‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 34 sur 141 · I .;«-.»nl in · texte numérisé non relu

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landes, le cyprès, chargé de siècles, rappelle ces grandsprêtres de l'antiquité qui portaient sur leur tête blanchie une couronne de roses; et le palmier, avec sa taille élégante, qu'entourent ces festons voyageurs, se prête; mieux encore que dans les plaines de l'Asie, aux brillantes images de la galanterie orientale. Il n'est pas jusqu'aux forets, vieilles comme la terre qui les porte, où l'oeil ne voie de toutes parts s'épanouir de brillans calices. Cependant, malgré ce luxe de couleurs et de parfums, elles étonnent^ ou, pour mieux dire, elles effraient par leur caractère de grandeur et de majesté. Qui dira jamais l'horreur mystérieuse de ses profondeurs , qu'animent seuls les rugissemens du tapir et du couguard , où l'écureuil, le singe qui n'est que gracieux, et celui qui, terrible, fait horreur à l'homme de sa ressemblance, courent de branche en branche d'un bout de l'hémisphère à l'autre. En présence de telles scènes, je compris que le culte druidique, dans un temps où l'Europe , vierge encore, avait sans doute quelque chose de cette magnificence primitive, chercha la Divinité au fond des forets, et ne permit pas d'autre sanctuaire à la foi des peuples. Mieux parée que le Mexique, cette terre enchantée ne doit pas seulement à sa Cordilière le bienfait de posséder en même temps toutes les zones. Etabli à de certaines élévations, l'homme voit, du milieu des rochers qui bordent sa demeure, une Asie s'étendre à ses pieds; une Europe l'entoure, et un Groenland s'enfonce au-dessus de lui dans le séjour des nuages. Chaeune de ces contrées se présente à ses regards avec les formes végétales qui la distinguent; les eaux, les bois, les airs sont peuplés îles hôtes de tous ces climats jusques aux limites de la fecondilé. Plus loin, des troupes de vigognes et quelquefois des chevaux , des lamas, des bœufs sauvages , perdus dans leur fuite, des lions, des ours attachés aux pas de la proie qui les égare, se rencontrent à la région des neiges éternelles, avec le sphinx et le colibri emportés

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nommées K iaiva n, el que nous appelons assez impropreniriit ' araoanes. Ces édifices sont dus, presque tous, à la piété des pachas ou des riches particulier* qui les ont fait construire, et les ont placés sous la sauvegarde delà religion, en consacrant à des mosquées le modique revenu qu'on en retire.

Les Kicirva/iserais sont presque toujours formés de quatre bâtimens qui renferment une vaste cour : au rezde-chaussée sont des écuries et des magasins ; l'étage supérieur est divisé en un grand nombre de chambres ; elles ont presque toutes une cheminée, et communiquent par une galerie extérieure; au milieu de la cour est une fontaine abondante et richement décorée ; de magnifique;, platanes en ombragent le pourtour, et présentent leur abri aux voyageurs fatigués. C'est un spectacle intéressant que celui d'un Khan, lorsque, vers la fin du jour, plusieurs caravanes arrivent de divers endroits pour y passer la nuit : de longues files de chameaux viennent y déposer leurs charges précieuses ; une foule de cavaliers les accompagnent ou les suivent ; ils ont des vêtemens variés, des armes, des figures différentes. Le mouvement est général, on parle à la fois plusieurs langues; on se retrouve avec surprise; on se reconnaît avec joie ; les uns proposent des marchés , les autres s'interrogent sur les dangers de la route : toutes les nations, toutes les religions se rapprochent pour leur intérêt commun. Un vieillard, inspecteur du Khan, chargé d'y maintenir le bon ordre, est assis à l'entrée ; il accueille les voyageurs, leur rend le salut et les vœux qu'ils lui adressent; il s'informe de ceux qu'il n'aperçoit point encore : tous se félicitent de le revoir, et le traitent avec égards; il veille aux intérêt! de ses hôtes, assigne les places, prévient les discordes. Et si, à la suite de ces riches convois, venus des régions lointaines, il se trouve, par un contraste trop fréquent, quelques malheureux dénués de tout, au nom de Dieu et de Mahomet, ils sont traités comme des frères qui

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d'hui prendre, comme Job, le Ciel à témoin de leur attachement à ces principes révérés; les usages qui leur sont particuliers remontent, comme eux, jusqu'aux premiers âges du Monde. Le voyageur, après quelques expressions réciproques de bienveillance, offre un léger présent, toujours reçu avec un sentiment religieux : un don considé rable serait repoussé comme une insulte; et si, à la fin d'un long voyage, il se trouve avoir distribué les produr tions du sol ou de l'industrie de son pays, dont il avait eu le soin de se munir, c'est alors une fleur, une simple branche d'arbuste, cueillie près de la maison, qu'il présente en entrant. Cet acteseul estune formule qui sollicite un asile, et qui est toujours entendue. Offrir la feuille verte est, pourcespeuples, synonyme de demanderl'hospitalitt'; les serviteurs, les enfans s'empressent autour du Mussaiir(i)- on dirait qu'il apporte une heureuse nouvelle; on se fait un sujet de joie de sa présence ; et déjà il est bien sûr que rien ne sera négligé de ce qui peut lui rendre son séjour agréable ) c'est un devoir rigoureux de le garder au moins trois jours, de tuer pour lui l'agneau le plus gras ; le Mussafir est invité à porter le premier la main au plat, à se croire le maître de la maison; et, d'après un usage général , c'est lui qui doit faire les honneurs du repas qu'on lui donne , et offrir le premier morceau à celui qui le nourrit : son hôte le remercie d'avoir choisi sa demeure , et se félicite du bonheur dont cette préférence lui semble le présage.

