‹ Leçons françaises de littérature et de morale (volume 4)Chapitre 10 sur 34 · PHILOSOPHIE PRATIQUE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE PRATIQUE

La vertu d'un cœur noble est la marque rertain*. BoiLSAv. Satire V.

Existence de Dieu.

Consulte Zoroastre, et Minos, et Solon,

Et le sage Socrate, et le grand Cicéron ;

Ils ont adoré tous un maître, un juge, un père :

Ce système sublime à l'homme est nécessaire;

C'est le sacré lien de la société,

Le premier fondement de la sainte équité,

Le frein du scélérat, l'espérance du juste.

Si les cieux, dépouillés de leur empreinte auguste.

Pouvaient cesser jamais de la manifester;

Si Dieu n'existait pas , il faudrait l'inventer.

Que le sage l'annonce, et que les grands le craignent.

Pvols, si vous m'opprimez, si vos grandeurs dédaignent

Les pleurs de l'innocent que vous faites couler,

Mon vengeur est au ciel : apprenez à trembler (i).

Voltaire.

(i) Voyez sur ce morceau et les suivans, t. I, méiue partie, et les Zeçons Latines anciennes et modernes.

MORALE RELIGIEUSE, etc. 36;

Essence et Majesté de Dieu.

Au milieu des clartés d'un feu pur et durable Dieu mit avant les temps son trône inébranlable. Le ciel est sous ses pieds : de mille astres divers Le cours toujours réglé l'annonce à l'univers. La puissance, l'amour avec l'intelligence, Unis et divisés, composent son essence.

Ses saints, dans les douceurs d'une éternelle paix, D'un torrent de plaisirs enivrés à jamais. Pénétres de sa gloire, et remplis de lui-même, Adorent à l'envi sa majesté suprême.

Devant lui sont ces Dieux, ces brûlans séraphins, A qui de Tunivers il commet les destins. Il parle, et de la terre ils vont changer la face, Des puissances du siècle ils retranchent la race. Tandis que les humains, vils jouets de l'erreur. Des conseils éternels accusent la lenteur.

Le même.

Dieu et son Essence.

De cet Etre infini, l'infini te sépare. Du char glacé de TOurse aux feux du Sirius Il règne: il règne encore où les deux ne sont plus. Dans ce gouffre sacré quel mortel peut descendre? L'immensité l'adore , et ne peut le comprendre ; El toi, songe de l'Etre, alome d'un instant, Egaré dans les airs sur ce globe flottant, Des mondes et des cieux spectateur invisible. Ton orgueil pense atteindre à l'Etre Inaccessible! Tu prétends lui donner tes ridicules traits ; Tu veux, dans ton Dieu même, adorer tes portraits!

JSi l'aveugle hasard, ni l'aveugle matière, N'ont pu créer mon âme , essence de lumière. Je pense : ma pensée atteste plus un Dieu Que tout le firmament et ses globes de feu. "Voilé de sa splendeur, dans sa gloire profonde, D'un regard e'ternel il enfante le monde. Les siècles devant lui s'écoulent , et le Temps N'oserait mesurer un seul de ses instans. Ce qu'on nomme Destin n'est que sa loi suprême; L'immortelle Nature est sa fille, est lui-même. 11 est, tout est par lui: seul Etre illimité, En lui tout est vertu, puissance, éternité. Au-delà des soleils, au-delà de l'espace. Il n'est rien qu'il ne voi, il n'est rien qu'il n'embrase. Il est seul du grand Tout le principe et la fin. Et la création respire dans son sein (i).

Le Brun. Foëme de la Nature.

Même sujet.

Cet astre universel, sans déclin, sans aurore. C'est Dieu , c'est ce grand Tout, qui soi-même s'adore ! Il est; tout est en lui : l'immensité, les temps, De son Etre infini sont les purs élémens; L'espace est son séjour, l'éternité son âge; Le jour est son regard , le monde est son image; Tout l'univers sul)siste à l'ombre de sa main ; L'être , à flots éternels découlant de son sein , Comme un fleuve nourri par cette source immense, S'en échappe, et revient finir où tout commence. Sans bornes comme lui, ses ouvrages parfaits Rénissent en naissant la main qui les a faits! 11 peuple l'infini chaque fois qu'il respire;

(i) Voyez 1. 1.

ou PHILOSOPHIE PRATIQUE. 3C9

Pour lui , vouloir c'est faire , exister c'est produire ! Tirant tout de soi seul, rapportant tout à soi , Sa volonté suprême est sa suprême loi ! Mais cette volonté , sans ombre et sans faiblesse, Est à la fois puissance, ordre, équité, sagesse. Sur tout ce qui peut être , il l'exerce à son gré ; Le néant jusqu'à lui s'élève par degré : Intelligence, amour, force, beauté, jeunesse, Sans s'épuiser jamais, il peut donner sans cesse, Et, comblant le néant de ses dons précieux, Des derniers rangs de l'être il peut tirer des Dieux ! Mais ces Dieux de sa main , ces fils de sa puissance Mesurent d'eux à lui réternelle distance , Tendant par leur nature à l'être qui les fit; Il est leur fin à tous , et lui seul se suffit (i) !

De La Martine. Méditations puéticfues.

Preuves physiques de l'Existence de Dieu.

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