‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 111 sur 141 · III. H -llllll- ■ .Illlj ll(|llcV . <>ll il f.l!' I · texte numérisé non relu

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Gio CARACTÈRES OU PORTRAITS,

Louvoia.

Louvois était né avec de grands talens, qui avaient principalement la guerre pour objet : il rétablit Tordre et la discipline dans les armées, ainsi qu'avait fait Colbert dans les finances. Mieux informé souvent que le Général lui-même; aussi attentif à récompenser qu'à punir; économe et prodigue suivant les circonstances j prévoyant tout, et ne négligeant rien; joignant aux vues promptes et étendues la science des détails; profondément secret; formant des entreprises qui tenaient du prodige par leur exécution subite, et dont le succès n'était jamais incertain, malgré la foule des combinaisons nécessaires qui devaient y concourir: l'instruction, donnée au maréchal d'Humières pour le siège de Gand, fut regardée comme un chef-d'oeuvre dans son genre. Mais il eût été à souhaiter qu'il n'eût pas porté trop loin le zèle pour la gloire de son maître ; et que, se contentant de voir le Roi devenu l'objet du respect de l'Europe , il n'eût pas voulu encore qu'il en devînt la terreur (i).

Le Président Hénadlt.

Turenne.

Tcïienne, si célébré, si regretté par nos aïeux, et dont nous ne prononçons pas encore le nom sans respect ; qui , dans le siècle le plus fécond en grands hommes, n'eut point de supérieur . et ne compta qu'un rival; qui fut aussi simple qu'il était grand, aussi estimé pour sa probité que pour ses victoires; à qui on pardonna ses fautes . parce qu'il n'eut jamais ni l'affectation de ses vertus ni celle de ses talens; qui, eu servant Louis XIV et la

(1) Voyea en vers, même portrait.

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liardi à faire qu'à parler, résolu et déterminé au dedans , lors même qu'il paraissait embarrassé au dehors. L'un , dès qu'il parait dans les armées, donne une haute idée de sa valeur, et fait attendre quelque chose d'extraordinaire, mais toutefois s'avance par ordre , et vient comme par degrés aux prodiges qui ont fini le cours de sa vie ; l'autre, comme un homme inspiré, dès sa première bataille, s'égale aux maîtres les plus consommés. L'un , par de vifs et continuels efforts, emporte ladmiration du genre humain , et fait taire l'Envie ; l'autre jette d'abord une si vive lumière, qu'elle n'osait l'attaquer. L'un enfin, parla profondeur de son génie et les incroyables ressources de son courage, s'élève au-dessus des plus grands périls, et sait même profiler de toutes les infidélités de la fortune j l'autre , et par l'avantage d'une si haute naissance, et par ces grandes pensées que le Ciel envoie . et par une espèce d'instinct admirable dont les hommes ne connaissent pas le secret, semble né pour entraîner la fortune dans ses desseins , et forcer les destinées.

Et , afin que l'on vît toujours dans ces deux hommes de grands caractères, mais divers, l'un, emporté d'un coup soudain, meurt pour son pays, comme un Judas le Machabéej l'armée le pleure comme un père, et la Cour et tout le peuple gémissent: sa piété est louée comme son courage, et sa mémoire ne se flétrit point par le temps : l'autre, élevé par les armes au comble de la gloire comme un David, comme lui meurt dans son lit, en publiant les louanges de Dieu , et intruisant sa famille , et laisse tous les cœurs remplis tant de l'éclat de sa vie , que de la douceur de sa mort. Quel spectacle de voir et d'étudier ces deux hommes, et d'apprendre de chacun d'eux toute l'estime que méritait . l'autre (i)!

Bossuet. Oraisons funèbres.

(i) Voyez en yeraj et If» façons Lan), ex modernes, même parallèle!

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(i) Voyca las £er<" / • muxbntei , même sui«-t

0l4 CARACTERES OU PORTRAITS,

Montausfttt M Boaniel

L'ON, dune vertu haute et austère, d'une probité audessns de nos mœurs, d'une vérité à l'épreuve delà Cour, philosophe sans ostentation , chrétien sans faiblesse, courtisan sans passion, l'arbitre du bon goût et de la rigidité dés bienséances, "ennemi du faux, l'ami et le protecteur du mérite, le zélateur de la gloire de la nation, le censeur <!e la licence publique; enfin un de ces hommes qui semblent être comme les restes des anciennes mœurs, el qui seuls ne sont pas de notre .siècle. L'autre <Tun génie vaste et heureux, d'une candeur qui caractérise toujours les grandes âmes et les esprits du premier ordre, l'ornement de l'Kpiscopat, et dont le clergé de France se fera honneur dans tous les siècles ; un Evêque au milieu de la Cour ; l'homme de tous les talens et de toutes les sciences, le docteur de toutes les Eglises, la terreur de toutes les -nies, le Père du dix-septième siècle, et à qui il n'a manqué que d'être né dans les premiers temps, pour avoir été* la lumière des Conciles, rime des Pères assemblés, avoir dicté des canons, et présidé à Nicée etàEphèse (i). Massillom. Oraison funèbre de M. le Dauphin.

