‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 3)Chapitre 76 sur 141 · I I .1 II · texte numérisé non relu

I I .1 II

386 MORALE KEL1GIEUSE,

La Maison, les Amis, les Plaisirs de Jean-Jacques à la campagne, s'il était i Ichs

Je n'irais pas me bâtir une ville en rampagn mettra an fond d'une province les 'Tuileries devant mou

appartement. Sur le peu liant <le i|uebpie agréable colline bien ombragée, j aurais une petite maison rustique, une maison lilam licavii des contrevents vertf ; et, quoiqu'une COUVnStore de (baume suit en toute saison la meilleure , je jntlriei us magnifiquement , non la triste ardoise, mais la Imle, pejfOS (|u'elle a l'air plus propre et plus t^aie que le «baume, qu'on ne couvre pas autrement les (la ns mou pavs, et (pie cela me rappellerait un peu II il'iix temps tic* ma jeunesse. J'aurais pour cour une bf cour, et pour écurie une étable avec des vacbt s. poui avoir du laitage que j'aime beaucoup. J'aurais un potager pour jardin, et pour parc un joli verger. Les fruits, à la discrétion des promeneurs, ne seraient m comptés ni cueillis par mon jardinier, et mou avare magnifie. n'étalerait point aux veux des espaliers superbes auxquels

à peine on osât tomber. ( )r , cette petite prodigalité S6-

i ni peu coûteuse, parce que j'aurais choisi mon asilr dans quelque province éloignée <>u l'on '.oit peu d'argent el beaucoup de denrées, et où régnent l'abondant e et la

paui reté.

Là, je rasât mblerais nne soi ici»- plus choisie que nombreuse d .unis aimant le plaisii , | anaisUHll , de femmes qui pussent sortir de leur fauteuil et se prêter

aus jeux champêtres, prendre quelquefois, au lieu de la navette «m des cartes, la ligne, les gluatiXf le râteau

des bilieuses et le paniei des \ i ndan^i ui s. Là, tOUS les

ans de la Ville seraient oublies, il, deenus \ illa„

au village, nous nous trouverions livrés à des foules d'amusement divers, qui ne nous di ni » batjoe

i PHILOSOPHIE PH \ I IQl i

i» -lu i li • . , !

381 moi; \u Kl.ur.iii M

<lu lieu, j\ l< . premien avei ma 1 1 . »up<'. SJ

quelques m i ploi bénis «lu < i»-l que i

\ mil- lient & mon voisinage, on sam ut que j'aime

la joie, ci j'v ici li-- invité, de portei unes

gêna quelques dons simples comme eux, qui contribuei lient .1 la fête, .1 j'y trouvei lis en èchau| biens

d'un [>ri\ inestimable, ii> ri peu connus de

• . la franchise el l<- moï plaisir. Je souperais gaiemenl .m bout de leoi longue table, j\ ferais <• au refrain d'une rieille chanson rustique, <t je dan» i us dan im^', il«- meillea qu'an bal de

I Op

.1. J. R iiê.

Bonbeui i Mlitude.

.h. ne taurais tous dire , Monsieur» combien )

i.nii lié .!<• M.ir que vous m'estîmiea le plus malheureux

les hommes. Le public sans doute en jus

ri c'est ce qui m'afflige. Oli ! que le sorl donl j'ai joui

i-il connu il<- tout l'univers! chacun voudrait faire un semblable ! la paix régnerait sur la b hommes ne songeraient plus à se nuire, et i! n'y aur.ut plus de méchans, quand nul n'aurait d'inti tre.

