‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 110 sur 141 · lli|r · texte numérisé non relu

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Je n'entrerai point dans le détail de ses actions et de ses paroles. Il en eslqui ne sontpas faites pour être senties dans les siècles corrompus. Les âmes faibles les appelle* raient téméraires ; les âmes basses les jugeraient criminelles; mais l'homme vertueux les honorera toujours comme il le doit. Je n'ajouterai plus qu'un mot. d que l'idée seule de Sully était pour Henri IV ce que la pensée de l'Etre Suprême est pour l'homme ju>te; un frein pour le mal, un encouragement pour le bien (i).

Thomas. Eloge de Su//y.

Bedmar.

Le marquis de Bedmar est l'un des plus puissans génies que i Espagne ail jamais produits. On \oit , par i. I otii-

<|u il a laissés, qu'il possédait tout ee qu'il \ a dans !<••> historiens anciens et modernes qui petit former un homme extraordinaire. 11 comparait les choses qu'il racontait avec celles qui se passaient de son temps. Il saWrrait exactement les diâtérenoas el les num mhlaeoaa lin iJEsires,

(i) Voyet |.lus haut. Ttdhmt , Su/h- tfart- la retraite, el ddessous le paMllèle de Colèmt 't Suit

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et surmontant les incommodités de la goutte et de l'âge par la tempérance et par l'exercice; parlant peu, pensant beaucoup, écrivant lui-même toutes ses affaire : \ aillant et judicieux à la guerre, admirable à lever et à faire subsister les armées, sévère à punir les soldats, prodigne à les récompenser, pourtant avec eboix et dessein; toujours ferme contre le malheur, civil dans le besoin; d'ailleurs orgueilleux et fier; ambitieux sans mesure; envieux de la gloire d'autrui, jaloux de la sienne ; implacable dans la haine, cruel dans la vengeance, prompt à la colère; ami delà magnificence, de l'ostentation et de la nouveauté; extravagant en apparence, mais ne faisant rien sans dessein , et ne manquant jamais de prétexte du bien public quoiqu'il rapportât tout à l'accroissement de sa fortune ; méprisant la religion , qu'il faisait servir à la politique ; artificieux au possible, et principalement à paraître désintéressé; au reste, très-curieux et très-clairvoyant dans les desseins des autres, très-avisé-à conduire les siens, surtout adroit à les cacher, et d'autant plus impénétrable, qu'il affectait en public la candeur et la liberté, et blâmait en autrui la dissimulation dont il se servait en toutes choses.

Cet homme, ayant étudié soigneusement la conduite et les maximes de ceux qui, d'une condition privée , étaient arrivés à la Souveraineté , n'eut jamais que des pensées vastes et des espérances trop élevées, méprisant ceux qui se contentaient de la médiocrité. En quelque état que la fortune l'eût mis, il songea toujours à s'accroître davantage; enfin, étant venu à un tel point de grandeur qu'il n'y avait que les Couronnes au-dessus de lui, il eut le courage de songer à usurper celle de Bohème sur l'Empereur; et, quoiqu'il sût que ce dessein était plein de péril et de perfidie, il méprisa le péril qu'il ivail surmonté, et crut toutes ses action* honnêtes, outre le soin de se conserver, en les faisant pour régner.

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geance avant do frapper ses victimes. Ses artifices mémo onl quelque chose de grand qui suppose le courage.

D'ailleurs, Richelieu, qu'un seul coup d'œil peut précipiter au fond des cachots où il plonge ses ennemis, nous inte'resse comme un homme fort et courageux qui M livré à tous les dangers, et se confie à sa fortune. Sa vie est un combat éternel j toutes les scènes en sont animées, et tous les tahleaux en contraste. Il c6t forcé de combattre à la fois la puissance de ses nombreux ennemis et la faiblesse de son maître : toujours près de sa ehute en préparant celle des autres, il a besoin d'être courtisan, même quand il est Roi.

Ce mélange de souplesse et d'audace , < es dangers qu'il éprouve, et celte terreur qu'il inspire sans jamais la ressentir, l'énergie de son âme qui résiste aux lOilfffai d'un corps usé par les maladies, cette ambition qui ne trouve aucune gloire ni au-dessus ni au-dessous d'ellemême $ tout dans Richelieu imprime l'étonnement ou commande l'admiration. Un tel caractère est précisément l'opposé de celui de Louis XI (i).

De Fontanes.

Cromwcll.

Un homme s'est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable ; hypocrite raffiné autant qu'habita politique; capable de tout entreprendre et de tout cacher; également actif et infatigable dans !a pai\ et dans la guerre : qui ne laissait rien à la Fortune de ce qu'il pouvait lui àter par conseil et par prévoyance, mais au reste si vigilant et si prêt atout, qu'il n'a jamais manqué les occasions qu elle lui a présentées: enfin , un de ces esprits remuans <t audacieux qui semblent être nés pour changer le monde.

