‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 2)Chapitre 7 sur 40 · U PRINTEMPS · texte numérisé non relu

U PRINTEMPS

Le soleil entrait'A peine dans le signe du Taureau. A ('éclat monotone des neiges de l'Apennin avait succédé la fleur de la blanche épine. Déjà même commençait l'agréable lutte des zéphyrs et du lilas flexible , dont la tendre copoleùr annonçait le premier sourire de la nature* La rose n'avait pas encore exhalé ses voluptueux parfums , mais l^humble violette embaiimait les forêts, et des milliers de feuilles d'un vert tendre s'échappaient du sein des bourgeons vivifiés par une rosée bienfaisante. Chaque feuille recelait une perle liquide ; et , lorsqu'un vent frais et doux agitait la cime des arbres , des gouttes pures et limpides humectaient la terre, l'insecte réjoui s'agitait sous l'herbe, et l'oiseau, en battant des ailes, s'abreuvait de la liqueur divine.

O Tivoli, fille deTibur, et vous aussi, antiques monnmens des arts !• de votre enceinte sacrée l'oeil peut voir i la fois les noirs firimas fuir au loin vers les régions hyperborées , et la féconde nature vous couvrir de guirlandes nouvelles, sembiables h ces vieillards de la paisible Arcadie, assis à l'ombre d'un chêne, et couronnés de fleurs par des enfatiSr • •

ii4 TABLEAUX.

Dân» celte tiiion fortunée, 4 Tivoli 1 je ibidai, pour Ift première fois , ton toi antique. Mes regMrdb se por«« tèrent avidement sur la grande cascade. Jamais ce anblîmâ caprice de La nature n'avait paru plus imposent aux jetu du voyageur étonné. Les flota de PAniéno i irtesloniiés en une nappe immense , se précipitaient y Avec im bruit pareil k celui du tonnerre , dans te vaste bassin 4«e loi avait creusé la nature- L^ Vésuve en ibrla aallg^ avec moijiade majesté» O miracle de rfasomoniel à iraven le bruissement de Ponde écumante, on diftiagoaii pM in^ tervaUts le obant mélodiaiiK de PhUornèie (i).

l'été.

La nuit ne luttait plus qu'avec des forces inégales contre les feux dont le soleil , vers le milieu du printemps , embrase la belle Ausonie. Une atmosphère de jeunesse et d'amour était répandue stir toute la nature. Le désir t la volupté, la vie, circulaient dans Pàîn JJoi^ seai^ soucieux voltigeait, en battant des ailcsi auteur du nid tifiau par sa merveilleuse industrie, et «pii bientôt devait receler ses petits, près de briser l£ur«nvelûppa fra" gile. Cependant le chêne altif^ n^ofirait poiot encore une barrière impénétrable aux brûlantes ardeuns du midi* Toutes le« fleurs de la fiaison n^étaient point édoaea; celles qui appartiennent aux derniers joura du printemps avaient seules reçu , par leucs stigmates , cette ponssière mystérieuse, qui , s'élançant des anthères du fleuron nàth^ et portée sur Taile du néphyc, va féconder ramoureux pistil de la fleur ; on voyait même l'abeUle dorde et le brillant papillon , chargés du précieux pollen, seconder, en suçant le nectar des fleurs, les essais incertains de l'amant léger de Flore. Enfin la nataire n'avait paaen^ core achevé de développer se» riohttsses^ mais elle se montrait dans toute sa grAce et sà fraîcheur premièreé Telle

(i) Voyez Véjinùions, les Qware Saisons de Girodet*

TABLEAUX. ii5

on voit une jeune fiQe à peine adolescente, dont la taille trelte et légère promet à Thymen nnlle trésors et les ve<* loptés du ciel , tandis que son joli visage offre encore quelques uns des traits à demi ébauchés de l'enfance.

Une teinte pourprée s^étendait sur l'horizon. Des nuages de couleur d'ambre flottaient avec grâce, et paraissaient disposés à se grouper vers un centre commun. Soudain ces nuages s'écartent, et le soleil couchant se montre dans toute sa splendeur. Tel un monarque, assis sur un trdne éclatant de rubis et d'opales, annonce, par un coup d'œil , qu'il daigne se manifester aux regards de ses peuples ; la foule des courtisans se précipite , et tous se prosternent à ses pieds.

