‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 116 sur 141 · I .lilllillull II · texte numérisé non relu

I .lilllillull II

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Démosthène.

Mu.or.É l'adulation ou l'affirmation de Virgile (i)? les geilS de lettres n'ont point encore prononcé unanimement entre Cicéron et Démosthène : ces deux orateurs sont l'un et l'autre au premier rang, et, dans l'opinion de plusieurs rhéteurs, à peu près sur la même ligne. Cicéron a une prééminence incontestable sur son rival en littérature et en philosophie; mais il ne lui a point arraché le sceptre de l'Eloquence: il le regardaitlui-même comme son maître, il le louait avec tout l'enthousiasme de la plus haute admiration. Il traduisait ses ouvrages; et si ces traductions officieuses étaient parvenues jusqu'à nous, il est probable que, lui rendant un service trop généreux, Cicéron se serait mis lui-même pour toujours au-dessous de Démosthène. C'est lui-même qui nous autorise à le croire, par l'éloge le plus accompli que puisse faire d'un orateur l'exaltation du ravissement. C'est lui, c'est Cicéron qui trouve dans Démosthène , non seulement un orateur parfait, mais encore toute la perfection de l'art et le beau idéal du genre oratoire. Rien , dit-il , rien ne manque à DémostJiène ; il ne me laisse rien à désirer; il n'a de rivaux dans aucune partie de son art. Il remplit, ajoute-t-il, tidèe <jue je me suis formée de t Eloquence, et il atteint le degré de perfection que f imagine.

C'est la force irrésistible du raisonnement, c'est l'entraînante rapidité des mouvemens oratoires qui caractérisent l'éloquence de l'orateur athénien : il n'écrit que pour donner du nerf, de la chaleur et de la véhémence à ses pensées, qui ne sont que des élans impétueux d'une âme ardente; il parle, non comme un écrivain élégant, mais comme un homme inspiré et passionné que la \érité tourmente, et dans lequel la haine de la tyrannie con-

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Lucrèce.

liUcnÈCB, comme presque tous les athées fameux , naquit dans un siècle d'orages et de malheurs. Témoin des guerres civiles de Marius et de Sylla, n'osant attribuer à des Dieux justes et sages les désordres de sa patrie, il voulut détrôner une Providence qui semblait abandonner le monde aux passions de quelques tyrans ambitieux. Il emprunta sa philosophie aux écoles d'Epicure, et maniant un idiome rebelle qui, né parmi les pâtres du Lalium. s'était élevé peu à peu jusqu à la dignité républicaine, il montra dans ses écrits plus de force que d'élégance, plus de grandeur que de goût. Ce n'est pas que ce dernier mérite lui soit absolument étranger / il n'exagère jamais les sentimens ou les idées, comme Lucainj il ne tombe point dans 1 affectation, comme Ovide : ces défauts, les pires de tous, ne sont point ceux de l'époque où il écrivait • les siens sont plus excusables. Il n'a point connu cet art qui fut celui des écrivains du siècle d'Auguste, cet art difficile d'offrir une succession de beautés variées , de réveiller dans un seul trait un grand nombre d'impressions, et de ne les épuiser jamais en les prolongeant : il ne connut point enfin cette rapidité de style, qui abrège et développe en même temps.

Mais si nous examinons ses beautés, que de formes heureuses, d'expressions créées, lui emprunta 1 ;tuteur des Géorgiques! Quoiqu'on retrouve dans plusieurs de ses vers lâpreté des sons étrusques, ne fait-il pas entendre souvent une harmonie digne de Virgile lui-même î Peu de poètes ont réuni à un plus haut degré ces deux forces dont se compose le génie, la méditation qui pénètre jusqu'au fond des sentimens ou des idées dont elle s'enrichit lentement, et cette inspiration qui s'éveille à la présence des grands objets.

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qui ont paru croire que le goût rendail le laleul limide, auraient dû se détromper en lisant Horace.

