‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 36 sur 141 · III. I< [i| . , i .utrilt · texte numérisé non relu

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Une multitude d'animaux, placés dans ces belles retraites par la main du Créateur, y répandent l'enchantement et la vie. De l'extrémité des avenues on aperçoit des ours en ivres de raisins, qui chancellent sur les branches des ormeaux ; îles troupes de caribous, se baignent dans un lac; des écureuils noirs se louent dans lY-pais.s< m di s feuillages; des oiseaux moqueurs, des eolesnaes viiginiennei de la grosseur d'un passereau , descendent sur les gazons rougis par les fraises; des perroquets m i à tète jaune, des piverts empourprés, des cardinaux de feu grimpent en circulant au haut des cyprès; des colibris étincellent sur le jasmin desFloridcs, et des serpent oiseleurs sifflent suspendus aux dômes des bois, en s'y balançant comme des lianes.

Si tout est silence et repos dans les savanes, de L'antre côté du fleuve, tout ici, au contraire, est mouvement et murmure : des coups de bec contre le tronc des chênes, des froissemens d'animaux qui marchent, broutent ou broient entre leurs dents les noyaux des fruits, des bruissemens d'ondes, de faibles umfciisf snSliS , de sourds meuglemens, dedouxroucoulemens , remplissent ces déserts d'une tendre et sauvage harmonie. Mais quand une brise vient «à animer toutes ces solitudes, à balancer tous ces corps flottans, à confondre toutes ces masses de blanc, d'azur, de vert , de rose, à mêler toutes les couleurs, à reunir tous les murmures , il se passe de telles choses aux yeux, que j'essaierais en vain de les décrire à cens qui n'ont point parcouru < es ( hamps primitifs de la nature.

Le MÊME. Génie du Christianisme.

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Mais que la réalité es! loin de la pompeuse réputation que, depuis les Romains jusqn'à nos jours, on s'est complu à donner au [dus triste «les fleuves!

Des bords arides âprement coupés a pic, un lit généralement torrentueux , embarrassé et rétréci, des eaux jaunâtres presque continuellement bourbeuses, voilà ce qui caractérise véritablement ce Tage, parcourant unicampagne ordinairement dépouillée , sèche, abandonnée, où l'ardeur du soleil dévore une végétation dure, courte, ligneuse, quand le souffle des tempêtes n'en élève pas une poussière rougeâtre qui pénètre les vêtemens, et va donner sa teinte sinistre aux traits du campagnard, ainsi qu'aux tristes bouquets d'yeuses échappés à la destruction parmi des rocs dépouillés, épars. Le vautour seul, entre les oiseaux carnassiers habitans de l'austère vallée, y domine les airs, en menaçant des bandes malpropres de mérinos, guidés par des pâtres plus malpropres encore, malheureux et grossiers compagnons des animaux qu'ils défendent, non seulement contre les loups, mais encore contre les nombreux lynx, dont les monts de Grédos et les monts Lusitaniques sont tous remplis. Nulle partie de l'Espagne n'est plus sauva'ge ni plus pauvre que celle qu'on feignit en être la plus riante et la plus riche , et quelques points un peu moins deshérités de la nature, qu'on rencontre çà et là le long du fleuve que nous avons représenté tel qu'il est , ne sauraient lui mériter ce nom de Tagc doré et cette célébrité qu'on lui donna , en adoptant comme des vérités les exagérations des poè'tes.

Uory de Saint -Vincent. Guide du Voy*

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jettent dans une tristesse pleine de douceur. Ainsi les murmures d'une forêt accompagnent les accens du rossignol, qui de son nid adresse des vœux reconnaissans aux Amours. C'est un fond de concert qui fait ressortir les chants éclatans des oiseaux, comme la douce verdure est un fond de couleurs sur lequel se détache l'éclat des (leurs et des fruits.

Ce bruissement des prairies , ces gazouillemens des bois, ont des charmes que je préfère aux plus brillans accords; mon âme s'y abandonne, elle se berce avec les feuillages ondoyans des arbres , elle s'élève avec leur cime vers les cieux, elle se transporte dans les temps qui les ont vus naître et dans ceux qui les verront mourir j ils étendent dans l'infini mon existence circonscrite et fugitive. Il me semble qu'ils me parlent, comme ceux de Dodone, un langage mystérieux; ils me plongent dans d'ineffables rêveries qui souvent ont fait tomber de mes mains les livres des philosophes. Majestueuses forêts, paisible solitude , qui plus d'une fois avez calmé mes passions, puissent les cris de la guerre ne troubler jamais vos résonnantes clairières ! N'accompagnez de vos religieux murmures que les chants des oiseaux, ou les doux entretiens des amis et des amans qui veulent se reposer sous vos ombrages.

