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La simplicité de la forme releva merveilleusement la beauté de l'action : point d'enthousiasme, point de bravade. Il plaida cette cause mémorable comme si elle eût pu être gagnée ; moins sans doute dans l'espoir de sauver son royal client, que pour se procurer un accès auprès de lui , et pour lui offrir la seule consolation digne de lui, les épanchemens d'un cœur vertueux et sensible.
L'héroïsme calme n'excite pas seulement notre admiration, il nous inspire une affection personnelle pour celui qui développe à nos yeux un si beau caractère, et ce sentiment n'a rien que de juste ; car Ton ne peut réellement compter que sur un courage désintéressé et pur dans ses motifs, qui ne doit rien à l'exemple, aux circonstancesj ou à la vivacité des passions. Un ancien a dit, en parlant de Galon, que la lutta dun homme vertueux aux prises avec l'infortune et m un spectacle digne de filer les regards de la Divinité; l'on pourrait ajouter que celui qui se présente de Im-iuènie à un danger imminent , par venu , qui l'affronte avec une héroïque fermeté , en est I plus parfaite ima-je.
M. le Duc de Lévis.
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qu'on citait partout comme des oracles. Ils loueront en lui ee génie sans écart qu'il dirigeait n I»ioii mu te» loges
principes, cet éminenl savoir , ce rare discernement dans les conjonctures les plus délicates, et surtout la fermeté de celte âme sublime, mûrie par l'étude et la méditation , perfectionnée en quelque sorte par l'inforrune. On citera celte urbanité, cette politesse exquise , cette élocution ornée, celte grâce inimitable dan-, les entretiens privés, cette incomparable érudition, digne des plus beaux siècles de Rome et d'Athènes.
Quant à moi, je ne rappelle ici que ce qui a Irait à cette vertu suprême, la plus estimée des mortels, parce qu'on lui doit l'harmonie des ressorts monarchiques , et que Louis la possédait au plus haut degré. Nul roi ne fut plus que lui persuadé que la justice est le nerf vivifiant d'un Etat, et l'égide conservatrice de l'édilice social. L'Histoire écrira comment il sut tenir la balance entre les prétentions des divers partis. Qui n'a pas été frappé de sa mémoire reconnaissante pour les services de ses sujets , de l'équité de ses actes, de la prudence de ses décisions , de cette scrupuleuse observation de la règle , de ce constant amour de l'ordre qui perpétue les empires, de ce religieux emploi du temps, de cette ponctualité diligente qui le rendait , pour ainsi dire , présent à toutes les affaires de son royaume? Il ne faut qu'une invasion pour abattre dos remparts, pour renverser des murailles : un tremblement de terre peut engloutir les tours des plus superbes villes • mais la justice survit à toutes les ruines : elle a le cours iranquille et puissant de ces fleuves bien faisans dont aucun obstacle n'arrête la salutaire influence: elle est toujours là pour rendre à chacun ce qui lui appartient, pour comprimer les hommes qui font manquer le but de l'autorité politique, et ce but n'est autre chose que le bonheur de tous.
AiiiiF.nr. Physiologie des Passions t 2e ('dit. lom, JJ, eh. XVI. De ht Justice. Mg, ^3i etsuiVi
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Je monte avec loi dans lea cieui : je reconnais Vénus tout entière à cette ceinture d'où s'échappent sans c< les feux de l'amour, lea désirs impatîei sé-
duisantes el les charmes inexprimables du langage el des jeux : je reconnais PaHas et ses fureurs, à cette égide où soni suspendues laTerreur, la Discorde*, la Violence, et la tête épouvantable de l'horrible Gorgone : Jupiter et Neptune son 1 les plus puia*ans< des Dieeat' maie il faut à
Neptune Un tridenl poiM secouer la terre* à.lupiter. un clin
d'oeil pour ébranles l'Olympe, «le descends sur la terre :
Achille , Aja\ el Diomède soni les plus redoutables des
(iiccs: niais Diomède se relire à l'aspect de l'a rince lr< <\ >• n ne;
\).i\ ne cède qu'après l'avoir repoawée plusieurs i \i hille se montre, et elle disparaît (i).
Bauthelemy. Voyage a" Anaclianis.
./Esch\le.
ESCHYLE reÇUl des mains de Plirynicus , disciple de Tliespis, la tragédie dans l'enfance, enveloppée d'un
vêtement grossier, le visage couvert de fausses couleurs, ou d'un masque sans caractère, n'avant ni grâoes ni dignité dans ses mouvemens : inspirant le désir' de l'intérêt qu'elle remuait à peine, éprise encore des farces et des facéties qui avaient amusé ses premières ani
primant quelquefois avec élégance et dignité, souvent dans un Style f.iihle. rampant, et souillé d'ob
n nés groaai' !
Le père de la tragédie, car c'est le non qu'on peut donner à ce grand homme, avait reçu de la nature une ftme forte et ardente. Ban silence el sa gravité annonçaient l'austérité de son caractère. Dans les hatailles île Mara-
(i) Voyez t. II, Caractères ou Portraits ; et les Leçons Latine» anciennes el nnnl<
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Ses plana sont d'une extrême simplicité. Il négligeait ou ne connaissait Datasses l'arl de sauver Ici itumitenblance», de nouer ou de dénouer une action , d'en lier élroitemenl les différente» partie», de la presser ou de la suspendre par de» rç<ronmin»nnjnra ,! p** d'autres acciden» imprévus : il n'intéresse quelquefois que par le récit «les fait» et par la vivacité du dialogue; d'autre» foi» , que par la force du style; ou par la teneur du spectagle. Il paratl qu'il regardait l'unité d'action et de temps comme essentielle, celle de lien comme moins nécessaire.
