‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 32 sur 141 · CO0H I · texte numérisé non relu

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courtes et de larges, qui ressemblaient à des réseaux de la plus fine gaze. Chacune avait sa manière de les porter et de s'en servir. Les unes les portaient perpendiculairement, les autres horizontalement, et semblaient prendre plaisir à les étendre. Celles-ci volaient en tourbillonnant à la manière des papillons ; celles-là s'élevaient en l'air, en se dirigeant contre le vent, par un mécanisme à peu près semblable à celui des cerfs-volans de papier qui s'élèvent en formant avec l'axe du vent , un angle , je crois, àc vingt-deux degrés et demi. Les unes abordaient sur cette plante pour y déposer leurs œufs, d'autres simplement pour s'y mettre à l'abri du soleil ; mais la plupart y venaient pour des raisons qui m'étaient tout-à-fait inconnues; car les unes allaient et venaient dans un mouvement perpétuel, tandis que d'autres ne remuaient que la partie postérieure de leurs corps. Il y en avait beaucoup qui étaient immobiles, et qui étaient peut-être occupées, comme moi, à observer. Je dédaignai, comme suffisamment connues, toutes les tribus des autres insectes qui étaient attirées sur mon fraisier, telles que les limaçons qui se nichaient sur ses feuilles, les papillons qui voltigeaient autour, les scarabées qui en labouraient les racines, les petits vers qui trouvaient les moyens de vivre dans le parenchyme, c'est-à-dire, dans la seule épaisseur d'une feuille j les guêpes et les mouches à miel qui bourdonnaient autour de ses fleurs, les pucerons qui en suçaient les tiges, les fourmis qui léchaient les pucerons; enfin, les araignées qui, pour attraper ces différentes proies, tendaient leurs filets dans le voisinage.

Quelque petits que fussent ces objets, ils étaient dignes de mon attention, puisqu'ils avaient mérité celle de la nature. Je n'eusse pu leur refuser une place dans son histoire générale, lorsqu'elle leur en avait donné une dans l'univers. A plus forte raison, si j'eusse écrit l'histoire de mon fraisier, il eût fallu en tenir compte. Les plantes sont les habitations des insectes, et on ne fait

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En examinant les feuilles de ce végétal, au moyen d'une lentille de verre qui grossissait médiocrement, je les ai trouvées divisées par compartimens hérissés de poils, séparés par des canaux et parsemés de glandes. Ces compartimens m'ont paru semblables à de grands tapis de verdure, leurs poils à des végétaux d'un ordre particulier, parmi lesquels il y en avait de droits, d'inclinés, de fourchus, de creusés en tuyaux, de l'extrémité desquels sortaient des gouttes de liqueur ) et leurs canaux, ainsi que leurs glandes, me paraissaient remplis d'un fluide brillant. Sur d'autres espèces de plantes , ces poils et ces canaux se présentent avec des formes, des couleurs et des fluides différens. Il y a même des glandes qui ressemblent à des bassins ronds , carrés ou ray onnans. Or, la nature n'a rien fait en vain. Quand elle dispose un lieu propre à être habité, elle y met des animaux. Elle n'est pas bornée par la petitesse de l'espace. Elle en a mis avec des nageoires dans de simples gouttes d'eau, et en si grand nombre, que le physicien Leuwenhoek y en a compté des milliers. On peut donc croire, par analogie, qu'il y a des animaux qui paissent sur les feuilles des plantes comme les bestiaux dans nos prairies ; qui se couchent à l'ombre de leurs poils imperceptibles , et qui boivent dans leurs glandes, façonnées en soleils, des liqueurs d'or et d'argent. Chaque partie des fleurs doit leur offrir des spectacles dont nous n'avons point d'idées. Les anthères jaunes des fleurs, suspendues sur des filets blancs , leur présentent de doubles solives d'or en équilibre sur des colonnes plus belles que l'ivoire ; les corolles, des voûtes de rubis et de topaze, d'une grandeur incommensurable ; les nectaires, des fleuves de sucre; les autres parties de la floraison, des coupes, des urnes, des pavillons, des dômes que l'architecture et l'orfèvrerie des hommes n'ont pas encore imités.