De loin on entendait le Rugissement du taureau précurseur, et celui des vaches paisibles qui, dans leur marche lentement tumultueuse, se pressaient vers leur étabïe j ensuite le bêlement des agneaux , et la clochette (lu mouton favori, dont le son argentin se perdait insensiblement dans les airs. A ces bruits confus , mais non discordans, se mêlait le chant virginal des jeunes filles de Tibur, dont les accens mesurés célébraient le déclin du jour; un chœur d'oiseaux d'espèces variées répondait par intervalles à cet hymne sacré. Le pâtre amoureux accompagnait la voix de sa maîtresse , soit de son âpre pipeau , soit avec le mandolin suspendu à sa poitrine , et dont les sons scintillans et détachés égayaient les lointains de ce modeste paysage.

l'hiver.

Non, ce a^eat point sous les climats ieiopérés de la belle et riante Auftcinie que le poêle doit chercher $e$ modèles, lorsqu'il veut peindre et les aoinbrea hivers i et ces glaces aiiapendaes en longs cristaux , semblables aux

stalactites de la grotte J'Antiparos ^ ces cônes et ces pointes inégales qui Surchargent les brapches dépourvues de leur verte chevelure. Quel brillant spectacle s'offre à nos regards, lorsque le soleil, écartant avec majesté la foule des nuages montueux qui s'opposent à ses triomphes, inonde de sa bienfaisante lumière nos forêts silencieuses et nos campagnes desséchées par le souffle glacé des fougueux enfans d'Eole 1

J'irai donc chercher sur la cime des montagnes qui couronnent la belle et libre Helvétie, ces glaciers immenses , ces neiges éternelles dont la solidité , la teinte bleuâtre offrent au physicien philosophe une si ample matière à de nouveaux systèmes sur les époques antédilaviennes et sur l'origine des choses ? O mystères inconcevables du maître de la nature ! les flancs de ces rochers sourcilleux recèlent peut-être des torrens de feux clandestins. L'Etna, couvert de n<$ge, n élance- t-il pas vers le ciel ses laves brûlantes, et de son sein déchiré ne voiton pas jaillir des fleuves embrasés dont les ondes solides et les filons dévastateurs fuient avec rapidité dans les campagnes, brisent et entraînent tout ce qui s'oppose k leur furie 7 Tel un vieillard , dont la tête est ombragée de cheveux blancs , cache dans son sein un cœur agité de passions tumultueuses. Si, pour le malheur du monde, une destinée vengeresse arme ses faibles mains du pouvoir suprême, soudain l'orage éclate, des torrens d'hommes, altérés de carnage et de sang, couvrent les riches domaines de Paies, et les Empires sont détruits. Mais détournons et nos cœurs et nos yeux de ces images de désolation et de mort. D'une main légère, je vais esquisser quelques unes des grandes scènes si variées que nous offre la saison des glaces et des noirs aquilons.

Cités superbes, ce ne sera pas non plus dans votre sein , au milieu de vos plaisirs factices et corrupteurs , que j'irai composer le tableau des jouissances et des beautés de l'hiver. Rustique et sauvage habitant des forêts et des val*

Ions, je ne quitterai point mon humble demeure. Et vous, somptueux habitans des villes, qui vantez par désœuvrement les douceurs de la vie champêtre, vous souriez de pitié i la seule idée de prolonger votre séjour aux champs durant ces longues et austères intempéries qui affligent votre mollesse. Ah ! combien il est facile de démasquer ces poétiques et mensongères amours de nos femmes et de nos gens du monde pour la vie champêtre ! Répondez, êtres frivoles ; lui trouvez->vous encoredes charmes durant la saison des frimas et des neiges? O nature, nature ! n'aurais-tu donc, sous les lambris dorés , que des amans vulgaires ?

Maintenant , quittons cfss imposans glaciers de la Suisse , ces briUans eKets de lumière qui scintillent sur leurs pointes aiguës, ces gouffres, ces précipices recouverts d'une surface trompeuse de neige fragile sous laquelle sont cachés le désespoir et la mort, ces torrens suspendus, ces grottes sinueuses : transportons-nous dans une de ces vastes forêts non moins antiques , non moins véné* rabies que ces pics audacieux , voisins du ciel, et où nul être vivant ne peut respirer. Là se développe et fuit sous les regards un sol immense également recouvert d'une neige éclatante, dont l'oeil ne peut mesurer l'étendue, ni sopporter long-»temps la monotone et fatigante blan» cheur. Des groupes imposans d'arbres au tronc noirâtre sê détachent en masses colossales sur cet océan inunobile qui réfléchit des myriades de faisceaux lumineux.