Les Arabes Bédouins, eux-mêmes, toujours prêts pour le pillage, qu'aucun lien n'unit aux autres nations, qui dépouillent sans pitié les caravanes traversant les déserts, et poursuivent le voyageur fuyant a leur aspect, qui M

( i ) Primitivement en arabe le voyageur, l'étranger; $i'voç, hotpes, liôtc, celui que l'on reçoit, même un parent, un ami. Ce titre indique toujours un de\oir. Un ministre étranger eft appelé, dans les pièces oilicicllts, le Mussalir très-lionorc 'le la Sublime-P«>rtc.

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dance : celle des Turcs a quelque chose de contraint et d'austère comme eux ; ils laissent trop souvent apercevoir l'embarras qu'ils éprouvent, en admettant des étrangers dont ils redoutent l'indiscrétion : on voit qu'en vous recevant, c'est un devoir qu'ils remplissent; chez les Grecs , au contraire, c'est réellement une fête qu'ils célèbrent ; et l'on est frappé de ce contraste, surtout dans les îles où ils ont conservé plus fidèlement leurs usages, <>ù ils ne sont pas alarmés par la présence de leurs tyrans, et par la nécessité de cacher leur aisance à la rapacité qui les épie.

A la vue d'un bateau entrant dans le port de N2xos , de Chios, de Mycorri, etc. , les chefs de la petite nation viennent s'informer quel est l'étranger que la curiosité amène sur leurs bords ) et celui qui s'est assuré le premier le bonheur de l'attirer chez lui, s'efforce de justifier cette distinction dont il s'honore. Sa famille, qu'il s'est hâté de faire avertir, est déjà prête à recevoir le voyageur : on s'empresse de lui apporter du café, des fruits ou des conserves de roses : la fille de la maison , parée de toutes les grâces de son âge, les lui présente et s'étonne de l'embarras qu'il témoigne en se voyant servi par elle. Après un premier moment de repos, on lui propose de prendre un bain, ou de dormir quelques heures ; ce temps est employé a préparer une agréable soirée. Les voisins sont invités au repas et à un bai, où les jeunes et belles insulaires exécutent des danses dont l'origine remonte aux premiers siècles de la Grèce ; elles se font un amusement des questions que hasarde l'étranger, de l'ignorance où il est de leurs usages; elles se plaisent à les lui expliquer; et, cependant, le maître de la maison s'occupe des moyens de lui faire parcourir le lendemain l'intérieur de l'île, de lui montrer les sites les plus intéressans ou quelques débris d'antiques édifices : il raconte les vieilles traditions du pays : et, soit qu'il partage le» idées populaires, soit qu'il étonne en

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sur l'herbe La mutent mille ruisseaux d'uiW eau ilaiie.

Enfin on voit au-dessous de ces pâturages le pied de

la montagne, nui est connue un jardin : le printemps et l'automne y régnent ensemble, pour y joindre les fleuri et les fruits. .Jamais, ni le souffle empesté du midi qui sèche et qui brûle tout, ni le rigoureux aquilon, n'ont osé effacer les vives couleurs qui orttenl < t jardin.

C'est auprès de cette belle côte que s'élève, dans la mer, l'île où est bâtie la ville de Tyr. Celte grande vdle semble nager au-dessus i\rs eaux, et être la Reine de toutes les mers. Les marchands y abondent de toutes les partiel du monde, et ses habilans sont eux-mè*mes les plus fameux marchands qu'il y ait dans l'univers. Quand on entre dans cette ville, on croit d'abord que ce n'est point une ville qui appartienne à un peuple particulier, mais qu'elle est la ville commune de tous les peuples, etle centre de leur commerce. Elle a deux grands môles semblables à deux bras qui s'avancent dans la mer, et qui embrassent un vaste port. On voit comme une forêt de mâts de navires , et ces navires sont si nombreux , qu'à peine peut-on découvrir la mer qui les porte. Tous les citoyens s'appliquent au commerce, et leurs grandes richesses ne les dégoûtent jamais du travail nécessaire pour les augmenter. On y voit de tous côtés le fin lin d'Egypte , et la pourpre Tyrienne deux fois teinte d'un éclat merveilleux. Cette double teinture est si vive, que le temps ne peut Peffacer. On s'en sert pour des laines fines, qu'on rehausse d'un' broderie d'or et d'argent.

Les Phéniciens ont le commerce de tous les peuples, jusqu'au détroit de Gades, et ils ont même pénétré dans le vaste Océan qui environne toute la terre. Ils ont fait aussi de longues navigations sur la mer Rouge par ce chemin qu'ils vont chercher, dans des îles inconnues, de l'or, des parfums, et divers animaux qu'on ne voit point ailleurs. Je ne pouvais rassasier mes yeux à\\ spectacle magnifique et tetH gi amie ville où tout él

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