^obstine à admirer Louis XI pour avoir abattu les grands vassaux et étendu les prérogatives de la Royauté^ je répondrai quMl est un homme dont la gloire en ce genre a fait disparaltre^celle de Louis XL Cet homme estRiche* lieu. En effet , Forgueil des seigneurs féodaux ne fut pas tellement humilié par Louis XI , qu'il ne troublât longtemps la France après lui. Richelieu seul affermit le trône sur les débris de Fanarchie féodale. Mais que sa marche est plus grande et plus imposante ! Comme ses moyens sont plus hardis ; ses ressources plus fécondes ^ et ses coups plus assurés 1 II ne craint point d'annoncer sa ven-

(1) Voyez en vers, CaraetJères ou Portraits; et les leçons Latines modernes, t. T, même sajet.

geance avant de frapper ses victimes. Ses artifices même ont quelque chose de grand qui suppose le courage.

D'ailleurs^ Richelieu , qu'un seul coup d'œil peut pr^ cipiter au fond des cachots où il plonge ses ennemis, nous interesse comme un homme fort et courageux qui se livre à tous les dangers^ et se confie à sa fortune. Sa vie est un comhat éternel 3 toutes les scènes en sont animées , et tous les tableaux en contraste. Il est forcé de combattre à la fois la puissance de ses nombreux ennemis et la faiblesse de son mattrq : toujours près de sa chute, en préparant celle des autres, il a besoin d'être courtisan, même quand il est Roi.

Ce mélange de souplesse et d'audace , ces dangers qu'il éprouve , et cette terreur qu'il inspire sans jamais la ressentir, rénergie de son âme qui résiste aux soufirances d^un corps usé par les maladies, cette ambition qui ne trouve aucune gloire ni au-dessus ni au-dessous d'eUemémc} tout dans Richelieu imprime l'étonnement ou commande Tadmiration. Un tel caractère est précisément l'opposé de celui de Louis XI (i).

Db Fontanes.

Cramw«U.

Un homme s*est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable 5 hypocrite raffiné autant qu'habile politique j capable de tout entreprendre et de tout cacher 5 également actif et infatigable dans la paix et dans la guerre; qui ne lî^issait rien à la Fortune de ce qu'il pouvait lui ôler par conseil et par prévoyance , mais au reste si vigilant et si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué les occasions qu'elle lui a présentées 3 enfin , un de ces esprits remuans et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde.

(1) Voyei les Leçons Latinu modmnn^ 1. 1, oéisw iuiet.

S^TPARALLiS^LKS. S99

Que le sort de tel» espriu aat hMardfMX; «t cpiHl «a parait dans rhiato^re à qui leur audace a été funeste I Mais au^si que ne sout-ils paa^ quand il platt à Dieu de ,&^(^n sentir ,1 II fut douné à c^oi-Qi de tromper le» peuples et de prévaloir contre les Kois, Car; comma il eut aperçu q^ue^ dans ce mélange infini de sectes qui n'avaient plus de règles certaines^ le plaisir ^e dogmatiser , sana être i;epris ni contraint par aucune autorité ecclésiastique ni séculière, était le charme qui. possédait les esprits , U sut si bien 1^ 'Concilier par-là; quil fit un corps redoutable de c^t {assemblage monstrueux..

Quand nnp fois on a trouvé le moyen, de pre^çidre la inuUitu4p, par l^ppât de la liberté; elle suit en aveugle, pourv|i qu^.ej^lç en entende seulement le nom. Ceux*oi| pc«m)^, du . pr^^^ ^^^^ ^^' ^ ^^^^ transpprMb, allaient tau)purs.; • «ans regarder qi^Uls allaient à la servir tud^i et leuf. subtil copdMQteur; qui, en combattant; en dogmatisant , en mêlant mille personnages divers , eH faisant le docteur et le prophétie , aussi bien que le soldat et le capitaine; vît qu'il avait tellement enchanté le monde; qu'il était regardé de toute l'armée comme un chef envoyé de Dieu pour la protection de l'indépendance; commença à s'apercevoir qu'il pouvait encore les pousser plus loin. Cétait le conseil de Dieu d'instruire les Rois. Quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être Pinstramentdeses desMrinS; rien n'en arrête le cours : ou it enchaîne; *ou il aveugle; ou il dompte tout ce qui est capable de résistance.

BosauBT. Oraisons funèbres.

Mazarin.

•>♦''':' BitA, p«upl«)Mnitiett d'une miBorîté et dHine Régence' tumultueuses; s'était élevé à la Cour un de ces hommes en qui Dieu met ses doas d'intelligence et de conseil; et

6oo CARACTÈKES OU PORTRAITS,

qaMl tire de temps en temps des trësors de sa prôyld«nee pour assister les Rois et pour gouverner les Royaumes. Son adresse à concilier les esprits par des persuasions effi* caces^ à préparer les événemens par des n^ociations pressées ou lentes , à exciter ou calmer les passions par des intérêts et des vues politiques, à faire mouvoir avec habileté les ressorts de la guerre ou dé la paix y Pavait fait regarder comme un ministre non seulement utile , mais encore nécessaire. La pourpre dont il était fevétu ^ la capacité qu^il fit voir^ et la douceur dont il usa^ après plusieurs agitations ^ le mirent enfin au-dessus de Tenvie; et, tout concourant à sa gloire ^ le Ciel même faisant servir à son élévation et sa faveur et ses disgrâces y il prit les rênes de l'Etat : heureux d'avoir aimé la France comme sa patrie ; d'avoir laissé la paix aux peuples (alignés d'une longue guerre, et plus encore d'avoir appris l'art de régner et les secrets de la royauté au premier Monarque du monde (i) 1

Flbchibr. Oraisons funibres.

Le Cardinal de Retz.

Puis-jB oublier icelui que je vob partout dans le récit de nos malheurs? cet homme si fidèle aux partiouUerS; si redoutable à l'Etat^ d'un caractère si haut qu'on ne pouvait ni l'estimer^ ni le craindre, ni l'aimer, ni le haïr à demi 5 ferme génie , que nous avons vu, en ébranlant l'univers, s'attirer une dignité qu'à la fin il voulut quitter comme trop chèrement achetée, ainsi qu'il eut le courage de le reconnaître dans le lieu le plus éminent de la Chrétienté , et enfin comme peu capable de contenter ses désirs : tant il connut son erreur et le vide des

(1) Voyes les Leçoru £^fine$ modermêft I , néns Mi}et,

ET PARALLELES. 6oi

grandeurs hamained ! Mais pendant quMl voulait acquérir ce quMl devait un jour mépriser ^ il remua tout par de aeerets et puîssans ressorts 5 et; après que tous les partis forent abattus^ il sembla encore se soutenir seul; et seul encore menacer le favori victorieux de ses tristes et intrépides regards. La Religion ^intéresse dans ses infortunes; la ville Royale s^émeut ; et Rome même menace. Quoi donc 1 nVst^ce pas assez que nous soyons attaques au dedans et au dehors par toutes les puissances temporelles? Fant-il que la Religion se m£le dans nos malheurs ; et qu'elle semble nous opposer de près et de loin une auto« rite sacrée?

BossuBT. Oraisons funèbres.

Même sujet. .

Paul DB GoNDi ; Cardinal deKetZ; a beaucoup d^élévatîon; d'étendue d'esprit; et plus d'ostentation que de vraie grandeur. 11 a une mémoire extraordinaire; plus de force que de politesse dans ses paroles ; l'humeur facile , de la docilité et de la firiblesse à souffrir les plaintes et les reproches de ses amis 3 peu de piété ; quelques apparences de relî^on.