Le regard attristé glisse ensuite et s'égare péniblement ai travers ces longues branches sur lesquelles des flocons de neige cond^isée remplacent les feuilles tremblantes, dont le rougissement était naguère semblable 4k celui des vagues de la mer 5 seules elles se rallient au sol par leur blancheur intermittente. Des cèdres altiers , des épines , des pins de diverses espèces , interrompent ces grands contrutes. Leurs feuilles survivancières rappellent à la fois et le souvenir et Tespoir du printemps : malgré leur teinte obscure et sévère, l'œil aime i s'y reposer.

ii8 TABLEAUX.

Oh i quelle foule de sensations amères et d'effrayaotes pensées assiège Tâme et comprime le cœur de ri«forluné qui s'est égaré au milieu de ces vastes a^tudesi La imtt s'approche, le froid augmente, sea membres s'engourdissent, et cependant son pouls bat avec yiolence s il ne respire plus qu'arec d'insupportables décbiremens. Ses forces défaillantes sont pr^s de l'abandonner; un aommeil de mort enyabit par degrés tous ses 8«ns; allyauocombe, il est perdu. Enfin , un silence afiîr eux règne autour de lui. Les oiseaux ne sillonnent plus l'air par leurs chants , et les insectes invisibles ^ voisins du néant, dont les essaims répandus dans l'espace animaient l'atatospbère de leur bourdonnement presque insensible, et le peuplaient i la fois d'amour, de mouvement et do vie^ ont disparu de la création. Avec quelle angoisse l'âme de cet infortuné ne s'élanot-t-olle pas alors vers les lointains obiets de ses douloureuses affeclions, sa femme» ats enfans, son vieux père I Hélaa 1 toutjes ces images ehériea ront s'engloutir dans ce désordre oà règne un calme lugubre, qui n'est interrcmipu que par le craquement sdbit de quelques arbres dont le tronc, cédant aux rigueurs d'un froid excessif, s'écarte et se fend en éclats. Bien ne signale plus la nature vivante, si oe n'est les hurlemens sinistres des bêtes sauvages et des loups dévorans. B(aia la crainte de la mort soutient et conserve sa vie. 11 a invoqua le Créateur du monde , l'enfer se referme derrière lui. ivre d'espérance et de joie , il presse de ses lèvres reconnaissantes la terre sacrée qui borne cette prison immense.

La scène change. A droite upe opulente cité s'offre à $e% regards ; en face de lui est un lac d'une vaste étendue dont la sur&ce, quoique diaphane, ne réfléchit plus l'aaur transparent des cieux. Ses eaux fortement gelées, recouvertes d'une neige légère , résistent au plus pesant fardeau, ûe g^is patineurs, le visage caobé sous «n masque , les mains enveloppées dans un épais manchon , tracent sur l'onde solide cent figures variées Oo croirait

être dans la place publi(}uc d^une des premières capitales de 1* Europe. Les uns se heurtent en passant , ils chancellent: les spectateurs prévoient en riant une chute prochaine 5 mais l'adroit patineur, s'appuyant sur un de ses taloàs, reste un hislint immobile, glisse, €t reprend avec grtce son équilibre.

Plus loin-, sous un eiel non motns nébuleux » on voir de jeunes et frrfehes laitières , les cheveux emprisonnée dans une loque brune, le front obttvert d*un léger bavolet, ef véfttes d une jvpe bleuâtre, ronge ou cendrée ; un eorset pKis l>l«nc que la neigé marque leur taille leste et dëliée. Leur bras gauche est appuyé sur la hanche, tandis que le droit soutient, en s*arrondissant , un brillant pot ao lait posé sur leur tête , et qu^un rayon du soleil fait panttre aussi éclatant que Tor le plus pur. A t'aide du rapide patin, eRes glissent sur la glace endurcie, et franchissent, eri mcyins d'une heure , l'espace de plusieurs milles.

