‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 124 sur 141 · l»\l; VIXKLKS jtè · texte numérisé non relu

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7i4 CARACTÈRES OU PORTRAITS,

celte opposition même, à lui donner des accroissemens .-nissi subits qu'étendus.

Linnœus et Buffon semblent en effet avoir possédé, chacun dans son genre, des qualités telles qu'il était impossible que le même homme les réunit, et dont l'ensemble était cependant nécessaire pour donner à l'étude de la nature une impulsion aussi rapide.

Tous deux passionnés pour leur science et pour la gloire, tous deux infatigables dans le travail, tous deux d'une sensibilité vive, d'une imagination forte, d'un esprit transcendant, ils arrivèrent tous deux dans la carrière armés des ressources d'une érudition profonde; mais chacun s'y traça une route différente, suivant la direction particulière de son génie. Linnœus saisissait avec finesse les traits disiinctifs des êtres; Buffon en embrassait d'un coup d'œil les rapports les plus éloignés. Linnœus, exact et précis, se créait une langue à part pour rendre ses idées dans toute leur vigueur; Buffon, abondant et fécond, usait de toutes les ressources de la sienne pour développer l'étendue de ses conceptions. Personne mieux que Linnœus ne fit jamais sentir les beautés de détail dont le Créateur enrichit avec profusion tout ce qu'il a fait naître; personne mieux que Buffon ne peignit jamais la majesté de la création, et la grandeur imposante des lois auxquelles elle est assujettie. Le premier, effrayé du chaos où l'incurie de ses prédécesseurs avait laissé l'histoire de la nature, sut, par des méthodes simples et par des définitions courtes et claires , mettre de l'ordre dans cet immense labyrinthe, et rendre facile la connaissance des êtres particuliers; le second , rebuté de la sécheresse d'écrivains qui , pour la plupart , s'étaient contentés d'être exacts, sut nous intéresser à ces êtres particuliers par les prestiges de son langage harmonieux et poétique. Quelquefois, fatigué de l'étude pénible de Linnaeus, on vient se reposer avec Buffon; mais toujours, lorsqu'on a été délicieusement ému par ses tableaux enchanteurs, on veut revenir à Linnœus pour classer avec

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7n. CARACTÈRES OU PORTRAITS,

L'inspiration. Majestueuse et rapide dans l'épitre où il a célébré l'éloquence des /ivres saints . celte inspiration api attendrissante et naïve dans le pomm de la Chartreuse; uqe tristesse pleine de douceur el de poésie anima eette espèce d'élégie : la mélodie des paroles »'j confond avec l'émotion de l'âme; et Ton croM entendre au loin quelquesons à peine affaiblis de la lyre de Racine.

M. de Fonlanes travaillait avec soin .-es beaux vers ; un goût difficile l'a ramené sur plusieurs ouvrages de sa jeunesse , qu'il a refaits et embellis. Souvent il se plaisait à lutter contre les poêles de l'antiquité, et ses fragmens de traduction sont des chefs-d'œuvre, dont il n'a pas toujours réclamé la gloire. Combien ne devait-on pas espérer que ses loisirs produiraient encore d'heureux fruits pour les lettres ! il avait lu , à l'Académie française , des odes dont l'élévation et l'harmonie rappellent l'école de Rousseau. On savait qu'il avait souvent repris avec ardeur l'entreprise d'un poëme sur la Grèce délivrée , sujet d'un favorable augure pour les amis de la gloire el des arts. Plusieurs chants étaient achevés avec cette perfection de détails, qu'il ne séparait pas de l'imagination poétique.

11 était plus que jamais occupé par la passion de l'étude , et par la verve du talent. Cette impression répandait sur ses entretiens et dans tous les traits de son caractère un charme d'enthousiasme, de naturel et de bonté qui lui était particulier. On voyait de toutes parts en lui l'homme supérieur et l'excellent homme; on voyait une àmedont iou> les sentiment étaient généreux et rapides comme les instincts mêmes du talent. Jamais on ne réunit à plus de vivacité une tolérance plus aimable. Personne ne concevait mieux tontes lesopinions désintéressées et sincères. Personne n'appréciait davantage la fidélité à d'autres amitiés que la sienne. Mais surtout quelle grâce et quel feu dans ses discours, lorsqu'il parlait des grands modèles de notre admirable littérature ! Quel sentiment délicat ! quelles ingénieuses applications de leurs beautés! quelle mémoire éloquente !