Il parait ambitieux sans l'être 5 la vanité et ceux qui Pont conduit lui ont fait entreprendre de grandes choses , presque toutes opposées à sa profession : il a suscité les plus grands désordres de l'Etat; sans avoir un dessein temùé de s'en prévaloir 5 et; bien loin de se déclarer ennemi du Cardinal Mazarin pour occuper sa place; il n'a pensé qu'à lui paraître redoutable; et à se flatter de la fanaae vanité de lui être opposé* Il a su néannkoins profiter avec habileté des malheurs publics pour se iaire Cardinal; il a souffert sa prison avec fermeté ; et n'a dû sa liberté qu'à sa hardiesse. La paresse l'a soutenu avec gloire durant plttsiears années dans l'obscurité d'une vie errante et

6o9 CARACTÈRES OU PORTRAITS,

cachëe. U a conservé rarcbevéçhé de Paris cooitre lapuU* sance du Cardinal Mazarin; mai<; après la mort de ce mi^ nistrc; il s^en est démis ; «ans connaître ce qu'il iaijudt, et sans prendre cette conjoncture pour ménager les iatérets de ses amis et les siens propres. Il est entré dans divers conclaves^ et sa conduite a touJQ|irs augmente sa réputation.

Sa pente naturelle est Toisiveté; U travaille néanmoins avec activité dans les affaires qui le pressent , et il se re*pose avec nonchalance quand elle^ sont finies. Il a une grande présence d'esprit, et sait, tellement tourner à sou avantage les occasions que la fortune lui offre, qu'il semble qu'il les aie prévues et désirées. U aime à raconter 3 il veut éblouir indifféremment tous ceux qui l'écoutent par des aventures extraordinaires, et souvent son imagination lui fournit plus que sa mémoire.

Il est faux dans la plupart de ses qualités 5 et ce qui a le plus contribué à sa r^utation , #st de aavoir donner un beau jour à ses défauta* Il est insensible à la haine et i l'amitié; quelque soin qu'il ait pris de pacaitre occupé de l'une ou de l'autre. U est incapable d'envie et d'avarice i soit par vertu, soil^paz: inapplieatioiit U a plua 0mpn)uiU de ses amis , qu'un particaJlier ne pouvail tapérer 4e pou<> voir leur rendre. Il a senti de la vanité à trouver tant de crédit, et à entreprendre de s^acquitter ) U n'a point de godt ni de délicatesse , il sWuse à tout et ne se plaît i rien; il évite avec adresse de laisser pénétrer qu'il n'a qu'une légère connaissance de toutes choses. La retraite qu'il vieat de (faire est la plus éclatante et la plua fausse action de sa vie> c'est un saerifioe qn^il faità son oifueil, SOUS' prétexte de dévotion ; il quitte la Cour où il ne peut s'attaeher, et il «'éloigne du monde qui s'éloigne de lui.

La- RoCHEVOUOtULD*

ET PARALLELES. 6o3

Même sujet.

On a de la peine à comprendre comment un homme qui pawa sa vie à oabaler n'eut famais de véritable objet. Il aimait Pintrigue pour intriguer : esprit haridi^ délié ^ vaste et un peu romanesque^ sachant tirer parti de Paniorité que son état lui donnait sur le peuple , et faisant servir larMigion à sa politique 5 cherchant quelquefois à se faire un mérite de ce qu'il ne devait qu'au hasard , et ajustant souvent après coup les moyens aux événemens.

Il fit la guerre au Roi 5 mais le personnage de rebelle était ce qui le flattait le plus dans sa rébellion : magni*' fiqne, bel-esprit, turbulent, ayant plus de saillies que de suiter-plus de chimères que de vues , déplacé dans une monarchie , et n'ayant pas ce qu'il fallait pour être repubticatti, parce qu'il n'était ni sujet fidèle ni bon citoyen; aussi vain, plus hardi et moins honnête homme que Cicéron, enfin plus d'esprit, moins grand et moins m& chant que Catiiina.

Ses Mémoires sont très-agréables à lire ; mais conçoiton qu'un homme ait le courage ou plutôt la folie de dire dé liii-mâme plus de mal que n'en eût pu dire son plus grand ennemi? Ce qui est étonnant , c'est que ce même homme , sur la -fin de sa vie , n'était plus rien de tout cela , et qu'il devint doux , paisible , sans intrigue, et l'amour de tous les honnêtes gens de son temps; comme si toute son ambition d'autrefois n'avait été qu'une débauche d'esprit , et des tours de jeunesse dont on se corrige avec l'âge; ce qui prouve bien qu'en effet il n'y avait en lui aucune passion réelle. Après avoir vécu avec une magnificence extrême , et avoir fait pour plus de quatre millions de dettes, tout fut payé, soit de son vivant, soit après sa mort.

La P^résideot WiWïW»

6o4 CARACTERES OU PORTRAITS,

Saiut VîDcenl de Paul.

A la teie de ces prolecleun de rhumanîté souffrante | |e voi» un homme qui a reçu du Ciel le don de l'âocuûon et la sensibilité la plus profonde ^ éloquent à force â*ime et de vertu , fécond en pensées du cœur, et par-là même «paiement sublime et populaire dans ses discours, doué du plus rare courage d'esprit, de la concq^tion des grandes entreprises et de la patience des plus petits détails, d'une imagination hardie et d^un jugement sage, dWe prudence consommée pour discerner l'à-propos des momens opportuns, saisir le point de maturité des proieto utiles, et s'attacher aux établissemens durables ; enfin d'un zèls ardent et inébranlable, d'un attrait de persuasion qui rallie toutes les opinions à ses sentimens, et du talent plus heureux encore et plus rare , d'embraser les cœurs du feu divin , dont il est consumé lui-même. Cet homme anime tout, propose les bonnes œuvres, discute les moyens, indique les ressources y'écarte les obstacles , correspond à la foi» avec le gouvernement, avec les riches , avec les malheureux. Son regard embrasse toutes les provinces; il veille sans cesse pour lapatrie^ il est présenta toutes les calamités; il atteint tous les malheurs par sa bienfaisance; il transporte tous ses auditeurs au milieu des désastres publies; il les entraine dans ce tourbillon de charité qui l'environne, les pénètre de terreur, les fait fondre en larmes , les oppresse de sanglots, leur Ole leur âme pour leur donner la sienne , et cet homme de la Providence est Vincent de Paul, qui, du milieu de son assemblée de charité (i), semble dire, comme

(i) On comptait dans eette respeetsble association Anne d'Autriche, la reine de Pologne, U princesse de Conti» la ducbesM d'Aiguillon, le gênerai de Gondi, le maréchal Faber,la vertuéoae veave Le Gras , née Marilfaac, qui devint la première supcrievre de la Charité, dont* elle prit l'habit, après avoir déposé.

£fr PARALLÈLfiS. 6o&

le Fils de Dieu ^f d'une voix qui est entendue jusqu^aux extrânités du royaume : Venez à mai^ 6 cous qui souffrez, et je çoits soulagerai (i).

Le Cardinal Madbv. Panégyrique de saint Vincent de Paul y 2* partie, pag, 72-78.

Gplbert.

L'ÉOLAT et la prospérité du régne de Louis XIV^ la grandeur du Souverain , le bonheur des peuples , feront regretter à jamais leplusgrand ministre qu'ait eu laFranee. Ce fut par lui que les arts furentportés à ce degré de splen* deur qui a rendu le règne de Louis XIY le plus beau règne de la monarchie j et, ce qui est à remarquer, c'est que cette protection signalée qu'il leur accorda n'était peut-être pas en lui l'effet seul du goût et des connaissances : ce n'était pas par sentiment qu'il aimait les artistes et les savans; c'était comme homme d'Etat qu'il les protégeait , parce qu'il avait reconnu que les beaux-arts sont seuls capables de former et d'immortaliser les grands Empires. Homme mémorable à jamais l ses soins étaient partagés entre réeonomie et la prodigalité; il économisait dans son cabinet 9 par l'esprit d'ordre qui le caractérisait, ce qu'il était obligé de prodiguer aux yeux de l'Europe, tant pour la gloire de son maître que par la nécessité de lui obéir; esprit sage, et n'ayant point les écarts du génie : Par negotiis ne^t^ si^ifrà erat^ (Tacite.) U ne fut que huit jours malade : on a dit qu'il était mort hors de la faveur. : grande instruction pour les ministres (2)!