Je ne dis point ceci par conjecture ; car un jour, ayant examiné au microscope des fleurs de thym, j'y distin-

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Merveilles de la Nature, même dans les plus petits objets.

Prenez une loupe, et voyez la nature redoubler, pour ainsi dire, de soins à mesure que ses ouvrages diminuent de volume. Voyez l'or, la pourpre, l'azur, la nacre et tous les émaux dont elle embellit quelquefois la cuirasse du plus vil insecte. Voyez le réseau chatoyant dont elle tapisse l'aile du ciron. Voyez cette multitude d'yeux, ce diadème clairvoyant dont elle s'est plue à ceindre la tête de la mouche. 11 semble, à qui contemple la création sous tous ses rapports, que la délicatesse essaie partout de l'emporter sur la magnificence. L'œil de la baleine ou de l'éléphant présente à l'examen des détails que leur petitesse dérobe à l'œil de l'observateur; et ces détails ne sont pas, à beaucoup près, les derniers où le travail s'arrête; et ces mêmes parties, et celles dontelles se composent, se retrouvent dans la rétine, dans la cornée du moucheron , que dis-je? de l'animalcule dont, avant les inventions de l'optique, on n'avait pas soupçonné l'existence !

A mesure que le microscope s'est perfectionné , on a vu la vie poindre de toutes parts. Les moindres atomes sont devenus des mondes habités, et les moindres gouttes de liqueur des mers poissonneuses , et tous ces êtres imprévus ont des organes dont les moindres pièces sont à leurs masses totales dans les mêmes proportions que chez les animaux gigantesques : car enfin ils ont leurs besoins, leurs intérêts, leur instinct, leurs mœurs, leurs amours, leurs guerres; ils s'agitent, ils se nourrissent, ils se conservent, ils se reproduisent. C'est un monde aussi réel que le nôtre, aussi ancien que le nôtre ; un monde qui a peut-être au-dessous de lui d'autres mondes qui lui sont ce qu'il est pour nous.

Oserez-vous croire, après cela, que la nature néglige

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commence, et, forcé enfin de la laisser échapper de ses mains , il lui dit encore : « Tu n'es qu'une méprisable u argile. »

Représentons-nous lame , le feu du poëte sublime qui a modelé l'Apollon. Elévation de pensées égale à la hauteur de son sujet, chaleur la plus soutenue, la plus active qui puisse embraser un artiste ; amour passionné du beau qui cherchait sans cesse la perfection, et qui dirigeai dans chaque mouvement une main obéissante et réfléchie; goût épuré qui, parmi des formes parfaites, savait choisir les plus convenables au dieu toujours jeune, toujours radieux, dont l'artiste formait l'image : telles étaient les facultés, les lumières de cet homme divin. Nous n'avons rien à lui pardonner, parce que sa propre critique ne lui pardonnait rien. 11 s'est montré l'égal de luimême dans les détails élégans et dans le noble ensemble de sa statue. D'après des modèles humains, il ne pouvait représenter qu'un homme, mais cet homme est si beau, qu'il paraît une divinité. Par un effet de sa pose majestueuse, et par l'opposition de son léger manteau, le Dieu est resplendissant de lumière. 11 est nu, et n'inspire que le respect. Il marche sur la terre, et semble pouvoir la quitter. On voit à son mouvement ce qu'il vient de faire ; on reconnaît la pensée qui coule dans son esprit. L'ignorant qui le regarde sémeut, trouve en soi, pour l'admirer, un sens qu'il ne se connaissait point. L'homme savant dans les arts, chaque fois qu'il lu considère, reconnaît avec étonnement qu'il n'en avait point encore senti toute la perfection; plus il a de connaissances, plus il y découvre de vérité, de finesse, de grandeur, de beautés toujours nouvelles. Prodigieux effet et de la sublimité de la pensée, et de la fidélité de l'imitation dans l'art statuaire, voilà le génie !

EMERIC David. Recherches sur l 'Art statuaire , ouvrage couronné par f Institut en 1822.

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