Guillaume III et Loin, \l\

Guii.i.m'me III laissa la réputation d'un grand politique, quoiqu'il ncùl point été populaire, et d'un général à craindre, quoiqu'il eilt perdu beaucoup de batailles. Toujours me8Uré dans sa conduite, et jamais vif que dans un jour de combat, il ne régna paisiblement en Aii.b -

(1) Voyez plus bas les portraits de Cossuct, et les Leçons Latines modtitus.

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\ < > i i v 1 1 . i . Siècle ée LtiuU A// .

Le Siècle d'Auguste et le Siècle de Louis XIV.

On a remarqué, avec raison . que les régnes d'Auguste el de Louis XIV se ressemblaient par le concours des grands hommes, de tons les genres qui ont illustré leurs règnes. Biais on ne doit pas croire que ce soil l'effet seul

du hasard j et si cos deux règnes ont de grands rapports . c'est qu'ils ont été' accompagnés à peu près des mêmes circonstances. Ces deux Princes sortaient d«s guerres civiles, de ce temps où les peuples, toujours armés, nourris sans cesse au milieu des périls, entêtés des plus hardis desseins, ne voient rien où ils ne puissent atteindre j de ce temps où les événemens heureux et malheureux, mille fois répétés, étendent les idées, fortifient l'ime à force d'épreuves, augmentent son ressort, et lui donnent ce désir de gloire qui ne manque jamais de produire de grandes choses.

Voilà comme Auguste et Louis XIV trouvèrent le monde. César s'en ét.iit rendu le maître, et avait devancé Auguste} Henri IV avait conquis son propre royaume, et fut l'aïeul de Louis XIV. Même fermentation dans les esprits ; les peuples, de part el d'autre, n'avaient été pour la plupart que des soldats, et les capitaines des héros. A tant d'agitation, à tant de troubles intestins succède le calme (pie produit l'autorité réunie. Les prétentions des républicains et les folles entreprises % (») Voyez plus haut, Discour.'..

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fii8 CARACTÈRES OU POfcTAAiTS.

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Ci fui le 17 juillet. 1709 que sr donna cette bataille décisive aè l'ulhiw.i. entre les deux plus singuliers monarque* qui fussent alors dans le monde : Chai lés XII . illustre pat neuf anti^es clé viétolrésj AlexiOwitz, par neuf années de peines priées pour former des troupes égalés aui troupes suédoises : l'un glorieux a avoir donné desËtats, l'autre d'avoir civilisé les siens: Charles aimant 1rs dangers, é( ne combattant que pouf ls gloire j Ueiiowîti ne fuyant point les périls, et ne fusant la guerre que pour ses intérêts* : le Monarque Suédois, libéral pat grandeur- d'âme: le Moscovite ne donnant jamais que par quelque vue • celui-là, d'une sobriété* el d'une continence sans exemple, d'un naturel magnanime, et qui n'avait été barbare qu'une fois* celui-ci, n'avant pas dépouille' la rudesse de son éducation et de son pays, aussi terrible à ses sujet» , qu'admirable aux étrangers , et trop adonné à des excès qui ont même abrégé ses jours : Cbarles avait le titre d'invincible, qu'un uniment pouvait lui nier; les nation» avaient donné à Pierre le nom de Grand, qu'une défaite ne pouvait lui taire perdre, ne le devant pas à la victoire.

Voltaire.

Picrre-lc-Grand , Empereur de Russie.

IMrnnr-i.Ê-GnAND fut regretté en Russie de tous ceux qu'il a\. lit formés; et la génération qui suivit celle «les partisans des anciennes mo-ur» le regarda bientôt comme son père. Quand les étrangers ont vu que tous ses établissement étaient durables, ils ont eu pour lui une admiration constante, et ils ont a\ <>né qu'il Avait été inspiré plutôt par une sagesse extraordinaire que par l'envie de

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6aq CARACTERES OU PORTRAITS,

delà du \raisriublablr. Qe»1 peUt-étM le seul de tous les hommes, et jusqu'ici le seul de tous les Ilois, qui ;iit vécu sans faiblesse ; il a porté UMItM h-s vertus des héio*. à un excès où elles sont aussi dangereusos que les vices opposés. *

Sa fermeté, devenue opiniâtre lit ses malheurs dans l'Ukraine, et le retint cinq ans en Turquie ; sa libéralité, dégénérant en profusion , a ruiné la Suède : son courage, poussé jusqu'à la témérité, a causé sa mort : sa justice a été quelquefois jusqu'à la cruauté ; et, dans les dernières années, le maintien de son autorité approchait de la tyrannie. Ses grandes qualités, dont une seule eût pu immortaliser un autre Prince, ont faille malheur de son pays. Il n'attaqua jamais personne 5 mais il ne fut pas aussi prudent qu'implacable dans ses vengeances.