Le Président Hénavlt#

seule , dans lés laaiiis de saint' Vincent de Paul, plus de dea< millions d'aumônes.

(1) S. Mathieu^ cli. 11 , vers. 38.

(a) Voyrz rn vers , m^mc porlrnit. -*

fkS CARACTÈRES OU PORTRAITS,

Sully et Colbert.

Sully et Colbert (i)! quels nomsl Cest un spectacle intéressant de rapprocher ces deux hommes célèbres, qui font époque dans notre histoire , et peut-être dans celle de PEurope.

Destinés tous deux à de grandes choses , ils furent élevés au ministère à peu près dans les mêmes circonstances. SuUj parut après les horribles déprédations des favoris et les désordres de la Ligue. Colbert eut à réparer les maux qu^avaient causés le règne orageux et faible de Louis XIII, les opérations brillantes, mais forcées de HichelieU; les querelles de la Fronde, l'anarchie des finances sous Mazarin.

Tous deux trouvèrent le peuple accablé d'impôts , et le Roi privé de la plus grande partie de ses revenus ; tous deux eurent le bonheur de rencontrer deux Princes qui avaient le génie du Gouvernement, capables de vouloir le bien, assez coutageux pour l'entreprendre, assez fermes pour le soutenir, désirant faire de grandes choses, l'un pour la France, et l'autre pour lui-même; tous deux commencèrent par liquider les dettes de l'Etat, et les mêmes besoins firent naître les mêmes opérations y tous deux travaillèrent ensuite à accroître la fortune publique. Us surent également combiner la ttature des divers impôts; mais Sully ne sutpas en tirer tout le parti possible; Colbert perfectionna l'art d^établir entre eux de justes proportions.

Tous/^eux diminuèrent les frais énormes de la per« ception, bannirent le trafic honteux des emplois, qui enrichissait et avilissait la Cour, ôtèrent au courtisan tout intérêt dans les fermes. Tous deux firent cesser la confusion qui régnait dans les recettes, et les gains im-

(i) Voyez plus haut leur portrait; et aox Taài9mtx , SuU/ dnu la retraite^

menses que ikisaient les receveurs 5 mais dans toutes ces parties Golbert n'eut que la gloire dMmiter Sully ^ et de faire revivre les anciennes ordonnances de ce grand homme. Le ministre de Louis XIY^ àFexempledeceluideHenri IV, assura des fonds pour chaque dépense 5 à son exemple ^ il réduisit Pintérét de Pargent.

Tous deux travaillèrent à faciliter les communications 3 mais Golbert fit exécuter le canal de Languedoc , dont Sully fa'avait eu que le projet. Ils connurent également fart de faire tomber sur les riches et sur les habitans des villes les remises accordées aux campagnes ; mais on leur reproche à tous deux d^avoir gêné Tindustrie par des taxes. Le crédit, cette partie intéressante des richesses publiques, qui fait circuler celles qu^on a, et qui supplée à celles qu^on n^a pas, parait n'avoir pas été connu par SuUy , et assez ménagé par Golbert. Les gains excessifs des traitans furent réprimés par tous les deux ; mais Sully connut mieux de quelle importance il est pour un Etat de rapprocher les gains des finances de ceux qu'on peut faire dans les entreprises de commerce ou d'agriculture.

Les monnaies attirèrent leur attention 5 mais âuUy n^apcrçut que les maux, ou ne trouva que des remèdes dangereux ) Golbert porta dans cette partie une supériorité de lumières qu'il dut à son siècle autant qu'à lui-même.

On Içur doit à tous deux l'éloge d'avoir vu que la réforme du barreau pouvait influer sur l'aisance nationale 3 mais davantage des temps fit que Golbert exécuta ce que Suily ne put que désirer. L'un , dans un temps d'orage et sous un Koi soldat, annonça seulement à une nation guerrière qu'elle devait estimer les sciences ; l'autre , ministre d'un Roi qui portait la grandeur jusque dans les plaisirs de l'esprit, donna au monde l'exemple, trop oublié peut-Atre , d'honorer, d'enrichir et de développer tous les lalens. Sully entrevit le premier l'utilité d'une marine 3 c'était beaucoup en sortant de la barbarie 3 nous nous souvenons que Golbert eut la gloire d'en créer une.

6o8 CARACTERES OU PORTRAITS,

Le conunerce fut protégé par les deux miaislres^ maU VvLU voulait le tirer presc[ue tout entier du produit des terres y Pautre des manufactures. Sully préférait avec raison celui qui , étant attaché au sol, ne peut être partagé ni envahi , et qui met les étrangers dans une dépendance né<|essaire5 Colbert ne s'aperçut pas que Fautre n'est fondé que sur des besoins de caprice ou de goût^ et qu'il peut passer, avec les artistes, dans tous les pays du monde. Sully fut donc supérieur à Colbert dans la connaissance des véritables sources du commerce 5 mais Colbert l'emporta sur lui du côté des soins, de l'activité^ et des calculs politiques dans cette partie; il l'emporta par son attention à diminuer les droits intérieurs du Royaumci que Sully augmenta quelquefois ^ par son habileté à combiner les droits d'entrée et de sortie : opération qui est peut-être un des plus savans ouvrages d'un législateur, et où la plus petite erreur de conîbinaison peut coûter des millions à l'Etat.

n sera difficile d'égaler Colbert dans les détails et les grandes vues du commerce 5 il sera difficile de surpasser Sully dans les encouragemens qu'il donna k l'agriculture. Ce n'est pas que Colbert ait négligé entièrement cette partie importante. N'exagérons pas les iautes des grands hommes^ et n'ayons pas la manie d'être toujours extrêmes dans nos censures, comme dans nos éloges. Colbert, à l'exemple de Sully , voulut faire naître Taisance dans les campagnes j il diminua les tailles j il prévint, autant qu'il put, les maux attachés à une imposition arbitraire 5 il protégea par des règïemens utiles la nourriture des troupeaux, il encouragea la population par des récompenses ; mais , faute d'avoir permis le commerce des grains , tant d'opérations admirables furent presque inutiles; il n'y avait point de richesses réelles : l'Etat parut brillant, et le peuple fut malheureux; l'or que le trafic faisait circuler ne parvenait point jusqu'à la èlasse des cullivaleiirs ; le prix des grains baissa sans cesse, et l'on

finit ^r la disette. Tek furent et les principes et les succès, diffërens de ces deux grands hommes.

Si maintenant nous comparons leur caractère et leur talent 9 nous trouverons que tous deux eurent de la justesse et de Pélendue dans l'esprit^ de hi grandeur dans les projets^ de Pordre et de l'activité dans Pexécution; mais SuUy peut^tre saisit mieux la masse entière du Grouvemement; Colbert en développa mieux les détails. L'un avait plus de cette politique moderne qui Calcule; l'autre, de cette politique des anciens l^slateurs, qui voyaient tout dans un grand principe. Le plan de Colbert était une machine vaste et compliquée , où il fallait sans cesse remonter de nouvelles roues ^ le plan de Sully était simple, uniforme, comme celui de la nature. CSolbert attendait plus des hommes 5 Sully attendait plus des choses. L'un créa des ressources inconnues à la France ; l'autre employa mieux les ressources qu'elle avait. La réputation de Colbert dut avoir d'abord plus d'éclat; celle ^ Sully dut acquérir plus de solidité.

