‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 10 sur 141 · I . du · texte numérisé non relu

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La plupart périssaient au septième ou au neuvième jour. S'ils prolongeaient leur vie au-delà de ces termes, ce n'était que pour éprouver une mort plus douloureuse et plus lente.

Ceux qui ne succombaient pas à la maladie n'en étaient presque jamais atteints une seconde fois. Faible consolation ! car ils n'offraient plus aux yeux que les restes infortunés d'eux-mêmes. Les uns avaient perdu l'usage de plusieurs de leurs membres ; les autres ne conservaient aucune idée du passé : heureux sans doute d'ignorer leur état ; mais ils ne pouvaient reconnaître leurs amis.

Le même traitement produisait des effets tour à tour salutaires et nuisibles : la maladie semblait braver les règles de l'expérience. Comme elle infectait aussi plusieurs provinces de la Perse , le Roi Artaxerxès résolut d'appeler à leur secours le célèbre Hippocrate , qui était alors dans l'île de Cos : il fit briller à ses yeux de l'or et des dignités ; mais le grand homme répondit au grand Roi qu'il n'avait ni besoins ni désirs, et qu'il se devait aux Grecs plutôt qu'à leurs ennemis. Il vint ensuite offrir ses services aux Athéniens, qui le reçurent avec d'autant plus de reconnaissance, que la plupart de leurs médecins étaient morts victimes de leur zèle ; il épuisa les ressources de son art, et exposa plusieurs fois sa vie. S'il n'obtint pas tout le succès que méritaient de si beaux sacrifices et de si grands talens, il donna du moins des consolations et des espérances. On dit que, pour purifier l'air, il fit allumer des feux dans les rues d'Athènes -y d'autres prétendent que ce moyen fut employé avecquelque succès par un médecin d'Agrigente, nommé Acron.

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La Peste de Florence.

En i34-8, la peste infecta toute l'Italie, à la réserve de Milan et de quelques cantons au pied des Alpes, où elle fut à peine sentie. La même année, elle franchit les montagnes, et s'étendit en Provence, en Savoie, en Dauphiné, en Bourgogne, et, par Aiguës-Mortes, pénétra en Catalogne. L'année suivante elle comprit tout le reste de l'Occident jusqu'aux rives de la mer Atlantique , la Barbarie, l'Espagne , l'Angleterre et la France. Le Brabant seul parut épargné , et ressentit à peine la contagion. En i35o, elle s'avança vers le Nord, et envahit les Frisons, les Allemands, les Hongrois, les Danois et les Suédois. Ce fut alors, et par cette calamité, que la république d'Islande fut détruite. La mortalité fut si grande dans cette île glacée, que les habitans épars cessèrent de former un corps de nation.

Les symptômes ne furent pas partout les mêmes. En Orient, un saignement de nez annonçait l'invasion de la maladie ; en même temps, il était le présage assuré de la mort. A Florence , on voyait d'abord se manifester, à l'aine ou sous les aisselles, un gonflement qui surpassait même la grosseur d'un œuf. Plus tard, ce gonflement, qu'on nomma gavocciolo , parut indifféremment à toutes les parties du corps. Plus tard encore, les symptômes changèrent, et la contagion s'annonça le plus souvent par tirs taches noires ou livides, qui, larges et rares chez les uns, petites et fréquentes chez les autres, se montraient d'abord sur les bras ou les cuisses, puis sur le reste du corps, et qui, comme le gavocciolo, étaient l'indice d'une mort prochaine. Le mal bravait toutes les ressources de l'art : la plupart des malades mouraient le troisième jour, et presque toujours sans fièvre ou sans aucun accident nouveau.

Bientôt tous les lieux infectés furent frappés d'une terreur extrême, quand on vint à remarquer ave<- quelle

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4o NARRATIONS.

Bien peu de corps étaient portés à la sépulture par plus de dix ou douze voisins; encore les porteurs n'étaient-ils plus des citoyens considérés et de même rang que le défunt, mais des fossoyeurs de la dernière classe, qui se faisaient nommer becchini. Pour un gros salaire, ils transportaient la bière précipitamment, non point à l'église désignée par le mort 7 mais à la plus prochaine , quelquefois précédés de quatre ou six prêtres avec un petit nombre de cierges, quelquefois aussi sans aucun appareil religieux, et jetaient le cadavre dans la première fosse qu'ils trouvaient ouverte.

Le sort des pauvres et même des gens d'un état médiocre était bien plus déplorable : retenus par l'indigence dans des maisons malsaines, et rapprochés les uns des autres, ils tombaient malades par milliers ; et, comme ils n'étaient ni soignés ni servis , ils mouraient presque, tous. Les uns, et de jour et de nuit, terminaient dans les rues leur misérable existence; les autres, abandonnés dans les maisons, apprenaient leur mort aux voisins par l'odeur fétide qu'exhalait leur cadavre. La peur de la corruption de l'air, bien plus que la charité, portait les voisins à visiter les appartemens, à retirer des maisons les cadavres, et à les placer devant les portes. Chaque matin on en pouvait voir un grand nombre ainsi déposés dans les ruesj ensuite on faisait venir une bière, ou, à défaut , une planche sur laquelle on emportait le cadavre. Plus d'une bière contint en même temps le mari et la femme, ou le père et le fils, ou deux ou trois frères. Lorsque deux prêtres avec une croix cheminaient à des funérailles et disaient l'office des morts, de chaque porte sortaient d'autres bières qui se joignaient au cortège, et les prêtres, qui ne s'étaient engagés que pour un seul mort, en avaient sept ou huit à ensevelir.

La terre consacrée ne suffisant plus aux sépultures, on creusa dans les cimetières des fosses immenses , dans lesquelles on rangeait les cadavres par lits, à mesure

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