La justesscetl'audaceseréunissentduns son expression; et quand l'oreille est remplie de son rhythme harmonieux , l'imagination ébranlée par ses figures hardies, la raison , en décomposant les beautés de ce poëte, prouve quelle en a toujours suivi les écarts et gouverné le délire : mais tous les esprits n'aiment pas également la poésie lyrique . quelques uns préfèrent l'élégante familiarité, les grâces faciles, et la philosophie consolante dont Horace a rempli ses belles épi 1res.

Elles instruisent tous les états; elles hâtent l'expérience de tous les âges : elles apprennent au jeune homme, au vieillard, à jouir sagement de la vie, à se consoler de lu mort, à réunir la volupté avec la décence, la raison avec la gaieté. L'homme de lettres y trouve les préceptes du goût ; l'homme de bien, ceux de la vertu. Elles font rire l'habitant de la ville des travers qu'il a sous les yeux ; elles retracent au solitaire le charme de sa retraite : dans la joie et dans la douleur, dans l'indigence et dans les richesses, elles donnent des plaisirs ou des leçons; elles tiennent lieu d'un ami; et, quand on a le bonheur d'en posséder un, elles font mieux sentir le charme de L'amitié.

Montesquieu a dit que l'esprit de modération était celui de la Monarchie : Horace semble l'avoir senti, et cherche à fixer le caractère inquiet et farouche des républicains dans les jouissances douces d'une vie toujours égale. Sa philosophie consiste à fuir tous le» excès ; principe également fécond pour le goût et pour le bonheur (i).

Le même. llid.

(i) Voyez en vers, Caractères ou Portraits; et les Leçons La' tines anciennes.

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les plaisirs de l'amour, soit qu'il peigne les fureurs de la jalousie et les horreurs du crime. Il de'crit aussi facilement les combats que les voluptés, les he'ros que les bergers, l'Olympe qu'un bocage, la caverne de l'Envie que la cabane de Phile'mon. Nous ne savons pas au juste ce que la mythologie lui avait fourni, et ce qu'il a pu y ajouter; mais combien d histoires charmantes ! Que n'a-t-on pas pris dans cette source qui n'est pas encore épuisée ! Tous les théâtres ont mis Ovide à contribution. Je sais qu'on lui reproche, et avec raison, du luxe dans son style, c'est-à-dire trop d'abondance et de parure ; mais cette abondance n'est pas celle des mots, qui cache le vide des idées, c'est le superflu d'une richesse réelle. Ses ornemens, même quand il en a trop, ne laissent voir ni le travail ni l'effort. Enfin l'esprit, la grâce et la facilité, trois choses qui ne l'abandonnent jamais , couvrent ses négligences, ses petites recherches, et l'on peut dire de lui , bien plus véritablement que de Sénèque , qu'il plaît même dans ses défauts.

La Harpe,

Virgile et Théocrite.

Virgile et Théocrite! quels noms pour tous ceux qui aiment la campagne , la poésie et les anciens ! Despréaux a dit que c'étaient les Grâces qui avaient dicté les vers de Théocrite j c'est du moins la nature dans les pays où elle avait le plus de beautés et le plus de grâces ; c'est elle qui avait placé ce génie aima Me 9<MM ce beau ciel de la Sicile, sur cette terre féconde qui , prodiguant ses richesses à un travail facile, laissait aux hommes simples qui la ctiltiv. lient le loisir de sentir les besoins du cœur et les goûts de l'imagination ; où le repos et la félicité de la vie champêtre n'rl. lient point une chimère : ou les combats du chant et de la flûte, les amours et les talens des bergers n'étaient

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unis celles .jin louchent et attendrissent davantage son cœur; qui a autant d'abandon et de magnificence que s'il ne faisait aucun sacrifice; qui, avec la plus grande réserve dans les détail* . prodigue les images dans les descriptions, les varie à l'infini dans les comparaisons , les répand avec abondance dans les figures d'expression , et fond, dans le tissu du style le plus sage, les couleurs les plus brillantes et les plus riches de la nature; qui, lors même que son ^énie s'élève au-dessus de Téglogue, et chante les lois de l'univers ou la naissance d'un maître du monde, émeut , attendrit, par la grâce seule de ses vers, par leur mollesse; qui, n'ayant jamais écrit que dans la perfection de sou talent, semble cependant avoir répandu plus particulièrement sur ses égloguesla fleur naissante de son imagination, les soupirs de ses amours et les accens de sa jeunesse. Garât. Eloge de Fontenelte.