A l'^rd du caractère , tous deux eurent le courage et la vigueur d'âme, sans laquelle on ne fit jamais ni beaucoup de bien ni beaucoup de mal dans un Etat : mais la politique de l'on se sentit de l'austérité de ses mœurs; celle de l'autre, du luxe de son siècle. Ils eurent la triste conformité d'être haïs, mais l'un des grands ^ l'autre du peuple. On reproche de la dureté à Colbert, delà hauteur à Sully : mais si tous deux choquèrent des particuliers , tous deux aimèrent la nation. Enfin, si ou examine leurs rapports avec les Rois qu'ils servaient, on trouvera que Sully faisait la loi à sou maître, et que Colbert recevait la loi du sien; que le premier fut plus le ministre du peuple, et le second plus le ministre du Koi; enfin , d'à* près lès talens des deux Princes , on jugera que Sully dut quelque chose de sa gloire à Henri IV, et que Louis XIY dut une partie de la sienne à Colbert.

TaonAS. Eloge de Sully.

6io CARACTÈRES OU PORTRAITS,

LOUTOIJ.

{^mroia était «4 avoe de griAd» itimêy f«i «vaiwt prinoipalement la guerre pour dbjel t il rétablit Tordre et la discipline dana les armées « aieai quVvait faitOaUieft dans las finanoea. Mieux infomé loavmt qme le Général IttirinAme) aussi attentif à réoQmpenser qu'à puair; éoftp nome et prodigue suivant les oirooastaneea^ prévoyant tout; et ne nageant rien 3 joignant aux vues promptes et étendues la scienee des détails; profondément seeret; formant des entreprises qui tenaient du prodige par leur exécution subite^ et dont le suocàs n'était famais ineer*tain, malgré la foule des combinaisons nécessaires qui devaient y concourir : Finstruotion , donnée au maréchal d'Sumières pour le siège de Gand^ fut régulée comme un chef^'oeuvre dans son gmire. Mais il edt été à souhaiter qu'il n'eût pas porté trop loin le aèle pour la^oire de son maître ; et que^ se contentant de voir le Aei devenu Pdbjet du respect de l'Europe, il n'eût pas voulu eneore qu'il eu devint la terreur (i).

Le Présidant Bin aum.

Turenne.

TuiîENNE; si célébré; si regretté par nos aîeux^ et dont nous ne prononçons pas encore le nom sans respect 5 qui; dans le siècle le plus fécond en grands hommes ^ n'eut point de supérieur ; et ne compta qu'un rival 5 qui fut aussi simple qu'il ét^it grand; aussi estimé pour sa probité que pour ses victoires ; à qui on pardonna ses fautes ; parce qu'il n'eut jamais ni l'affecUtion de ses vertus ni celle de ses taleus; qui; en servant Louis XIT et I9

(i) Voyez en vers^ même portrait.

ET PARALLELES. 6tt

PmbI«») Mt êétt veut i combattre le ministre de Louis XIV^ et fut hai'àë Louvois^ comme admire de FEuropcj le '9tttl iiomme^ depuis Henri IV, dont la mort ait été regarda eottme oùe calamité publique par le peuple 3 le •cul; depuis du Guesdtn, dont la cendre ait été jugëé digne d'être mélde k la cendre des Bois , et dont le mausolée aFt%ire pins nos regards que celui de beaucoup de Souverains dont il est entoure, parce que la renommée suit les vertus, et non les rangs, et que Pidëe de la gloire est toujours flspérieure à eéie de la puissance (i).

TnonAS. Essai sur ies Eloges,

Turenne et Condé.

Ça été, dans notre siècle, un grand spectacle de voir, dans le même temps et dans les mêmes campagnes , cçs deux hommes que la voix commune de toute FEurope égalait aux plus grands capitaines des siècles passés, tantôt à la tête de corps séparés, tantôt unis, plus encore par le concours des mêmes pensées, que par les ordres que Finférieur recevait de Pautre 3 tantôt opposés front à front, et redoublant, Pun dans l'autre, Pactivité et la TigilancC; comme si Dieu, dont souvent, selon PEcriture, la sagesse se joue dans Punivers , eût voulu nous les montrer en toutes les formes, et nous montrer ensemble tout ce qu*il peut faire des hommes. Que de campemens, que de belles marches, que de hardiesse, que de précautions^ que de péfils . que de ressources l Vit-on jamais en deux hommes les mêmes vertus , avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires?

L^un paraît agir par des réflexions profondes , et Pautre par de soudaines illuminations : celui-ci par conséquent plus vif, mais sans que son feu eût rien de précipité ; celui-là d'un air froid, sans jamais avoir rien de lent, plus

(i) Voyez les Zeçons Latines modernes.

€i2 CARACTÈRES OU IK>RTRA1TS,

hardi à faife qu^à parler^ r^lu et «Ucecma^^u dedans, lors même quUl paraissait embarrasse au debors. Vnn , dès quUI parait dans les arm^s, donne une haute id^* de sa valeur; et fait attendre quelque chose d'extraordinaire , mais toutefois s'avance par ordre , et vient comme par degrés aux prodiges qui ont fini le cours de sa vie ; Pautre , comme un homme inspire, dès sa. première bataille , s'égale aux maîtres les plus consommés. L'un , par de vifs et continuels efforts, emporte radmiration du genre humain , et fait taire l'Envie; l'autre Jette d'abord une si vive lumière, qu'elle n'osait l'attaquer. L'un enfin, parla profondeur de son génie et les incroyables ressources de son courage, s'élève au-dessus des plus grands périls, et sait même profiter de toutes les infidélités de la fortune; l'autre , et par l'avantage d'une si haute naissance, et par ces grandes pensées que le Ciel envoie, et par une espèce d'instinct admirable dont les hommes ne connaissent pas le secret, semble né pour ent/ainer la fortune dans ses desseins , et forcer les destinées.

Et, afin queron vit toujours dans ces deux hommes de grands caractères, mais divers, l'un, emporté d'un coup soudain, meurt pour son pays, comme un Judas le Machabée; l'armée le pleure comme un père , et la Cour et tout le peuple gémissent; sa piété est louée comme son courage, et sa mémoire ne se flétrit point par le temps : l'autre, élevé par les armes au comble de la gloire comme un David, comme lui meurt dans son lit, en publiant les louanges de Dieu , et intruisant sa famille , et laisse tous les cœurs remplis tant de Téclat de sa vie , que de la douceur de sa mort. Quel spectacle de voir et d'étudier ces deux hommes, et d'apprendre de chacun d'eux toute Testime que méritait l'autre (i)!

BossuBT. Oraisons funèbres^

(i) Voyei en vers j et [e$ Leçons ZatincM modernes, même parallèit:. «

ET PARALLÈLES. 6i3

Vauban.

Jamai$ les traits de la simple nature n'ont éié mieux marques qu'en lui, ni plus exempts de tout mélange étranger. Un sens droit et étendu , qui s'attachait au vrai par une espèce de sympathie , et sentait le faux sans le discuter, lui épargnait les longs circuits par où les autres marchent; et d'ailleurs sa vertu était, en quelque sorte ^ un instinct heureux, si prompt, qu'il prévenait sa raison. Il méprisait cette politesse superficielle dont le monde se contente ^ et qui couvre souvent tant de barbarie ; mais sa bonté , son humanité , sa libéralité lui composaient une autre politesse plus rare, qui était toute dans son cœur. Il seyait bien alors à tant de vertu de négliger des dehors qui, à la vérité, lui appartiennent naturellement, mais que. le vice emprunte avec trop de facilité.

Souvent M. le maréchal de Vauban a secouru, de somnaes assez considérables, des o£Bciers qui n'étaient pas en état de soutenir le service ; et , quand on venait à le savoir , il disait qu'il prétendait leur restituer ce qu'il recevait de trop des bienfaits du Koi. Il en a été comblé pendant le cours d'une longue vie, et il a eu la gloire de ne laisser en mourant qu'une fortune médiocre.