(i) Voyez les Leçons Latines modernes, t. I , thème sujet.

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qu'il tire de temps en temps des trésors de sa providence pour assister lr^ lici^, et pour gouverner les Royaume*.

8011 adresse ;'t concilier les esprits par des persuasions efficaces, à préparer les événemens par des négociations pressées ou lentes, à exciter ou calmer lés passions par des intérêts et des vues politiques, à faire mouvoir avec habileté les ressorts de la guerre ou de la paix, l'avait bail regarder comme un ministre non seulement utile, mais encore nécessaire. La pourpre dont il e'tait revêtu, la capacité qu'il fit voir, et la douceur dont U usa, après plusieurs agitations, le mirent enfin au-dessus de l'envie; et, tout concourant à sa gloire, le Ciel même faisant servir à son élévation et sa faveur et ses disgrâces, il prit les rênes de l'Etat : heureux d'avoir aimé la France comme sa patrie, d'avoir laissé la paix aux peuples fatigués d'une longue guerre, et plus encore d'avoir appris l'art de régner et les secrets de la royauté au premier Monarque du monde (1) 1

Fléchieh. Oraisons funèbres.

Le Cardinal de Retz.

I'uis-je oublier celui que je vois partout dans le récit de nos malheurs? cet homme si fidèle aux particuliers ; si redoutable à l'Etat, d'un caractère si haut qu'on ne pouvait ni l'estimer, ni le craindre, ni l'aimer, ni le haïr à demi : ferme génie , que nous avons vu, en ébranlant l'univers, s'attirer une dignité qu'à la fin il voulut quitter comme trop chèrement achetée, ainsi qu'il eut le courage de le reconnaître dans le lieu le plus éminent de la Chrétienté , et enfin comme peu capable de contenter ses désirs : tant il connut son erreur et le vide des

(1) Voyez les Lrçvis Laiincs mndrrncs , t. I , mémr sujet.

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cache»*. Il a conservé l'archevêché* de l'aris contre la puissance du Cardinal Ma/arin: mais, après la mort de oe minisiic. il s'en r'st d(:iiiis. sans connattre ce tra'il faisait, et sans prendre cette conjoncture pour ménager les intéirts de ses1 amis et les siens propres. Il ôsl entre dans divers conclaves, et sa conduite a toujours augmenté sa réputation.

Sa pente naturelle eal L'oisiveté] il travaille néanmoins avec activité dans les affaires qui le pressent , et il se repose avec nonchalance quand elles sont finies. Il a une grande présence d'esprit, et sait tellement tournera son avantage les occasions que La fortune lui offre, qu'il semble qu'il les ait prévues et désirées. Il aime à raconter; il veut éblouir indifféremment tous ceu\ qui Pécoutent par des aventures extraordinaires, et souvent son imagination lui fournit plus que sa mémoire.

Il est faux dans la plupart de ses qualités; et ce qui a le plus contrihué à sa réputation, est de savoir donner un beau jour à ses défauts. Il est insensible à la haine et à l'amitié, quelque soin qu'il ait pris de paraître occupé de l'une ou de l'autre. Il est incapable d'envie e! d'av irice , soit par vertu, soit par inapplication. Il a plus emprunté de ses amis, qu'un particulier ne pouvait espérer de pouvoir leur rendre. Il a senti de la vanité à trouver tant de crédit, et à entreprendre de s'acquitter ; il n'a point de goût ni de délicatesse 3 il s'amuse à tout et ne se plaît à rien; il évite avec adresse de lai irer qu'il n'a

qu'une légère connaissance de toutes choses. La retraite qu'il vi'-nt de Faire est la plus éclatante et lapins fai action de sa vie; c'est un sacrifice qu'il fait à son orgueil, sous prétexte de dévotion : il quitte la Cour où il ne peut s'attacher, et il s'éloigne du monde qui s'éloigne de lui.

La Rochefoucauld.

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A la i(:ic de ces proiecieurs de l'humanité souffran \ois un homme qui a reçu du Ciel le don de L'élocution ei la sensibilité la plu* profonde, éloquent à Force (Pâme el de vertu, Fécond en pensées du cœur, el par-là même également .sublime et populaire dans m-, discours, doué du plus rare courage d'esprit, de la conception des grandes entreprises el (!«• la patience des plus petits détails, d'une imagination hardie el d'un jugement sage, d'une prudence consommée pour discerner Pi-propos des momens opportuns, saisir le point de maturité' des projets utiles, el s'altacher aux établissemens durables ; enfin d'un /< U aident et ine'branlable, d'un attrait de persuasion qui rallie toutes les opinions à ses sentimens, et du talent plus heureux encore et plus rare , d'embraser les cœurs du feu divin , dont H est consumé lui-même. Cet homme anime tout, propose les bonnes œuvres, discute les moyens, indique les ressources , e'earte les obstacles , correspond à la fois avec le gouvernement, avec les riches, avec les malheureux. Son regard embrasse toutes les provinces; il veille sans cesse pour la patrie; il est présenta toutes les calamités; il atteint tous les malheurs par sa bienfaisance; il transporte tous ses auditeurs au milieu des désastres publics; il les entraîne dans ce tourbillon de charité qui l'environne, les pénétre de terreur, les fait fondre en larmes, les oppresse de sanglots, leur ùle leur âme pour leur donner la sienne , el cet homme <!<• la Providence est Vincent de Paul, qui, du milieu de son assemblée de charité(i), semble dire, comme