Pline le Naturaliste.

PuNF.a voulu tout embrasser, et il sembleavoir mesuré la nature, et l'avoir trouvée trop petite encore pour l'étendue de son esprit. Son Histoire naturelle comprend, indépendamment de l'histoire des animaux, des plantes et des minéraux, l'histoire du ciel et de la terre, la médecine, le commerce, la navigation, l'histoire des arts libéraux et mécaniques, l'origine des usages, enfin tontes les sciences naturelles ettouslesartshumains j et, cequ'il y ad'élonnant, c'est que dans chaque partie l'line est également grand. L'élévation des idées , la noblesse du style relèvent encore sa profonde érudition : non seulement il savait tout ce qu'on pouvait savoir de son temps, mais il avait cette facilité de penser en grand qui multiplie la science : il avait cette finesse de réflexion de laquelle dépendent l'élégance et le goût, et il communique à ses lecteurs une certaine liberté d'esprit, une hardiesse de penser ) qui e>t le germe

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(Ju'on me cite un liommr «pu ut jamais donne un < tare plm imposant ■ l'histoire, un air plu poatdi ite. Philipj 1 1 II V\l\ I M

jamais du* voir I me bibliothèque «ans une

>i du la partie nu. ni.- nous paaa n^ ( .-. le du quel homme ■ deasii i mtntml l<

anl descendu plu» svanl dans \<- i tique? a mu événement ' i iiih >i\ i d'un homme I ludion , i il hum

( i ) Vi.yci plus b<n , Buffxm.

siècles'.' :i ti.icnx surpris lu bjSStSS« <|iii se cache cl son*

veloppe? a niirii démêlé tons Les flores de orainte, tous l«- ■.•! miics ,1c courage, loua le ions

lai motifs des discours, ton* 'Ici — tmiti entre les

liuiens cl les actions, tous les niouvcmciis <|iic l'an

dit simule? a mieux tracé le mélange btiarn des vertus el des vice*, L'assemblage des qualités diilérrnte.., et quelquefois contraires, la férocité froide el sombre dans Tibère, la férocité ardente dans Caligula, la férocité imbi dans Glande, la férocité sans frein comme sans honte dans Néron, la férocité' hypocrite et timide dans Domi tien \ les crimes de la domination ci ceux de l'<

qui sert d'un côté |>onr commander de l'antre: !;i corruption tranquille et lente, et la corruption impétueuse et hardie; le caractère »1 l'esprit £*f révolutions, les vues opposées des chefs, rinstinct féroce et avide du soldat. l'instinct, tumultueux et faible de la multitude; et dan, Kome, la stupidité d'un grand peuple, à qui le vaincu , le vainqueur, sont également indillérens, et qui, sans Dbois , sans regret, sans désir, assis au\ spectacles, attend Iroidement qu'on lui annonce son maître, prêt à battre <les mains au hasard à celui qui viendra, et qu'il aurait foula aux pieds, si un autre eût vaincu?

l'ailui . di\ pages de Tacite apprennent plus à connaître les liommes, que les trois quarls des histoires modernes ensemble. (Test le livre des \ ieillards . des p!nloM.|dies, des cilovens . des courtisans . des IVinees. f| console des

hommes celui qui en est loin . d éclaire celui qui i

de vivre a- ec en\. Il esl trop \r.ii qu'il n'apprend pas à les eslimer: mais on serait trop heureux que leur commerce à cet é-ard ne l'iii pas plus dangereux que Tante mette.

J'ai parlé1 de son éloquence, cil,- ,.si connue. En ^.r.

ncral. ce n'est pas une éloquence de MM et d'harmonie, 0 est une éloquence d'idées, pu s,» succèdent el se beurlcnt. 11 semble partout que la pensée se resserre pour occuper moins d'espace. On ne la prévient jamais, on ue fait que

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