Il était passionnément attaché au Roi : sujet plein d'une fidélité ardente et zélée ^ et noUement courtisan, il aurait infiniment mieux aimé servir que plaire. Personne n'a été si souvent que lui, ni avec tant décourage, l'introdiieteur de la vérité; il avait pour elle une passion presque imprudente, et incapable de ménagement. Ses mœurs ont tenu bon contre les dignités les plus brillantes , et n'ont pas même combattu. En un mot, estait un Romain qu'il semblait que notre siècle eût dérobé aux plus heu* reux temps de la république (i). Fontbnbllb.

( >) Voyea lei Leçons £aUnéi modernes , même toiet

ei/, CARACTÈRES OU PORTRAITS,

Montauaier et fiossuet.

L'un , ffuné vertu haute et austère, JTune probité audessus de nos mœurs, d'une vërit^ à Tepreuve delà Cour, philosophe sans ostentation ^ chrétien sans faiblesse, courtisan sans passion^ l'arbitre du bon godt et de la rigidité des bienséances, l'ennemi du faux^ Pami et le protecteur du mérite, le zélateur de la gloire de la nation, le censeur de la licence publique^ enfin un de ces hommes qui semblent être comme les restes des anciennes mœurs, et qui seuls ne sont pas de notre siècle, li'autre d'un génie vaste et heureux, d'une candeur qui caractérise toujours les grandes innés et les esprits du premier ordre, l'ornement de l'Episcopat, et dont le clergé de France se fera honneur dans tous les siècles ; un Ëvéque au milieu de la Cour 3 l'homme de tous les talens et de toutes les sciences, le docteur de toutes les Eglises, la terreur de toutes les^ sectes, le Père du dix- septième siècle^ et a qui il n'a manqué que d'Stre hé dans les premiers temps, pour avoît été la lumière des Conciles, l'ime des Pères aiBsembïés, avoir dicté des canons, et présidé àNîcée etàEphèse (i). Massîllon. Oraison funèhre de M. le Dauphin,

. OuUhOM ffl et Lottfs SUT.

Guillaume III laissa U réputation d^un grtnd politique, quoiqu'il n'eût point été populaire^ et d'an géoéral à craindre, quoiqu'il edt perdu beaucaup de batailles. Toujours mesuré dans sa conduite^ et jamaj^ vif ifue dans un jour de combat^ il ne régna paisibLemeQt. en Angle- Ci) Voyes plus bas les portraits de Bossoet, et les Leçoni Latines moé^fmeu

ET. PARALLELES. 6i5

terre ^ que parce qu'il ne voulut pas y être absolu. On rappelait; comme on sait , le stathouder des Anglais j et le Roi des Hollandais. Il savait toutes les langues de TEu* rope p et n'en parlait aucune avec agrément , ayant beau-» coup plus de réflexion dans Fesprit que d'imagination* Son caractère était en tout Fopposé de Louis XIYj sombre ; retiré ^ sévère ; sec^ silencieux autant que Louis était affable. Il haïssait les femmes autant que Louis les aimait. Louis faisait la guerre en Roi ; et Guillaume en soldat, n avait combattu contre le grand Condé et contre Luxembourg^ laissaht la victoire indécise entre Gondé et lui à Senef ; et réparant en peu de temps ses défaites à FlMirus^ à Steinkerque y à Nerwindej aussi fier que Louis XIV) mais de cette fierté triste et mélancolique qui rurale plus qu'elle n^impose* Si les beaux-ans fleu« rirent en France par les soins de son Roi y ils furent négligés en An^eterre^ où l'on ne connut plus qu'une politique dure et inquiète ^ conforme au génie du Prince. Ceux qui estiment plus le mérite d'avoir défendu sa patrie ^ et l'avantage d'avoir aequis un Royaume sans aucun droit de la nature ; de s'y être maintenu sans être aimé , d'avoir gouverné souvefainement la Hollande sans lasub-' jttguer^ d'avoir été l'âme et le chef de la moitié de l'Europe^ d'avoir eu les ressources d'un général et la valeur d'un soldat 9 de n'avoir jamais persécuté personne pour la religion^ d'avoir tnéprisé toutes les superstitions des homtnes y cPavoif été simple et modeste dans ses mœurs ? oeax-«lk sans do«te donneront le nom de Grand à OuiU laume plutôt qu'à L6ufs« Ceux qui sont plus touchés d«e plaiem et dé Vidal ci'um epur brillante, de la magnifia cettee ^ de la prdteotiott donnée auii arts , du «èle pour le bien pttblte^ àë k passion p^ur la gloire ^ du talent de régner 3 qui sont plu4 frappée de eétté hauteur avec laquelle de^ ministres et des généfuttt ntlt ajouté ûêê provinces à la France, sur un ordre de leur Roi ; qui s'étonnent davantage d'avoir va «o atul Etat résister à tant

6i6 CARACTÈRES OU PORTRAITS,

de Puissances 5 ceux qui estiment plus un Roi de Frtnee qui sait donner TEspagne à son petit-fils, qu^un gendre qui dëtrône son beau-père j enfin ^ ceux qui admirent davantage le protecteur que le persécuteur du Rot Jacques, ceux-là donneront à Louis XIY la prëfiSrence (i).

VoLTAinE. Siècle de Louis XIV.

Le Siècle d'Augu5te et le Siècle de Louis XIY.

On a remarque, avec raison, que les régnes d' Auguste et de Louis XIV se ressemblaient par le concours des grands hommes de tous les genres qui ont illustré leurs ir^nes. Mais on ne doit pas croire que ce soit Teffet seul du hasard : et si ces deux règnes ont de grands rapports, c'est quUls ont été accompagnés à peu près dea mêmes circonstances. Ces deux Princes sortaient des guerres civiles, de ce temps où les peuples, toujours armés, nourris sans cesse au milieu des périls , entêtés des plus hardis desseins, ne voient rien où ils ne puissent atteindre; de ce temps où les événemens heureux et malheureux , mille fois répétés, étendent les idées, fortifient Pâme à force d'épreuves, augmentent son ressort, et lui donnent ce désir de gloire qui ne manque jamais de produire de grandes choses.

Voilà comme Auguste et Louis XIV trouvèrent le monde. César s'en était rendu le. maître, et avait devancé Auguste; Henri IV avait coaquis son propre royaume, et fut Païeul de Louis XIV. Même fermentation dans les esprits; les peuples, de part et d'autre, n'avaient été pour la plupart que des soldau, et les capitaines des héros. A tant d'agitation, à tant de troubles intestins succède le calme que produit Pautorité^réunie. Les prétentions des républicains et les folles entreprises

<i) Voyes plus baot» i)Uea¥n*

des séditieux dëtniiles laissent le pouvoir dans les mains d'un seulj et ces deux Princes , devenus les maîtres (quoi« qu'à des titres bien diffërens ) ^ n'ont plus à s'occuper qu'à rendre utile à leurs Etats cette même chaleur qui jusqu'hors n'avait servi qu'au malheur public. Leur génie et leur caractère particulier se ressemblaient encore par- 1&^ ainsi que leurs siècles.

L'ambition et l'ardeur de la gloire avaient été égûe& entre eux : héros sans être tànéraires^ entreprenans sans être aventuriecS) tous deux avaient été exposés aux ^orages de la guerre civile 3 tous deux avaient commandé leurs années en personne; l'un et l'autre avaient su vaincre et^ pardonner. La paix les trouva encore semblables par un certain air de grandeur , par leur magnificence et leur libéralité. Chacun d'eux possédait ce goût naturel ^ cet instinct heureux qui sert à démêler les hommes. Leurs ministres pensaient comme eux^ et Mécène protégeait auprès d'Auguste, ainsi que Golbert auprès de Louis XI V^ tout ce que Rome et la France avaient de génies distingués. Enfin f le hasard les ayant fait naître l'un et l'autre dans le même mois , tous deux moururent presqu'au même &ge $ et; ce qui céntribne à rendre ces règnes célèbres, aucuns Princes ne ruèrent si long-temps.