Mais île quoi jouissais-ie enfin quand j'étais seul? de moi : «le tout ce qu'a de beau le monde intellectuel : je rassem biais autour de moi tout et qui pouvait flatter mon • leur : mes désirs it lient la mesure de mes plaisirs : non, jamais le, plus voluptueux n'ont mnnu île pareilles dé

lices , et j'ai cent lois plus joui Je mes chimères , qu'ils ne

font des i éalitéa,

Quand mes douleurs me- font tristement mesurer la iieui des nuits, (pie l'agitation de la fièvre m'empeV he de goûter un seul instant de sommeil, souvent je me distrais de mon 'tit pi i songeant aux divers»

o\ phii « >s< l'iii' i»i rnt)i i

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MORALE RELIGfEl

la pourpi e dei bi m ères h appaieni < d'un lu m- qui touchait mon cœur; ka majesté des art qai me «ni* raient de lem ombre, la « 1 « - 1 i «- a t . arbustes que }e foulais sous mes pieds, tenàieni mon

esprit dans une alternative continuelle d'observation ei d'admiration : le ronrours (le tant d'objets intéressais (jiii se disputaient mon attention, m'atlirant sa'

«le l'un à l'autre, favorisait mon humeur rèVeuse ei pa-

ressefise, et me faisait souvent redire a moi-même : N Salnmon dans loute sa gloire ne fut jamais ottu comme l'un

r/'ru i .

'Mon imagination ne laissait pas long-te, i rte la

terre ainsi parée : je la peuplai Ion mon

cœur ; et, chassant bien loin l'opinion, les preje tontes les passion-, factices, je transportais dans les a «le la nature des hommes dignes «le les hahiter; je m formais une société charmante dont je ne mi indigne : je me faisais un siècle d'or à ma fantaisie, et, remplissant ces heaux jours de toutes les scènes de ma vie qui m'avaient laisse de doux souvenirs, et de toute* celles que mon cœur desirait encore, je m attendri jusqu'au* larmes sur les vrais plaisirs de I humanité : plaisirs délicieux , si près de nous, et qui sont désormais si loin des hommes. Oh ! si dans ces momens quelque idée de Paris, de mon siècle et de ma petite gloriole d'auteur, venait troubler mes ec quel dédain je

les chassais à l'instant pour me li\ ter sans distraction aux

senti mens exquis dont mon Shtne était pleine ! Cependant, au milieu de tout cela, je l'avoue, le néant de mes (lues venait quelquefois me contrister tout à coup: quand tons mes n traient i en réalite, ils

ne m'auraient pas sulh : j'aurais imagine.

encore : je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir, un certain élancement de mon cœur vers une autre soi te de jouissance dont je n" pas l'idée, et dont pourtant je sentais le besoin : I

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Sp moi; \i.i. RELIGIE1

mon • clave; nous avions toujours ta même volont :

mais j.ini.iis il ne m'a obéi; ma gaieté durant soirée témoignait que j'avais ré< u seul toul Le jour : j'. bien différent quand j'avais vu compagnie : j'ét ment < • > r m <• 1 1 1 des autres, et jamais de moi ; le suit . | <i ii grondeur el taciturne : cette remarque est de ma gouvci

nanti': et, depuis qu'elle mi' la dite, jfl l'ai toujours

trouvée juste en m'observant. Enfin, après a\oir fait encore le son quelques tours dans mon jardin , ou chante

quelque air sur mon épinette, je trouvais dans mon lit

un repos de corps et d'âme cent fois plus doux que le sommeil encore.

Ce sont là les jours qui ont fait le frai bonheur de ma \ie: bonheur sans amertume , sans ennui , rets,

ei auquel j'aurais borné volontiers toul celui de mon

existence. Oui, Monsieur, que de pareils jours remplissent pour moi l'éternité, j«' n'en demande point d'autres , et. n'imagine pas que je sois beaucoup moins heureux dans ces ravissantes contemplations que les intelligences (élestes ; mais un corps qui souffre ftte < l'esprit sa liberté : désormais je ne suis plus seul , j'ai un Imle qui m'importune ; il faut m'en délivre! pOUf étl moi, et l'essai que j ai fait de i es douces jouissances ne

■en plus qu'a me faire attendre avec moins d'effroi le moment de les goûter sans distraction.

L'Ambition (i).

L'Ambition montre à celui qu'elle aveugle, pour terme de ses poursuites, un état florissant, ou il n'aura

plus rien à désirer, parce que ses \ auix seront an omplis , où il goûtera le plaisir le plus doux pour lui, et dont

il est le plus sensiblement touché ; savoir t de domina . (i) Voyei Définitions , néssc Mjst, par les mêmes orateurs.

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