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au spectacle le plus chéri tics Espagnols. Là, les jeunes chefs, sans cuirasse, vêtus d'un simple habit de soie, armés seulement d'une lance, viennent, sur de rapides coursiers , attaquer et vaincre des taureaux sauvages. Des soldats à pied, plus légers encore, les cheveux enveloppés dans des réseaux, tiennent d'une main un voile de pourpre, de l'autre des lances aiguës. L'alcade proclame la loi de ne secourir aucun combattant , de ne leur laisser d'autres armes que la lance pour immoler, le voile de pourpre pour se défendre. Les Rois, entourés de leur Cour, président à ces jeux sanglans ; et l'armée entière , occupant les immenses amphithéâtres, témoigne par des cris de joie , par des transports de plaisir et d'ivresse, quel est son amour effréné pour ces antiques combats.
Le signal se donne, la barrière s'ouvre, le taureau s'élance au milieu du cirque; mais, au bruit de mille fanfares , aux cris , à la vue des spectateurs , il s'arrête , inquiet et troublé; ses naseaux fument; ses regards brûlans errent sur les amphithéâtres; il semble également en proie à la surprise, à la fureur. Tout à coup il se précipite sur un cavalier qui le blesse et fuit rapidement à l'autre bout. Le taureau s'irrite, le poursuit de près, frappe à coups redoublés la terre , et fond sur le voile éclatant que lui présente un combattant à pied. L'adroit Espagnol, dans le même instant, évite à la fois sa rencontre, suspend à ses cornes le voile léger, et lui darde une flèche aiguë' qui de nouveau fait couler son sang. Percé bientôt de toutes les lances, blessé de ces traits pénétrans dont le fer courbé reste dans la plaie , l'animal bondit dans l'arène, pousse d'horribles mugissemens , s'agite en parcourant le cirque, secoue les flèches nombreuses enfoncées dans son large cou, fait voler ensemble les cailloux broyés, les lambeaux de pourpre sanglans, les flots d'écume rougie , et tombe enfin épuisé d'efforts, de colère et de douleur.
FloriAN. Goniahe de Cordoue , liv. V.
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lanl dans son cœur la douce émotion de cette scène, trop au— dessus de L'âme d'un enfant, mais dont le récit, < onservé dans les Mémoires de sa vie, a pour nous, encore aujourd'hui, quelque chose d'attendrissant et d'auguste. LA HARPE. Eloge de Câlinai.
Mort de Yatel.
Le Roi arriva jeudi au soir ; la promenade , la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa; il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs dîners auxquels on ne s'était point attendu. Cela saisit Vatel; il dit plusieurs fois: «Je suis « perdu d'honneur; voici une affaire que je ne supporterai « pas. » Il dit à Gourville : « La tête me tourne j il y a « douze nuits que je n'ai dormi; aidez-moi à donner des a ordres. » Gourville le soulagea en ce qu'il put. Le rôti qui avait manqué, non pas à la table du Roi, mais à la vingt-cinquième, lui revenait toujours à l'esprit. Gourville le dit à M. le Prince. M. le Prince alla jusque dans la chambre de Vatel, et lui dit: « Vatel, tout va « bien 5 rien n'était plus beau que le souper du Roi. » Il répondit: « Monseigneur, votre bonté m'achève; je sais « que le rôti a manqué à deux tables. — Point du tout, « dit M. le Prince, ne vous fâchez point ; tout va bien. » Minuit vient: le feu d'artifice ne réussit point ; il fut couvert d'un nuage j il coûtait seize mille francs. A quatre heures du matin, Vatel s'en va partout ; il trouve tout endormi. Il rencontre un petit pourvoyeur, qui lui apportait seulement deux charges de marée. Il lui demande : «i Est-ce là tout? — Oui, Monsieur. » 11 ne savait pas que Vatel avait envoyé à tous les ports de mer. Vatel attend quelque temps ; les autres pourvoyeurs ne vinrent point. Sa tête s'échauffait ; il crut qu'il n'y aurait point d'autre marée. Il trouva Gourville ; il lui dit : « Monsieur, « je ne survivrai point à cet affront-ci. » Gourville se
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répète l'azur des doux, ne forment plus qu'un spectacle funeste; et tout ce qui , dans la nature, annonce la paix et la joie, ne porte ici que l'épouvante, et ne présage que la mort.