Par combien de moy^is il fallait que la nature prépaiAt dei|x siècles si beaux 1 Le même fonds, qui avait produit des hommes illustres dans la guerre , produisit des génies sublimes dans les lettres , dans les arts et dans les sciences : Pémulatîon prit la place de la révolte 5 les esprits ; accoutumés à l'indépendance; ne la cherchèrent plus que dans les vues saines de la philosophie. II n'était plus question d'entreprendre sur ses pareils ; il fallut é'en faire admirer ; la supériorité acquise par les armes fat remplacée par celle que donnent les talens de Fesprit^ en un mot, les mêmes eiroonslanoes réunies donnèrent à l'univo's les règnes d^Auguste et de Louis XTV.

Le Président BivAcu.

Charles ÎII et Pierre-le-Grand.

Gfi ftit le 17 juillet 1709 que se donna eeite batsiUle décisive dePuitawa, etttfe les deut plus singulière raonar^ ques qui fussent alors dans le monde : Gharies XII , iUostit^ par neuf annëes de yi6t6ir«s ; Àlexiowit^ , par tieuf années de peines prises p6ur former des troupes égales aut troupes suédoises ! l'un glorieut d'avoir donné des Etats , Fautre d'avoir civilisé les siens : Gharies aimant les dangers, et ne combattant que pour ]a gloire 3 AlexiowîtA ne fuyant point les périls , et ne foiéant la guerre que pour ses intérêts : le Monarque suédois , libéral pat* grandeur d'âme : le Moscovite ne donnant famais que par quelque vue; celui*-là , d'UUe sobriété et d^une continence sans exemple , d'un naturel magnanime , et qui n'avait été barbare qu^une fois 5 celui«-ci, n'ayant pas dépouillé la rudesse de son éducation et de son pays , aussi terrible à ses sujets , qa'admirable aux étrangers , et trop adonné à des excès qui Ont même abrégé sea. jours : Gharies avait le titre d'invincible | qu'un moment pouvait lui éter^ les nations avaient donné à Pierre le nom de Grand, qu'une défkite M pouvait lai h\t€ péfdrey ne le dovant pas & la vioiolra.

' YOLtlfU*

Pierre-le-Crand^ Empereur de Russie.

Piiiitffi-ft»GiuiitD (ut regretta en Russie de tous oaux qa^il avait formés; et Ul giaéttJàoa qui suivit cette des palrttaana de» anciennes mœvtis le regarda bientôt comme •on pèfis. Qoand les étrangers ont vu que tous ses ét«Uîa« semens étalent durables, ib ca\ eu pour lui une admi^ ration constante > «I ib oftt mT«tt44t«'il avait ë«é inspire plutèl 'pcr ttn« tÉfètse Mtraordinaire que par Penvie de

piir6 àtè «hoseë étonnantes. L'Ettit))ié a ro«onna qu'il avait aime la ^oire ^ maii qa^il Tairait mise à fatra da bien) que aeâ défauts n'araient îamaia affi»bM sea grandêê qua» Ittés) quVn lui Phomme eut ses taehes ^ et que le Monarque fut toujours grand. Il a forcé la nature en tout; dans seé s«îcris> dans lui-nénie , et sur la «ernê et sur les eaux 5 mais il Va fbrcée pour l'embeUir^ Les aru^ qvfil a transplantée de ses mains dans des paj» dont plusieurs alors étaient aattira§aa^ ont en fruetifiant rendu témeignage A êon génie et éternisé «a mémoire^ ils paraissent amjourdlHii origi«< nairés dea pays mêmes oè il les à portés. Lois^ poliee^ pdillque^ diacipHnémilitaira^ mariné , eommeroe^ manit<' fiMtui^s^ seienees; beaux-arts ^ tout s'est perfeetionné sèloa sel vues $ et^ par une singularité dont il n'est point d'exemple ; ce sont quatre femmes, montée» Apvès lui sut le tridne, qui ont maintenu tout ee qu'M acheva, et ont pei^feetionné tout ee qùMl entreprit.

GVtt aux hiâtoHeili nAtionauÈC d'entret dans tous leë détails des fondations , des leié , de» guerre» et MtrepHse» de Pierre-le-Grand» Il suffit k un étranger d'avOif essayé de monti^r ee qae fut le grand homme qui apprit dé C3iarlea XII à le Vainore, qui sortit deux fbis de ses EtàU pontf les mieux gonvumer$ qui travailla de aes mains A presque tous leaurts néceisaîres , poni* en donner f exemple à aen p0iq>le^ et qui fufe le fondbteut ut le père de son Empiliez

Charles XII.

Charles XII , Roi de Suède , éprouva ce que la pros- |jiérïté a de plua grande et.oe^ue l'adveesité ji de plus erunl , sans av/o^r été amoUî par Pune ni «élNraBU nn moment par l'autre. Presque toutes ses actions, jusqu'à celles de sa vie privée et unis y ^nÉt été* Men-tofn nu-

delà du vraisemblable. Cest pent-etre le sevl de tous les hommes^ et jusqu'iei le seul de tous les RoU^ qui ait vécu sans faiblesse ; il a porlë toutes les vertus des héros à un exoes où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés*

Sa fermeté , devenue opiniâtre ^ fit ses malheurs dans r Ukraine I et le retînt cinq ans en Turquie; sa libéralité^ d^énérant en profusion^ a ruiné la Suède : um courage, poussé iusqu^à la témérité; a causé sa mort : sa fuetiee a été quelquefois jusqu'à la cruauté; et, dans les dernières années, le maintien de son autorité approckdt de la tyrannie. Ses grandes qualités, dont une seule eût pu immortaliser un autre Prince, <mt fait le malheur de son pays, n n'attaqua jamais pers<mne 5 mais il ne fut pas aussi prudent qu'implacable dans $eB vengeances.

n a été le premier qui ait eu l'ambition d'être conquérant sans avoir l'envie d'agrandir ses Etats; il voulait gagner des Empires pour les donner. Sa passion pour la gloire, pour la guerre et pour la vengeance, Pesnpecha d'être bon politique : qualité sans laquelle on n'a jamais vu de conquérant. Avant la bataille , et après la victoire , il n'avait que de la modestie; après la dtfaite, que de la fermeté ; dur pour les autres comme pour lui-même, compunt pour rien la peine jii la vie de ses sujets, aussi bien que la sienne : homme unique plutôt que grand homme, admirable plutôt qu'à imiter. Sa vie doit apprendre aux Rois combien un Gouvernement pacifique et heureux est au-dessus de tant de gloire (i).

Lb uêub. Histoire de Charles XII.

Même sujet.

Anairoirs-irovs un moment devant ce Charles XII, comme où s'arrête devant ces pyramides du Désert, dont

(i) Vefsa eu vers, PmmUèke»

ET PARALLÈLtS. 6tt

Vmià éMimé oofttaniple k* énonoBB proportmift; tvint qv» la ndsob se deaiaiide q««lk «fi iMir ulilîttfé On wime à Yoir^ dans œt homneextraordiaaire, FflUiaikoe m rare dea v«nu8 prWéta et dea qualités héroïques , même a^ee oeile eKagëratiea^ qui a fait de ce Prinee le phénomène des sMdes ciriUsés. On admire et oe profond mépris des voluptés et de la vie^ et oette soif démesurée de la gloire ^ et eette extrême shnpiieité de msaurs^ et eette étonnante ÎBlrépidité', et sa familmrité^ et sa bonté même envers les siens ^ et sa sévérité sur lui-même , et âes expéditions fabuleuses entreprises avec tant d'audaee^ et oette défaite de Puluwa soutenue avee tant de fermeté ^ et oette prison de Bender où il montra tant de hauteur^ et ce Roi qui commande le re^ct à des BaiiNures, lorsqn^ls n^ont plus rien à en craindre, Tamour à ses sujets, lorsquMls ne peuvent plus rien en attendre ^ et, quoique absent^ Po* béissance dans ces mêmes Etats ^ oà tes suoeesseurs pré» sens n'ont pas toufours pu l'obtenir 5 et, à la vue de eet,te combinaison unique de qualités et d'événemens^ on est tenté d'appliquer à ee Prince ce mot du père Daniel^ en parlant de notre saint Louis : Un dê$plus grwêds k&mmegf et des plut singuliers qui aient été.

