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Marmontel. Elémens de Littérature , t. II.
La Bible.
L'Ecriture surpasse en naïveté, en vivacité, en grandeur tous les écrivains de Rome et de la Grèce. Jamais Homère même n'a approché de la sublimité de Moïspdans ses cantiques, particulièrement le dernier, que tous les enfans des Israélites devaient apprendre par cœur. Jamais nulle ode grecque ou latine n'a pu atteindre à la hauteur des psaumes • par exemple , celui qui commence ainsi : « Le Dieu des Dieux, le Seigneur aparté, et il a appelé « la terre, » surpasse toute imagination humaine. Jamais Homère ni aucun autre poëte n'a égalé Isaïe peignant la majesté de Dieu aux yeux duquel « les Royaumes ne « sont qu'un grain de poussière ; l'univers qu'une tente « qiCon dresse aujourd'hui, et qu'on enlève demain. » Tantôt ce prophète a toute la douceur et toute la tendresse d'une églogue, dans les riantes peintures qu'il fait de la paix; tantôt il s'élève jusqu'à laisser tout au-dessous de lui. Mais qu'y a-t-il , dans l'antiquité profane, de comparable au tendre Jérflmip . déplorant les maux de son peuple ; ou à Nahum, voyant de loin , en esprit, tomber la superbe Ninive sous les efforts d'une armée innombrable? On croit voir cette armée, on croit entendre le bruit des armes et des chariots; tout est dépeint d'une manière vive quisaisit l'imagination ; il laisse Homère loin derrière lui. Lisez encore Daniel, dénonçant à Calthazar la vengeance de Dieu toute prête à fondre sur lui ; et cherchez, dans les plus sublimes originaux de l'antiquité , quelque chrtse qu'on puisse leur comparer. Au reste . tout se soutient dans l'Ecriture ; tout y garde le caractère qu'il doit avoir, l'histoire, le détail des lois, les descrip-
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tores, il n'est pas difficile d'en donner la raison: c'est un livre que le Saint— Etpi it a dicté, et qui contient les plus hauts mystères de Dieu ; il fallait donc, nécessairement, qu'il y eût un air de majesté répandu dans ses principales parties, qui eût rapport à la dignité de son Auteur et à l'excellence de sa matière; et puisque c'était un ouvrage destiné à l'instruction et à la consolation «les hommes, et qu'il devait être mis entre les mains des plus simples, il fallait qu'il eût de la proportion avec la condition de ceux pour qui il était composé, et conséquemment , qu'il eût de la simplicité et une sorte de familiarité. La sagesse divine a voulu pour ces raisons faire un juste accord de ces deux choses ; mais ce qu'il y a de plus admirable , c'est que cette majesté et cette douceur ne se trouvent pas seulement dans quelques endroits de l'Ecriture , mais partout, et qu'elle ne renferme presque pas un chapitre, ni une histoire, ni un discours, où l'on ne les découvre, avec un peu de réflexion : cela se montre surtout , et plus particulièrement dans ces paraboles que les évangélistes rapportent , et dont Jésus-Christ avait coutume de te servir lorsqu'il enseignait les peuples; car, d'un cûté , la parabole est une espèce de langage figuré, familier et populaire, qui emprunte les images les plus communes et les plus connues, pour en faire naître d'autres plus profondes et plus éloignées de la portée commune des esprits; c'est une façon d'instruire engageante, qui réveille l'esprit, et l'applique agréablement en lui donnant lieu, parce qu'on lui dit, de méditer sur ce qu'on ne lui dit pas : d'une autre part, les choses que Jésus a cachées sous ses voiles sont les plus importans articles de sa doctrine, les secrets les plus relevés de la Providence et du salut des hommes : la matière en est sublime, et proportionnée à la grandeur de celui dont la parabole propose les mystères; la forme en est claire et facile, et proportionnée à notre capacité.
Claude. Premiei Semton sur la Parabole des Noces.
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