Bernardin de Saint-Pierre. Harmonies de la Nature, tom. I.

Les Déserts de l'Arabie Pctre'e.

Qu'on se figure un pays sans verdure et sans eau, un soleil brûlant, un ciel toujours sec, des plaines sablonneuses , des montagnes encore plus arides , sur lesquelles l'œil s'étend et le regard se perd, sans pouvoir s'arrêter sur aucun objet vivant; une terre morte, et pour ainsi dire écorchée par les vents , laquelle ne présente que des

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stance aux animaux, aux oiseaux, aux insectes, où tout paraît mort, parce que rien ne peut naître, et que l'élément nécessaire au développement des germes de tout être vivant ou végétant , loin d'arroser la terre par des ruisseaux d'eau vive, ou de la pénétrer par des pluies fécondes, ne peut même l'humecter d'une simple rosée.

Opposons ce tableau d'une sécheresse absolue dans une terre trop ancienne, à celui des vastes plaines de fange, des savanes noyées du nouveau continent ; nous y verrons par excès ce que l'autre n'offrait que par défaut; des fleuves d'une largeur immense, tels que l'Amazone, la Plata, l'Orénoque, roulant à grands flots leurs vagues écumantes , et se débordant en toute liberté, semblent menacer la terre d'un envahissement, et faire effort pour l'occuper tout entière. Des eaux stagnantes, et répandues près et loin de leur cours, couvrent le limon vaseux qu'elles ont déposé; et ces vastes marécages, exhalant leurs vapeurs en brouillards fétides, communiqueraient à l'air l'infection de la terre, si bientôt elles ne retombaient en pluies précipitées par les orages ou dispersées par les vents. Et ces plages, alternativement sèches et noyées, où la terre et l'eau semblent se disputer des possessions illimitées , et ces broussailles de mançles, jetées sur les confins indécis de ces deux élémens, ne sont peuplées que d'animaux immondes qui pullulent dans ces repaires, cloaques de la nature où tout, retrace l'image des déjections monstrueuses de l'antique limon.

Les énormes serpens tracent de larges sillons sur cette terre bourbeuse, les crocodiles , les crapauds , les lézards , et mille autres reptiles à larges pattes, en pétrissent la fange ; des millions d'insectes enflés par la chaleur humide en soulèvent la vase, et tout ce peuple impur, rampant sur le limon ou bourdonnant dans l'air quil obscurcit encore, toute cette vermine dont fourmille la terre, attire de nombreuses mhortes d'oiseaux ravisseurs dont

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dans les lieux découverts, dans les pays de plaine; il 0 'approche jamais des habitations; il ne reste point dans les taillis, mais dans les bois de hauteur, sur les vieux arbres des plus belles futaies. 11 craint Peau plus encore que la terre, et l'on assure que, lorsqu'il faut la passer, il se sert d'une écorce pour vaisseau, et de sa queue pour voiles et pour gouvernail. Il ne s'engourdit pas, comme le loir, pendant l'hiver ; il est en tout temps très-éveillé ; et, pour peu qu'on touche au pied de l'arbre sur lequel il repose , il sort de sa petite bauge , fuit sur un autre arbre , ou se cache à l'abri d'une branche. 11 ramasse des noisettes pendant l'été, en remplit les troncs, les fentes d'un vieux arbre, et a recours en hiver à sa provision ; il les cherche aussi sous la neige qu'il détourne en grattant. Il a la voix éclatante et plus perçante encore que celle de la fouine ; il a de plus un murmure à bouche fermée , un petit grognement de mécontentement qu'il fait entendre toutes les fois qu'on l'irrite. Il est trop léger pour marcher, il va ordinairement par petits sauts, et quelquefois par bonds; il a les ongles si pointus et les mouvemens si prompts, qu'il grimpe en un instant sur un hêtre dont l'écorce est fort lisse.

Le même.

Le Chevreuil.

Le cerf, comme le plus noble des habitans des bois, occupe dans les forêts les lieux ombragés par les cimes élevées des plus hautes futaies. Le chevreuil , comme étant d'une espèce plus inférieure, se contente d'habiter sous des lambris plus bas, et se tient ordinairement dan s le feuillage épais des plus jeunes taillis; mais, s'il a moins de noblesse, moins de force et beaucoup moins de hauteur de taille , il a plus de grâce , plus de vivacité et même plus de courage que le cerf; il est plus gai ,

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