(i) On comptait dans cette respectable association Aune >\ Autriche, la reine de Pologne. L princesse de Coati, h docl «l'Aiguillon, le général <l< Gendi , le maréchal Paner, la rerhieose veuve Le di.is . m-,- M.irilh.K , >j m devint la première supéricure de la Chante , don! elle prit l'habit, après avoir dtf

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Sully et Colbcit.

L1 et CoLBr.nT(i)l quels noms ! C'est un spectacle intéressant de rapprocher eea dent hommes célèbres , < j i< i fonl époque dani nuire histoire, et peut-être dans celle de l'Europe.

Destinés ions deux à de grandes choses , ils furenl élei es au ministère à peu près dani les mêmes oirconstan<

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et les désordres, de la, kigue. Colvert eut i répara

maux qu'avaient causés le r< -eux et faible de

Louis XIII, les opération* brillantes, mais forcée! de Richelieu, Ici querelles de la Fronde, l'anarchie des linanees sous Mazarin.

Tous deux trouvèrent le peuple accablé d'impôts, et Le Roi privé de la plus grande partie de ses '« w nus : tous deux, eurent le bonheur de rencontrer deux Princes tju i avaient le génie du Gim\ ernenienl , capables de vouloir

le bien, assez courageux pour l'entreprendre | assez fermes pour le soutenir, désira m faire 4e grande* choses, l'un pour la France, et l'autre pour lui-même; tous deux commencèrent par Liquida les dette-, île l 'htat, et les mêmes besoins tirent naître les mêmes opérations j tous deux travaillèrent ensuite à accroître la fortune publique.

meut également coin biner la u attire îles divers nu] i mais Sully ne sulpas en hier tout le pa'-ti possible j Coll.ei t perfectionna l'art d 'élablircnlre eu\ de justes proportions. Tous deux diminuèrent les frais énormes de la perception, bannirent le tralic honteux des emplois, , qui enrichissait et avilissait la Cour, ôlèreut au courtisan

tout intérêt dans les fermes. Tous deux firent cesser la confusion qui régnait dans les recettes, et les gains im-

(i) Voyez plus haut leur portrait; et aux Tableaux , Sully dans la >, traite

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l'un voulait le tirer presque tout entier du produit des terres, l'autre des manufactures. Sullv préférait avec raison celui qui , étant attaché au sol, ne peal Itre partagé ni envahi, et qui met les étranger! dans une dépendance

nécessaire; Colbert De s'aperçut pas que l'autre n'est fondé que sur des besoins de caprice ou de goût, et qu'il peut passer, avec les artistes, dans tous les pays du monde. Sully fut donc supérieur à Colbert dans la connaissance des véritables sources du commerce ; mais Colbert l'emporta sur lui du coté des soins, de l'activité, et des calculs politique! dans cette partie j il l'emporta par son attention à diminuer les droits intérieurs du Royaume f que Sully augmenta quelquefois , par son habileté à combiner les droits d'entrée et de sortie : opération qui est peut-être un des plus savans ouvrages d'un législateur } et où la plus petite erreur de combinaison peut coûter des millions à l'Etat.

Il sera difficile d'égaler Colbert dans les détails et les grandes vues du commerce; il sera difficile de surpasser Sully dans les encouragemens qu'il donna à l'agriculture. Ce n'est pas que Colbert ait négligé entièrement cette partie importante. N'exagérons pas les tantes des grands hommes, et n'ayons pas la manie d'être toujours extrêmes dans nos censures, comme dans nos éloges. Colbert, à l'exemple de Sully, voulut faire naître l'aisance dans les campagnes; il diminua les tailles; il prévint, autant qu'il put, les maux attachés à une imposition arbitraire ; il protégea par des règlemens utiles la nourriture des troupeaux, il encouragea la population par des récompenses J mais, faute d'avoir permis le commerce des us, tant d'opérations admirables furent presque inutiles: il n\ avait point «le richesses réelles : L'Etat parut brillant, et le peuple fut malheureux; l'or que le trafic faisait circuler ne parvenait point jusqu'à la classe des

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