Cependant les vivres s'épuisent, on les réduit, on les dispense d'une main avare et sévère. La nature, qui voit tarir les sources de la vie, en devient plus avide ; et plus les ressources diminuent, plus on sent croître les besoins. A la disette enfin succède la famine, fléau terrible sur la terre, mais plus terrible mille fois sur le vaste abîme des eaux; car au moins sur la terre quelque lueur d'espérance peut abuser la douleur et soutenir le courage ; mais au milieu d'une mer immense, solitaire, et environné du néant, l'homme, dans l'abandon de toute la nature, n'a pas même l'illusion pour le sauver du désespoir : il voit comme un abîme l'espace épouvantable qui l'éloigné de tout secours ; sa pensée et ses vœux s'y perdent ; la 'voix même de l'espérance ne peut arriver jusqu'à lui.
Les premiers accès de la faim se font sentir sur le vaisseau : cruelle alternative de douleur et de rage, où l'on voyait des malheureux, étendus sur les bancs, lever les mains vers le ciel, avec des plaintes lameniables, ou courir, éperdus et furieux, de la proue à la poupe, et demander au moins que la mort vînt finir leurs maux!
Marmontel. Les Incas.
Symptômes et ravages d'un Ouragan a l'Ile-de-France.
Un de ces étés qui désolent de temps à autre les terres situées entre les Tropiques vint, étendre ici ses ravages. C'était vers la fin de décembre , lorsque le soleil au Capricorne échauffe pendant trois semaines l'Ile-de-France de ses feux verticaux. Le vent du sud-est, qui y règne presque toute l'année, n'y soufflait plus. De longs tourbillons de poussière s'élevaientsurles chemins et restaient suspendus en l'air. La terre se fendait de toutes parts;
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Songe de Marc-Aurèle.
Je voulus méditer sur la douleur; la nuit était déjà avancée; le besoin du sommeil fatiguait ma paupière ; je luttai quelque temps; enfin je fus obligé de céder, et je m'assoupis; mais dans cet intervalle je crus avoir un songe. Il me sembla voir dans un vaste portique une multitude d'hommes rassemblés; ils avaient tous quelque chose d'auguste et de grand. Quoique je n'eusse jamais vécu avec eux, leurs traits pourtant ne m'étaient pas étrangers; je crus me rappeler que j'avais souvent contemplé leurs statues dans Rome. Je les regardais tous, quand une voix terrible et forte retentit sous le portique : Mortels, apprenez à souffrir! Au même instant, devant l'un, je vis s'allumer des flammes, et il y posa la main. On apporta à l'autre du poison; il but, et fit une libation aux Dieux. Le troisième était debout auprès d'une statue de la Liberté brisée ; il tenait d'une main un livre; de l'autre il prit une épée, dont il regardait la pointe. Plus loin je distinguai un homme tout sanglant , mais calme et plus tranquille que ses bourreaux ; je courus à lui en m'écriant : « O Régulus! est-ce toi? » Je ne pus soutenir le spectacle de ses maux, et je détournai mes regards. Alors j'aperçus Fabricius dans la pauvreté, Scipion mourant dans l'exil, Epictète écrivant dans les chaînes, Sénèque et Thraséas les veines ouvertes, et regardant d'un œil tranquille leur sang couler. Environné de tous ces grands hommes malheureux, je versais des larmes; ils parurent étonnés. L'un d'eux, ce fut Caton, approcha de moi, et me dit : « Ne nous plains pas, mais « imite-nous; et toi aussi, apprends à vaincre la douleur! » Cependant il me parut prêt à tourner contre lui le fer qu'il tenait à la main; je voulus l'arrêter, je frémis, et je m'éveillai. Je réfléchis sur ce songe, et je conçus que ces prétendus maux n'avaient pas le droit d'ébranler mon
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devait affecter profondément, inspirer des idées augustes de religion et de morale.
On ne peut douter que ces éloges, avant qu'ils fussent prodigués et corrompus , ne fissent une forte impression sur les âmes. Leur institution ressemblait beaucoup à celle de nos oraisons funèbres j mais il y a une différence remarquable, c'est qu'ils étaient accordés à la vertu, non à la dignité. Le laboureur et l'artisan y avaient droit comme le souverain. Ce n'était point alors une cérémonie vaine, oà un orateur, que personne ne croyait, venait parler de vertus qu'il ne croyait pas davantage, tâchait de se passionner un instant pour ce qui était quelquefois l'objet du mépris public et du sien ; et, entassant avec harmonie des mensonges mercenaires, flattait longuement les morts, pour être loué lui-même ou récompensé par les vivans. Alors on ne louait pas l'humanité d'un général qui avait été cruel; le désintéressement d'un magistrat qui avait vendu les lois : tout était simple et vrai. Les princes eux-mêmes étaient soumis au jugement, comme le reste des hommes , et ils n'étaient loués que lorsqu'ils l'avaient mérité. Il est juste que la tombe soit une barrière entre la flatterie et le prince , et que la vérité commence où le pouvoir cesse. Nous savons par l'histoire que plusieurs des Rois d'Egypte , qui avaient foulé leurs peuples pour élever ces pyramides immenses , furent flétris par la loi, et privés des tombeaux qu'ils s'étaient eux-mêmes construits.
