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mauve rampante avec ses fleurs rayées de pourpre, et ['asphodèle avec sa longue tige garnie de belles fleurs blanches ou jaunes, se plaisent à croître sur les tertres funèbres. C'est ce que prouve cette inscription gravée sur un tombeau antique : « Au dehors je suis entouré de « mauve et d'asphodèle , et au dedans je ne suis qu'un ra- « davre. » Les fleurs de l'asphodèle produisent des graines dont les anciens croyaient que les morts faisaient leur nourriture, et dont les vivans tirent quelquefois parti. Suivant Homère, après avoir passé le Styx, les ombres traversaient une longue plaine d'asphodèles.
Quant aux arbres funéraires, j'en trouve de deux genres, répandus dans les divers climats : tous deux ont des caractères opposés. Ceux du premier laissent pendre jusqu'à terre leurs branches longues et menues, et on les voit flotter au gré des vents. Ces arbres paraissent comme échevelés , et déplorant quelque infortune : tel est le cazarina des îles delà mer du Sud, que les naturels ont grand soin de planter auprès des tombeaux de leurs ancêtres. Nous avons chez nous le saule pleureur ou de Babylone : c'était à ses rameaux que les Hébreux captifs suspendaientleurs lyres. Notre saule commun , lorsqu'il n'est pasétêlé, laisse pendre aussi l'extrémité de ses branches, et prend alors un caractère mélancolique. Shakspeare l'a fort bien senti et exprimé dans la chanson du Saule, qu'il met dans la bouche de Dcsdemona prête à terminer ses malheureux jours. 11 y a aussi, dans plusieurs autres genres d'arbres, des espèces à longue chevelure : tels sont certains frênes, un figuier de l'Ile-de-France, dont les fruits traînent jusqu'à terre , et les bouleaux du Nord.
Le second genre des arbres funèbres renferme ceux qui s'élèvent en obélisque ou en pyramide. Si les arbres à chevelure semblent porter nos regrets vers la terre , ceuxci semblent diriger avec leurs rameaux nos espérances vers le ciel: tels sont, entre autres, les cyprès des montagnes, le peuplier d'Italie, et les sapins du Nord. Le
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qui y reposent; qu'on voie croître sur les fosses de leurs familles ceux qui les ont fait vivre pendant leur vie, l'osier des vanniers, le chêne des charpentiers, le cep des vignerons; mettons-y surtout des végétaux toujours verts, qui rappellent des vertus immortelles, plus utiles encore à la patrie que des métiers et des talens; que les pâles violettes et les douces primevères fleurissent chaque printemps sur les tertres des enfans qui ont aimé leurs pères; que la pervenche de Jean-Jacques, plus chère aux amans que le myrte amoureux , étale ses fleurs azurées sur le tomheau de la beauté toujours fidèle ; que le lierre embrasse le cyprès sur celui des époux unis jusqu'à la mort ; que le laurier y caractérise les vertus des guerriers ; l'olivier celles des négociateurs; enfin, que les pierres , gravées d'inscriptions à la louange de tous ceux qui ont bien mérité des hommes , y soient ombragées de troènes , de thuyas, de buis, de genièvre, de buissons ardens, de houx aux graines sombres, de chèvrefeuilles odorans, de majestueux sapins. Puissé-je me promener un jour dans cet élysée, éclairé des rayons de l'aurore ou des feux du soleil couchant, ou des pâles clartés de la lune, et consacré en tout temps par les cendres d'hommes vertueux ! Puissé-je moi-même être digne d'y avoir un jour mon tertre entouré de ceux de mes enfans, surmonté d'une tuile couverte de mousse! C'est par ces décorations végétales que des nations entières ont rendu les tombeaux de leurs ancêtres si respectables à leur postérité. Dans ce jardin de la mort et de la vie, du temps et de l'éternité, se formeront un jour des philosophes sensibles et sublimes, des Confucius, des Fénelon, des Addison, des Young. Là s'évanouiront les vaines illusions du monde, par le spectacle de tant d'hommes que la mort a renversés ; là renaîtront les espérances dune meilleure vie, par le souvenir de leurs vertus.
Bernardin de Saint- Pierre. Harmonies de la Nature , ton). \.
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l'Egypte : ces labyrinthes, ces temples, ces pyramides, dans leur massive structure, attestent bien moins le génie d'un peuple opulent et ami des arts, que la servitude d'une nation tourmentée par le caprice de ses maîtres. Alors on pardonne à l'avarice qui, violant leurs tombeaux, a frustré leur espoir : on accorde moins de pitié à ces ruines ; et , tandis que l'amateur des arts s'indigne , dans Alexandrie, de voir scier les colonnes des palais pour en faire des meules de moulin, le philosophe, après cette première émotion que cause la perte de toute belle chose, ne peut s'empêcher de sourire à la justice secrète dn sort, qui rend au peuple ce qui lui coûta tant de peines, et qui soumet aux plus humbles de ses besoins l'orgueil d'un luxe inutile.