Hais , dd f faperçois sur les ondes glacées du Wolga nn élégant traîneau attelé d'un renne dont Tes pieds légers et fnghifs ne le céderaient pas même au plus jeune cerf de nos forêts : il vole, avec la rapidité d'une flèche , sur la surface perfide du fleuve. Une mère, sa fille, beauté qui eomptart à peine dfx -sept printemps, son jeune épottx, occupent cette terrestn^ nacelle. O désespoir f 6 mertîlaf lace amincie erte, se hrrsc, s'écarte , et le fleuve ibneste engloutit dam son sein avare les plus doux trésont de la nature et de Pamerut. Un seul instant , un étiatr a suit 5 Fâme de ces trois infortunés a suivi vers les régi«yfiar célestes le cri cPhorrcur et simultané qui signale cette triple mort 1 Hélas I du moins ils périssent ensemble (i). Charles PoUGENS. les Quatre Saisima.

(1} Voyez les Zeçons IMmjl annieunes, ^tmodemeê^ ir I ai Uj même sp^et.

lao TABLEAUX.

Les Quatre Ages.

l'enfame.

L'evfamt peut être rempli d'agrémens, de grâces et de charmes, si une éducation mal entendue n^a pas contraint ses mouvemens, si la simple nature a développé librement ses membres, s'il a pu en faire usage par tous les exercices qui conviennent à cet ige tendre, mais ami de l'agitation et du changement dans tous les genres. Les proportions les plus agréables , c'est-à-dire les proportions les plus naturelles, régnent dans ses membres j il n'a pas encore appris k les tenir repliés par contenance , k les raidir par bon air , i leur donner des attitudes bizarres par convention ; les travaux forcés ne les ont pas encore viciés, déformés, altérés. Sa main n'a pas encore manié des instrumens pesant î son dos n'a pas été courbé sur une charrue ou sur un atelier; ses cheveux flottent au gré des vents et de la belle nature , sans avoir été décolorés bizarrement, brûlés avec art, et souvent ridiculement contraints j sa peau n'a pas été ternie par un soleil ardent , ou gercée par le froid ; la tempête n*a pas encore fondu sur sa tète ; il ne voit la vie qui se présente à lui que comme une. route semée de fleurs; il ne prévoit aucun des dangers et des malheurs qui l'attendent; le chagrin n'a pas ridé son front et ei&cé la noblesse de ses traits ; l'on y distingue encore la première origine du Roi de la nature; la défiance n'a pas rendu sa démarche arrêtée et suspendue , son regard inquiet, son coup d'œil fixe et sinistre^ son esprit, dégagé de préjugés et de soucis, ne lie que des idées agréables, n'enfante que des images gracieuses; si quelques peines légères viennent troubler les beaux jours qui sont tissus pour lui, elles sont toutes hors de lui, elles ne laissent aucun souvenir, elles se dissipent rapidement avec les objets qui les ont fait naître : que lui manque-t-ii

poaroflBrir l'image la plus fidèle des grices, de la gaieté, de l'agrément f des charmes et de la gentillesse?

I,A JSUNESSE.

Maimtskamt se j^sente à nous U brillante jeunesse , cet tge où la nature morale et la nature physique déTCloppêRt et étendent leurs forces, où Tesprit se déploie, et où les impressions seraient plus profondes que jamais, si la réflexion. les accompagnait, la réflexion, cette faculté qui seule peut arrêter nos idées, fixer nos sentiinens, et durcir réritablement leur' empreinte. C'est alors que les passions commencent à exercer leur em<pire orageux , c'est alors que tous les objets régnent si aisément sur l'âme ; rien ne la remue £s|iblement , comme dans l'enfance, tout la secoue -violemment : le jeune homme ne vit que d'âans et de transports , heuretfv quand ses transports ne l'entratnent ^ne dans la route qu'il doit parcourir! heureux lorsque les main» sages qui le dirigent ne s'efihrcent point d'éteindre le feu qui le dévore, et qu'elles ne pourraient parvenir à étouffer, mais qu'elles cherchent à contoiir ce feu, à le lancer vers les vertus sublimes, vers tout le bien auquel la jeunesse peut atteindre!