Il a été le premier qui ait eu l'ambition d'être conquérant sans avoir l'envie d'agrandir ses Etats ; il voulait gagner des Empires pour les donner. Sa passion pour la gloire, pour la guerre et pour la vengeance, l'empêcha d'être bon politique : qualité sans laquelle on n'a jamais vu de conquérant. Avant la bataille, et après la victoire , il n'avait que de la modestie; après la défaite, que de la fermeté ; dur pour les autres comme pour lui-même, comptant pour rien la peine et la vie de ses sujets, aussi bien que la sienne : homme unique plutôt que grand homme, admirable plutôt qu'à imiter. Sa vie doil apprendre aux llois combien un Gouvernement paci tique cl heureux est au-dessus de tant de gloire (1).

Le même. Histoire de Charles XII.

Même sujet.

AituÈTONS-NOus un moment devant ce Charles Ml, comme on s'arrête devant ces pyramides du Désert, dont

(1) Voyez en vers, Parallèles.

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$31 CAKACTfcUhS OU PORTRAITS,

que ses secrétaires ; le» administrateurs de ses finances » que ses commis ; ses Généraux , que «es aides de camp. Des circonstances heureuses le mirent à portée de développer aux jeux des nations des talens ae<|ui.s dans la retraiic Saisissant, avec une rapidité qui n'appartenait qu'à lui, le point décisif de ses intérêts, Frédéric attaqua une Puissance qui avait tenu ses ancêtres dans la servitude. Il gagna cinq batailles contre elle, lui enleva la meilleure de ses provinces, et fit la paix aussi à propos qu'il avait fait la guerre.

En cessant de combattre . il ne cessa pas d'agir. On le vit aspirer à l'admiration des mêmes peuples dont il avait été la teneur. Il appela Ions les arts à lui, et les associa à sa gloire. Il réforma les abus de la justice , et dicta luimême des lois pleines de sagesse. Un ordre simple, invariable, s'étendit dans toutes les parties de radministration. Persuadé que l'autorité du Souverain est un bien commun à tous les sujets, une protection dont ils doivent tous également jouir, il voulut que chacun d'eux eût la liberté de l'approcher et de lui écrire. Tous les instans de sa vie étaient consacrés au bien de ses peuples ; ses délassemens même leur étaient utiles.

Nous n'ignorons pas qu'il est diliicile d'apprécier ses contemporains. Les Princes sont surtout ceux qu'on peut le moins se flatter de bien connaître. La renommée en parle rarement sans passion. C'est le plus souvent d'après les bassesses de la flatterie, d'après les injustices de l'en vie

(jll'ils sont jugés. Le en e.uil'u- île |0«f les lute;

tous les sentimens quj •, a-itenl et nhingSPl autour d'eux

trouble ou suspend le jugement des sages mêmes.

Cependant, s'il était permis 4e prononcer d'après une multitude de faits liés les uns au\ autres, on dirait de Frédéric qu'il sut dissiper les complots de l'Europe conjurée contre lui, qu'il joignit à la grandeur et à la hardiesse des entreprises un secret impénétrable dans les moyens; qu'il changea la manière de faire la guerre,

i i PAMUJJ Lift

qu'on croyait , avant lai qu'il

montra un couru, n mi mil

modèles; qu'il tira de IflM plu» JV

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(Î24 CARACTERES OU PORTRAITS, L Clergé de France.

La plupart île nous ont vu encore debout ce magnifique édifice , cet ouvrage du Ciel, du temps, de nos Rois et de nos pères, cette belle portion de la grandeur nationale que la France était fière de montrer à l'Europe j ce monument tout ensemble de richesse, de puissam . «I autorité, de vertu, de gloire et de génie, qui l'était surtout si majestueusement élevé dans le grand siè<le,et à i ùlé du grand Roi; Providence visible qui balançait à elle seule, par la toute-puissaru ■<• de ses dons, les calamités publiques; rivalisant avec les peuples de 6 délité envers le trône, et avec le trône de bienfaisance et de bonté pour les peuples; corps illustre autant qu'utile , qui, ne retenant de la haute naissance de quelque* uns de ses chefs, que l'honneur sans orgueil, paraissait être l'abrégé de la société entière , dont il était l'âme et le lien moral , puisqu'il appelait à ses dignités et à ses récompenses, à côté du fils des Princes, le fils de l'artisan recommandé par la vertu et le talent ; semblable en tout à cette heureuse et puissante monarchie dont il était le plus ferme appui, on eût dit que, conformément à l'inévitable loi des élévations et des décadences humaines, il était avei ii de son danger par sa grandeur , et menacé de sa ruine par l'excès même de sa bienfaisante prospérité. Ses débris ont encore conquis au nom Français et à la cause de la légitimité l'estime et l'admiration de l'Europe hospitalière : le Clergé de France, comme s'il eût voulu surpasser en (inissant l'éclat de sa longue vie-, offrit de remplir seul ce déficit dans lequel on l'a précipité lui-même, non pas pour le combler, mais pour le creuser davantage. Ainsi, il apparaîtra à jamais en avant des malheurs et des trimes de la révolution , dont la rage allait bientôt mêler le sang des martyrs sacrétau sang du Martyr Royal j il sera béni

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