‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 102 sur 141 · I. publique · texte numérisé non relu

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«tait tombée, et l'ont fait paraître ivec le plus grand éclat. Quel est, au contraire, le Romain qui ait dit à sa république que ses conquêtes devaient la mener à sa ruine ? Quand le gouvernement se déformait, quand on abandonnait aux Proconsuls une autorité qui devait les affranchir du joug des lois, quel Komain a prédit que la république serait vaincue par ses propres armées? Quand Home chancelait dans sa décadence, quel citoyen est venu à son secours, et a opposé sa sagesse à la fatalité qui semblait l'entraîner?

Dès que les Romains cessèrent d'être libres, ils devinrent les plus lâches des esclaves. Les Grecs, asservis par Philippe et Alexandre , ne désespérèrent pas de recouvrer leur liberté : ils surent en effet se rendre indépendans sous les successeurs de ces Princes. S'il s'éleva mille tyrans dans la Grèce, il s'y éleva aussi mille Thrasybule.

Ecrasée enfin sous le poids de ses propres divisions et de la puissance romaine, la Grèce conserva une sorte d'empire, mais bien honorable, sur ses vainqueurs. Ses lumières et son goût pour les lettres, la philosophie et les arts, la vengèrent, pour ainsi dire, de sa défaite, et soumirent à leur tour l'orgueil des Romains. Les vainqueurs devinrent les disciples des vaincus, et apprirent une langue que les Homère, les Pindare, les Thucydide, les Xénophon , les Démosthène, les Platon, les Kuripidc, etc. , avaient embellie de boute* les grâces de leur esprit. Des orateurs qui charmaient déjà Rome allèrent puiser chez les Grecs ce goût lin et délicat, peut-être le plus rare des talens , et ces secrets de l'art qui donnent au génie une nouvelle force ; ils allèrent, en un mot, se former au talent enchanteur de tout embellir. Dans les écoles de philosophie, où les Romains les plus distingués se dépouillaient de leurs préjugés, ils apprenaient à respecter les Grecs 5 ils rapportaient dans leur patrie leur reconnaissance et Leur admiration, et Home rendait son

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55o CARACTERES Oi; PORTRAITS,

de lous les arts, avec des organes propres à apprécier ce qui est beau dans lous les genres et à le reproduire. Dans 1rs fêtes du peuple des campagnes, on démêlerait aujourd'hui des hommes en tout semblables à ceux dont les applaudissemens animèrent le génie de Phidias, de Michel-Ange ou de Raphaël. Ils ornent leurs chapeaux de fleurs odoriférantes ; leur manteau est drapé d'une manière pittoresque, comme celui des statues antiques; leur langage est figuré et plein de feu; leurs traits expriment toutes les passions, et en effet ils sont susceptibles <|<l'amour le plus impétueux, de la colère la plus bouillante. Aucune fête ne leur parait complète, si les facultés morales de l'homme n'y ont eu quelque part, si l'église où ils se réunissent n'est ornée avec goût et d'une manier*- pittoresque, si une musique harmonieuse n'élève leur âme vers les cieux. Leurs divertissemens portent le même caractère : lorsque sur leur salaire ils ont dérobé à leurs besoins une pénible épargne, ils ne la consacrent point à se procurer des boissons enivrantes ou des plaisirs crapuleux; mais ils la portent, comme un tribut, aux théâtres, aux poètes improvisateurs, aux conteurs d histoires qui éveillent leur imagination, et qui nourrissent leur esprit. L'Italie est aujourd'hui le seul pays où le bouvier et le vigneron, le laboureur et le berger, remplissent avec leurs femmes et leurs enfans les salles de spectacle; c'est le seul où ils puissent comprendre des tragédies qui leur représentent les héros des temps passés, et des fables poétiques dont le souvenir ne leur est point absolument étranger.

Sismondi. Histoire des Républiques Italiennes du moyen âge, tom. VI.

Les Nations modernes.

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