Le caractère et les mœurs d< ont con-
venaJbles et se démentent rarement. IlclioiMt pour l'ordinaire ses modèles dans les temps héroïques, et les soutient à l'élévation où Homère avait place le» Mens. Il se plaît à peindre des âmes vigoureuses, franches, supérieures à la crainte , dévouées à la patrie, insatiahles de gloire et de combats, plus grandes <pi elles ne sont aujourd'hui, telles qu'il en voulait former pour la désease de la Grèce ; car il écrivait dans le temps de la guerre des Perses.
Il règne, dans quelques uns de ses ouvrages, une obscurité qui provient, non seulement de son extrême précision et de la hardiesse de ses figures . unis encore des termes nouveaux dont il affecte d'enrichir ou de hérisser son style. /Eschyle ne voulait pas que ses héros s'exprimassent comme Le commun des hommes: leur élocution devail être au-dessus du langage vulgaire \ elle est souvent au-dessus du langage COUSU < Pour fortifier sa diction, des mots volumineux . el durement construits des débris de quelques autres, s'élèvent du milieu de la phrase, comme ces tours superbes qui dominent sur les remparts d'une ville (i).
L'éloquence d'Eschyle était trop forte pour l'assujettir aux recherches de l'élégance . de L'harmonie et delà cor-
(i) Comparaison d'ArUtopkeM
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r,.V, CARACTERES OU PORTRAITS
Il respecte tellement les Limites de la véritable grandeui , que , dans If praipte de Le* franchir, il lui arrive quelquefois de n'en jias approcher. Au milles dune courte rapide,
au moment qu'il va touL embraser, ou le voit soudain
l'arrêter si s'éteindre : on dirait alors qu'il préfère les
«li H I « -^ aw\ écarts.
Il n*t:;,ut pas propre à s'appesantir sur les faibles cœur humain, ni sur des crimes ignobles; il lui fallait des â mes fortes, sensibles, et par-là même intéressai] des âmes ébranlées par l'infortune, sans en être accablées ni enorgueillies.
En réduisant l'héroïsme à sa juste mesure, Sophocle baissa Le ton de la tragédie, et banni ressions
qu'une imagination furieuse dictait à ! schyle, et qui jetaient 1 épouvante dans l'âme des spectateurs : son M\ le, comme celui d'Homère , est plein de force, de magnificence . de noblesse et de douceur; jusque dans la peinture des passions les plus violentes, il s'assortit heureusement à la dignité' des personnages.
JEschyle peignit les hommes plus grands qu'ils M peuvent être; Sophocle, comme ils devraient être ; Euripide, tels qu'ils sont. Les deux premiers iraient négligé des passi us <t des situations que le troisième crut susceptibles île grands effets. Il représenta tantôt des Priâtes brûlantes d'amour, et ne respirant que 1 adultère et les forfaits; tantôt des Rois dégradés par l'adversité, au point de se couvrir de haillons et de tendre la main, i 1 exemple des mendians. Ces bsMeauxj ou l'on u retrouvai plus L'empreints de la main d'iEsohyle, ni celle de Sophocle,
soulevèrent d'abord les esprits : 00 dis.nl qu'on ne devait , SSMIS aucun prétexte, souiller le caractère ni le rang des
héros de la scène; qu'il était hontesra de décrire avec art des images houleuses, et dangereux de prêter au vice l autorité îles grands exemples.
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infligeaient une peine ill artistes qui ne traitaient pas
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iiiM^.ul avec lbrce sur les dogmes imporlans «le la morale , il fat mis ,iu nombre dés Sages, et il sera toujours regard* comme le philosophe de la scène.
Son éloquence, qui quelquefois dégénère en une vaine abondance <le paroles, ne l'a Ma rendu moins célèbre parmi les orateurs en général, et parmi ceux du barreau en particulier; il opère la persuasion par la chaleur dises sentiment, et la conviction par l'adresse avec laquelle il amène les réponses et les répliques.
Les beautés que les philosophes et les orateurs admiren I dans ses écrits sont des défauts réels aux yeux de ses censeurs : ils soutiennent que tant de phrases de rhétorique , tant de maximes aocumulées, de digressions savantes et de disputes oiseuses, refroidissent l'intérêt, et niellent à cet égard Euripide fort au-dessous de Sophocle, qui ne dit rien d'inutile.
./Eschyle avait conservé dans son style les hardiesses du dithyrambe, et Sophocle la magnificence de l'épopée : Euripide fixa la langue de la tragédie ; il ne retint presque aucune des expressions spécialement consacrées à la poésie; mais il sut tellement choisir et employer celles du lan^ ordinaire, que, sous leur heureuse combinaison, la faiblesse de la pensée semble disparaître, et le mot le pins commun s'ennoblir. Telle est la magie de ce style enchanteur, qui, dans un juste tempérament entre la bassesse et l'élévation, est presque toujours élégant et clair, près* que toujours harmonieux, coulant, et si flexible, qu il parait se prêter sans effort à tous les besoins de l'Ame.
C'était néanmoins avec uneextrème difficulté' qu'il faisait des vers faciles. De même que Platon , Zeuxis, et tous ceux qui aspirent à la perfection , il jugeait ses ouvrages avec la sévérité d'un rival, et les soignait avec la tendresse d'un père. Il disait une fois que trois de ses vers lui avaient coûté trois jours de travail. « J'en suraia nul cent à \otrc place, lui dit un poète médiocre. — Je le crois, répondit Euripide, mais ils n'auraient subsisté que trois jours.»
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