VoLNEY. Voyage en Egypte.
Effet pittoresque des ruines de Palmyre , d'Egypte, etc.
Les ruines, considérées sous les rapports pittoresques, sont d'une ordonnance plus magique dans un tableau que le monument frais et entier. Dans les temples que les siècles n'ont point percés , les murs masquent une partie du paysage, et empêchent qu'on ne distingue les colonnades et les cintres de l'édifice; mais, quand ces temples viennent, à crouler, il ne reste que des masses isolées , entre lesquelles l'œil découvre au haut et au loin les astres, les nues, les forets , les fleuves, les montagnes : alors , par un jeu naturel de l'optique , les horizons reculent, et les galeries, suspendues en l'air, se découpent sur les fonds du ciel et de la terre. Ces beaux effets n'ont pas été inconnus des anciens ; ils élevaient des cirques sans masses pleines pour laisser un libre accès à toutes les illusions de la perspective.
Les ruines ont ensuite des accords particuliers avec
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tarie s'y tient immohile , comme ufl oiseau hiéroglyphique <le granit et de porphyre.
La vallée de Tempe, les btoji de l'Olympe, les rAtes de PAllique et du Péloponèse , étalent de toutes paris les ruines de la Grèce. Là, commencent à paraître les mousses, les plantes grimpantes et les (leur- iftxal I une guirlande vagabonde de jasmin embrasse une Vénus antique, comme pour lui rendre sa ceinture. Une barbe de mousse blanche descend du menton d'une Hébé; le pavot, croît sur les feuillets du livre de Mnémosvne, aimable symbole, de la renommée passée, pt de l'oubli présent de ces lieux. Les flots de l'Egée qui viennent expirer sous de croulans portiques, Philomèle qui se plaint, Alcyon qui gémit, Cadmus qui roule ses anneaux autour d'un autel, le cygne qui fait son nid dans le sein d'une Léda : tous ces accidens, produits par les Grâces, enchantent ces poétiques débris. Un souffle divin anime encore la poussière des temples d'Apollon et des Muses, et le pavsage entier, baigné par la mer, ressemble au beau tableau d'Apelles, consacré à Neptune, et suspendu à ses rivages.
Chateaubriand. Génie du Christianisme.
Les Ruines de Palm s
Le soleil venait de se coucher; un bandeau rougeaMre marquait encore sa trace à l'horizon lointain des monts de la Syrie : la pleine lune, à L'orient, s'élevait sur un
fond bleuâtre aux planes rives de l'Euphrate : le i tel était pur, Pair (aime et serein ; l'éclat mourant du jour tempérait l'horreur des ténèbres; la fraîcheur naissante de la nuit calmait les jeux de la terre embrasée : les pitres avaient retire leurs (hameaux ; l'œil n'apercevait plus aucun mouvement sur la plaine monotone et grisâtre] un vaste silence régnait sur le désert ; seulement, à de longs
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iS6 DESCRIPTIONS
sti tué au murmure dos places publiques. L'opulence d'une cité de commerce s'est changée en une pauvreté hideuse. Les palais des l\ois Boni devenus le repaire des bétea fauves ; les troupeaux parquent au seuil des temples, et les reptiles immondes habitent le sanctuaire des Dieux!... Ah! comment s'est éclipsée tant de gloire!... comrmni se sont anéantis tant de travaux!... Ainsi donc périssent les ouvrages des hommes! Ainsi s'évanouissent les Empires et les Nations (i) !
VoLNEY. Les Ruines.
Ruines de Nicopolis.
Le théâtre d'Apollon , nom répété machinalement par les paysans, est adossé a la base des montagnes de la Cassiopie; ses hautes murailles, qui entourent les débris de la scène, l'annoncent de loin, et attirent les premiers regards du voyageur. La grandeur Romaine respire encore dans ce monument. Son style colossal, les larges briques de ses murs , les grandes pierres de ses gradins écroulés, couverts de noms grecs et latins, annonçai i jusque dans les ruines de ses ouvrages la majesté du Peuple-Roi. Mais, hélas! tristes restes des fastes de la gloire, dix-huit siècles ont passé, les Romains ne sont plus : encore quelques retours des années , et ces décombres eux-mêmes auront disparu. Le théâtre, qui retentissait des acclamations du peuple lorsque le voile de pourpre s'élevait au-dessus des spectateurs, ne répond plus qu'aux glapissemens sinistres des chacals. Le loup féroce et le serpent venimeux habitent sous les voûtes, et les bancs réserves aux sénateurs sont couverts de hautes fougères. Les épines et les ronces hérissent Le palais des Césars, et les halliers remplissent la salle brillante des
(i) Voyez, Tableaux en vers, deux morceaux de ce genre.
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