Dm BoNALD. JUgisUa. jMimU. , tom. III.

Frëdërio-le-Grand, Roi de Prusse.

Gb Prince; dana l'Age des plaisirs, eut koonrage de préfifrer à la moUe oiaiveté des Goura Favantage de s'instruire. Le eommeroe des premiers hommes du siècle, et ses réflexions, mûrissaient dans le secret son génie naturellement actif, naturdlement impatient de s^étendre. Ni la flatterie, ni lacontradiciion, ne purent jamaîa le distraire de ses profondes méditations. Il forma de bonne heure le plan de sa vie et de son r^ie. On osa prédire^, u son avèneraeill au tronc , que ses Ministres ne aéraient

6m CARâG3!ER£6 OD FOIWRAITS,

quA 069 «torfuÎM* j kft admiaùirtifliffft àm sêë teanpai t q«t 8«i eantttt ^ ««é ftéarfimy , qn* »ft aida* ée ounpi Dm oiriMUianee» btormtMs It aîrant à porlitfâ de dév^ lQpp«r M» yMix dcA nations d«a tabs» %tq^i% ij/m^ la mtraita* SaUisauit^ anac une rapidii/^ qui tt^apparttnait qu'à lui^ le poîtttdwaifdeMsinubéUi Fr^riit allaqua uiie PuisMinoe qui avaii teno «es aoéétrai daa» U fetvr tudflf U g«gpa oinq batailles coaUre elle, Ui enleva la meilleure de ses provinoes , et fifc la paix aiusi à pnqpes qu'il avait &it la guerre.

Bu cessant de eombattre, il ne cmmu pas d'agir* On le vit aspirer à l'admiration des néines peuples dont il avait éU la lerpeur. U appela leua les arts à lui , et les assoeia A sa gloire^ U rëfioma les abus de la îuetiee , et dieu lui- •même des lois plaines de sagesse. Un ordre simple, iur varisble, s'étendit dans toutes les parties de l'adarini^ irMÎQU* Peiauadé que l'autorité dit Souverain est un bien «ammun à tous les sulau^ une pipieoû(im dont ib doivent tous également fouir, il nouiez que ebaeun d'oui eàt la liberté de l'approoher et de lui écrire. Tous les instans de sa vie étaient epnaaorés au bien de è9ê pieuples 5 s^ délassemens même leur étasofct utiles.

If^ua n'ignOMoa pas qu'il. «st dilEeîle d'apprécier ses contemporains. Les Princes sont surtout ceux qu'on peut le moins se flatter de bien connaître. La renommée en parle rarement sans passion. Cestle plus souvent d'après les bassesses de la flatterie y d'après les injustices de l'envie • qu'ils eoRt |iigés» Le on fonAis-dé tous lesiatéiêu, de V)tts les sentimeas qui s'agitent et tohangrait autour dboa, irouble ou suspend le ^ugemen^ des sagea ■lAnee.

Cependant, s'il était permis de prononcer d'après une .iMlUiLttde de fiiita liés les uns aux autres, on dirait de JVédéric qu'il sut dissiper les eomplota de l'Europe conjurée contre lui, qu'il joignit à la grandeur et à la bar- .diesse^ des entreprises un secret impénétrable dans les moyens; qu'il obangea la manike de faire la guenroi

BT PAmALLBLEa 6aS

qa^on crojait; avant lui^ portée à sa perfection; quHl montra an courage d'esprit dont Thistoire fournissait peu de modèles 5 qu'il tira de 9es fautes même plus d'avan« tages que les autres n'en savent tirer de leurs succès; qu'il fit taire d^élonneoMut ou parler d'admiration toute la terre , et qu'il donna autant d'éclat à sa natien que d'autres Souverains w reçoivent de leurs peuples.

Même sujet.

Au milieu de cette foule d'enBomis triomphans^ eon- •idém le lion du Nord qui s'tfveiUe 1 ses regards ardens semblent dévorer la proie que lui marque la fortune : génie impatientde s'offrir à la renommée^ vaste, pénétrant, exalté pur le malheur et par ces pressentimens secrets qui dévouent impérieusement à la gloire certains Atres privilégiés qu'elle a choisis , je le vois se prédpiter sur ce théâtre sanglant; avec une puissance mûrie par d# longues oombinaisons et des talens agrandis par la réflexion et la prévoyance. Soldat et général y oonquérant et politique , ministre et Roi y ne connaissant d'autre faste qu'une milice nombreuse y seule magnifieenoe d*an trône fondé par lee armes, le le vois, aussi rapide que mesuré dans ses mouvemens y unir la forée de la disaipliue à la farce de l'exemple ; communiquer A tout ce qui l'approche cette vigueur ; cette Aamme inconnue «u resie des hommeà' j être partout; réparer tout; diriger lui - mé|ne avM art tous les coupe qu'il porte 5 attaquer ce trène chancelant sur lequel son ennemi paraît s'appuyer*; en détacher Ibrusquement les rameaux les plus fiScondS; et s'élevant blentét an-deesus de l'art même par la fenneté de ce coup d'oeil que rien ne trouble ; montrer déjà le secret de ses ressources qui doivent étonner la victoire même et tromper la fortune*; lorsqu'elle lui sera contraire.

BoiSHOirr. Oraison fmèbrê de tlmpén^ricB Marie-Thérèse.

6»^ CARACI'BHES OU PORTRAITS,

lie Clergë de France.

La plupart de no«ê ont vu encore debout ce niagni-» fique édifice , cet ouvrage du Ciel , du temps , de nos Rois et de nos pères ^ cette belle portion de la grandeur nationale que la France était fière de montrer à TEurope ; ce monument tout ensemble de richesse, de puissance, d'autorité ,] de vertu, de gloire et de génie, qui s'était surtout si majestueusement élevé dans le grand siècle, et à côté du grand Roi ; Providence^ visible qui balançait i elle seule, par la toute-puissance de se^ dons, les calamités publiques ; rivalisant avec les peuples de fidélité envers le trône , et avec le trône de bienfaisance et de bonté pour les peuples; corps illustre autant qu'utile , qui, ne retenant de la haute naissance de quelques uns de ses cheb, que rhonneur sans orgueil, paraissait être l'abrégé de la société entière , dont il élût Tâme et le lien moral, puisqu*il appelait k ses dignités et à $e$ récompenses, i côté du fils des Princes, le fils de l'artisan recommandé par la vertu et le talent ; semblable en tout à cette heureuse et puissante monarchie dont il était le plus fienne appui, on eût dit que, conformément 4 Tinévitabk loi des élévations et des décadences humaines, il était averti de son danger par sa grandeur , et menacé de sa ruine par rexG(b même de sa bien&isante prospérité. Ses débris ont encore conquis au nom Français et à la cause de la légitimité l'estime et l'admiration de l'Europe hospitalière : le Clergé de France, comme s'il eût voulu surpasser en finissant Téclatde sa longue vie, offrît de remplir seul ce déficit dans lequel on l'a précipité lui*même, non pas pour le combler, mais pour le creuser davantage. Ainsi, il apparaîtra à jamais en avant des malheurs et des crimes de la révolution , dont la rage allait bientôt mêler le sang des martyrs sacrés au sang du Martyr Royal; il sera béni

par les regrets de Tfaîstoire , plus que jamais vivante et fidèle image au Dieu qui semblait ^ par la voix de ses ministres, redevenus des prophètes , vouloir encore une fois avertir les Français de conjurer l'orage , avant de lui permettre de dévorer la terre.

