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étaient tenus de se conformer à la lettre de l'ordonnance; mais ils supplièrent le Maréchal de considérer la nature de la faute, l'âge du coupable, sa conduite précédente, le vif intérêt qu'il avait su inspirer à toute l'armée, et, puisqu'il n'était échappé à la mort que par une sorte de miracle , de ne pas se montrer plus cruel que les ennemis; en un mot, de se contenter de la peine qu'il lui avait déjà infligée en le tenant depuis quinze jours dans une situation pire que la mort.
Le général , sans expliquer encore ses intentions, fit entrer le prisonnier dans la salle du conseil, et lui dit : « Malheureux Boisi, connais toute l'énormité de ta v faute, et sans te faire illusion sur l'événement qui ne « dépendait pas de toi , confesse qu'en méprisant mes or- « dres , qu'en troublant mes opérations , tu as exposé les « armes du Roi à recevoir un affront, et donné à tes « pareils un exemple qu'il ne convenait pas de laisser « impuni. Aussi les seigneurs que tu vois assemblés « t'ont-ils unanimement condamné à mort. Leur devoir « les y forçait, mais ils ont eu pitié de ta jeunesse, et « sont devenus tes intercesseurs. Je t'accorde la vie , mais « je t'avertis en même temps qu'elle n'est plus à toi , elle « m'appartient tout entière, et je ne t'en laisse la jouis- « sance qu'en me réservant le droit de te la redemander « toutes les fois que le service du Roi l'exigera. Appro- « che, et délivré des chaînes qui ont été le châtiment
« et l'expiation de ta faute, viens en recevoir de ma main * « une autre , qui sera le prix de ta valeur et le gage de « ton dévouement. » En achevant ces mots , il lui attacha autour du cou une chaîne d'or deux fois plus pesante que celles qu'il avait distribuées aux douze braves qui lui avaient apporté les drapeaux pris sur l'ennemi, et lui dit d'aller trouver son écuyer, qui lui délivrerait un cheval d'Espagne, une armure complète, et un équipage pareil à celui de ses autres gardes , au nombre desquels il le retenait. Garnier. Histoire de France, liv. XXV11.
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tité des accidens de lumière, et par la variété des couleurs, je crus reconnaître que tout était contenu dans une portion de mon être.
Je commençais à voir sans émotion et à entendre sans trouble, lorsqu'un air léger, dont je sentis la fraîcheur, m'apporta des parfums qui me causèrent un épanouissement intime, et me donnèrent un sentiment d'amour pour moi-même.
Agité par toutes ces sensations , pressé par les plaisirs d'une si belle et si grande existence, je me levai tout d'un coup , et je me sentis transporté par une force inconnue. Je ne fis qu'un pas; la nouveauté de ma situation me rendit immobile, ma surprise fut extrême; je crus que mon existence fuyait : le mouvement que j'avais fait avait confondu les objets ; je m'imaginais que tout était en désordre.
Je portai la main sur ma tête, je touchai mon front et mes yeux; je parcourus mon corps : ma main me parut être alors le principal organe de mon existence. Ce que je sentais dans cette partie était si distinct et si complet, la jouissance m'en paraissait si parfaite, en comparaison du plaisir que m'avaient causé la lumière et les sons, que je m'attachai tout entier à cette partie solide de mon être, et je sentis que mes idées prenaient de la profondeur et de la réalité.
Tout ce que je touchais sur moi semblait rendre à ma main sentiment pour sentiment, et chaque attouchement produisait dans mon âme une double idée.
Je ne fus pas long-temps sans m'apercevoir que cette faculté de sentir était répandue dans toutes les parties de mon être; je reconnus bientôt les limites de mon existence, qui m'avait paru d'abord immense en étendue.
J'avais jeté les yeux sur mon corps; je le jugeais d'un volume énorme, et si grand, que tous les objets qui avaient frappé mes yeux ne me paraissaient, en comparaison, que des points lumineux.
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d'épreuves que j'appris à me servir de mes yeux pour guider ma main; et, comme elle me donnait des idées toutes différentes des impressions que je recevais par le sens de la vue, mes sensations n'étant pas d'accord entre elles, mes jugemens n'en étaient que plus imparfails, et le total de mon être n'était encore pour moi-même qu'une existence en confusion.
Profondément, occupé de moi , de ce que j'étais, de ce que je pouvais être , les contrariétés que je venais d'éprouver m'humilièrent. Plus je réfléchissais, plus il se présentait de doutes. Lassé, de tant d'incertitudes, fatigué des mouvemens de mon âme, mes genoux fléchirent, et je me trouvai dans une situation de repos. Cet état de tranquillité donna de nouvelles forces à mes sens.
J'étais assis à l'ombre d'un bel arbre ; des fruits d'une couleur vermeille descendaient, en forme de grappe, à la portée de la main. Je les touchais légèrement : aussitôt ils se séparent de la branche, comme la figue s'en sépare dans le temps de sa maturité.
J'avais saisi un de ces fruits; je m'imaginai avoir fait une conquête, et je me glorifiai de la faculté que je sentais de pouvoir contenir dans ma main un autre être tout entier. Sa pesanteur, quoique peu sensible, me parut une résistance animée, que je me faisais un plaisir de vaincre. J'avais approché ce fruit de mes yeux ; j'en considérais la forme et les couleurs. Une odeur délicieuse me le fit approcher davantage ; il se trouva près de mes lèvres; je tirais à longues inspirations le parfum, et je goûtais à longs traits les plaisirs de l'odorat. J'étais intérieurement rempli de cet air embaumé. Ma bouche s'ouvrit pour l'exhaler; elle se rouvrit pour en reprendre : je sentis que je possédais un odorat intérieur plus fin , plus délicat encore que le premier; enfin, je goûtai.
Quelle saveur ! quelle nouveauté de sensation! Jusquelà je n'avais eu que des plaisirs; le goût me donna 1p sentiment de la volupté. L'intimité de la jouissance fit
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