‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 62 sur 141 · L'ÉTÉ · texte numérisé non relu

L'ÉTÉ

Le brûlant fils du Soleil, le radieux Été, règne à son tour : ses regards majestueux et doux s'abaissent vers la terre; il rient perfectionner l'ouvrée lu Printemps. Sa

tête et sa poitrine robuste, siège des principes ignés, eu lancent de tous côtés les émanations ; des jets de flammes forment sa brillante chevelure. D'une main il retient près «le lui le Sinus, qui souffle de ses naseaux ses exhalaisons malignes; de l'autre il verse abondamment l'urne des eaux fécondantes. Du mélange des deux principes , le chaud et l'humide , il compose les nuages orageux ; il les foule de son pied puissant, et les abaisse vers la terre. La foudre et la grêle s'en échappent, et avec elles, la pluie bienfaisante, dont la douce fraîcheur pénètre et rejouit le sein de la terre altérée. Mais l'orage est près de se dissiper : déjà, dans une région presque dégagée de vapeurs, brille à l'œil consolé l'éclatante écharpe d'Iris. Le \ élément de l'Eté se peint de la verdure la plus vive : le lézard européen, à demi caché sous ses replis obscurs , s'y tapit ; et là, comme à l'ombre d'un épais buisson, il brave impunément les feux du jour. Plus loin, la cigale imprévoyante voltige et s'épuise en frivoles chansons, tandis que la fourmi laborieuse garnit en silence ses magasins. A l'autre extrémité du manteau , un reptile dangereux des contrées soumises au joug du brûlant équateur, déploie fièrement ses orbes rédoublés; et, dressant sa tète audacieuse vers celle du Dieu, il semble allumer, aux rayons de sa chevelure, le noir venin dont il se gonfle, et les couleurs variées de son armure étincelante. Cependant, l'Eté bienfaisant a produit son effet : du sein de ce riche vêlement qui le couvre, il laisse échapper libéralement les moissons dorées, doute récompense dont il paie avec usure les sueurs du laboureur infatigable.

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3o6 FABLES Et ALLEGORIES.

la chaleur créatrice, et en comprime les feux sans les éteindre. De l'urne de bronze qu'il tient sous son bras, il laisse échapper les trésors de la gelée, et presse du pied les flocons amoncelés de la neige étincelante : bientôt ils se divisent, se répandent en tournoyant sur la terre affligée, et l'enveloppent d'un immense vêtement de deuil. Des oiseaux aquatiques fendent d'un vol rapide l'atmosphère glaciale. Le tyran de Tannée est vêtu d'un manteau où s'imprime la morne couleur dont il flétrit la végétation. Ce manteau lui sert d'ornement, et lui couvre à peine les épaules. Ses bras robustes , ses cuisses et ses jambes nerveuses et à découvert, décèlent sa force indomptable. Ses cheveux , sa barbe et ses sourcils, semblables aux pics des glaces éternelles des Alpes ou des Pyrénées, hérissent son aspect farouche. Les brouillards et les noirs orages s'engendrent de sa tête menaçante ; ils siègent sur son front tristement baissé vers la terre, qu'il glace de ses sombres regards. Une couronne de branches mortes, monument de son triomphe sur l'Eté , ceint sa tête : quelques feuilles desséchées y tiennent encore; d'auties s'en détachent, et vont à ses pieds joncher la neige. Mais les lois puissantes de la nature ne permettent point à l'Hiver d'outrager toutes ses productions ; il les respecte encore ; et, pour preuvede son obéissance aux immuablesvolontés de la Déesse, il a joint à son lugubre diadème quelques tiges de ces arbres toujours verdoyans, dont il accroît et rehausse encore, pour lui plaire, la sombre et majestueuse beauté (i).

Girodet-Trioson.

(i) Voyez, dans la prose et les \ers, Descriptions ou Tableaux »lcs différentes saisons ; et ilans les Leçons Latines anciennes et modernes.

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3o8 MORALE RELIGIEUSE,

cette science, («mime bien d'autres, a été oiseuse et frivole , tant qu'elle ne s'est occupée que de vaines Spéculations. Une science peut être curieuse, sans être utile; mais elle n'a d'utilité réelle qu'autant que de sa théorie résultent les moyens et les règles d'un arl dont elle éclaire la pratique; c'est l'usage qui en fait le prix.

Ainsi, l'astronomie est utile à l'agriculture et à la navigation ; la géométrie aux mécaniques ; la chimie à l'art de guérir et à celui de fondre les métaux , etc.