Venant d'un âge où personne n'a eu besoin de se dé* fendre contre lui, où personne n'a pu le redouter, où par conséquent rien ne lui a résisté; sentant chaque jour de nouvelles forces qui se déreloppent en lui 5 imaginant qu'elles augmenteront toujours, ne les ayant eucore mesurées avec aucun obstacle 5 pensant que rien ne peut les égaler 5 croyant que tout doit s'aplanir derant lui, fier, indomptable, et roulant secouer entièremeat le joug sous lequel sa faiblesse l'a retenu pendant son en&nce, le jeune homme est l'image de la liberté et de Fmdépendance. Il fiiit tout ce qui peut lui retracer ce qu'il appelle son esclavage, tout ce qui peut lui peindre

son ancieDue soumission ; il dédaigoe des dem^ww UiOf resserrées où son corp9 et son esprit se trouvant à FéinDil; il ne se plaît que dans une vaste campagne, où il peut en liberté exercer ses forces à courir, son courage i dompter des coursiers sauvages, son adresse à les dresser, et 40I) întféptdîtft à ▼aîdftere et à ifomolerdes mimâux £érMses. Là, il sâute ie joit sur k terre qviMI peot mkiih- (cMDt parcourir A son gré^ il agUe ses membres "rigoareUx^ il t'essaie k transporter de loorés finndeimx ; il croit avoir beaueonp fait loniqu'il a renversé avec effort u« bloe dérocher^ abatt« avec viguem* un arbre, our de^ vancé ses obiens à laeourse. Ses traits ne sont plus IHfiiage de la .grâce et de la geutillesae , comme dam Veofance, maîa celld de la fierté. Son corps, dotn les contours sont pkta durement exprimés, offre deamosdiês dessinés avfc force , et dont le )e«t rapide et puissant annonce sa supériorité) ses. cheveux bntnia par le soleil, dont il se plafl k afironter les ardeurs , sont plue longs et plus touAia; sesyeux pleins de feu briHent de couraf^i ses bras portent déjà les durée empreintes , non pas de ses travaux ntilea, mats de ses travaux oaprideux; ea démaixbe est ferme, sa tête élevée, son ton de voix imposant; il a Pair dn fils d'Herod^ > et parait destiné k remaier sa massue et i dompter les monstres. Impétueux, remué aussi souvent que l'eafanca , mais toujours agité viafemrment, trans- ^(krté à la présence de chaque objet nouveau, changeant k chaque inai«»t de place , de projets et de déstrs , fran^ cbiaiant tous les obstacles, impatient de tout retarde*- ■MUi; qui pourrait s'oppoacr k stt course rapide et vagabonde? La voix seule du sentiment est assex forte pour W rettoir* La nature, qui parle dans son corar plus haut fue toua les objets qui l'entoureot, lui fait reconnaître, chérir ee vénérer la voix de celai qui lui donna le four, et cfsi. aoîgna son enéance : c'est un Iton que Von condbit avee unn chaîne oeuveete de rosea^ aans qn^l songe à nmiare; de^î doux liens. UeuçeM le jeann boQMKt I^*^

TABLEAUX. m3

que la tendresse paternelle est le seut frcîn donné i sqn courage y lorsque les passions , si dangereuses, sî vives à cet âge des erreora, ne a^emparent pas de son «me, et ne b livrent pas en proie â tontes les illnsions, à toutes laa fiMHses espéraDoei , à ton» les tonrmens ; lorsque la pl«s terrible de eei pasÂona ne vient pas le domhierl Elle eooMMnce par le séduire, elle liii pdtit tons les ob)eu en bean ; elle présente la nature plus rîatite et iplns belle aux yeui fascinés du jeune homme trompé ; elle conduit sea pas dans une route en apparence semée de fleurs; par un pouvoir fantastique, elle lui fait voir, an boot de cette fatale carrière , le* porte» du temple du bonheur ouvertea pour le recevoir^ elle lui montre sa plaoe marquée k côté de l^objet de sii pasdoti funeste ; c'est Armide qui conduit Renaud dan» une tie enchantée , qui le retient éloigné de ses guerrier», de son devôïr et de sa gloire, et qui, en ^entourant de guirlande» l'enlace dans des chaînes dont bientôt il sentira tout le poid»*

L^AGE nuB.

