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frappé tant de victimes. Sur cinq personnes, il en mourut trois, à Florence et dans tout son territoire. Bocace estime que la ville seule perdit plus de cent mille individus. A Pîse, sur dix, il en périt sept; mais, quoique dans cette ville on eût reconnu, comme ailleurs 3 que quiconque touchait un mort ou ses effets, ou même son argent, était atteint de la contagion , et, quoique personne ne voulût pour un salaire rendre aux morts les derniers devoirs, cependant nul cadavre ne resta dans les maisons , privé de sépulture. A Sienne , l'historien Agnolo de Tura raconte que, dans les quatre mois de mai, juin, juillet et août, la peste enleva quatre-vingt mille âmes , et que lui-même ensevelit, de ses propres mains, ses cinq fils dans la même fosse. La ville de Trapani, en Sicile, resta complètement déserte. Gênes perdit quarante mille habitans, Naples soixante mille, et la Sicile, sans doute avec la Pouille, cinq cent trente mille. En général, on calcula que dans l'Europe entière , qui fut soumise , d'une extrémité à l'autre, à cet épouvantable fléau, la peste enleva les trois cinquièmes de la population.
SlSMONDI. Histoire des Républiques Italiennes du Moyen Age, tom. VI, pag. i6-2o\
Passage des Alpes par François Ier.
On part ; un détachement reste et se fait voir sur le Mont- Genis et sur le Mont-Genèvre , pour inquiéter les Suisses, et leur faire craindre une attaque. Le reste de l'armée passe à gué la Durance, et s'engage dans les montagnes, du côté de Guillestre; trois mille pionniers la précèdent. Le fer et le feu lui ouvrent une route difficile et périlleuse à travers des rochers; on remplit des vides immenses avec des fascines et de gros arbres ; on bâtit des ponts de communication ; on traîne , à force d'épaules et de bras, l'artillerie dans quelques endroits
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Les Religieux du Mont Saint-Bernard.
A la fin d'avril 1755, j'allais au Piémont par la route du grand Saint-Bernard. Vers les quatre heures de l'après-midi, la petite caravane avec laquelle j'avais gravi ce dangereux passage parvint au sommet de la montagne ; et, après avoir réparé ses forces dans l'hospice élevé au milieu de ce désert, elle se remit en marche, pour coucher le même soir à la vallée d' Aoste. Déjà le soleil avait perdu sa chaleur, et le ciel même sa sérénité : des nuages commençaient à se traîner le long des cimes des rochers, et s'amoncelaient dans les gorges étroites de cette solitude. Au sommet des Alpes, une soirée nébuleuse amollit le courage ; je me décidai à passer la nuit avec les religieux hospitaliers qui partageaient mes pressentimens.
Ils ne nous trompèrent point. A six heures, ce plateau glacé fut presque enseveli dans les ténèbres; les nuées , poussées par un vent de nord-ouest avec la rapidité d'une flèche , tourbillonnaient autour de l'enceinte des rochers ; déjà retentissait le bruit lointain des avalanches ; et des atomes de neige serrée , divisée comme la poussière, soit en se détachant des montagnes, soit en tombant du ciel , en interceptaient la faible lumière , et voilaient tous les objets d'alentour.
Tandis qu'auprès d'un bon feu je questionnais le supérieur du couvent sur les suites de l'ouragan, les religieux hospitaliers étaient allés remplir leurs devoirs de circonstance, ou plutôt exercer leurs vertus de tous les jours: chacun avait pris son peste de dévouement dans ces Thermopyles glaciales , non pour y repousser des ennemis , mais pour y tendre une main secourable aux voyageurs perdus, de tout rang, de toute nation, de tout culte, et même aux animaux chargés de leur bagage. Quelques uns de ces sublimes solitaires gravissaient les pyramides
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bué sans distinction, employé avec autant d'adresse que de sensibilité.
Mallet du Pan.
Jugement du maréchal de Brissac (i).
Le marquis de Pescaire, déjà bien glorieux de l'avantage qu'il avait remporté sur les Français, dans un genre de combat où ils ne voulaient point reconnaître d'égaux (2), songeait à se rendre recommandable par quelque autre service plus important. Son immense fortune lui avait permis de lever à ses frais douze cents gentilshommes, ou vieux soldats, qu'il avait couverts d'armures dorées, et qu'on nommait les braves de Naples. Voulant les mettre à portée de se distinguer autrement que par la richesse de leurs armes, il alla les établir, avec le consentement du duc d'Albe, dans le bourg deVigual , sur le sommet d'une montagne escarpée qui dominait dans une partie du Montferrat : les ayant encouragés à fortifier promptement ce poste et à s'y bien dérendre , il courut leur préparer des secours au cas qu'ils fussent attaqués, comme on devait s'y attendre. En effet, Brissac comprit si bien la nécessité de les déloger de ce lieu, que, bien qu'il ne fût pas encore parfaitement guéri, il ne voulut se reposer de ce soin sur personne. Rassemblant en corps d'armée toutes les troupes dont il pouvait disposer sans trop dégarnir la frontière, il investit la montagne, dressa des batteries, et sépara en trois divisions les corps de troupes qui , partant par des routes différentes, lorsqu'il donnerait le signal, devaient arriver en même temps au sommet ; mais, comme il avait à
(1) Ce morceau est regardé comme un modèle de narration historique.
(2) Dans un combat particulier, en champ clos, de quatre contre quatre, en i555.
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