La morale n'est donc une science utile qu'autant qu'elle est réduite en art. Cet art, qui est celui de bien vivre avec soi et avec ses semblables, et d'être bon pour être licureux, cet art, borné aux seuls intérêts de la vie, fait La morale philosophique. Les épicuriens n'en connaissaient point d'autre. Les matérialistes modernes la terminent au même but. Mais non seulement elle est étroite et futile dans son objet, elle est encore incertaine et variable dans ses principes; car, en faisant dépendre le devoir d'être bon du désir d'être heureux durant le court espace de la vie, ils rendent cette règle variable et flexible au gré des affections, des inclinations, des passions, des humeurs et des fantaisies, qui changent et déplacent l'objet du bonheur. L'homme , qui ne se croit obligé d'être bon que pour être heureux dans ce monde , selon ses goûts et ses caprices, changera de moyens, s'il croit allei plus sûrement à son but par une autre route, <r sera vicieux et méchant par principe, s'il croit, ou le vice, ou le crime plus convenable à son bonheur. C'est ce qui rend si dangereuse la morale philosophique (i).

La morale religieuse a infiniment plus d'élévation, d'étendue et de consistance. On la définit la science de vivre pour l'éternité. Or, vivre pour l'éternité, c'est bien

(i) Parmi les anciens, les idées du bien et du mal variaient d'une école à l'autre. Au Portique, Vhowuhe et Ytttile n'étaient '|ii'un, ils étaient deux à l'Académie

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3io MORALE RELIGIEUSE,

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Cette science, mise en pratique, sera donc lait de s'assurer le bonheur pur et plein qui attend 1 hnmiue au-delà de la vie, sans toutefois renoncer au soin .. procurer dans la vie les lueurs de cette félicite, qui, tut ce passage rapide , sont comme de pâles éclairs échappes du sein des nuages.

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Existence de Dieu.

Qu'est-il besoin de nouvelles recherches et de spéculations pénibles pour connaître ce qu'est Dieu? Nous n'avons qu'à lever les yeux en haut, nous voyons l'immensité des cieux qui sont l'ouvrage de ses mains, ces grands corps de lumière qui roulent si régulièrement et si majestueusement sur nos têtes, et auprès desquels la terre n'est qu'un atome imperceptible. Quelle magnificence ! Qui a dit au soleil : « Sortez du néant, et présidez « au jour ? » Et à la lune : a Paraissez, et soyez le flambeau « de la nuit?» Qui a donné l'être et le nom à cette multitude d'étoiles qui décorent avec tant de splendeur le firmament, et qui sont autant de soleils immenses, attaché* chacun à une espèce de monde nouveau qu'ils éclairent ? Quel est l'ouvrier dont la toute-puissance a pu opérer ces merveilles, où tout l'orgueil de la raison éblouie se perd et se confond ? Quel autre que le souverain Créateur de l'univers pourrait les avoir opérées? Seraientelles sorties d'elles-mêmes du sein du hasard et du néant p Et l'impie sera-t-il assez désespéré pour attribuer a ce qui n'est pas une toute-puissance qu'il ose refuser à celui qui est essentiellement et par qui tout a été fait ?

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DE LA TERnE.

On ut-ce qui a suspendu ce globe de la terre, qui est immobile? qui est-ce qui en a posé les fondcmens? Rien n'est, ce semble, plus vil qu'elle; les plus malheureux la foulent aux pieds; mais c'est pourtant pour la posséder qu'on donne les plus grands trésors. Si elle était plus dure, l'homme ne pourrait en ouvrir le sein pour la cultiver; si elle était moins dure, elle ne pourrait le porter; il enfoncerait partout, comme il enfonce dans le sable ou dans un bourbier. C'est du sein inépuisable de la terre que sort tout ce qu'il y a de plus précieux.

Cette masse informe, vile et grossière, prend toutes les formes les plus diverses, et elle seule donne tour à tour tous les biens que nous lui demandons. Cette boue si sale se transforme en mille beaux objets qui charment les yeux. En une seule année elle devient branches, boutons, feuilles, fleurs, fruits et semences, pour renouveler ses libéralités en faveur des hommes ; rien ne Tépuise. Plus on déchire ses entrailles, plus elle est libérale. Après tant de siècles, pendant lesquels tout est sorti d'elle, elle n'est point encore usée. Elle ne ressent aucune vieillesse; ses entrailles sont encore pleines des mêmes trésors. Mille générations ont passé dans son sein. Tout vieillit, excepté elle seule; elle rajeunit chaque. année au printemps.

Elle ne manque point aux hommes ; mais les hommes insensés se manquent à eux-mêmes, en négligeant de la cultiver. C'est par leur paresse et par leurs désordres qu'ils laissent croître les ronces et les épines, en la place «les vendanges et des moissons. Ils se disputent un bien

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