L'bovhs jooit îet de tontes le» forces de son corps et de son esprit s le»pa»sk}nstnmultifen»es , et que l'ivt-esac n€ cesse d'aecttMfnpagner, ne régnent plus avec aaset de force aur lui pour ofiksq«er sa rateon. Le rayon divin qui l*anhne brilte de tout son éckl ; son intèlligenot ^ écbanffie par les feux que le trouble de la jeunesse « laissés dans son inmgtnaftion , }euit de tous ses droits ^e^ soumet tout à sa puissance. Son Ime, animant alors un corps paribii-, dont tous le» organe» ont reçu un fatH degré de développeuftent, oè la force et la souflesèese trouvent rénvies, et où tout seconde le» divers -Aiou^e-* mens qui Tagitent, s'élance vers les spéeuktiotitoiêi'iitlus snblipies, découvre les grandèa vérités, en«r6prend, exécute^ achève Iqs plus grands travaux i riotê IHsotnnM , TériuUo apnUàme de lu miqorté et dbe la pnî»i«iice«

i^ TABLEAUX.

élevant sa tête droite et auguste sur un corps robuste et endurci , marche , parle , agit en mattre de la nature , lui commande , et la fait servir à ses nobles desseins.

Mais si les passions folles de la jeunesse ne déchirent pas son âme, elle est en proie à des passions presque aussi redoutables 9 moins vives , mais bien plus constantes. L'ambition fait briller devant lui des couronnes de toute espèce j elle l'engage dans» des routes épineuses pour arriver au but éclatant qu'elle lui ofFre , but illusoire et fantastique qui fuit presque toujours devant ceux qui cherchent à y parvenir, et qui disparaît enfin aux yeux de ceux qui sont près de l'atteindre. Il suit la Toix de cette ambition cruelle et celle de la fausse gloire ; il médite des projets sanguinaires ; il forge des chaînes pour des voisins dont tout le crime est d'être trop près de lui; il court aux armes ; il aiguise le fer meurtrier ; il va , la flamme à la main , cueillir, au milieu des horreurs d'une guerre injuste et barbare , des lauriers teints de sang : assis sur les débris d'une ville fumante , entouré des victimes infortunées de sa passion forcenée, il contemple avec des yeux féroces et cruels le ravage qui couvre au loin les campagnes; et tous ses gestes sont des signes de mort et de désolation. Ici , avide d'or et de vaines richesses, quels dangers ne brave-t-il pas pour assouvir sa brutale avarice? Dans sa rage féroce, il répand le sang de tout un monde nouveau que le génie n'avait pas découvert pour des forCûts horribles, il le change en un vaste désert, court semer les crimes les plus atroces dans une partie immense de l'ancien monde, en réduit sous le joug les malheureux habitans, et les transporte, chargés de chaînes, sur le nouveau monde qu'il a dévasté, et où il a cru, dans sa fureur insensée, faire venir de l'or en l'abreuvant de sang.

D'un autre côté, la gloire et souvent la vertu l'appellent dans de nouvelles routes interrompues par un grand nombre de précipices, mais dont le but, bien loin d'offirir

TABLEAUX. ia5

UD vain fantâme, présente Timage sacrée de Tutilité publique. Alors, Prince juste, bon et généreux , il donne la paix et le bonheur au monde ^ et ne compte ses jours que par ses bien&its. Ici, dispensateur des grâces d^une religion consolatrice , ou des lois sacrées de la propriété et de la sûreté publique, il reçoit, dans les acclamations des citoyens qu'il console et quHl protège , la touchante récompense de ses vertus : là, il appelle Pagricùlture, le commerce et les arts utiles , et leur dit de fertiliser , de peupler un pays inculte 5 par ses bienfaits, ses travaux et son industrie, il unît les Etats les plus reculés, il les enrichit par ses soins, il les protège par sa puissance guerrière , ses talens militaires , ses vertus héro'îques ; faisant «attre les arts agréables, il répand mille charmes au milieu des tranquilles habitations de ses semblables; il les réunit, radoucit leurs caractères, et en affaiblit la dureté, leur inspire les vertus aimables, calme leurs pebes par de vives et d'innocentes jouissances, leur retrace leurs anciens héros, leurs guerriers illustres, leurs grands hommes , fait revivre leurs hauts faits et leurs sublimes pensées. Recueilli enfin dans une paisible retraite, consultant en secret la natui^e, abandonnant, pour ainsi dire, sa dépouille mortelle, s'élevant sur les ailes de sdn génie et de la contemplation , il découvre et montre à ses semblables les vérités les plus cachées et les plus utiles*

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