Depuis trois mille ans ces usages ne subsistent plus, et il n'y a dans aucun pays du monde des magistrats établis pour juger la mémoire des Rois ; mais la Renommée fait la fonction de ce tribunal : plus terrible, parce qu'on ne peut la corrompre, elle dicte les arrêts, la Postérité les écoute, et l'Histoire les écrit (i).
Thomas. Essai sur les Eloges.
(i) Voyez, en vers, Jugement des Rois d'Egypte après leur mort-
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Enfin il arrive, en rampant, au bas d'une roche escarpée ; et, à la lueur des éclairs, il voit une caverne dont la profonde et ténébreuse horreur l'aurait glacé dans tout autre moment. Meurtri, épuisé de fatigue, il se jette au fond de cet antre ; et là, rendant grâces au Ciel , il tombe dans l'accablement.
L'orage enfin s'apaise : les tonnerres, les vents cessent d'ébranler la montagne; les eaux des torrens, moins rapides, ne mugissent plus à l'entour; et Molina sent couler dans ses veines le baume du sommeil. Mais un bruit plus terrible que celui des tempêtes le frappe au moment même qu'il allait s'endormir.
Ce bruit, pareil au broiement des cailloux, est celui d'une multitude de serpens (i), dont la caverne est le refuge. La voûte en est revêtue ; et , entrelacés l'un à l'autre, ils forment, dans leurs mouvemens , ce bruit qu'Alonzo reconnaît. Il sait que le venin de ces serpens est le plus subtil des poisons; qu'il allume soudain, et dans toutes les veines, un feu qui dévore et consume , au milieu des douleurs les plus intolérables, le malheureux qui en est atteint. Il les entend, il croit les voirrampans autour de lui , ou pendus sur sa tête , ou roulés sur euxmêmes, et prêts à s'élancer sur lui. Son courage épuisé succombe ; son sang se glace de frayeur ; à peine il ose respirer. S'il veut se traîner hors del'antre, sous ses mains, sous ses pas, il tremble de presser un de ces dangereux reptiles. Transi , frissonnant, immobile, environné de mille morts, il passe la pluslongue nuit dansune pénibleagonie , désirant, frémissant de revoir la lumière, se reprochant la crainte qui le tient enchaîné, et faisant sur lui-même d'inutiles efforts pour surmonter cette faiblesse.
Le jour qui vint l'éclairer justifia sa frayeur. Il vit réellement tout le danger qu'il avait pressenti, il le vit plus horrible encore. 11 fallait mourir ou s'échapper. 11
(i) Les serpens à sonnettes.
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Les Catacombes.
Un jour j'étais allé visiter la fontaine Egérie : la nuit me surprit. Pour regagner la voie Appienne, je me dirigeai vers le tombeau de Cécilia Métella , chef-d'œuvre de grandeur etd'élégance. En traversant deschampsabandonnés, j'aperçus plusieurs personnes qui se glissaient dans l'ombre, et qui toutes, s'arrêtant au même endroit, disparaissaient subitement. Poussé parla curiosité , je m'avance, et j'entre hardiment dans la caverne où s'étaient plongés les mystérieux fantômes. Je vis s'allonger devant moi des galeries souterraines , qu'à peine éclairaient de loin quelques lampes suspendues. Les murs des corridors funèbres étaient bordés d'un triple rang de cercueils , placés les uns au-dessus des autres. La lumière lugubre des lampes , rampant sur les parois des voûtes, et se mouvant avec lenteur le long des sépulcres , répandait une mobilité effrayante sur les objets éternellement immobiles.
En vain, prêtant une oreille attentive, je cherche à saisir quelques sons pour me diriger à travers un abîme de silence ; je n'entends que le battement de mon cœur dans le repos absolu de ces lieux. Je voulus retourner en arrière , mais il n'était plus temps : je pris une fausse route , et, au lieu de sortir du dédale, je m'y enfonçai. De nouvelles avenues, qui s'ouvrent et se croisent de toutes parts, augmentent à chaque instant mes perplexités. Plus je m'efforce de trouver un chemin , plus je m'égare ; tantôt je m'avance avec lenteur; tantôt je passe avec vitesse. Alors, par un effet des échos qui répétaient le bruit de mes pas, je croyais entendre marcher précipitamment derrière moi.
11 y avait déjà long-temps que j'errais ainsi ; mes forces commençaient à s'épuiser : je m'assis à un carrefour solitaire de la cité des morts. Je regardais avec inquiétude la lumière des lampes presque consumée qui menaçait
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