Roux DE Labohib.

Malesherbes.

«Tai vu plusieurs fois cet illustre vieillard^ et je me rap» pelle sa figure ouverte et calme , et son air un peu distrait; ses principes étaient sëvères ^ et sa sociëtë ëtait douce : magistrat intègre; père tendre y ami %éiéf il jouissait de Festime générale et de la bienveillance universelle. Tout; dans sa vie publique et privée ; avait été bon et honorable; mais Féclat extraordinaire que jeta la fio de sa carrière a ; pour ainsi dire; place tout le reste dans l'ombre ; et Pima« gination ne s'y arrête pas.

L^histoire a conserve un grand nombre de traits, de de-* vouement qui honorent l'humanité. Des citoyens se sont sacrifiés pour leur payS; des Rois se sont immolés pour le salut de leurs peuples; et tous les jours des milliers de héros obscurs affrontent les plus éminens périls pour servir la patrie ou |e Souverain; qui ; dans la monarchie^ ne fiiit qu'un avec l'Etat. Entre ces belles actions; ce qui distingue celle de M. de MalesherbeS; c'est l'absence de tous les motifs qui excitent ordinairement les hommes ; et qui les portent à des résolutions courageuses. En effet ^ on ne saurait attribuer son dévouement généreux à un de ces élans de patriotisme; si commun chez les anciens; et qui était; chez euX; poussé jusqu'au fanatisme; ce n'était pas non plus l'amour de la gloire ou l'ambition ; passions qui portent à de si grands sacrifices; l'honneur; ce tyran impérieux qui se fait obéir; en menaçant de la honte ; bien plus redoulal)le que la mort;! n'exî geai l rica I.— 3ë. 4o

de lui : «nfin il ne fut pat entraîne par une de ees «nttMi vives et fortes , si rare entre des égaux , impasiiUe lorsqu'il j a une grande in^alîté de rang; surtoat dana Foocasion dont il s'agit ^ puisque Fétiquetle de la cour de France s'opposait à ce que la hante robe eût aneune intimité avec la famille royale ^ la noblesse militaire étant seule admise aux chasses et aux soupers ; où les Princes se familiarisaient avec elle. Il est bien vrai que M. de Malesherbes; ayant été quelque temps ministre ^ avait été à portée d'apprécier le cœur du Roi ^ et de connaître, ses intentions bienfaisantes 3 mais oe sentiment n'est point de l'amitié. Quels furent donc les motifs de oette courageuse détermination 7 Une pieuse fidéli^ envers un Souverain déchu sans être dorade , une noble pitié pour le malheur.

La simplicité de la forme releva merveilleusement la beauté de l'action : point d^enthousiasme^ point de bra-* vadCf II plaida cette cause mémorable comme si elle eAt pu être gagnée ; moins sans doute dans l'espoir de sauver son royal client ; que pour se procurer un accès auprès de lui f et pour lui offrir la seule consolation digne de lui| les épanchemens d'un cœur vertueux et sensible*

L'héroïsme calme n'excite pas seulement notre admiration f il nous inspire une a&clion personnelle pour celui qui développe à nos yeux un si beau caractère, et ee sentiment n'a rien que de juste; car l'on ne peut réelle* ment compter que sur un courage désintéressé et pur dans ses motifs, qui ne doit rien à l'exemple, aux eir« consUnces^ ou à la vivacité des passions. Un ancien a dit| en parlant de Caton^ que la lutte d'un homme vertueux aux prises avec l'infortune était un spectacle digne de fixer les regards de la Divinité; l'on pourrait ajouter que celui qui se présente de lui-même à un danger imminent, par vertu , qui l'affronte avec une héroïque fermeté., en est lu plus parfaite image*

M. le Due nn Livia.

LouiaXyin.

hA Frsmpe lafigui^aait au milieu de$ ^urmeiis de la dissension ;( au milieu de§ maux de la guerre et des envahisseuien^ d'mi loQgt^espotj«nie« Louis firriv^ , e(. nveo lui parut la JM^tipe comoye I'arc-eo*ciel après la tempêta. Il ei^tru dausjign royauipe pomme un inédi^teur désiré, pour réconcilier les cœurs en apaisant l'efiçryespence des e^r prits. lA)uis prouva que c'est ipoius par la p^i^^ance des ^rmes que par celle des grandes pensées , qu'on influe sur le bonheur des hommes et la prospérité des notions. U ne revint en France que pour tout réunir j il portait avec lui cette Charte immortelle , si long-temps méditée sur \% terre de Texil , et qu'il regardait avec raison comme leplq^ précieux bien de la vie sociale.

C'est au milieu de nous qu^il vint ^ré^iser cette maxime vraie autant que profonde , du plus illustre et du plus vénéré de nos magistrats ( Malesherbes), que la justice est U véritable bienfaisance des Rois, Aux plaintes sans nombre de tantde conditions mécontentesi il opposa la modération, cette vertu première des gouvernansj et ralliant l'expérience du passé à toutes les expériences de l'avenir, il prépara par des institutions prévoyantes tout )e bonheur dont nous jouissons, te Je ne mourrai pas iqui entier j disaitil i des déput& quj le visilaiept presque k ^^^ derniers jours. Je laUsp à fnon peuple dp^ Im V^ r^fifymfnf h Hçrpt dfi sa consfivqtion et de sa dur^e, 9

D'jautres le diront mieuj( quç moi, toMt. ce gi^'a ^i| ce Prince si grand par son esprit, et qui ét^it dfv^nu si puis^ 3|int par sa justice j ce Monarque révéré, oe poli):ique profond q^i'on admirait toujours davantage à mesure qu'on le voyait de plus près. D'autres parleront de cette raison supérieure qu'il fit éclater dans tous les conseils, de ces augustes paroles qui changeaient à son gré les cœurs , et

6a8 CARACTÈRES OU PORTRAITS,

qu'on citait partout comme des oracles. Ils loueront en lui ce génie sans écart quHl dirigeait si bien pzr ses sages principes, cet éminent savoir , ce rare discernement dans les conjonctures les plus délicatesi et surtout la fermeté de cette âme sublime, marie par Tétude et la méditation, perfectionnée en quelque sorte par Tinfortune, On citera cette urbanité, cette politesse exqitse , cette élocution ornée , cette grâce inimitable dans les entretiens prirés , cette incomparable érudition, digne des plus beaux siècles de Rome et d'Athènes.

Quant à moi , je ne rappelle ici que ce qui a trait à cette vertu suprême , la plus estimée des mortels , parce qu'on lui doit l'harmonie des ressorts monarchiques, et que Louis la possédait au plus haut degré. Nul roi ne fut plus que lui persuadé que la justice est le nerf vivifiant d'un Etat, et Tégide conservatrice de Pédifice social. L'Histoire écrira comment il sut tenir la balance entre les prétentions des divers partis. Qui* n'a pas été frappé de sa mémoire reconnaissante pour les services de ses sujets , de l'équité de ses actes , de la prudence de ses décisions , de cette scrupuleuse observation de la règle , de ce constant amour de l'ordre qui perpétue les empires , de ce religieux emploi du temps , de cette ponctualité diligente qui le rendait , pour ainsi dire, présent à toutes les afiaires de son royaume? U ne faut qu'une invasion pour abattre des rem* parts, pour renverser des murailles : un tremblement de terre peut engloutir les tours des plus superbes villes; mais la justice survit à toutes les ruines : elle a le cours tranquille et puissant de ces fleuves bienfaisans dont aucun obstacle n'arrête la salutaire influence ; elle est toujours là pour rendre à chacun ce qui lui appartient , pour coni'primer les hommes qui font manquer le but de l'autorité politique, et ce but n'est autre chose que le bonheur de tous.

Alibert. Physiologie des Passions j 2* édit. tom. 11% eh. XYI. DeU Justice. P»g« 23i etsuiv*

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