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7i8 CARACTKRKS OU PORTRAITS, CARACTERES MORAUX.

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C'est un homme dont la vanité seule forme le caractère} qui ne fait rien par goût, qui n'agit que par ostentation , et cjui , voulant s'élever au-dessus îles autres, est descendu au-dessous de lui-même. Familier avec ses supéi ieni l . important avec ses égaux, impertinent avec ses inférieur^ îl tutoie , il protège . il inépi -ise. Vous le saluez , il ne vous voit pas; vous lui parlez, il ne vous écoute pas: \ouparlez à un autre , il vous iiilerroinpl. 11 lorgne, il persillé . au milieu de la société la plus respectable et de la conversation la plus sérieuse. Il dit à l'homme vertueux de venir le voir, et lui indique l'heure du hrodeur et du bijoutier. Il n'a aucune connaissance, et il donne des a\ il aux savans et aux artistes. Il en eût donné à Vauban sur les fortifications , à Le Brun sur la peinture, à Racine sur la poésie.

Il fait un long calcul de ses revenus ; il n'a que soixante mille livres de rente, il ne peut vivre. Il consulte la mode pour ses travers comme pour ses habits, pour son médecin comme pour son tailleur. \ rai personnage de théâtre , à le voir, vous croiriez qu'il a un masque; à l'entendre, vous diriez qu il joue un rôle : ses paroles sont vaines. actions sont des mensonges , sou silence même est menteur. 11 manque aux enga^emen* qu il a; il en feint quand il n en a pas. Il ne va j>as ou on l'attend ; il arrive lard où il n est point attendu. Il n ose avouer un parent pauvre, ou peu connu. Il se gloriliede l'amitié d'un Grand à qui il n'a jamais parlé, ou qui ne lui a jamais répondu. Il a du bel-esprit la suffisance et les mots satiriques; de l'homme de qualité, les talons rouges, le coureur et les créanciers. Pour peu qu il fût fripon , il serait en tout le conti -aste de l'honnête homme : en un mot, c'est un homme d esprit pour les sots qui l'admirent ; c'est un sot pour les gens sen-

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72u CARACTÈRES ()l POHYBAITS,

ne lui parlez pas des guerres de Flandre et de Hollande', dispensez-le du moins de vous répondre; il confond les temps, il ignore quand elles ont commencé , quand elleJ ont fini : combats, sièges, tout lui est nouveau. Mais il est instruit de la guerre desgéans , il en raconte les progrès et les moindres détails: rien ne lui est échappe'. Il débrouille de même l'horrible chaos des deux empires , le Babylonien et l'Assyrien ; il connaît à fond les Egyptiens et leurs dynasties. Il n'a jamais vu Versailles; il n«le verra point; il a presque vu la tour de Babel : il en compte les degrés, il sait combien d'architectes ont présidé à cet ouvrage, il sait le nom des architectes. Dirai-je qu'il croit Henri IV bis de Henri III? Il néglige du moins de rien connaître aux maisons de France , d'Autriche , de Bavière : « quelles minuties! » dit-il , pendant qu'il récite de mémoire toute une liste des Rois des Mèdes , ou de Babylone , et que les noms d'Apronal , d'Hérigébal, de Noesnemordache; de Murdokempad , lui sont aussi familiers qu'à nous ceux de Valois et de Bourbon. Il demande si l'empereur a jamais élé marié : mais personne ne lui apprendra que Ninus a eu deux femmes. On lui dit que le Roi jouit d'une santé parfaite; et il se souvient que Thetmosis , un Roi d'Egypte , était valétudinaire ; et qu'il tenait cette complexion de son aïeul Alipharmutosis. Que ne sait-il point? Quelle chose lui est cachée de la vénérable antiquité? Il vous dira que Sémiramis } ou selon quelques uns, Sémimaris , parlait comme son fils Ninyas; qu'on ne les distinguait pas à la parole; si c'était parce que la mère avait une voix mile comme son fils , ou le fils une voix efféminée comme sa mère , qu'il n'ose pas le décider. Il vous révélera que Nembrot était gaucher , et Sésostris ambidextre; que cV-.l. une erreur de s'imaginer qu'un Arlaxeree ail élé appelé Longue-Main , parce que les bras lui tombaient jusqu'aux genoux, et non à cause qu'il avait une main plus longue que l'autre; et il ajoute qu'il \ a J<>> ailleurs

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